La Tatra 97 est une petite voiture tchécoslovaque des années 1930 dont la ressemblance avec la célèbre Volkswagen Coccinelle est frappante. Carrosserie arrondie, moteur à l’arrière, refroidissement par air : les similitudes sont si nombreuses que Volkswagen a longtemps été accusé de s’être largement inspiré des innovations de Tatra. Une controverse qui a même débouché sur un litige concernant des brevets automobiles.
Produite à Kopřivnice, en Moravie, entre 1936 et 1939, la Tatra T97 était pourtant bien plus qu’une simple curiosité automobile. Avec son moteur quatre cylindres à plat, sa carrosserie aérodynamique et sa conception avancée pour l’époque, elle représentait une alternative moderne aux berlines traditionnelles. Mais la Seconde Guerre mondiale a brutalement interrompu sa carrière, alors que la Volkswagen allait connaître un succès mondial.
La Tatra T97, une automobile tchécoslovaque des années 1930 dont la silhouette rappelle celle de la Volkswagen Coccinelle. Crédit photo dave_7 (CC BY-SA 2.0).
À retenir
- La Tatra 97 (ou Tatra T97) a été produite entre 1936 et 1939 à Kopřivnice, en Tchécoslovaquie.
- Elle possédait un moteur arrière quatre cylindres à plat de 1 749 cm³, refroidi par air, développant 40 chevaux.
- Seulement 508 exemplaires ont été fabriqués, avec une vitesse maximale d’environ 125 km/h.
- Sa conception présentait des similitudes importantes avec celle de la future Volkswagen Coccinelle.
- Le différend entre Tatra et Volkswagen portait notamment sur des brevets techniques et s’est terminé par un règlement financier dans les années 1960.
- La production a été interrompue en 1939, dans le contexte de l’occupation allemande de la Tchécoslovaquie.
La Tatra 97, une petite voiture aérodynamique en avance sur son époque
La Tatra 97 complétait une gamme qui comportait déjà deux automobiles particulièrement novatrices : la Tatra 77, lancée en 1934, et la Tatra 87, apparue en 1936.
Ces trois modèles partageaient une philosophie technique peu commune : une carrosserie aérodynamique de berline à quatre portes, un moteur placé à l’arrière et un refroidissement par air.
L’objectif était de réduire la résistance aérodynamique et d’améliorer les performances sans devoir installer des moteurs toujours plus puissants.
La Tatra 77 et la Tatra 87 utilisaient des moteurs V8 refroidis par air. Plus compacte et moins coûteuse, la Tatra 97 recevait quant à elle un quatre cylindres à plat de 1 749 cm³ développant 40 chevaux.
Cette mécanique entraînait les roues arrière par l’intermédiaire d’une boîte manuelle à quatre rapports.
Grâce à son profilage, la voiture pouvait atteindre environ 125 km/h, une vitesse remarquable pour une petite berline de la fin des années 1930.
La carrosserie profilée de la Tatra 97, conçue pour limiter la résistance de l’air. Crédit photo dave_7 (CC BY-SA 2.0).
Quelles différences avec les Tatra 77 et Tatra 87 ?
La Tatra 97 ne se distinguait pas uniquement par son moteur plus modeste.
Elle possédait également deux phares avant, contre trois sur les grandes Tatra 77 et 87, et un pare-brise constitué d’une seule vitre plate.
Les modèles plus imposants utilisaient un vitrage avant en plusieurs parties.
Autre différence visible : la Tatra 97 était plus courte et présentait une surface vitrée latérale moins importante que celle de la Tatra 87.
Ces choix donnaient à la petite berline une silhouette plus simple, moins spectaculaire que celle de ses grandes sœurs, mais également plus proche de l’automobile familiale que Volkswagen allait développer.
Le projet de la T97 a été finalisé par Erich Ledwinka, fils de l’ingénieur Hans Ledwinka, tandis que la voiture était développée parallèlement à la Tatra 87.
Pourquoi la Tatra 97 ressemble-t-elle autant à la Volkswagen Coccinelle ?
La comparaison entre la Tatra 97 et la Volkswagen Coccinelle ne se limite pas à leurs silhouettes arrondies.
Les deux automobiles présentent plusieurs caractéristiques techniques communes :
- Un moteur installé à l’arrière du véhicule.
- Un moteur refroidi par air, sans circuit classique de refroidissement liquide.
- Quatre cylindres disposés à plat.
- Des roues arrière motrices.
