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Les cénotes du Yucatán : formation, histoire et sites remarquables du Mexique

Les cénotes du Yucatán comptent parmi les paysages naturels les plus caractéristiques du Mexique. Ces ouvertures dans le sol calcaire donnent accès à des nappes, des grottes et parfois d’immenses réseaux souterrains inondés. Certains ressemblent à des piscines ouvertes au milieu de la végétation ; d’autres se cachent dans des cavernes où un simple rayon de soleil suffit à éclairer une eau étonnamment claire.

On en trouve dans toute la péninsule du Yucatán, qui comprend les États mexicains du Yucatán, du Quintana Roo et de Campeche. Ils ont servi de ressources en eau essentielles aux populations mayas, ont parfois eu une fonction rituelle et constituent aujourd’hui à la fois des sites de baignade, des terrains d’exploration et de précieux témoins géologiques et archéologiques.

Cénote Ik Kil près de Chichén Itzá dans le Yucatán
Le cénote Ik Kil, près de Chichén Itzá, offre l’image classique du cénote ouvert entouré de végétation. Crédit photo Laredawg (CC BY-SA 4.0).

À retenir

  • Un cénote est une ouverture naturelle dans un terrain calcaire donnant accès à une cavité ou à une nappe souterraine.
  • La péninsule du Yucatán en possède plusieurs milliers en raison de son immense sous-sol karstique.
  • Une partie des cénotes du nord du Yucatán dessine un spectaculaire anneau autour du cratère enfoui de Chicxulub.
  • Les Mayas utilisaient les cénotes pour l’approvisionnement en eau ; certains avaient aussi une fonction sacrée, funéraire ou rituelle.
  • Ik Kil, Suytun, X’kekén, Zací, Gran Cenote, Dos Ojos ou Oxman montrent à quel point ces formations peuvent prendre des aspects différents.
  • Les cénotes appartiennent à un aquifère fragile : leur fréquentation implique quelques règles simples pour éviter de polluer l’eau.

Qu’est-ce qu’un cénote ?

Le mot espagnol cenote vient du maya yucatèque ts’ono’ot. Il désigne ces ouvertures naturelles qui mettent en communication la surface avec les eaux souterraines.

Le Yucatán est essentiellement constitué de roches calcaires très perméables. L’eau de pluie s’infiltre donc facilement dans le sol au lieu de former de grands réseaux de rivières en surface.

Chargée naturellement en dioxyde de carbone, cette eau légèrement acide dissout peu à peu le carbonate de calcium. Les fissures s’élargissent, deviennent des conduits puis des grottes. Lorsque le plafond d’une cavité s’affaisse partiellement ou totalement, l’eau souterraine apparaît au fond : le cénote devient visible depuis la surface.

Le processus ne s’est donc pas produit brutalement il y a 10 000 ans, contrairement à ce qu’on peut lire parfois. La formation des cénotes résulte d’une longue évolution du karst, influencée notamment par la circulation de l’eau et les variations du niveau marin.

Dans les secteurs proches des côtes, l’eau douce peut également rencontrer l’eau salée provenant de la mer. La zone de séparation, appelée halocline, joue elle-même un rôle important dans la dissolution du calcaire.

On retrouve ailleurs dans le monde des paysages karstiques comparables, comme à Los Tres Ojos en République dominicaine, mais leur abondance dans la péninsule du Yucatán donne au phénomène une dimension exceptionnelle.

Pourquoi y a-t-il autant de cénotes dans le Yucatán ?

Le sous-sol de la péninsule ressemble à un gigantesque gruyère calcaire parcouru de fractures, de cavernes et de conduits souterrains. La pluie s’y infiltre rapidement et alimente un vaste aquifère.

Les explorations spéléologiques et les plongées ont révélé des centaines de kilomètres de galeries noyées. Certaines entrées que l’on visite comme des cénotes apparemment indépendants débouchent ainsi sur des réseaux beaucoup plus vastes.

