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Peñón de Vélez de la Gomera : le rocher de Badis et sa frontière de 85 mètres

Le Peñón de Vélez de la Gomera, également connu sous le nom de rocher de Badis, ressemble à une anomalie dessinée directement sur une carte politique. Cette forteresse espagnole se dresse sur la côte méditerranéenne du Maroc et n’est séparée du territoire marocain que par une minuscule limite terrestre d’environ 85 mètres.

Cette frontière, généralement présentée comme la plus courte frontière terrestre internationale du monde, n’existait pourtant pas il y a un siècle. Le Peñón était alors une véritable île. En 1930, les effets d’un séisme ont favorisé la formation d’un tombolo de sable qui l’a relié définitivement au continent africain. La géographie a ainsi créé une frontière là où il n’y avait auparavant que la mer.

Peñón de Vélez de la Gomera ou rocher de Badis sur la côte du Maroc
Le Peñón de Vélez de la Gomera, forteresse espagnole accrochée à la côte marocaine. Crédit photo Grullab (CC BY-SA 3.0).

À retenir

  • Le Peñón de Vélez de la Gomera est un territoire administré par l’Espagne sur la côte nord du Maroc.
  • Il est également appelé rocher de Badis ou Hajar Badis.
  • Sa limite terrestre avec le Maroc mesure environ 85 mètres.
  • Cette frontière est généralement considérée comme la plus courte frontière terrestre internationale du monde.
  • Le Peñón était une île jusqu’en 1930, lorsqu’un séisme a contribué à la formation d’un tombolo le reliant au continent.
  • Le rocher couvre environ 19 000 m² et atteint 87 m d’altitude.
  • L’Espagne l’a occupé une première fois en 1508 et l’a définitivement repris en 1564.
  • Aujourd’hui, il reste une position militaire active occupée par un détachement espagnol.

Où se trouve le Peñón de Vélez de la Gomera ?

Le Peñón se trouve sur la côte méditerranéenne du Rif marocain, entre Ceuta et Melilla.

Une étude publiée en 2025 par le ministère espagnol de la Défense le situe à environ 126 km à l’ouest de Melilla et 120 km au sud-est de Ceuta.

Ses dimensions sont minuscules à l’échelle d’un territoire : environ 19 000 m², soit 1,9 hectare, pour quelque 250 m de longueur et 109 m de largeur maximale. Son relief est en revanche abrupt puisqu’il culmine à 87 mètres au-dessus de la mer.

Coordonnées GPS approximatives : 35.1721, -4.2992. Voici sa position sur Google Maps:

Penon de Velez de la Gomera ou rocher de Badis la plus petite frontiere du monde maps

Le nom Badis, également orthographié Bades dans certaines sources historiques, renvoie à l’ancienne ville côtière qui se trouvait face au rocher. Le nom arabe Hajar Badis signifie littéralement « rocher de Badis ».

Rocher de Badis relié à la côte marocaine par une étroite bande de sable
Vue générale du rocher de Badis depuis le Maroc : l’ancienne île est aujourd’hui reliée à la côte par une étroite bande de sable. Crédit photo Ignacio Gavira (domaine public).

Pourquoi la frontière entre l’Espagne et le Maroc ne mesure-t-elle ici que 85 mètres ?

Le chiffre paraît presque absurde : environ 85 mètres séparent territorialement le Maroc du Peñón espagnol.

Il faut toutefois apporter une précision importante. Ces 85 mètres ne constituent évidemment pas toute la frontière terrestre entre l’Espagne et le Maroc. Les deux pays possèdent également des frontières beaucoup plus longues autour de Ceuta et de Melilla.

Il s’agit uniquement du segment frontalier du Peñón de Vélez de la Gomera.

Sa longueur microscopique lui vaut d’être généralement présenté comme la plus courte frontière terrestre internationale du monde.

Elle est d’autant plus singulière qu’elle ne résulte pas du tracé compliqué d’un traité ayant suivi une rivière, une route ou un ancien cadastre. Pendant des siècles, aucune frontière terrestre n’était nécessaire puisque le Peñón était une île.

C’est la transformation physique du paysage qui a changé la situation.

Courte frontière entre le Maroc et le Peñón de Vélez de la Gomera


Le Peñón vu depuis le territoire marocain, à proximité de la minuscule frontière terrestre qui relie désormais l’ancien îlot au continent. Crédit photo MONUMENTA (CC BY-SA 4.0).

