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Le lac de lave du Nyiragongo, spectaculaire mais pas vraiment permanent

Dans l’est de la République démocratique du Congo, le mont Nyiragongo abrite au fond de son immense cratère l’un des rares lacs de lave persistants de la planète. Sa surface rouge et noire bouillonne, se fracture et se renouvelle comme une gigantesque marmite minérale installée à 3 470 mètres d’altitude.

Ce lac est souvent présenté comme « permanent ». Le terme est cependant trompeur : il s’est déjà vidé brutalement lors des éruptions de 1977, 2002 et 2021, avant que la lave ne réapparaisse dans le cratère. Plus qu’un décor spectaculaire, il constitue donc la partie visible d’un système volcanique capable d’envoyer des coulées particulièrement fluides vers les zones habitées entourant la ville de Goma.

surface rouge et noire du lac de lave du Nyiragongo dans son cratère
Crédit photo Cai Tjeenk Willink (CC BY-SA 3.0).

À retenir

  • Le Nyiragongo est un stratovolcan culminant à 3 470 mètres dans le parc national des Virunga.
  • Son cratère sommital mesure environ 1,2 kilomètre de diamètre.
  • Son lac de lave est qualifié de persistant plutôt que de véritablement permanent.
  • Le lac s’est notamment vidé lors des éruptions de 1977, 2002 et 2021.
  • Ses laves alcalines pauvres en silice peuvent être exceptionnellement fluides.
  • La ville de Goma se trouve à une quinzaine de kilomètres au sud du sommet.
  • Le Smithsonian classait encore l’activité du lac de lave comme continue en mars 2026.

Où se trouve le mont Nyiragongo ?

Le Nyiragongo se trouve dans le parc national des Virunga, à proximité de la frontière entre la République démocratique du Congo et le Rwanda. Il domine la région située au nord de Goma et du lac Kivu.

Ce stratovolcan appartient à la province volcanique des Virunga, elle-même intégrée à la branche occidentale du Rift est-africain. Dans cette région, l’étirement progressif de la croûte terrestre facilite la remontée du magma le long de profondes fractures.

Le Nyiragongo possède des pentes nettement plus raides que le Nyamulagira voisin, un volcan-bouclier particulièrement actif. Son cratère sommital atteint environ 1,2 kilomètre de largeur et présente plusieurs terrasses internes correspondant à d’anciens niveaux du lac de lave.

Plus au nord du vaste système du Rift est-africain, le volcan Dallol et ses paysages acides illustrent une autre expression spectaculaire de cette tectonique, avec beaucoup moins de lave rouge mais une palette chimique qui semble avoir renversé tous les pots de peinture.

gardes du parc national des Virunga observant le cratère du Nyiragongo


Virunga National Park, DR Congo: Two guards of the Virunga National Park contemplate the lava of Nyiragongo crater, which rises to 3470 meters par MONUSCO Photos (CC BY-SA 2.0).

Le Nyiragongo possède-t-il réellement un lac de lave permanent ?

Le terme de lac de lave permanent est couramment utilisé pour désigner celui du Nyiragongo, y compris dans certaines présentations touristiques. Il serait toutefois plus rigoureux de parler d’un lac de lave persistant ou « quasi permanent ».

Un lac persistant reste alimenté pendant une longue période par un système magmatique ouvert, mais il peut diminuer, disparaître ou se vider lors d’une modification de la plomberie volcanique.

Un lac de lave a occupé le cratère du Nyiragongo pendant environ un demi-siècle avant de se vider brutalement le 10 janvier 1977. Une petite surface de lave est réapparue en 1982, puis l’activité a alterné entre remontées, fontaines, disparition partielle et reconstitution.

En janvier 2002, le lac s’est à nouveau drainé à travers des fissures ouvertes sur le flanc sud du volcan. Le même phénomène général s’est reproduit en mai 2021, même si les mécanismes précis et le trajet du magma n’étaient pas identiques.

La lave a recommencé à apparaître dans le cratère quelques mois après l’éruption de 2021. Le Global Volcanism Program du Smithsonian identifie ensuite un nouvel épisode d’activité du lac débuté en mars 2024 et encore considéré comme continu au 17 mars 2026.

« Persistant » ne signifie donc ni stable ni inoffensif. Le lac peut rester visible pendant des années, puis changer rapidement de niveau ou alimenter une éruption latérale.

lac de lave incandescent au fond du cratère du mont Nyiragongo
Crédit photo Cai Tjeenk Willink (CC BY-SA 3.0).

Comment fonctionne un lac de lave ?

Un lac de lave apparaît lorsqu’une masse de magma reste en communication avec un conduit ou un réservoir situé sous le volcan. Le système doit recevoir suffisamment de chaleur et de magma pour empêcher toute sa surface de se solidifier durablement.

Dans le cratère, la lave chaude et chargée en gaz remonte. En atteignant la surface, elle libère une partie de ses gaz, refroidit et devient plus dense. Elle peut alors replonger tandis qu’une nouvelle lave plus chaude prend sa place.