Les chiffres varient au fur et à mesure des inventaires et des découvertes. En 2019, le gouvernement du Yucatán estimait à environ 3 000 le nombre de cénotes dans le seul État du Yucatán et à environ 10 000 dans l’ensemble de la péninsule, en incluant Campeche et Quintana Roo.

Mais leur répartition réserve une surprise encore plus étonnante.

L’anneau de cénotes dessine le cratère de Chicxulub

Dans le nord du Yucatán, des centaines de cénotes forment une large structure semi-circulaire connue sous le nom d’anneau des cénotes.

Sous plusieurs centaines de mètres de sédiments se trouve le cratère de Chicxulub, formé il y a environ 66 millions d’années par l’impact d’un astéroïde associé à la grande extinction de la fin du Crétacé.

Le cratère lui-même n’est pratiquement plus visible dans le paysage. Pourtant, son empreinte demeure perceptible grâce à la géologie et à la disposition des cénotes.

L’impact n’a évidemment pas creusé directement les puits que l’on visite aujourd’hui. Il a cependant profondément fracturé et modifié les roches. Ces structures ont ensuite influencé la circulation de l’eau et la dissolution du calcaire.

L’UNESCO décrit ainsi un anneau d’environ 180 kilomètres de diamètre correspondant aux marges sud de cette gigantesque structure enfouie.

Autrement dit, certains des paisibles bassins turquoise du Yucatán tracent encore aujourd’hui, à la surface, le contour d’une catastrophe survenue bien avant l’apparition de l’être humain.

Carte du cratère de Chicxulub sous la péninsule du Yucatán


Carte de la péninsule du Yucatán montrant la structure enfouie du cratère de Chicxulub, autour de laquelle s’organise une partie de l’anneau des cénotes. Image NASA/JPL-Caltech modifiée par David Fuchs, via Wikimedia Commons (domaine public).

Les cénotes étaient indispensables aux Mayas

Dans une grande partie du nord de la péninsule, l’absence de grands cours d’eau superficiels rendait l’accès aux eaux souterraines indispensable. Les cénotes fournissaient donc une ressource vitale aux communautés mayas.

Mais leur rôle ne se limitait pas à celui de puits naturels.

Les recherches archéologiques montrent que grottes et cénotes pouvaient aussi être associés à l’inframonde dans la cosmologie maya, à la mort, à la vie et à la renaissance. Des offrandes, des céramiques et des restes humains ont été retrouvés dans plusieurs cavités.

Cela ne signifie pas pour autant que tous les cénotes servaient aux sacrifices humains.

Le cas le plus célèbre est le Cenote Sagrado de Chichén Itzá. L’Institut national d’anthropologie et d’histoire du Mexique indique que ce vaste puits naturel, d’environ 60 mètres de diamètre et jusqu’à 13,5 mètres de profondeur, a notamment été utilisé dans le cadre de sacrifices.

Chichén Itzá possédait également d’autres points d’eau, dont le cénote Xtoloc. La distinction rappelle que les usages des cénotes pouvaient être à la fois pratiques, sociaux et religieux.

Cenote Sagrado de Chichén Itzá dans le Yucatán
Le Cenote Sagrado de Chichén Itzá, l’un des cénotes mayas les mieux documentés sur le plan archéologique. Photo Altairisfar (domaine public).

Le sous-sol de la péninsule constitue d’ailleurs encore un important terrain d’étude pour l’archéologie subaquatique. Des grottes aujourd’hui noyées ont conservé des vestiges humains, animaux et culturels beaucoup plus anciens que les villes mayas elles-mêmes.

Voici un documentaire d’INAH TV consacré aux cénotes du Yucatán et du Quintana Roo, à leur archéologie et aux découvertes réalisées sous l’eau :

Il existe plusieurs types de cénotes

Tous les cénotes ne ressemblent pas au grand puits ouvert d’Ik Kil.

Le gouvernement du Yucatán distingue traditionnellement quatre grandes formes morphologiques.

Les cénotes de type « cruche » possèdent une ouverture relativement étroite qui débouche sur une cavité beaucoup plus vaste. Les cénotes ouverts ont perdu une grande partie ou la totalité de leur voûte et présentent souvent des parois presque verticales.

