Dans le parc national des lacs Nelson, en Nouvelle-Zélande, se trouve Rotomairewhenua / Blue Lake, un lac réputé pour abriter l’une des eaux douces naturelles les plus claires jamais mesurées.
Sa transparence est si exceptionnelle que la visibilité sous l’eau y dépasse régulièrement 70 mètres, avec une mesure maximale signalée à 81,4 mètres. À titre de comparaison, la visibilité théorique de l’eau pure en laboratoire tourne autour de 80 mètres. Autrement dit, ce lac ne se contente pas d’être limpide : il joue presque dans la catégorie “eau distillée avec décor de montagne”.
Rotomairewhenua par Squashem (CC BY-SA 4.0).
À retenir
Rotomairewhenua / Blue Lake se trouve dans le Nelson Lakes National Park, sur l’île du Sud de la Nouvelle-Zélande.
Le lac est célèbre pour son eau d’une clarté exceptionnelle, avec une visibilité mesurée au-delà de 70 mètres et un maximum rapporté à 81,4 mètres.
Cette limpidité vient notamment de son alimentation par des eaux issues de Rotopōhueroa / Lake Constance, filtrées naturellement à travers des débris de glissement de terrain avant d’arriver dans Blue Lake.
Le lac est un lieu sacré pour les Māori, en particulier pour les Ngāti Apa ki te Rā Tō. Il est interdit de s’y baigner, d’y laver quoi que ce soit, d’y prendre de l’eau ou même d’y mettre du matériel.
Pourquoi l’eau de Rotomairewhenua est-elle si claire ?
Rotomairewhenua / Blue Lake est alimenté par des eaux provenant de Rotopōhueroa / Lake Constance, un lac voisin situé en amont. Avant d’arriver dans Blue Lake, cette eau passe à travers une barrière naturelle de débris de glissement de terrain, qui agit comme un filtre en retenant une grande partie des particules en suspension.
Résultat : l’eau du lac est extrêmement pauvre en matières visibles, ce qui révèle sa teinte naturelle bleu-violet. Cette couleur n’a rien à voir avec les changements chimiques spectaculaires des lacs colorés du mont Kelimutu : ici, la magie vient surtout de la pureté optique de l’eau.
Cette transparence a été étudiée par des chercheurs néo-zélandais, notamment Mark Gall, Rob Davies-Colley et Rob Merrilees, avec l’appui du NIWA, l’institut national néo-zélandais de recherche sur l’eau et l’atmosphère. Leurs mesures ont confirmé que Rotomairewhenua fait partie des masses d’eau douce naturelles les plus claires jamais signalées.
Une visibilité proche de celle de l’eau pure
Pour mesurer cette clarté, les chercheurs ont notamment utilisé un disque noir d’un mètre de diamètre immergé dans le lac. En s’éloignant progressivement, ils ont observé la distance à laquelle le disque disparaissait complètement. Cette méthode permet d’évaluer la visibilité horizontale sous l’eau.
Les résultats sont impressionnants : la visibilité est régulièrement supérieure à 70 mètres, et elle peut approcher celle de l’eau pure. Le lac Te Waikoropupū, précédent détenteur d’un record de clarté en Nouvelle-Zélande, affichait environ 63 mètres de visibilité. Rotomairewhenua va donc encore plus loin dans la catégorie “on voit tout, même la mauvaise idée de poser un pied dedans”.
Le sujet rejoint naturellement ces endroits aux eaux incroyablement limpides, avec une différence importante : ici, on regarde, on respecte, mais on ne se baigne pas.
Un lac sacré pour les Ngāti Apa ki te Rā Tō
Rotomairewhenua n’est pas seulement un beau lac de montagne. C’est aussi un lieu à forte signification culturelle pour les Māori, en particulier les Ngāti Apa ki te Rā Tō. Son nom est généralement traduit par “le lac des terres paisibles”.
Selon les traditions rapportées par le NIWA, le lac était associé à des cérémonies destinées à nettoyer les ossements des défunts et à libérer les esprits pour leur voyage vers Hawaiki. Rotomairewhenua était lié aux hommes, tandis que Rotopōhueroa / Lake Constance était associé aux femmes.
Cette dimension sacrée rappelle que certains paysages naturels ne sont pas de simples décors de carte postale. En Nouvelle-Zélande, d’autres lieux portent eux aussi des récits anciens, comme les étranges boules rocheuses de Moeraki, accompagnées de légendes māories.
Pourquoi il ne faut pas toucher l’eau
Le Department of Conservation néo-zélandais demande aux visiteurs de ne pas toucher l’eau de Rotomairewhenua / Blue Lake. Il ne faut pas s’y baigner, ne pas y laver de vêtements ou de vaisselle, ne pas prélever d’eau et ne pas y mettre d’équipement.
Ces règles servent à respecter le caractère sacré du lac et à préserver sa pureté. Une eau aussi claire est aussi une eau très sensible : quelques particules, produits ou contaminations peuvent avoir un impact. Ici, la meilleure photo est donc celle que l’on prend depuis le bord, sans transformer le lac en pédiluve international.
Ses eaux sont froides, généralement autour de 5 à 8 °C. Même sans interdiction, cela calmerait déjà pas mal d’élans de baignade héroïque.
Un lac en forme de boomerang dans les montagnes
Rotomairewhenua est un petit lac de montagne, souvent décrit comme ayant une forme de boomerang. Il se trouve dans un environnement alpin isolé, au cœur du parc national des lacs Nelson.
Ce n’est pas un site accessible en voiture pour une halte de dix minutes entre deux cafés. On y accède généralement lors d’une randonnée de plusieurs jours, notamment via le Travers-Sabine Circuit. La Blue Lake Hut, située à proximité, dispose de 16 couchettes pour les randonneurs, mais l’accès demande préparation, météo correcte et respect strict des consignes locales.
À l’opposé chromatique, la rivière Ruki, considérée comme l’une des rivières les plus sombres du monde, montre qu’une eau naturelle peut raconter des histoires très différentes selon sa composition, sa végétation environnante et les matières qu’elle transporte.
Vidéo de Rotomairewhenua / Blue Lake
En 2013, le photographe et reporter danois Klaus Thymann a obtenu une autorisation exceptionnelle des Māori et du NIWA pour réaliser des images de Rotomairewhenua / Blue Lake.
Voici la vidéo de son expédition dans ce lac à l’eau parmi les plus claires du monde :
Situer Rotomairewhenua / Blue Lake
Les coordonnées GPS de Rotomairewhenua / Blue Lake sont environ :
Décimal : -42.058348, 172.657064
DMS : 42°03′30.1″S, 172°39′25.4″E
Voici sa position sur Google Maps :
Dans la famille des lacs extrêmes, découvrez également le lac Gaet’ale, qui contient l’une des eaux les plus salées du monde, ou encore le lac Roopkund, le fameux lac des squelettes en Inde. Là encore, la nature rappelle qu’elle a un vrai goût pour les ambiances très contrastées.
Sources pour aller plus loin
• NIWA — Blue Lake, a New Zealand treasure : mesures de visibilité et clarté de l’eau
• Limnology and Oceanography — Exceptional visual clarity and optical purity in a sub-alpine lake
• Department of Conservation — Blue Lake Hut, accès et consignes de respect du lac
• Nelson Tasman — Rotomairewhenua / Blue Lake, guide touristique régional
• LINZ Gazetteer — Rotomairewhenua / Blue Lake, nom officiel du lac
Un autre lac à la forme remarquable : le lac Toyoni, un vrai lac en forme de cœur.