Ce mouvement de convection produit les motifs caractéristiques visibles sur les images :

  • une fine croûte sombre se forme à la surface ;
  • elle se fracture en plaques irrégulières ;
  • les fissures laissent apparaître la lave rouge ou orange située en dessous ;
  • les plaques refroidies dérivent, se chevauchent puis sont parfois réabsorbées dans le lac ;
  • des bulles de gaz peuvent éclater et projeter des fragments de lave.

Le spectacle n’est donc pas celui d’une étendue rouge parfaitement uniforme. Le lac ressemble plutôt à un puzzle noir en mouvement dont les jointures seraient chauffées à blanc.

Sa couleur est bien celle d’une lave portée à très haute température. Elle n’est pas bleue comme le phénomène observé au Kawah Ijen : en Indonésie, ce sont surtout des gaz soufrés en combustion qui produisent les flammes bleues visibles la nuit, et non une mystérieuse roche fondue couleur Schtroumpf.

plaques de croûte sombre fracturées à la surface du lac de lave du Nyiragongo


Crédit photo Matti Barthel (CC BY 3.0).

Pourquoi le Nyiragongo est-il si dangereux ?

Le danger ne vient pas uniquement de la quantité de lave contenue dans le cratère. Il résulte de la combinaison de plusieurs facteurs particulièrement défavorables.

Les laves du Nyiragongo sont alcalines et relativement pauvres en silice. La silice contribue normalement à former des réseaux moléculaires qui rendent le magma plus visqueux. Lorsqu’elle est moins abondante, la lave peut rester beaucoup plus fluide.

À cela s’ajoutent les pentes raides du volcan. Si une fissure s’ouvre sur un flanc, la lave n’a pas besoin de déborder lentement par le sommet : elle peut être directement libérée à plus basse altitude et dévaler le relief.

Lors de l’éruption de 1977, le Smithsonian rapporte que certaines coulées ont atteint, dans leur phase initiale, des vitesses estimées à plus de 100 km/h. Cette valeur exceptionnelle ne correspond pas à la vitesse constante de toute la coulée, mais elle illustre la brutalité possible du drainage du lac sur les fortes pentes.

Le troisième facteur est humain : Goma se trouve à seulement une quinzaine de kilomètres au sud du sommet. La ville et son agglomération comptent une population très importante installée sur d’anciennes coulées et traversée par de multiples fractures volcaniques.

cratère du Nyiragongo avec son lac de lave actif
Crédit photo MONUSCO Photos (CC BY-SA 2.0).

Les éruptions de 1977, 2002 et 2021

1977 : la vidange brutale d’un lac vieux de plusieurs décennies

Le 10 janvier 1977, des fissures se sont ouvertes sur les flancs nord, sud et ouest du volcan. Le lac présent depuis au moins 1927 s’est alors vidé en quelques heures.

Les coulées ont parcouru plusieurs kilomètres et laissé derrière elles un profond cratère presque vide. Cet événement a démontré qu’un lac de lave pouvait se transformer très rapidement en réservoir alimentant des coulées latérales.

2002 : la lave traverse Goma

Le 17 janvier 2002, de nouvelles fissures ont libéré la lave sur le flanc sud. Plusieurs coulées ont atteint Goma, détruisant des quartiers et traversant notamment une partie de l’aéroport.

Le cratère sommital s’est retrouvé largement vidé, avec un fond situé plusieurs centaines de mètres sous le rebord. Une activité magmatique a toutefois repris au cours des mois suivants et un nouveau lac s’est progressivement formé.

2021 : une éruption presque sans avertissement clair

Le 22 mai 2021, des fissures se sont ouvertes sur le flanc du Nyiragongo et des coulées ont avancé vers Goma. Elles ont détruit plus de 3 600 habitations, provoqué le déplacement de dizaines de milliers de personnes et fait plusieurs dizaines de victimes.

L’événement a particulièrement marqué les volcanologues car il n’avait pas été précédé par les signaux annonciateurs suffisamment nets que l’on attend généralement avant une telle éruption.

Une étude publiée dans Nature conclut que l’éruption aurait commencé par une rupture de l’édifice volcanique, avant qu’un dyke magmatique d’environ 25 kilomètres ne se propage vers le sud. Cette intrusion est passée à très faible profondeur sous Goma, Gisenyi et une partie du lac Kivu.

Autrement dit, l’éruption n’a pas suivi le scénario confortable où le volcan prévient gentiment, attend que tout le monde sorte, puis commence son spectacle. Le Nyiragongo a plutôt choisi l’option beaucoup moins courtoise.

vue aérienne du sommet et du cratère du volcan Nyiragongo
Photo-of-the-Day,-Monday,-10-February-2014 par MONUSCO Photos (CC BY-SA 2.0).

Le lac de lave est-il toujours actif aujourd’hui ?

L’activité du Nyiragongo varie et les observations directes restent difficiles. Le sommet est fréquemment masqué par les nuages, tandis que les conditions sécuritaires compliquent l’accès des équipes scientifiques.