Comment l’île de Badis est-elle devenue une presqu’île en 1930 ?

C’est l’un des détails les plus étonnants de l’histoire du site.

Les photographies et illustrations anciennes montrent clairement que le Peñón de Vélez de la Gomera était autrefois séparé de l’Afrique par un bras de mer.

Une publication de la Revista de Historia Militar du ministère espagnol de la Défense indique qu’en 1930, les conséquences d’un séisme ont entraîné la formation du tombolo, cette accumulation de sédiments qui relie une île au continent.

Le bras de mer a disparu et l’île est devenue une presqu’île physiquement rattachée au Maroc.

Les versions racontant qu’une tempête de 1934 aurait créé cette langue de sable sont encore largement reprises sur internet, mais elles ne correspondent pas aux données retenues dans cette étude historique récente du ministère espagnol de la Défense.

Peñón de Vélez de la Gomera en 1859 lorsqu'il était encore une île
Le Peñón de Vélez de la Gomera en 1859 : le bras de mer qui le séparait alors du continent est parfaitement visible. Dessin de Federico Ruiz, gravé par Tomás Carlos Capuz et publié dans El Museo Universal le 1er novembre 1859. Domaine public. Source : Wikimedia Commons.

Cette transformation rappelle que la distinction entre île et presqu’île peut parfois être beaucoup moins permanente qu’on l’imagine. À Monemvasia, en Grèce, un immense rocher fortifié est lui aussi relié au continent par une étroite chaussée, même si son histoire géologique et politique est évidemment très différente.

Une forteresse espagnole depuis le XVIe siècle

La position du Peñón explique l’intérêt qu’il a suscité bien avant l’apparition de sa minuscule frontière.

Au début du XVIe siècle, le rocher contrôlait une partie de la navigation le long de la côte rifaine et se trouvait à proximité de Badis, alors port important de la région.

En juillet 1508, une expédition espagnole menée par Pedro Navarro a pris possession du Peñón et l’a fortifié.

Cette première occupation n’a cependant pas duré.

Une perte datée de 1520 ou 1522 selon les sources

La chronologie exacte comporte une petite incertitude intéressante.

La majorité des sources historiques situe la perte du Peñón en 1522. La publication de la Revista de Historia Militar de 2025 relève toutefois des documents relatifs à une tentative de secours organisée depuis Malaga dès 1520, ce qui a conduit certains historiens à envisager une chute légèrement antérieure.

Il est donc plus prudent de retenir que l’Espagne a perdu le Peñón au début des années 1520.

Après plusieurs décennies sous contrôle musulman et une période liée à la régence d’Alger, une importante expédition espagnole a repris le rocher en 1564.

Depuis cette date, l’Espagne en a conservé le contrôle.

Pourquoi fortifier un rocher aussi petit ?

Dans la Méditerranée du XVIe siècle, quelques centaines de mètres de roche pouvaient avoir beaucoup plus d’importance stratégique que leur superficie ne le suggère.

Le Peñón permettait de surveiller la côte, de disposer d’un point d’appui fortifié et de contribuer au contrôle des routes maritimes dans une région parcourue par les flottes espagnoles, nord-africaines et ottomanes ainsi que par les corsaires.

Son relief constituait déjà une défense naturelle : falaises abruptes, accès maritime limité et point culminant dominant les environs.

Des murailles, batteries et bâtiments militaires ont progressivement complété cette géographie.

Fortifications du Peñón de Vélez de la Gomera sur la côte marocaine
Les fortifications du Peñón occupent presque entièrement le petit promontoire rocheux. Crédit photo MONUMENTA (CC BY-SA 4.0).

Cette utilisation d’une île minuscule comme verrou militaire rappelle le château d’If au large de Marseille, construit lui aussi pour tirer parti d’une position maritime naturellement difficile d’accès.

Plus au nord, Bass Rock en Écosse a également servi de forteresse puis de prison sur un rocher dont les falaises constituaient déjà une bonne partie du système défensif.

Qui habite aujourd’hui sur le Peñón de Vélez de la Gomera ?

Certaines descriptions anciennes attribuent encore au Peñón une population d’une centaine d’habitants.

Ce chiffre ne correspond pas à la situation actuelle décrite par les autorités espagnoles.

