À seulement huit kilomètres à l’est du centre de Saint-Domingue, en République dominicaine, un escalier s’enfonce sous la végétation tropicale pour rejoindre un étonnant réseau de grottes calcaires. Dans la pénombre apparaissent les eaux bleues et vertes de Los Tres Ojos, l’un des principaux sites naturels de la capitale dominicaine.
Son nom signifie « les trois yeux », mais le lieu abrite en réalité quatre lagunes reliées à un même réseau souterrain. Trois se trouvent sous la roche tandis que la dernière, Los Zaramagullones, s’ouvre largement vers le ciel. Un petit mystère comptable qui devient beaucoup plus clair une fois descendu dans la grotte.
Le Lago de Azufre dans les grottes de Los Tres Ojos, photographie de Danu Widjajanto (CC BY-SA 4.0).
À retenir
- Los Tres Ojos se trouve à Santo Domingo Este, à environ huit kilomètres à l’est du centre historique de Saint-Domingue.
- Le site comprend trois lagunes souterraines : Lago de Azufre, Lago de las Damas et La Nevera.
- Une quatrième lagune, Los Zaramagullones, est ouverte vers le ciel et accessible par une petite barque.
- Les cavités se sont formées dans une roche calcaire travaillée par l’eau, puis partiellement ouverte par des effondrements.
- Les Taïnos connaissaient les grottes bien avant leur signalement aux autorités dominicaines en 1916.
- La baignade est interdite et la visite demande de descendre puis de remonter plusieurs centaines de marches.
Pourquoi Los Tres Ojos compte-t-il quatre lagunes ?
Le nom de Los Tres Ojos vient des trois bassins d’eau douce visibles à l’intérieur des cavernes. Leur forme arrondie ou ovale, entourée par la roche sombre, évoque des yeux ouverts dans le sol.
Ces trois « yeux » sont le Lago de Azufre, le Lago de las Damas et La Nevera. Ils sont reliés par des passages, des escaliers et des galeries aménagées dans la grotte.
Los Zaramagullones forme un quatrième bassin, mais il n’est traditionnellement pas compté parmi les trois yeux. Contrairement aux autres lagunes, il se trouve au fond d’une vaste ouverture entourée de falaises et de végétation. Il ressemble davantage à un petit lac extérieur qu’à une cavité entièrement souterraine.
La nature semble d’ailleurs apprécier les formes oculaires. En Argentine, El Ojo est une île circulaire qui tourne à l’intérieur d’un étang également rond, comme une étrange pupille flottante.
Les escaliers aménagés à l’intérieur des grottes de Los Tres Ojos, photographie de Phyrexian (CC BY-SA 4.0).
Une grotte calcaire ouverte par l’effondrement de son plafond
Los Tres Ojos appartient à un paysage karstique. Dans ce type de relief, l’eau de pluie s’infiltre dans le sol et dissout très lentement le calcaire. Les fissures s’élargissent, des galeries apparaissent et des cavités peuvent se former sous la surface.
Une partie du plafond de cette ancienne grotte s’est ensuite effondrée. La lumière, la pluie et la végétation ont alors pénétré dans les ouvertures tandis que les eaux souterraines ont continué à remplir les dépressions les plus profondes.
Les quatre lagunes communiquent avec la nappe d’eau souterraine. Elles ne sont donc ni de simples mares alimentées par la pluie, ni des bras de mer enfermés sous la capitale.
Ce mécanisme rappelle celui des cénotes du Yucatán, ces puits naturels ouverts dans le calcaire. Los Tres Ojos est d’ailleurs souvent présenté comme un ensemble de cénotes urbains, même si la morphologie du site et son histoire géologique lui sont propres.
Les couleurs bleues, turquoise ou vertes ne viennent pas d’un éclairage artificiel. Elles dépendent de la profondeur, des minéraux présents, de la couleur du fond et de la quantité de lumière qui traverse chaque ouverture.
Les quatre lagunes de Los Tres Ojos
Lago de Azufre : un lac de soufre sans soufre
Le Lago de Azufre est généralement le premier bassin rencontré pendant la descente. Son nom signifie « lac de soufre », mais ses eaux ne contiennent pas les importantes concentrations de soufre autrefois imaginées.
