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Le lac Mono en Californie, étrange « mer Morte » aux tours de tuf

Au pied du versant oriental de la Sierra Nevada, en Californie, le lac Mono — Mono Lake en anglais — semble parfois appartenir à une autre planète. Des tours calcaires émergent d’une eau extrêmement salée, deux îles volcaniques occupent son centre et, malgré son surnom historique de « mer Morte de Californie », des millions d’oiseaux utilisent chaque année cet écosystème hors norme.

Ce lac sans exutoire existe depuis plus d’un million d’années selon California State Parks. Il a pourtant failli être profondément dégradé au XXe siècle lorsque l’eau douce de ses principaux affluents a été détournée vers Los Angeles. La baisse spectaculaire du niveau a alors révélé les fameuses tufa towers, tout en bouleversant un milieu où vit notamment Artemia monica, une crevette saline endémique de Mono Lake.

Le lac Mono, à l’est de la Sierra Nevada en Californie, au coucher de soleil
Le lac Mono, à l’est de la Sierra Nevada en Californie, au coucher de soleil. Crédit photo Holzwerk (CC BY 2.0).

À retenir

  • Le lac Mono se trouve près de Lee Vining, à l’est de la Sierra Nevada et du parc national de Yosemite.
  • C’est un lac endoréique : aucune rivière n’en sort et l’eau disparaît principalement par évaporation, concentrant sels et minéraux.
  • Son eau est actuellement environ deux à deux fois et demie plus salée que celle de l’océan et fortement alcaline.
  • Les célèbres tours de tuf se forment sous l’eau, lorsque des sources riches en calcium rencontrent l’eau carbonatée du lac.
  • Mono Lake n’abrite pas de poissons, mais notamment la crevette endémique Artemia monica et d’immenses populations d’oiseaux.
  • Entre 1941 et 1982, le détournement de ses affluents vers Los Angeles a fait baisser le niveau d’environ 45 pieds, soit près de 14 mètres.

Un lac salé vieux de plus d’un million d’années

Mono Lake occupe le Mono Basin, près de la petite ville de Lee Vining et à environ 21 kilomètres à l’est de Yosemite. California State Parks estime sa superficie actuelle à environ 65 miles carrés, soit près de 170 km².

Le lac constitue le vestige d’une étendue d’eau beaucoup plus vaste du Pléistocène appelée Lake Russell. Les traces d’anciennes rives sont encore visibles bien au-dessus du niveau actuel.

Sa grande particularité est d’être un lac terminal ou endoréique. Les torrents descendant de la Sierra Nevada apportent de l’eau, des sels et différents minéraux, mais aucun cours d’eau ne quitte le bassin. L’eau s’évapore donc tandis que les substances dissoutes restent sur place.

Au fil des millénaires, cette grande casserole naturelle sans bonde a ainsi concentré ses minéraux. Mono Lake est aujourd’hui environ deux à deux fois et demie plus salé que l’océan selon les mesures et le niveau du lac.

Cela reste toutefois très loin de certains records. Le minuscule lac Gaet’ale en Éthiopie atteint une salinité autrement plus extrême.

ue aérienne du lac Mono en Californie avec les îles Negit et Paoha


Vue aérienne du lac Mono depuis le sud, avec Negit Island et Paoha Island. Crédit photo Dicklyon (CC BY 4.0).

Comment se forment les étranges tours de tuf de Mono Lake ?

Les silhouettes qui ont rendu le lac célèbre portent le nom de tufas ou tufa towers. Ces aiguilles, colonnes et monticules blanchâtres ne sont ni des stalagmites ordinaires ni des rochers sculptés directement par le vent.

Leur formation commence sous le fond du lac. Des sources d’eau douce chargées en calcium remontent à travers les sédiments et entrent en contact avec l’eau saline de Mono Lake, riche en carbonates.

La réaction chimique provoque alors la précipitation du carbonate de calcium, notamment sous forme de calcite ou d’aragonite. Les dépôts s’accumulent progressivement autour de la sortie de la source et finissent par édifier une tour.

Le détail essentiel est que les tufas de Mono Lake se construisent entièrement sous l’eau. Les structures aujourd’hui visibles ont été mises à nu lorsque le niveau du lac a baissé. Sous la surface, de nouveaux dépôts continuent d’ailleurs à se former autour de certaines résurgences.