Le Peñón n’est pas aujourd’hui une petite commune civile espagnole posée au Maroc. Il s’agit d’une position militaire occupée en permanence par un détachement du Grupo de Regulares de Melilla nº 52, rattaché à la Comandancia General de Melilla.

L’Armée de terre espagnole indique que Vélez est le plus éloigné des territoires placés sous cette responsabilité : environ 130 km en ligne droite depuis Melilla, soit approximativement 45 minutes par voie aérienne et six heures par mer.

Le ravitaillement et la relève des détachements reposent notamment sur les hélicoptères militaires, tandis que des bâtiments de la marine participent à l’approvisionnement en eau et en carburant.

Et le site n’est pas une garnison oubliée.

En février 2026, une équipe de l’Armée de terre s’est encore déplacée au Peñón pour assurer la maintenance d’un système de télémédecine stratégique. Quelques jours auparavant, le chef d’état-major du commandement des Canaries avait également rejoint le rocher en hélicoptère lors d’une visite des détachements.

Le Peñón reste donc très petit, mais parfaitement actif.

Le rocher de Badis est-il espagnol ou marocain ?

La réponse dépend du point de vue juridique et diplomatique considéré.

L’Espagne administre actuellement le Peñón de Vélez de la Gomera, y maintient sa garnison et le classe parmi les territoires traditionnellement désignés comme plazas de soberanía du nord de l’Afrique.

Madrid considère ces territoires comme espagnols et exerce effectivement son contrôle sur le Peñón.

Le Maroc conteste cette souveraineté et revendique les possessions espagnoles situées sur ou au large de sa côte méditerranéenne.

Il existe donc un différend territorial entre les positions des deux États, même si dans les faits le Peñón reste administré et occupé militairement par l’Espagne en 2026.

Cette situation explique pourquoi une bande de sable apparemment insignifiante peut constituer une véritable frontière internationale.

Peut-on visiter le Peñón de Vélez de la Gomera ?

Le Peñón ne fonctionne pas comme un site historique classique avec billetterie, parking et visite guidée.

C’est une position militaire espagnole active et la courte limite avec le Maroc n’est pas un poste-frontière touristique comparable à ceux de Ceuta ou Melilla.

Pour le voyageur, le site s’observe donc essentiellement depuis la côte marocaine, où plusieurs points de vue permettent d’apercevoir le rocher, ses fortifications et surtout l’étonnante bande de terrain qui le rattache désormais au continent.

Peñón de Vélez de la Gomera vu depuis la côte de Badis au Maroc
Le Peñón de Vélez de la Gomera vu dans son environnement côtier marocain. Crédit photo MONUMENTA (CC BY-SA 4.0).

FAQ sur le Peñón de Vélez de la Gomera

Quelle est la plus petite frontière du monde ?

La frontière terrestre du Peñón de Vélez de la Gomera entre l’Espagne et le Maroc, longue d’environ 85 mètres, est généralement présentée comme la plus courte frontière terrestre internationale du monde. Il s’agit cependant d’un segment de la frontière hispano-marocaine, et non de l’ensemble de celle-ci.

Quelle longueur mesure la frontière du rocher de Badis ?

Les données publiées en 2025 par le ministère espagnol de la Défense donnent une longueur d’environ 85 mètres.

Le Peñón de Vélez de la Gomera est-il encore une île ?

Non. Il était historiquement séparé du continent par la mer, mais un tombolo s’est formé en 1930 à la suite des effets d’un séisme. Il est depuis physiquement relié à la côte marocaine.

Badis et Peñón de Vélez de la Gomera désignent-ils le même endroit ?

Le nom de rocher de Badis, ou Hajar Badis, est utilisé pour désigner le Peñón, tandis que Badis était historiquement le nom de la ville et du secteur côtier voisin. Les recherches « île Badis » ou « Badis Maroc » renvoient donc souvent au même paysage.

Combien de personnes vivent sur le Peñón ?

Les sources militaires espagnoles actuelles ne décrivent pas une population civile permanente d’une centaine d’habitants, mais un détachement militaire du Grupo de Regulares de Melilla nº 52 qui occupe la position.

Depuis quand le Peñón appartient-il à l’Espagne ?

L’Espagne l’a occupé une première fois en 1508, l’a perdu au début des années 1520 puis l’a repris en 1564. Elle en conserve depuis le contrôle effectif, tandis que le Maroc conteste aujourd’hui la souveraineté espagnole sur ce territoire.

Sources pour aller plus loin

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