Près de Pōrangahau, dans la région de Hawke’s Bay en Nouvelle-Zélande, une colline de seulement 305 mètres est devenue célèbre pour une particularité qui n’a rien à voir avec son altitude. Son nom māori est tellement long que le panneau qui l’affiche est devenu une attraction à lui seul : Taumata est ainsi régulièrement présentée comme la colline au nom le plus long du monde.
La formule est toutefois un peu plus compliquée qu’elle en a l’air. Il existe une forme officielle de 57 lettres et une spectaculaire variante de 85 lettres devenue célèbre dans le monde entier. Cette dernière a même détenu un record Guinness, avant d’être détrônée. Et contrairement à ce que suggèrent de nombreuses recherches sur la « ville au nom le plus long du monde », Taumata n’est ni une ville ni un village : c’est bien une colline.
Le célèbre panneau de Wimbledon Road affiche la très longue forme māori qui a fait connaître Taumata dans le monde entier. Crédit photo itravelNZ (CC BY 2.0).
À retenir
- Taumata est une colline de 305 mètres située près de Pōrangahau, dans Hawke’s Bay sur l’île du Nord de la Nouvelle-Zélande.
- Son nom officiel actuel est Taumatawhakatangihangakōauauotamateapōkaiwhenuakitānatahu, soit 57 lettres.
- La célèbre variante affichée sur le panneau compte 85 lettres.
- Cette version de 85 lettres a été un ancien record Guinness du plus long nom de lieu.
- Guinness attribue aujourd’hui le record général du plus long nom de lieu à la forme cérémonielle de Bangkok.
- Le nom évoque Tamatea, grand voyageur de la tradition māori, jouant du kōauau pour un être aimé.
- Le kōauau est une petite flûte traditionnelle māori jouée avec la bouche, et non une flûte nasale.
- La colline elle-même est un Wāhi Tapu situé sur une propriété privée sans accès public ; le célèbre panneau se trouve sur Wimbledon Road, à plusieurs kilomètres du sommet.
Où se trouve la colline au nom le plus long du monde ?
Taumata se trouve dans le Central Hawke’s Bay District, au sud-est de l’île du Nord de la Nouvelle-Zélande, à proximité du village côtier de Pōrangahau.
Il s’agit bien d’une colline et non d’une montagne imposante. Son sommet culmine à environ 305 mètres au-dessus du niveau de la mer.
Sa physionomie est même plutôt discrète au milieu des reliefs verdoyants de Hawke’s Bay. Sans son nom, il est probable qu’elle attirerait nettement moins de visiteurs et encore moins de candidats au concours international de dictée.
La véritable colline Taumata, visible au milieu du paysage rural de Hawke’s Bay. Crédit photo itravelNZ (CC BY 2.0).
La photographie permet aussi de comprendre une confusion fréquente : le grand panneau touristique n’est pas installé au sommet. Il se trouve beaucoup plus à l’est, au bord de Wimbledon Road.
Quel est exactement le nom de Taumata : 57 ou 85 lettres ?
C’est là que les choses deviennent intéressantes.
Le nom officiel enregistré en Nouvelle-Zélande est aujourd’hui :
Taumatawhakatangihangakōauauotamateapōkaiwhenuakitānatahu
En comptant les lettres, on en obtient 57.
En 2019, une publication officielle de la New Zealand Gazette a notamment rectifié l’orthographe enregistrée précédemment afin de rétablir les macrons du māori :
Taumatawhakatangihangakoauauotamateapokaiwhenuakitanatahu
est ainsi devenu :
Taumatawhakatangihangakōauauotamateapōkaiwhenuakitānatahu.
Mais ce n’est pas la version qui apparaît sur le panneau devenu célèbre.
La fameuse version de 85 lettres
La forme généralement reproduite sur le panneau touristique est :
Taumatawhakatangihangakoauauotamateaturipukakapikimaungahoronukupokaiwhenuakitanatahu
Elle comporte cette fois 85 lettres.
Cette variante développe davantage la description de Tamatea, en évoquant notamment ses genoux, ses ascensions de montagnes et ses voyages à travers le pays.
Elle est devenue si célèbre qu’elle a longtemps éclipsé la forme officielle plus courte, au point que l’on trouve encore partout l’affirmation selon laquelle il s’agirait simplement du « nom officiel de 85 lettres ».