Tours de tuf calcaire du lac Mono en Californie
Tours de tuf calcaire sur les rives de Mono Lake. Crédit photo CatalpaSpirit (CC BY-SA 4.0).

Ces formations ont un cousin particulièrement spectaculaire plus au sud de la Californie : les Trona Pinnacles, eux aussi constitués de tuf formé autrefois sous les eaux. À Trona, le lac a disparu ; à Mono Lake, une partie de la fabrique à tuf fonctionne encore.

Les très fragiles « châteaux extraterrestres » de sable

Toutes les concrétions de Mono Lake ne ressemblent pas aux grandes tours compactes photographiées à South Tufa.

Il existe aussi des formations beaucoup plus délicates appelées sand tufas. L’eau riche en calcium a cimenté localement les grains de sable en créant des structures fines, percées de cavités, qui peuvent prendre l’apparence de minuscules forteresses ou de sculptures extraterrestres.

Une fois exposés à l’air, ces tufas sableux commencent à s’éroder. Ils sont extrêmement fragiles et ne doivent pas être touchés.

Sand tufas fragiles sur les rives de Mono Lake en Californie


Des sand tufas, formations de sable cimenté particulièrement fragiles à Mono Lake. Crédit photo Jay Huang (CC BY 2.0).

Une « mer Morte » qui grouille pourtant de vie

Mono Lake ne contient aucun poisson. Son eau très saline et alcaline ne leur convient pas, mais qualifier le lac de biologiquement mort serait franchement injuste.

Son écosystème repose notamment sur les algues microscopiques, les mouches alcalines et une petite crevette saline : Artemia monica.

Cette espèce est endémique de Mono Lake. Les crevettes peuvent y apparaître en quantités considérables et constituent, avec les mouches, une ressource alimentaire essentielle pour les oiseaux migrateurs.

California State Parks estime que 1 à 2 millions d’oiseaux viennent chaque année se nourrir ou se reposer autour du lac. Grèbes, phalaropes et goélands de Californie profitent notamment de cette gigantesque cantine saline.

Artemia monica crevette saline endémique du lac Mono en Californie
Artemia monica, la petite crevette saline endémique de Mono Lake. Crédit photo djpmapleferryman (CC BY 2.0).

Ce fonctionnement rappelle que les lacs aux caractéristiques chimiques extrêmes ne sont pas nécessairement stériles. Le lac Hillier en Australie et son étonnante histoire de couleur rose offre un autre exemple de milieu hypersalin façonné par une biologie très particulière.

Des îles volcaniques vieilles de seulement quelques siècles

La chimie du lac n’est pas la seule bizarrerie géologique du secteur.

Ses deux grandes îles, Negit et Paoha, sont liées au volcanisme du Mono-Inyo volcanic field. L’US Geological Survey indique que les matériaux volcaniques visibles sur les îles ont des âges compris entre environ 2 000 et seulement 300 ans.

Paoha est particulièrement étonnante. Une partie de l’île est constituée d’anciens sédiments du fond du lac qui ont été soulevés par la remontée du magma après 1720. Une activité éruptive s’est également produite dans le secteur il y a environ trois siècles.

Autrement dit, à l’échelle géologique, une partie du décor est presque sortie du four hier matin.

Les paysages minéraux improbables ne manquent décidément pas dans cette partie des États-Unis : plus au nord, au Nevada, Fly Geyser a lui aussi créé un décor multicolore presque extraterrestre, mais cette fois largement à cause d’un forage humain.

Paysage de Mono Lake et ses formations minérales en Californie
Paysage de Mono Lake en Californie. Crédit photo Rennett Stowe (CC BY 2.0).

Quand Los Angeles a fait chuter le niveau de Mono Lake

Le spectaculaire paysage actuel raconte aussi une histoire beaucoup moins naturelle.

À partir de 1941, le Los Angeles Department of Water and Power commence à détourner vers l’aqueduc de Los Angeles l’eau douce de plusieurs torrents qui alimentaient Mono Lake, notamment Lee Vining Creek et Rush Creek.

Ce n’est donc pas l’eau salée du lac elle-même qui part vers les robinets de Los Angeles : ce sont ses précieux affluents d’eau douce qui sont interceptés avant de l’atteindre.

