Aller au contenu

Fagradalsfjall : un drone FPV survole la lave en pleine nuit [vidéo]

Un vol FPV de Iceland Aerials au-dessus de l’éruption du Fagradalsfjall, piloté par Kristjan Broder Lund avec un drone racer équipé d’une GoPro.

Pendant quelques dizaines de secondes, le drone file au-dessus de coulées de lave incandescentes, frôle le cratère et plonge dans un paysage presque entièrement noir. En mars 2021, l’éruption près du Fagradalsfjall en Islande a offert aux pilotes FPV un terrain de jeu aussi spectaculaire que franchement peu accueillant.

Ces images ont été réalisées par Iceland Aerials, avec Kristjan Broder Lund aux commandes. Le contraste entre la roche sombre et la lave rougeoyante donne au vol nocturne une dimension presque irréelle.

Mais derrière la beauté des images se trouve un événement géologique important : l’éruption commencée le 19 mars 2021 a marqué le réveil volcanique de la péninsule de Reykjanes après plusieurs siècles de calme.

Un drone FPV au plus près de la lave du Fagradalsfjall

Contrairement à un drone utilisé pour de tranquilles panoramas aériens, un appareil FPV — pour First Person View — est piloté à travers une caméra embarquée dont les images sont transmises en direct au pilote.

Cela permet des trajectoires beaucoup plus rapides, basses et dynamiques. Dans cette séquence de Iceland Aerials, le drone évolue ainsi à proximité immédiate des coulées et des projections.

Le résultat donne presque l’impression de voler à quelques mètres au-dessus d’une rivière de métal liquide.

À cette distance, il n’est toutefois pas question d’une simple promenade aérienne. Chaleur, gaz volcaniques, turbulences et projections constituent autant de moyens très efficaces de transformer un drone coûteux en composant géologique.

Coulées de lave rougeoyantes de l'éruption du Fagradalsfjall à Geldingadalur en Islande
Les coulées de lave à Geldingadalur le 24 mars 2021. Crédit photo Berserkur (CC BY-SA 4.0).

Une éruption commencée le 19 mars 2021 à Geldingadalur

L’éruption montrée dans la vidéo a commencé le 19 mars 2021 vers 20 h 45 UTC dans la vallée de Geldingadalur, près du mont Fagradalsfjall, sur la péninsule de Reykjanes.

L’Icelandic Meteorological Office avait alors estimé la fissure éruptive à environ 200 mètres de longueur. Le site se trouve à quelque 10 kilomètres au nord-est de Grindavík et à moins de 5 kilomètres de la côte sud de la péninsule.

Il est donc un peu simplificateur de dire que « le volcan Fagradalsfjall est entré en éruption ». Plus précisément, une fissure s’est ouverte à Geldingadalur, à proximité du Fagradalsfjall. L’appellation « éruption du Fagradalsfjall » s’est toutefois largement imposée.

Cet événement a mis fin à une période de repos volcanique d’environ 781 ans sur la péninsule de Reykjanes.

L’Islande reste évidemment façonnée par un volcanisme bien plus ancien. Il suffit d’observer le lac de cratère Kerið ou les immenses formations basaltiques du canyon Stuðlagil pour constater que le pays conserve partout les cicatrices plus ou moins élégantes de son sous-sol agité.

Vue par drone du cratère et des coulées de lave du Fagradalsfjall en Islande en juillet 2021


Vue aérienne de l’éruption du Fagradalsfjall en juillet 2021. Crédit photo Mokslo Sriuba (CC BY-SA 4.0).

Six mois d’éruption et 150 millions de mètres cubes de lave

L’éruption n’a pas été un bref feu d’artifice géologique.

Elle s’est poursuivie jusqu’au 18 septembre 2021, soit presque exactement six mois. Plusieurs fissures se sont successivement ouvertes avant que l’activité se concentre principalement autour d’un cratère.

Au début du mois de mai, certaines phases étaient particulièrement spectaculaires : l’Icelandic Meteorological Office a mesuré des fontaines de lave atteignant régulièrement 100 à 150 mètres de hauteur, parfois davantage.