La réalité toponymique est donc plus subtile : 57 lettres pour le nom officiel actuel, 85 pour la version étendue mondialement connue.
Cette profusion de variantes n’est d’ailleurs pas exceptionnelle dans la toponymie māori, où les noms peuvent raconter un événement, un ancêtre ou une histoire entière.
Est-ce toujours le nom de lieu le plus long du monde ?
Non, du moins plus selon le record actuel de Guinness World Records.
Guinness présente aujourd’hui la version de 85 lettres de Taumata comme un ancien détenteur du record et la qualifie de nom non officiel de la colline.
Le record général est désormais attribué à Bangkok, dont la translittération savante du long nom cérémoniel atteint 168 lettres selon Guinness.
Cela ne retire pas grand-chose à Taumata : l’association entre la petite colline néo-zélandaise et le « nom le plus long du monde » est ancienne, profondément installée et continue d’être reprise jusque dans les publications touristiques néo-zélandaises.
En Europe, le concours de longueur possède un autre candidat célèbre avec Llanfairpwll, le village gallois au nom interminable. Son nom complet de 58 caractères paraît presque raisonnable après quelques minutes passées devant le panneau de Taumata.
Le panneau de Taumata affiche la célèbre version longue du nom de la colline, devenue l’une des curiosités toponymiques les plus connues de Nouvelle-Zélande. Crédit photo foolfillment (CC BY 2.0).
Que signifie le nom de Taumata ?
Le nom officiel peut être décomposé en plusieurs éléments māori.
NZ History donne notamment :
- taumata : le sommet ou la crête d’une colline ;
- whakatangihanga : le lieu où l’on fait sonner ou joue quelque chose ;
- kōauau : une flûte ;
- Tamatea-pōkai-whenua : Tamatea qui parcourait les terres ;
- ki tana tahu : pour son être aimé.
Une traduction raisonnable du nom officiel est donc :
« Le sommet de la colline où Tamatea, qui parcourait toutes les terres, jouait de sa flûte pour son être aimé. »
La célèbre forme de 85 lettres donne une version beaucoup plus développée de l’identité de Tamatea. Elle est souvent traduite en évoquant l’homme aux gros genoux, celui qui glissait et gravissait les montagnes, parcourait ou « avalait » les terres et jouait de sa flûte pour un être aimé.
Il ne faut donc pas chercher une traduction française unique au caractère près : les différentes formes du nom et les nuances de traduction expliquent pourquoi les versions disponibles varient sensiblement.
Qui était Tamatea ?
Tamatea occupe une place importante dans plusieurs traditions māori.
Te Ara le décrit comme un explorateur renommé dont les voyages ont laissé leur trace dans de nombreux noms de lieux. Il est notamment connu sous l’épithète Tamatea Pōkai Whenua, associée à celui qui parcourt les terres.
Les traditions entourant la colline ne sont pas toutes racontées exactement de la même façon.
Une version aujourd’hui largement diffusée par le tourisme néo-zélandais raconte qu’au cours d’un voyage dans la région de Pōrangahau, Tamatea et les siens ont affronté un autre groupe. Son frère a été tué pendant le combat et Tamatea, accablé de chagrin, serait resté plusieurs jours dans les environs en jouant une complainte sur son kōauau.
Te Ara formule plus sobrement la tradition en expliquant que Tamatea a gravi la colline et joué de sa flûte pour son être aimé.
Ces récits ne sont pas seulement une amusante explication destinée aux touristes. La colline est liée aux traditions de Ngāti Kere et Ngāti Hinetewai et possède aujourd’hui un statut patrimonial particulier.
Les noms māori sont également indissociables de plusieurs autres paysages néo-zélandais présentés sur 2Tout2Rien, comme Tokangawhā, plus connu sous le nom de Split Apple Rock, ou les Moeraki Boulders, appelés Te Kaihīnaki dans la tradition kāi tahu.
Le kōauau n’est pas une flûte jouée avec le nez
Une autre petite légende tenace mérite d’être corrigée.
Le kōauau est parfois décrit comme une « flûte nasale », y compris dans d’anciennes présentations de Taumata.
Le Museum of New Zealand Te Papa Tongarewa le définit pourtant comme une flûte traditionnelle māori jouée avec la bouche.
Le kōauau est généralement un petit instrument tubulaire. Il pouvait être fabriqué dans du bois indigène ou dans de l’os et comportait plusieurs trous permettant de modifier les notes.
Dans le nom de la colline, le mot kōauau constitue donc un élément essentiel : l’interminable toponyme raconte littéralement un épisode musical.
Le panneau de Taumata existait déjà en 1948
Une photographie conservée par Archives New Zealand montre qu’un panneau indiquait déjà le nom de la colline en octobre 1948.
L’orthographe visible est :
Taumatawhakatangihangakoauauatamateapokaiwhenuakitanatahu
Elle diffère donc à la fois de la forme officielle actuelle et de la variante spectaculaire de 85 lettres.
Le panneau de Taumata photographié en octobre 1948 par E. P. Christensen pour les National Publicity Studios. Son orthographe diffère des formes utilisées aujourd’hui. Crédit photo Archives New Zealand / E. P. Christensen (CC BY 2.0).
Plusieurs orthographes et variantes ont circulé, tandis que la normalisation moderne du māori écrit a également conduit à rétablir les signes diacritiques dans la forme officielle.
Le célèbre panneau de Wimbledon Road
Aujourd’hui encore, c’est le panneau et non le sommet qui constitue l’image emblématique de Taumata.
Il se trouve le long de Wimbledon Road, à proximité de Pōrangahau. La colline est visible plus loin dans le paysage, mais le panneau lui-même se situe plusieurs kilomètres à l’est du sommet.
Cette distinction explique aussi pourquoi les coordonnées autrefois indiquées pour la « colline » dans cet article pointaient en réalité beaucoup trop près du secteur touristique.
Les coordonnées approximatives du sommet sont : -40.346, 176.540
Celles du secteur du célèbre panneau sont plutôt autour de : -40.3387, 176.5869
Et sa position sur Google Maps:
Le long panneau de Wimbledon Road est devenu l’attraction la plus photographiée de Taumata. Crédit photo itravelNZ (CC BY 2.0).
Le succès de ce panneau illustre à quel point un nom peut suffire à transformer un lieu discret en curiosité touristique.
À l’autre extrême de la stratégie toponymique, Zzyzx, dans le désert de Mojave en Californie, possède un nom très court mais tout aussi mémorable. Là, il n’est pas hérité d’une longue tradition : Curtis Howe Springer l’a choisi au XXe siècle notamment parce qu’il voulait qu’il constitue « le dernier mot » dans l’ordre alphabétique.
Deux méthodes très différentes pour rendre un panneau routier impossible à oublier.
Peut-on monter sur la colline Taumata ?
Le panneau peut être observé depuis Wimbledon Road, mais la situation est différente pour la colline elle-même.
Heritage New Zealand Pouhere Taonga classe Taumata comme Wāhi Tapu depuis le 4 décembre 2008. L’inscription concerne la partie de la colline située au-dessus de la courbe de niveau de 220 mètres et n’inclut pas le panneau.
Le site patrimonial est explicitement indiqué comme : Private / No Public Access.
La colline se trouve donc sur une propriété privée et il ne faut pas considérer la présence d’un panneau touristique comme une invitation à traverser les terrains pour atteindre le sommet.
Le site officiel du tourisme néo-zélandais précise également qu’une permission est nécessaire pour accéder à la colline.
Pour la plupart des visiteurs, le grand panneau de Wimbledon Road reste donc la manière la plus simple et la plus respectueuse de rencontrer ce nom interminable.
Une situation qui rappelle aussi que derrière certains noms māori connus pour leur longueur ou leur sonorité existe une dimension culturelle beaucoup plus importante que leur simple intérêt touristique, comme pour Rotomairewhenua, le lac sacré aux eaux exceptionnellement claires.
Sources pour aller plus loin
- New Zealand Gazette – correction officielle de l’orthographe de Taumata en 2019
- NZ History – signification et décomposition de Taumatawhakatangihangakōauauotamateapōkaiwhenuakitānatahu
- Te Ara – Tamatea, le kōauau et l’histoire associée au nom
- Heritage New Zealand Pouhere Taonga – classement Wāhi Tapu et statut privé de Taumata
- Guinness World Records – record actuel du plus long nom de lieu
- Tourism New Zealand – Taumata, Wimbledon Road et récit traditionnel
- Museum of New Zealand Te Papa Tongarewa – le kōauau, flûte traditionnelle māori