Les conséquences deviennent considérables. Entre 1941 et 1982, le niveau du lac baisse d’environ 45 pieds, près de 14 mètres. La salinité augmente et de vastes surfaces de l’ancien fond émergent.

La baisse des eaux crée également un pont terrestre jusqu’à Negit Island. Les coyotes peuvent alors accéder aux zones de reproduction autrefois isolées des goélands de Californie, compromettant fortement la nidification sur l’île.

C’est aussi cette chute du niveau qui révèle une grande partie des tours de tuf aujourd’hui photographiées par les visiteurs.

Coucher de soleil sur le lac Mono en Californie
Coucher de soleil sur le lac Mono, à l’est de la Sierra Nevada en Californie. Crédit photo U.S. Geological Survey (CC BY 2.0).

Une bataille environnementale devenue historique

Face au déclin du lac, le Mono Lake Committee est créé en 1978. Associations environnementales, chercheurs et citoyens engagent alors une longue bataille pour obliger les autorités à tenir compte de l’écosystème dans la gestion des prélèvements.

Le conflit contribue à une décision juridique majeure en Californie sur la doctrine du public trust, selon laquelle l’État doit prendre en considération l’intérêt public lié aux ressources naturelles lorsqu’il accorde des droits sur l’eau.

En 1994, la California State Water Resources Control Board adopte la Decision 1631. Elle limite les exportations d’eau et fixe des règles destinées à restaurer les affluents et à faire remonter progressivement le lac.

L’objectif de gestion à long terme se situe autour de 6 392 pieds d’altitude.

Mais l’histoire n’est toujours pas terminée.

Le 1er avril 2026, le LADWP mesurait Mono Lake à 6 382,75 pieds, soit encore un peu plus de neuf pieds sous cet objectif. La State Water Board a d’ailleurs organisé en 2026 de nouveaux ateliers scientifiques consacrés à la salinité, aux crevettes, aux mouches alcalines, aux oiseaux et aux futures options de gestion.

Mono Lake a donc échappé au scénario catastrophique redouté dans les années 1970, mais sa restauration hydrologique reste inachevée.

Mono Lake en Californie photographié pour un fond d’écran Ubuntu


Mono Lake photographié par Angela Henderson ; cette image a notamment été sélectionnée comme fond d’écran officiel d’Ubuntu 14.04 LTS. Crédit photo Angela Henderson / Twinmama (CC BY-SA 2.0).

Visiter Mono Lake et les tufas de South Tufa

Mono Lake se situe sur la route US 395, près de Lee Vining. La réserve naturelle est à environ 13 miles, soit une vingtaine de kilomètres, à l’est du parc national de Yosemite.

Pour une première visite, California State Parks recommande particulièrement South Tufa. Un sentier autoguidé d’environ un mile permet d’approcher certaines des concentrations de tours calcaires les plus spectaculaires du lac tout en découvrant leur formation et l’écologie locale.

La réserve est accessible en journée, du lever au coucher du soleil. Au moment de cette mise à jour, California State Parks affiche un tarif de 3 dollars par véhicule, susceptible d’évoluer.

Les coordonnées générales du lac sont approximativement : 38.0165, -119.0093. Voici la position sur Google Maps:

lac Mono mer morte de Californie maps

Le climat du bassin peut être rude, notamment en hiver. Certaines routes secondaires ne sont pas déneigées et les conditions d’accès doivent donc être vérifiées avant le déplacement.

Peut-on se baigner dans Mono Lake ?

Oui. Contrairement à ce que l’on peut lire parfois, la baignade dans Mono Lake est autorisée.

L’eau salée est plus dense que celle de l’océan et procure donc une forte flottabilité : on s’y maintient facilement à la surface.

Son alcalinité demande simplement quelques précautions très terre à terre : éviter de recevoir de l’eau dans les yeux ou sur une coupure, où elle peut sérieusement piquer, et se rincer à l’eau douce après la baignade lorsqu’on en a la possibilité.

Pas besoin de combinaison antichimique. Un peu de bon sens suffit.

Vidéo du lac Mono

Les paysages de Mono Lake prennent une autre dimension en vidéo, notamment lorsque les tours de tuf apparaissent successivement le long de la rive.

Sources pour aller plus loin

Ambiance saline, découvrez également cet étrange arbre sur une île de sel dans la mer Morte.

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