- Une carrosserie aux formes arrondies, étudiée pour améliorer l’aérodynamisme.
- Une conception privilégiant une architecture compacte et relativement simple.
Ces similitudes expliquent pourquoi la Tatra T97 est régulièrement présentée comme l’une des voitures ayant influencé le développement de la Volkswagen Type 1, plus connue sous le nom de Coccinelle.
Vue intérieure de la Tatra T97, dont les lignes et l’architecture technique ont alimenté les comparaisons avec la Volkswagen Coccinelle. Crédit photo dave_7 (CC BY-SA 2.0).
Il faut toutefois distinguer les ressemblances visuelles des emprunts techniques.
La Volkswagen n’était pas une reproduction pièce pour pièce de la Tatra 97. Ferdinand Porsche et son équipe avaient développé plusieurs prototypes de petites voitures à moteur arrière, tandis que Hans Ledwinka et les ingénieurs Tatra travaillaient depuis des années sur des architectures comparables.
Les deux constructeurs participaient ainsi à une même période d’expérimentation automobile, mais les similitudes étaient suffisamment importantes pour provoquer un véritable différend industriel.
Hans Ledwinka, Ferdinand Porsche et l’affaire des brevets
L’histoire de la Tatra 97 est étroitement liée à deux grands noms de l’automobile européenne : Hans Ledwinka et Ferdinand Porsche.
Hans Ledwinka a joué un rôle majeur dans les innovations techniques de Tatra, notamment autour des châssis à tube central, des moteurs refroidis par air et des carrosseries aérodynamiques.
Ferdinand Porsche travaillait de son côté au développement de la future Volkswagen, dans le cadre du projet allemand de voiture populaire soutenu par le régime nazi.
Les deux ingénieurs se connaissaient et leurs travaux présentaient des convergences techniques.
Tatra estimait que certaines solutions employées par Volkswagen portaient atteinte à ses brevets. Un contentieux a donc été engagé avant la guerre.
L’occupation allemande de la Tchécoslovaquie a ensuite interrompu les procédures.
Après la Seconde Guerre mondiale, les revendications ont repris et le différend a finalement abouti à un règlement financier entre Volkswagen et Tatra dans les années 1960.
Certaines sources historiques évoquent un accord de 3 millions de Deutsche Marks en 1961, tandis que d’autres indiquent des montants ou des dates différents.
Il est donc préférable de parler d’un règlement de litige portant sur des brevets plutôt que d’affirmer que Volkswagen a été condamné judiciairement pour plagiat en 1961.
Cette nuance n’efface pas le fond de l’affaire : les innovations de Tatra ont joué un rôle dans l’histoire technique de la Coccinelle, et Volkswagen a effectivement dû régler un différend lié à ces droits industriels.
La Tatra 97 et la recherche aérodynamique des années 1930
La Tatra 97 appartenait à une époque où les constructeurs expérimentaient de nouvelles formes de carrosseries.
Il ne s’agissait plus seulement de construire des voitures rapides en leur donnant des moteurs toujours plus gros. Certains ingénieurs cherchaient aussi à réduire l’énergie nécessaire pour traverser l’air.
D’autres automobiles contemporaines avaient déjà exploré cette voie, comme la Pierce-Arrow Silver Arrow de 1933, avec sa carrosserie avant-gardiste, ou la Delahaye Type 165, dont les courbes spectaculaires évoquaient l’Art déco.
Mais la démarche de Tatra était différente : elle associait une carrosserie profilée à une architecture mécanique originale, avec le moteur à l’arrière.
Une autre voiture allemande allait pousser l’expérience encore plus loin : la Schlörwagen de 1939, véritable laboratoire roulant de l’aérodynamique, dont la carrosserie en forme d’œuf affichait une résistance à l’air exceptionnellement faible.
Une Tatra 97 photographiée à Kopřivnice, ville historique du constructeur automobile tchèque. Crédit photo Pudelek (CC BY-SA 3.0).
La Tatra 97 représentait ainsi une tentative particulièrement aboutie de concilier les performances, l’efficacité aérodynamique et les besoins d’une automobile familiale.
Pourquoi la production de la Tatra 97 a-t-elle été arrêtée en 1939 ?
La carrière de la Tatra 97 a été brutalement interrompue par les événements politiques et militaires de la fin des années 1930.
La ville de Kopřivnice, où se trouvaient les usines Tatra, a été intégrée au territoire annexé par l’Allemagne nazie après les accords de Munich de 1938.