À la fin de l’éruption, les relevés photogrammétriques ont permis de dresser un bilan assez impressionnant. Le champ de lave couvrait environ 4,8 km², avec une épaisseur moyenne dépassant 30 mètres et un volume total estimé à 150 ± 3 millions de m³.

Le débit moyen sur l’ensemble de l’éruption a atteint environ 9,5 m³ par seconde.

Cratère en activité et fontaine de lave à Geldingadalur lors de l'éruption du Fagradalsfjall
Le cratère de Geldingadalur en mai 2021. Crédit photo Berserkur (CC BY-SA 4.0).

Pourquoi la lave est-elle aussi spectaculaire la nuit ?

En plein jour, une coulée active peut déjà montrer des zones orange ou rouges. Dans l’obscurité, le contraste devient considérablement plus fort.

La croûte superficielle refroidit rapidement et devient sombre, tandis que les fractures et les mouvements de la coulée révèlent continuellement de la matière beaucoup plus chaude et lumineuse située dessous.

Le résultat est particulièrement visible dans la vidéo : des plaques noires semblent flotter, se fissurer puis être englouties par des lignes rouges et orangées.

Le phénomène n’a donc rien à voir avec une couleur particulière de la roche. Lorsque la lave refroidit et se solidifie, elle retrouve les teintes sombres caractéristiques du basalte qui marque une grande partie des paysages islandais, depuis les champs de lave jusqu’à la plage noire de Reynisfjara.

Gros plan sur une coulée de lave active du Fagradalsfjall en Islande en 2021
Une coulée de lave active du Fagradalsfjall en juillet 2021. Crédit photo Mokslo Sriuba (CC BY-SA 4.0).

Quand les vidéos de drones deviennent utiles aux volcanologues

L’éruption de 2021 a attiré une quantité inhabituelle de photographes et de pilotes de drones.

Une étude publiée en 2022 dans Nature Communications estime que des centaines de drones grand public ont été utilisés autour du Fagradalsfjall pendant l’éruption.

Cette abondance d’images n’a pas seulement rempli YouTube et les réseaux sociaux.

Les vues réalisées au-dessus du cratère ont permis aux chercheurs d’observer avec une précision inhabituelle certains mouvements de convection de la lave, les débordements du cratère ou encore la transition entre différents régimes de fontaines.

Les auteurs de l’étude considèrent même ce type de vidéos comme une nouvelle ressource pour la volcanologie, à condition évidemment de pouvoir dater, localiser et vérifier correctement les images.

Le drone qui cherche le plan spectaculaire peut ainsi, presque malgré lui, devenir un assistant scientifique volant.

Étendue du champ de lave refroidi du Fagradalsfjall en Islande en août 2021
Le champ de lave du système volcanique de Krýsuvík en août 2021. Crédit photo Basti1978200 (CC BY-SA 4.0).

L’éruption de 2021 est terminée, mais Reykjanes s’est réveillé

L’éruption visible dans cette vidéo ne se poursuit pas depuis 2021. Elle s’est arrêtée en septembre de cette année-là.

Une nouvelle éruption s’est produite à Meradalir, environ un kilomètre plus au nord, en août 2022. Une troisième a débuté en juillet 2023 dans le secteur de Litli-Hrútur.

À partir de décembre 2023, d’autres éruptions se sont produites plus à l’ouest autour de Sundhnúksgígar et de Grindavík. Elles appartiennent à la même phase de réactivation volcanique de la péninsule de Reykjanes, mais il ne faut pas les confondre avec l’éruption de Geldingadalur montrée dans cette vidéo.

Le Fagradalsfjall reste donc surtout ici le décor d’un moment assez exceptionnel : six mois pendant lesquels une éruption relativement accessible a pu être photographiée et filmée sous presque tous les angles.

Pour une tout autre manière d’observer de la lave en permanence ou presque, découvrez également le spectaculaire lac de lave du Nyiragongo, en République démocratique du Congo.

Sources pour aller plus loin

Partager/Envoyer à une IA pour résumer :

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *