Oui, les araignées muent. Et le processus est autrement plus spectaculaire qu’un simple changement de « peau » : pour grandir, l’animal doit littéralement extraire son corps, ses chélicères, ses pédipalpes et ses huit pattes de son ancien exosquelette.
La vidéo ci-dessus montre une araignée de la famille des Sparassidae, les araignées Huntsman ou araignées-chasseuses, suspendue pendant cette opération délicate. Une fois libérée, elle porte un nouvel exosquelette encore souple qui doit s’étendre puis durcir avant qu’elle retrouve toutes ses capacités.
Une araignée en train de s’extraire de son ancien exosquelette pendant sa croissance. Crédit Photo Jonfr (CC BY-SA 3.0).
À retenir
- Les araignées doivent muer pour grandir, car leur exosquelette rigide ne peut pas s’agrandir avec leur corps.
- La mue proprement dite porte le nom d’ecdysis.
- L’enveloppe vide abandonnée après la mue est appelée une exuvie.
- L’araignée utilise la pression de son hémolymphe pour faciliter l’ouverture de son ancien exosquelette et l’expansion du nouveau.
- Juste après la mue, le nouvel exosquelette est encore mou : l’araignée est alors particulièrement vulnérable.
- Les jeunes araignées muent plusieurs fois pendant leur croissance.
- Certaines araignées peuvent régénérer une patte perdue lors de mues suivantes.
- Une « araignée morte » retrouvée dans une maison peut parfois n’être qu’une exuvie parfaitement vide.
Pourquoi les araignées doivent-elles muer ?
Les araignées sont des arthropodes. Elles ne possèdent pas de squelette interne comme les mammifères, mais une enveloppe externe rigide : l’exosquelette.
Cette armure protège le corps, fournit des points d’ancrage aux muscles et participe au maintien de l’animal. Elle présente néanmoins un léger défaut de conception : une fois durcie, elle ne peut pratiquement plus s’étendre.
Une jeune araignée qui grandit finit donc par se retrouver à l’étroit dans sa propre enveloppe.
Avant la mue, une nouvelle cuticule se développe sous l’ancienne. L’araignée peut réduire son activité, cesser momentanément de s’alimenter et rechercher un endroit protégé. Lorsque le nouveau revêtement est prêt, elle commence l’ecdysis et abandonne progressivement l’ancien.
Pour mieux comprendre tout ce qu’elle doit réussir à extraire de cette enveloppe, l’anatomie des araignées révèle un équipement assez impressionnant : huit pattes, chélicères, pédipalpes, filières et plusieurs organes sensoriels. Sortir tout cela sans coincer une pièce relève d’une opération biologique plutôt bien rodée.
Comment une araignée fait-elle pour muer ?
La scène ressemble presque à une naissance à l’envers.
Avant l’ecdysis, l’épiderme s’est séparé de l’ancien exosquelette et une nouvelle enveloppe s’est formée dessous, encore plissée et souple.
Au moment de la mue, une importante quantité d’hémolymphe est déplacée de l’abdomen vers le céphalothorax. Cette augmentation de pression contribue à ouvrir l’ancienne carapace.
L’araignée peut alors commencer son extraction.
Elle dégage successivement ses chélicères, ses pédipalpes et ses huit pattes de l’ancienne enveloppe. Les longues pattes constituent évidemment une partie délicate de l’opération : il faut les retirer de gaines qui épousent leur forme presque comme huit pantalons beaucoup trop serrés.
Une fois sortie, l’araignée utilise encore la pression interne pour déployer et étendre le nouvel exosquelette avant son durcissement.
La dépouille reste sur place. Elle reproduit parfois si fidèlement l’apparence de l’animal que l’on pourrait croire à la présence d’une seconde araignée.
Une mygale à genoux blancs du Brésil (Acanthoscurria geniculata) pendant sa mue. Crédit Photo Aaron Goodwin (CC BY-SA 3.0).
Pourquoi la mue est-elle dangereuse pour une araignée ?
Pendant quelques instants, toute cette belle mécanique laisse l’araignée dans une situation assez peu enviable.
Elle doit terminer son extraction sans qu’une patte ou un autre appendice reste coincé. Après sa sortie, son nouvel exosquelette reste temporairement très souple. Les pattes, les chélicères et même les crochets n’ont pas encore retrouvé leur rigidité habituelle.
L’animal est donc moins mobile et beaucoup moins capable de se défendre.
C’est pourquoi les araignées recherchent généralement un emplacement protégé avant de muer. Certaines s’abritent dans un terrier ou un refuge de soie, tandis que d’autres peuvent se suspendre à un fil, comme l’araignée Huntsman de la vidéo.
La soie des araignées sert d’ailleurs à beaucoup plus de choses qu’à fabriquer des pièges. Elle permet de créer des refuges, des cocons, des fils de sécurité ou des structures parfois beaucoup plus élaborées, comme l’étrange « Silkhenge » construit autour d’un cocon d’araignée.
Une mue qui tourne mal peut être fatale. Si un appendice reste emprisonné et que le nouvel exosquelette commence à durcir dans une mauvaise position, l’araignée peut rester déformée ou perdre le membre concerné.
Est-ce que toutes les araignées muent ?
Oui, toutes les araignées muent pendant leur croissance.
La fréquence est cependant beaucoup plus élevée chez les jeunes. Chaque mue correspond à un nouveau stade de développement et permet une augmentation de taille.
Chez la majorité des araignées aranéomorphes, les mues s’arrêtent lorsque l’animal atteint la maturité sexuelle.