Les cénotes dits anciens sont encore davantage ouverts par l’érosion et l’effondrement progressif du toit. Enfin, les cénotes en caverne restent principalement souterrains et s’atteignent par une ouverture latérale ou une cavité.

Cette diversité explique l’aspect radicalement différent des sites touristiques de la péninsule.

Quelques cénotes remarquables de la péninsule du Yucatán

Ik Kil, le grand cénote ouvert près de Chichén Itzá

Ik Kil se trouve à quelques kilomètres de Chichén Itzá. Son large puits à ciel ouvert, ses parois verticales couvertes de végétation et les longues racines qui descendent vers l’eau en ont fait l’une des images les plus reconnaissables des cénotes mexicains.

Il illustre parfaitement un cénote dont la voûte s’est largement effondrée.

Les cénotes du Yucatan, cénote Ik Kil


Cénote Ik Kil. Crédit photo Guillaume Capron (CC BY-SA 2.0).

Suytun et son célèbre rayon de lumière

À proximité de Valladolid, Suytun offre une ambiance complètement différente.

La cavité reste largement fermée, mais une petite ouverture dans son plafond laisse entrer la lumière naturelle. Lorsque la position du soleil et les conditions atmosphériques sont favorables, un rayon de lumière descend dans la caverne et vient éclairer l’eau et la plateforme circulaire aménagée au centre.

Ce jeu de lumière explique en bonne partie la notoriété actuelle du cénote.

Intérieur du cénote Suytun près de Valladolid au Yucatán"
L’intérieur du cénote Suytun, près de Valladolid. Crédit photo crédit photo David Stanley (CC BY 2.0).

X’kekén, un cénote presque entièrement souterrain

Également proche de Valladolid, à Dzitnup, X’kekén montre l’autre visage des cénotes du Yucatán.

Ici, on descend dans une véritable caverne. Stalactites, parois calcaires et lumière provenant de quelques ouvertures entourent le bassin souterrain.

Ce type d’environnement rappelle que les cénotes visibles en surface ne sont parfois que les portes d’entrée d’un monde beaucoup plus vaste.

Cénote X'kekén dans une caverne près de Valladolid
Le cénote X’kekén à Dzitnup, près de Valladolid. Crédit photo Haakon S. Krohn (CC BY 4.0).

Zací, un cénote presque au cœur de Valladolid

Pas besoin de s’enfoncer profondément dans la jungle pour voir un cénote. Zací se trouve à Valladolid même, ce qui constitue une situation assez inhabituelle pour un bassin naturel de cette taille.

Sa vaste cavité partiellement ouverte permet de voir simultanément la végétation extérieure, les parois calcaires et l’eau située en contrebas.

Cénote Zací au cœur de Valladolid dans le Yucatán
Le cénote Zací à Valladolid. Crédit photo Haakon S. Krohn (CC BY 4.0).

Gran Cenote et le monde souterrain de Tulum

En se déplaçant vers le Quintana Roo, près de Tulum, on pénètre dans une région parcourue par d’immenses réseaux de cavités noyées.

Gran Cenote est l’une des entrées associées au système souterrain de Sac Actun. Ses eaux claires, ses cavités et ses parties ouvertes en font un site bien adapté pour comprendre la continuité entre bassin extérieur et grottes inondées.

Ce secteur de la péninsule abrite également une étonnante grotte où des serpents chassent des chauves-souris, preuve que les cavités du Yucatán ne se limitent pas à de jolies piscines turquoise.

Gran Cenote près de Tulum dans le Quintana Roo


Gran Cenote près de Tulum, dans l’État du Quintana Roo. Crédit photo dronepicr (CC BY 2.0).

Dos Ojos, deux ouvertures sur un immense réseau noyé

Le nom Dos Ojos, « deux yeux », vient de deux ouvertures voisines donnant accès au même environnement souterrain.

Le secteur est particulièrement connu des plongeurs et des spéléologues. Sous la surface, galeries, concrétions calcaires et passages noyés donnent une tout autre dimension au mot « cénote ».

