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Monemvasia en Grèce, la cité médiévale cachée derrière un immense rocher

Depuis le continent, Monemvasia ressemble d’abord à un énorme bloc de roche posé dans la mer au sud-est du Péloponnèse. Le décor devient beaucoup plus étrange lorsqu’on découvre qu’une véritable cité médiévale fortifiée se cache sur son flanc sud, presque invisible depuis la terre. Ruelles pavées, maisons de pierre, églises byzantines et remparts occupent l’espace étroit entre la falaise et la mer.

Cette disposition spectaculaire n’est pas qu’un joli décor : elle résume toute l’histoire du lieu. Le nom Monemvasia signifie « unique entrée » ou « seul accès », et pendant des siècles cette géographie a fait de la ville une place forte particulièrement difficile à conquérir. Aujourd’hui encore, franchir sa porte donne l’impression assez efficace de changer d’époque.

Monemvasia en Grèce, cité médiévale fortifiée du Péloponnèse
La cité médiévale de Monemvasia se cache sur le flanc sud de son immense rocher, dans le Péloponnèse. Crédit photo Evangelos Mpikakis/Unsplash.

À retenir

  • Monemvasia se trouve dans le sud-est du Péloponnèse, en Grèce.
  • Son rocher mesure environ 1,5 km de long, jusqu’à 600 m de large et presque 200 m de haut.
  • Son nom vient de l’expression grecque signifiant « unique entrée » ou « seul accès ».
  • La cité fortifiée médiévale s’est développée à partir du VIe siècle.
  • Elle comprend une ville basse toujours vivante, une ville haute aujourd’hui inhabitée et une ancienne acropole.
  • La ville basse conserve 26 églises, tandis que Sainte-Sophie domine les ruines de la ville haute.
  • Monemvasia a également donné son nom au célèbre vin de Malvasia ou Malvoisie, exporté dans toute la Méditerranée médiévale.

Pourquoi Monemvasia signifie-t-elle « unique entrée » ?

Le rocher de Monemvasia mesure environ 1 500 mètres de long, jusqu’à 600 mètres de large et atteint presque 200 mètres de hauteur. Ses flancs abrupts tombent vers la mer tandis que son sommet forme un vaste plateau rocheux.

Il est aujourd’hui relié au Péloponnèse par une étroite chaussée et un pont d’environ 130 mètres. C’est cette liaison unique avec la terre qui a donné son nom au lieu : moni emvasi, littéralement « seule entrée ».

La vieille ville possède historiquement plusieurs petites portes dans ses fortifications, notamment une ouverture vers la mer appelée Portello. Mais l’accès terrestre actuel à la cité fortifiée se fait toujours par la grande porte occidentale de la ville basse.

Cette situation rappelle, avec une histoire très différente, le Peñón de Vélez de la Gomera, autre ancien îlot rocheux aujourd’hui relié au continent. À Monemvasia, cependant, ce mince lien avec la terre a surtout constitué pendant des siècles un avantage défensif considérable.

Porte principale de la ville basse de Monemvasia, accès à la cité fortifiée


La porte principale de la ville basse, aujourd’hui principal accès terrestre à la cité fortifiée. Crédit photo Patrice78500 (CC BY-SA 4.0).

Une cité fortifiée née au VIe siècle

Le rocher avait connu des occupations bien antérieures, mais la ville fortifiée médiévale de Monemvasia s’est développée à partir du VIe siècle, pendant la période byzantine.

Sa position était idéale. La falaise constituait déjà une fortification naturelle et le site permettait de contrôler une partie importante des routes maritimes de la région.

La cité a d’abord occupé les hauteurs avant de s’étendre progressivement vers la ville basse. Cette dernière est devenue le cœur économique du site, avec les maisons des marchands et des marins, des ateliers et une grande rue commerciale.

Le Péloponnèse conserve évidemment des traces beaucoup plus anciennes encore. À environ trois millénaires de distance de la fondation médiévale de Monemvasia, le pont mycénien de Kazarma rappelle à quel point cette péninsule concentre des couches d’histoire assez vertigineuses.

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Crédit photo Ernests Vaga/unsplash

Une forteresse qui a longtemps résisté aux Francs

Après la prise de Constantinople par les croisés en 1204, une grande partie du Péloponnèse est passée sous domination franque. Monemvasia, elle, a résisté pendant plusieurs décennies.

Les chevaliers francs n’ont finalement réussi à obtenir sa reddition qu’au milieu du XIIIe siècle, traditionnellement datée de 1248, après un très long siège et une stratégie visant à couper les approvisionnements.

Cette domination a été courte.

En 1262, Guillaume II de Villehardouin, prince d’Achaïe fait prisonnier après la bataille de Pélagonia, a dû céder Monemvasia ainsi que Mistra, Geraki et plusieurs autres forteresses à l’Empire byzantin en échange de sa libération.