Les mygalomorphes présentent une situation différente. Les femelles adultes de nombreuses espèces de mygales peuvent continuer à muer après leur maturité, parfois pendant de nombreuses années. Les mâles adultes cessent généralement de le faire.
Ce phénomène concerne donc également les araignées aux dimensions les plus impressionnantes. la mygale Goliath, qui peut atteindre près de 30 cm d’envergure, est elle aussi passée à plusieurs reprises par cette opération plutôt délicate avant d’atteindre un tel gabarit.
Une araignée peut-elle faire repousser une patte pendant une mue ?
C’est l’un des effets les plus étonnants de cette succession de mues.
Une araignée encore capable de muer peut régénérer tout ou partie d’une patte perdue.
Les araignées peuvent perdre un membre lors d’une attaque, d’un accident ou par autotomie, c’est-à-dire en abandonnant volontairement une patte pour échapper à un prédateur.
La régénération apparaît lors d’une mue suivante. La nouvelle patte peut d’abord être plus courte ou plus fine que les autres, puis retrouver progressivement des dimensions plus normales au cours de mues ultérieures.
Des travaux réalisés notamment sur des araignées-loups et sur la Huntsman Heteropoda venatoria montrent toutefois que cette reconstruction n’est pas gratuite : elle peut influencer la croissance, l’intervalle entre les mues ou la condition de l’animal.
Une araignée adulte qui ne mue plus ne dispose évidemment plus de ce mécanisme pour reconstruire entièrement un membre.
Comment reconnaître une mue d’araignée dans une maison ?
Une exuvie peut provoquer un petit moment de confusion.
Vous trouvez dans un coin, derrière un meuble, dans une cave ou près d’une toile ce qui ressemble à une araignée parfaitement intacte mais desséchée. En regardant de plus près, vous découvrez parfois qu’elle est totalement creuse.
Il ne s’agit alors pas du cadavre de l’araignée, mais de son ancien exosquelette.
Une exuvie présente généralement plusieurs indices :
- elle semble très légère et vide ;
- les pattes sont creuses ;
- une ouverture ou une déchirure est visible au niveau du céphalothorax ;
- elle peut rester suspendue à des fils de soie ;
- son aspect peut être plus pâle ou translucide que celui d’une araignée vivante.
Et il y a une petite conséquence psychologique à cette découverte : si l’exuvie est là, l’araignée qui se trouvait dedans est probablement repartie… légèrement plus grande.
Une exuvie d’araignée retrouvée encore accrochée à des fils : elle peut facilement être confondue avec une araignée morte. Crédit Photo NobbiP (CC BY-SA 3.0).
Le principe de l’exuvie n’est évidemment pas réservé aux araignées. Chez certains arthropodes, l’ancienne enveloppe devient même un accessoire : la chenille d’Uraba lugens empile sur sa tête les capsules abandonnées lors de ses mues précédentes. Une manière assez inventive de transformer ses vieux vêtements en chapeau.
FAQ sur la mue des araignées
Combien de fois une araignée mue-t-elle ?
Il n’existe pas un nombre unique valable pour toutes les espèces. Les jeunes araignées muent plusieurs fois avant d’atteindre leur taille adulte, et le nombre de stades varie selon l’espèce, le sexe, l’alimentation et les conditions de développement. Les jeunes mygales peuvent par exemple muer plusieurs fois pendant leurs premières années.
Combien de temps dure une mue d’araignée ?
La durée varie fortement selon la taille et l’espèce. L’extraction proprement dite peut durer de quelques dizaines de minutes à plusieurs heures chez les grandes araignées. Le processus ne se termine toutefois pas dès la sortie de l’exuvie : le nouvel exosquelette doit ensuite durcir, période pendant laquelle l’araignée reste vulnérable.
Est-ce qu’une araignée peut mourir pendant sa mue ?
Oui. La mue constitue une phase risquée. Une araignée peut rencontrer des difficultés à sortir complètement de son ancien exosquelette, rester coincée ou subir une attaque alors que sa nouvelle enveloppe est encore molle.
Pourquoi trouve-t-on des mues d’araignées dans les maisons ?
Les araignées recherchent volontiers des endroits calmes et protégés pour muer. Une fissure, un garage, une cave, un grenier ou l’arrière d’un meuble peuvent offrir ce type de refuge. Une exuvie trouvée dans une maison indique simplement qu’une araignée y a effectué une mue.
Une mue d’araignée est-elle dangereuse ?
Non. Une exuvie est uniquement l’ancien exosquelette abandonné de l’animal. Elle ne peut évidemment ni mordre ni se déplacer. Elle peut être retirée comme n’importe quel petit débris.
La mue rend-elle l’araignée immédiatement plus grande ?
Oui, mais pas parce qu’elle pousse brutalement pendant l’extraction. Le nouvel exosquelette préparé sous l’ancien est souple et plissé. Après la mue, l’araignée utilise la pression de ses fluides internes pour l’étendre avant qu’il ne durcisse. Elle dispose alors d’un volume corporel supérieur à celui permis par son ancienne enveloppe.
Sources pour aller plus loin
- YouTube – Huntsman Spider | Molting, vidéo utilisée dans l’article
- Cornell University Library – Growing Spiders : mue, exuvie, hémolymphe et régénération
- Australian Museum – Huntsman Spiders, famille Sparassidae et développement
- San Diego Zoo – croissance et mue des mygales
- Canadian Journal of Zoology – conséquences de la perte et de la régénération des pattes chez une araignée-loup
- Oregon Zoo – mue et régénération des pattes chez les mygales



la musique qui essaie de montrer cela sous un jour mignon lol
Oui, elle essaie 😀