En mars 1939, l’occupation allemande du reste des territoires tchèques a encore renforcé le contrôle exercé sur l’industrie automobile de la région.
La production de la Tatra 97 a été arrêtée en 1939, alors que les autorités allemandes réorganisaient les activités industrielles et que Volkswagen préparait sa propre voiture populaire.
La guerre a donc mis fin à la fabrication d’un modèle encore récent.
Seulement 508 exemplaires de la Tatra T97 ont été produits entre 1936 et 1939.
Cette faible diffusion contraste avec l’histoire de la Volkswagen Coccinelle, qui deviendra après la guerre l’une des automobiles les plus fabriquées au monde.
Une Tatra T97 de 1938, modèle rare aujourd’hui recherché par les amateurs d’automobiles anciennes. Crédit photo Andrew Bone (CC BY 2.0).
La Tatra 97 a-t-elle aussi inspiré les Porsche ?
La question revient régulièrement lorsque l’on évoque les ressemblances entre Tatra et Volkswagen.
Ferdinand Porsche a participé à la conception de la Volkswagen Type 1. Les premières voitures de sport de la marque Porsche ont ensuite réutilisé plusieurs composants et principes mécaniques issus de la Coccinelle.
La Porsche 356 possédait notamment un moteur arrière refroidi par air et utilisait, dans ses premières versions, divers éléments provenant de Volkswagen.
Il existe donc une continuité technique entre les travaux automobiles de Ferdinand Porsche, la Volkswagen et les premières Porsche de sport.
Cela ne signifie cependant pas que la Porsche 911 serait directement dérivée de la Tatra 97.
La 911 possède sa propre histoire de développement et une architecture profondément retravaillée, même si elle conserve plusieurs principes caractéristiques des Porsche à moteur arrière.
L’influence de Tatra appartient à cette histoire industrielle complexe, mais elle ne permet pas de tracer une filiation mécanique directe entre la T97 et toutes les Porsche ultérieures.
La Tatra 97 face au succès mondial de la Coccinelle
La Tatra 97 n’a jamais eu l’occasion de connaître une longue carrière commerciale.
La Volkswagen Coccinelle, elle, a véritablement pris son essor après la guerre et s’est imposée dans de très nombreux pays grâce à une mécanique relativement simple, une production industrielle massive et une silhouette immédiatement reconnaissable.
Sa popularité a également donné naissance à une multitude de transformations parfois insolites.
Aux États-Unis, certains passionnés ont même transformé la petite Volkswagen en camping-car, comme le Super Bugger, une Coccinelle équipée d’une véritable cellule habitable.
La Tatra 97, de son côté, est devenue une pièce rare de l’histoire automobile, surtout connue pour son audace technique et pour le litige qui l’a opposée indirectement à la voiture allemande.
Une autre photographie de la Tatra T97 de 1938, représentative de l’architecture automobile développée par le constructeur tchécoslovaque. Crédit photo Andrew Bone (CC BY 2.0).
La Tatra 97 en vidéo
Les photographies permettent d’apprécier les proportions de la Tatra 97, mais les vidéos offrent une meilleure idée de sa silhouette et de sa présence sur la route.
Voici tout d’abord une présentation de cette petite automobile tchécoslovaque :
Et une seconde vidéo montrant la Tatra 97 en circulation :
Une petite voiture qui a marqué l’histoire de l’automobile
Avec ses 508 exemplaires, la Tatra 97 pourrait sembler n’être qu’une voiture tchécoslovaque ancienne parmi beaucoup d’autres.
Mais son histoire dépasse largement celle d’une petite berline des années 1930.
Elle illustre les recherches menées sur l’aérodynamisme et les moteurs arrière, les rivalités entre constructeurs européens et les conséquences de la Seconde Guerre mondiale sur l’industrie automobile.
Les ressemblances avec la Volkswagen Coccinelle ne sont pas une simple coïncidence esthétique : elles s’inscrivent dans une histoire technique et juridique suffisamment importante pour avoir donné lieu à un différend sur les brevets et à un règlement financier.
La Coccinelle a conquis le monde. La Tatra 97, elle, est restée rare. Mais cette petite tchèque avait déjà imaginé une bonne partie des solutions qui allaient marquer durablement l’automobile populaire.
Sources pour aller plus loin
- Lane Motor Museum — Tatra T97 de 1938, histoire et caractéristiques techniques
- Office allemand des brevets et des marques — Ferdinand Porsche, Tatra et les innovations automobiles
- Tatra 97 — Repères historiques et techniques