La ville est alors redevenue un puissant bastion byzantin.

Les murailles visibles aujourd’hui ont continué à évoluer sous les différents occupants. Byzantins, Vénitiens puis Ottomans les ont adaptées aux armes et aux techniques militaires de leur époque.

À quelques centaines de kilomètres de là, la petite cité fortifiée de Monteriggioni en Toscane montre une autre manière médiévale de mettre toute une ville derrière des murailles. Monemvasia avait toutefois un avantage dont les ingénieurs italiens ne disposaient pas : près de 200 mètres de roche sous les pieds.

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Crédit photo Ernests Vaga/unsplash

Monemvasia est devenue un grand port marchand byzantin

La forteresse n’était pas uniquement militaire.

Aux XIIIe et XIVe siècles, Monemvasia a connu son âge d’or commercial. Sa flotte fréquentait les grands ports de Méditerranée et de mer Noire, tandis que différents privilèges impériaux permettaient aux marchands locaux de bénéficier d’exemptions fiscales et douanières.

Selon l’histoire publiée par la municipalité, la population aurait atteint environ 8 000 habitants durant cette période et la cité comptait une quarantaine d’églises.

Le manque de place obligeait à exploiter chaque mètre carré. Maisons serrées, passages voûtés, rues parfois couvertes par les constructions : dans une forteresse coincée entre mer et falaise, l’urbanisme ne pouvait guère se permettre de gaspiller du terrain.

Monemvasia a donné son nom au vin de Malvoisie

C’est l’une des plus étonnantes traces laissées par la ville dans notre vocabulaire.

Au Moyen Âge, Monemvasia était connue des marchands occidentaux sous des formes comme Malvasia. Le vin exporté depuis son port a progressivement été lui aussi désigné par ce nom.

Les marchands vénitiens et génois ont largement diffusé le produit dans les grands marchés de Méditerranée puis d’Europe occidentale. Le nom Malvasia a ensuite survécu bien au-delà de Monemvasia et s’est attaché à différents vins et cépages méditerranéens : en français, on connaît notamment la Malvoisie.

Le commerce a été suffisamment important pour durer plusieurs siècles. Le vin de Malvasia était considéré comme un produit de luxe et se retrouvait jusque sur les tables des souverains européens.

L’histoire a même laissé une petite trace littéraire : le « Malmsey » apparaît dans Richard III de Shakespeare.

Le vin historique de Monemvasia a fini par disparaître sous la domination ottomane, mais une production locale portant l’appellation Monemvasia-Malvasia a été officiellement reconnue en appellation protégée en 2010.

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Crédit photo Nella N

La ville basse : ruelles médiévales et 26 églises

La partie la plus vivante de Monemvasia est aujourd’hui la Kato Poli, la ville basse.

Après la porte principale commence l’ancienne rue commerciale byzantine. Elle traverse un labyrinthe de maisons de pierre, d’arcades, de passages voûtés, de petites places et de cours tournées vers la mer.

Rue pavée de la ville basse médiévale de Monemvasia en Grèce
La rue principale de la ville basse de Monemvasia vue depuis la porte occidentale. Crédit photo C messier (CC BY-SA 4.0).

Le ministère grec de la Culture recense encore 26 églises conservées dans la ville basse. Plusieurs périodes architecturales cohabitent donc dans quelques rues seulement.

La place centrale rassemble notamment l’église d’Elkomenos Christos et une ancienne mosquée ottomane du XVIe siècle. Cette dernière accueille aujourd’hui la collection archéologique de Monemvasia, ouverte en 1999.

Clocher de l’église Elkomenos Christos dans la ville basse de Monemvasia
Le clocher de l’église Elkomenos Christos sur la place centrale de Monemvasia. Crédit photo Patrice78500 (CC BY-SA 4.0).

Aucune voiture ne circule à l’intérieur de la cité fortifiée. Les ruelles n’auraient de toute façon pas manifesté beaucoup d’enthousiasme à l’idée d’accueillir un SUV.

Cette absence de circulation participe évidemment à l’atmosphère du lieu et rappelle une autre destination grecque où l’automobile est persona non grata : l’île d’Hydra, entièrement dépourvue de voitures.

La ville haute : une cité abandonnée sur le sommet du rocher

Au-dessus de la ville basse se trouve l’Ano Poli, la ville haute.

Un chemin pavé en lacets monte entre les fortifications jusqu’à sa porte. Contrairement à la partie basse, elle est aujourd’hui inhabitée.

La majorité de ses bâtiments sont à l’état de vestiges : maisons, citernes, bains, fortifications et édifices religieux dessinent encore le plan d’un quartier qui occupait autrefois une surface considérable sur le plateau.