Les satellites Sentinel et les systèmes de détection thermique permettent néanmoins d’identifier les anomalies produites par la lave chaude. Des coulées et zones incandescentes ont notamment été détectées dans le cratère au printemps 2024.

Dans sa liste des éruptions continues arrêtée au 31 mars 2026, le Global Volcanism Program classait toujours le Nyiragongo parmi les volcans en activité, avec un épisode de lac de lave en cours et une dernière activité connue datée du 17 mars 2026.

Cette classification ne signifie pas qu’une surface de lave libre est visible chaque jour. Le Smithsonian précise qu’une éruption dite « continue » peut comporter des phases intermittentes, tant qu’aucune interruption suffisamment longue n’a été établie.

lueur rouge du lac de lave du Nyiragongo visible dans son cratère
Crédit photo Nina R (CC BY 2.0).

Un cratère marqué par les anciens niveaux de lave

Les parois du cratère montrent plusieurs terrasses presque horizontales. Elles correspondent à des niveaux successifs occupés par la lave avant des phases de vidange ou d’effondrement.

Ces gradins permettent de lire une partie de l’histoire du volcan directement dans le paysage. Le cratère n’est pas un simple récipient immuable : son fond monte, descend, se couvre de coulées et peut être profondément remanié lors d’une éruption.

Il ne faut d’ailleurs pas confondre un cratère volcanique avec toutes les formations circulaires portant ce nom dans le langage courant. Gara Medouar, présenté comme le cratère de Spectre, n’est par exemple ni un cratère volcanique ni un cratère de météorite, mais une formation calcaire érodée.

À l’inverse, le volcan Krenitsyn installé dans la caldeira d’Onekotan montre un autre type de structure : un cône volcanique reconstruit à l’intérieur de l’immense dépression laissée par l’effondrement d’un édifice plus ancien.

Les lacs occupant des cratères ne sont pas non plus nécessairement constitués de lave. Les trois lacs colorés du mont Kelimutu sont remplis d’eau acide dont la teinte varie sous l’effet de réactions chimiques et de l’activité volcanique.

parois et terrasses internes du cratère du mont Nyiragongo


Crédit photo Nina R (CC BY 2.0).

Peut-on visiter le volcan Nyiragongo ?

Le site touristique officiel du parc des Virunga présente une ascension partant du poste de rangers de Kibati, à environ 1 870 mètres d’altitude. Le parcours annoncé mesure 6,5 kilomètres dans chaque sens, avec quatre à six heures de montée jusqu’au sommet.

Cette information ne doit cependant pas être interprétée comme une recommandation de voyage. La situation sécuritaire dans l’est de la République démocratique du Congo est extrêmement instable.

Dans ses conseils actualisés le 12 mars 2026, le ministère français de l’Europe et des Affaires étrangères déconseille les voyages touristiques sur l’ensemble du territoire congolais et classe l’est de la RDC parmi les zones formellement déconseillées.

Toute éventuelle réouverture touristique locale doit donc être confrontée aux recommandations officielles les plus récentes. Entre un lac de lave, des gaz volcaniques, une randonnée à 3 470 mètres et un conflit armé, le Nyiragongo cumule un peu trop d’options pour une sortie improvisée du dimanche.

Vidéo du lac de lave du Nyiragongo

Les images aériennes permettent de mieux percevoir l’échelle du cratère et le mouvement des plaques sombres à la surface de la lave.

Dans un environnement nettement plus accessible au moment de son éruption, découvrez également ce survol nocturne du volcan Fagradalsfjall en Islande.

panorama du mont Nyiragongo et de son cratère volcanique
Nyiragongo volcano par Nina R (CC BY 2.0).

Questions fréquentes sur le lac de lave du Nyiragongo

Le lac de lave du Nyiragongo est-il permanent ?

Pas au sens strict. Il s’agit d’un lac de lave persistant qui peut rester actif pendant de longues périodes, mais qui s’est déjà vidé lors des éruptions de 1977, 2002 et 2021.

Quelle est l’altitude du mont Nyiragongo ?

Le sommet du Nyiragongo culmine à environ 3 470 mètres d’altitude.

Quelle est la taille de son cratère ?

Le cratère sommital mesure approximativement 1,2 kilomètre de diamètre.

Pourquoi les coulées du Nyiragongo sont-elles aussi rapides ?

Ses laves alcalines sont relativement pauvres en silice et donc très fluides. Les fortes pentes du volcan accentuent encore leur vitesse lorsque des fissures s’ouvrent sur ses flancs.

Quelle est la dernière grande éruption du Nyiragongo ?

La dernière grande éruption latérale s’est produite le 22 mai 2021. Une activité de lac de lave a ensuite repris dans le cratère.

Le Nyiragongo menace-t-il directement Goma ?

Oui. Goma se trouve à une quinzaine de kilomètres au sud du sommet et a déjà été atteinte par des coulées, notamment en 2002 et 2021.

Sources pour aller plus loin

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1 commentaire pour “Le lac de lave du Nyiragongo, spectaculaire mais pas vraiment permanent”

  1. Retour de ping : La lave bleue du volcan Kawah Ijen [video] - 2Tout2Rien

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