Une photo récente de Diego Delso permet d’ailleurs de mieux saisir ce paysage sous-marin que les anciennes images de l’article.

Cénote Dos Ojos et ses formations calcaires sous-marines au Mexique
Dos Ojos et son environnement souterrain dans le Quintana Roo. Crédit photo Diego Delso (CC BY-SA 4.0).

Oxman, végétation suspendue et baignade près de Valladolid

Au sud de Valladolid, le cénote de l’Hacienda San Lorenzo Oxman combine un grand puits ouvert, des parois calcaires et de longues racines qui descendent vers l’eau.

Il montre particulièrement bien la façon dont la végétation recolonise les parois après l’effondrement de la voûte.

Baignade dans le cénote Oxman près de Valladolid au Yucatán
Le cénote Oxman, au sud de Valladolid. Crédit photo Bernard DUPONT (CC BY-SA 2.0).

Río Secreto n’est pas vraiment un simple cénote

Le site, situé près de Playa del Carmen, correspond plutôt à un réseau de grottes calcaires semi-inondées. La distinction mérite d’être faite : dans la péninsule du Yucatán, le terme « cénote » désigne souvent une ouverture ou un bassin donnant accès à un système souterrain beaucoup plus complexe.

Stalactites et stalagmites rappellent alors davantage une grotte classique, comme l’extraordinaire grotte aux cristaux géants de Naica, même si les mécanismes géologiques et l’environnement sont très différents.

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Río Secreto. Crédit photo PriceTravel pictures (CC BY-SA 2.0).

Peut-on se baigner dans les cénotes du Yucatán ?

Oui, de nombreux cénotes aménagés autorisent la baignade ou le snorkeling, mais ce n’est pas une règle générale.

Certains sont avant tout des sites archéologiques, d’autres sont réservés à des visites guidées ou à des activités spécifiques. Les modalités d’accès, horaires, tarifs et équipements obligatoires peuvent également changer.

Pour préserver la qualité de l’eau, les autorités du Yucatán recommandent notamment de se doucher avant d’entrer dans un cénote, en particulier après avoir appliqué crème solaire, répulsif, parfum ou produits cosmétiques.

Le gilet de sauvetage est obligatoire dans certains sites et fortement recommandé pour les personnes peu à l’aise dans l’eau. Il ne faut évidemment pas toucher ou casser stalactites et stalagmites, ni s’aventurer dans des galeries noyées sans formation spécifique : la plongée en grotte est une discipline technique très différente d’une simple baignade avec masque et tuba.

Avant une visite, mieux vaut vérifier les conditions du site choisi plutôt que de se fier à un ancien tarif ou horaire trouvé au hasard sur internet.

Ces baignades naturelles ne sont d’ailleurs pas propres au Mexique. Au Brésil, les étonnants fervedouros du parc Jalapão offrent eux aussi des bassins naturels alimentés par les eaux souterraines, mais selon un mécanisme très différent : l’eau remonte sous pression à travers le sable et donne aux baigneurs une étonnante sensation de flottabilité.

Cénote San Lorenzo Oxman


Cénote San Lorenzo Oxman. crédit Andrea Schaffer (CC BY 2.0)

Des réserves d’eau particulièrement fragiles

Les cénotes ne sont pas des bassins isolés.

Ils constituent les fenêtres visibles d’un système hydrologique souterrain interconnecté. Les polluants déposés à la surface peuvent donc pénétrer rapidement dans le sous-sol calcaire et circuler avec l’eau.

Cette vulnérabilité explique l’importance des règles concernant les produits corporels, les déchets et l’aménagement des sites touristiques.

Elle explique également pourquoi la protection des cénotes dépasse largement la conservation d’un joli paysage : il s’agit aussi de préserver une partie essentielle des ressources en eau douce du Yucatán.

La péninsule offre d’ailleurs d’autres paysages où l’eau et la géologie produisent des couleurs inattendues, comme les étonnantes eaux roses de Las Coloradas, mais les cénotes restent sans doute son univers le plus secret : une grande partie du paysage se trouve littéralement sous les pieds des visiteurs.

Sources pour aller plus loin

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