Le ministère grec distingue en réalité trois grands ensembles dans l’organisation défensive de Monemvasia : l’acropole à l’ouest, la ville haute sur le plateau et la ville basse sur le versant sud-est.

Le contraste est saisissant. En bas, les cafés et les petites boutiques occupent les vieilles maisons restaurées ; quelques dizaines de mètres plus haut, les ruines sont à nouveau seules avec le vent et la mer.

Sainte-Sophie, l’église rescapée au bord de la falaise

Le monument le plus impressionnant de la ville haute est l’église que l’on appelle aujourd’hui Sainte-Sophie, ou Agia Sofia.

Construite au XIIe siècle, vers 1149-1150, elle était à l’origine dédiée à la Panagia Hodegetria, la Vierge « qui montre le chemin ».

Le bâtiment possède un plan octogonal surmonté d’une coupole et conserve des éléments sculptés du XIIe siècle ainsi que des traces de peintures murales de la fin du XIIe ou du début du XIIIe siècle.

Son histoire est un résumé miniature de celle de Monemvasia. Pendant les périodes vénitiennes, elle a servi au culte catholique. Sous les Ottomans, elle a été transformée en mosquée. Après l’indépendance grecque, elle a reçu son nom actuel de Sainte-Sophie.

Surtout, elle constitue **le principal monument de la ville haute encore conservé intact**, posé à proximité immédiate de la falaise avec la mer en contrebas.

Église Sainte-Sophie dans la ville haute de Monemvasia en Grèce


L’église Sainte-Sophie, ou Agia Sofia, construite au XIIe siècle dans la ville haute de Monemvasia. Crédit photo Jeroenu (CC BY-SA 4.0).

Byzantins, Vénitiens et Ottomans se sont disputé le rocher

Après son retour dans l’orbite byzantine au XIIIe siècle, Monemvasia a traversé plusieurs siècles de changements politiques.

Venise a contrôlé la ville de **1463 à 1540**, avant son passage sous domination ottomane. Les Vénitiens sont revenus entre 1690 et 1715, puis les Ottomans ont repris la forteresse.

Chaque période a laissé des traces dans l’architecture : fortifications remaniées, bâtiments religieux transformés et adaptations aux nouvelles armes.

Monemvasia a finalement été libérée le 23 juillet 1821, durant la guerre d’indépendance grecque. Elle a été l’une des premières grandes forteresses du Péloponnèse à passer aux mains des insurgés grecs.

Après l’indépendance, la ville a progressivement perdu son importance militaire et commerciale. Une partie de la population s’est déplacée vers Gefyra, la ville moderne située de l’autre côté du pont.

La forteresse a finalement échappé au destin de nombreuses villes médiévales abandonnées : sa ville basse a été restaurée et reste aujourd’hui habitée, visitée et utilisée.

Visiter Monemvasia : quelques conseils pratiques

Monemvasia se trouve en Laconie, dans le sud-est du Péloponnèse.

Coordonnées GPS de la vieille ville : 36.6868, 23.0549.. Voici sa position sur Google Maps

monemvasia en grece maps

La circulation automobile est interdite à l’intérieur de la cité fortifiée. La municipalité recommande plutôt de stationner à Gefyra, la ville moderne, puis de rejoindre l’entrée à pied ou avec la navette locale. Les quelques places situées près de la porte sont très demandées.

Depuis Athènes, Visit Greece indique environ 4 heures de route. En bus interurbain KTEL, les liaisons demandent actuellement environ 4 h 30 à 5 heures selon le service.

La ville basse se parcourt assez facilement à pied. La montée vers la ville haute est une autre histoire : pavés, pente, soleil et peu d’ombre peuvent transformer les quelques centaines de mètres verticaux en petit rappel que les Byzantins n’avaient pas conçu leurs forteresses pour les tongs.

Pour profiter de la ville haute et de Sainte-Sophie en été, mieux vaut donc éviter les heures les plus chaudes et prévoir de bonnes chaussures ainsi que de l’eau.

Vidéo de Monemvasia vue du ciel

La géographie de Monemvasia devient particulièrement claire depuis les airs : le gigantesque rocher, le mince lien avec le continent et la ville basse presque dissimulée sur son versant apparaissent d’un seul coup.

Vu du ciel, on comprend pourquoi cette petite cité a résisté aussi longtemps aux conquérants. Et pourquoi, quelques siècles plus tard, elle reste difficile à confondre avec n’importe quel autre village méditerranéen.

Dans une version beaucoup plus miniature du bourg médiéval préservé, Hum en Croatie et ses deux petites rues enfermées dans leurs anciennes murailles offre un autre voyage dans un urbanisme qui n’a jamais vraiment appris à aimer les grands axes routiers.

Sources pour aller plus loin

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