Les premiers visiteurs avaient associé au soufre les dépôts blanchâtres visibles sur le fond et les parois. Les analyses citées par les autorités touristiques les rattachent plutôt à des minéraux riches en calcium, notamment au carbonate de calcium et à l’aragonite.
La lagune atteint approximativement 4 à 4,5 mètres de profondeur. La lumière naturelle pénètre par une ouverture de la grotte et donne à l’eau une couleur bleue particulièrement intense. C’est la vue la plus adaptée pour servir de couverture à l’article : la roche sombre encadre l’eau comme un véritable iris minéral.
Lago de las Damas : le plus petit des trois yeux
Le Lago de las Damas, ou « lac des Dames », est généralement présenté comme le plus petit et le moins profond des trois bassins souterrains.
Selon une tradition locale, son emplacement discret aurait permis aux femmes et aux enfants de s’y baigner à une époque où les lagunes servaient encore de points d’eau. Cette explication est régulièrement reprise par les guides dominicains, mais elle appartient davantage à l’histoire orale du lieu qu’à une démonstration archéologique.
Son fond clair et peu profond laisse apparaître les roches sous l’eau. La couleur varie du bleu pâle au vert turquoise selon la lumière et la position du visiteur.
Le Lago de las Damas et les escaliers qui longent sa rive, photographie de Danu Widjajanto (CC BY-SA 4.0).
La Nevera : la lagune privée de soleil
La troisième lagune porte le nom de La Nevera, « le réfrigérateur ». Sa situation profondément encaissée empêche presque entièrement les rayons directs du soleil d’atteindre l’eau.
Sa température reste ainsi plus basse que celle des autres bassins. Les publications touristiques dominicaines indiquent généralement une eau située autour de 20 ou 21 °C. Sous le climat de Saint-Domingue, cette relative fraîcheur a largement suffi pour lui valoir son nom.
La Nevera est également le point de départ de la petite barque qui permet de rejoindre Los Zaramagullones. L’embarcation ne possède pas de moteur : elle est guidée le long de câbles ou de cordes tendus à travers la cavité.
La Nevera, la plus sombre des lagunes de Los Tres Ojos, photographie de Phyrexian (CC BY-SA 4.0).
Los Zaramagullones : le quatrième œil à ciel ouvert
Pour atteindre le quatrième bassin depuis l’intérieur de la grotte, les visiteurs traversent La Nevera sur une petite barque tirée à la main. Le trajet est très court, mais l’arrivée produit son petit effet.
Après l’obscurité du tunnel apparaît Los Zaramagullones, une grande étendue d’eau entourée de parois calcaires, de fougères, de lianes et d’arbres. Une partie du plafond s’est effondrée, ouvrant la cavité vers le ciel.
Cette large ouverture explique pourquoi Los Zaramagullones n’est pas considéré comme l’un des trois yeux souterrains. Son eau paraît souvent verte en raison des reflets de la végétation qui recouvre les falaises.
Le paysage rappelle, dans une autre palette, l’Œil de la Terre, la spectaculaire source de la rivière Cetina en Croatie. Dans les deux cas, une eau très claire et une forme presque circulaire donnent l’impression que le sol nous regarde. Rassurant ou légèrement suspect, selon l’humeur.
La barque tirée par des câbles entre La Nevera et Los Zaramagullones, photographie de Phyrexian (CC BY-SA 4.0).
Los Zaramagullones, la quatrième lagune ouverte vers le ciel, photographie de Danu Widjajanto (CC BY-SA 4.0).
Crédit photo Phyrexian (CC BY-SA 4.0).
Un lieu connu des Taïnos bien avant 1916
Certains récits indiquent que Los Tres Ojos a été « découvert » en 1916 par des soldats dominicains pendant la première occupation américaine de la République dominicaine. Le terme est toutefois trompeur : les populations autochtones connaissaient les cavernes depuis longtemps.
L’office du tourisme dominicain présente ces grottes comme d’anciens refuges et lieux rituels utilisés par les Taïnos. Des pétroglyphes et des fragments de céramique ont également été signalés dans le secteur.
L’année 1916 correspond donc plutôt à l’entrée du site dans les récits administratifs et touristiques modernes qu’à sa découverte véritable. Les gens du voisinage et les populations qui les ont précédés n’avaient évidemment pas attendu le passage d’une patrouille pour remarquer plusieurs trous remplis d’eau turquoise.
En 1968, le gouvernement de Joaquín Balaguer a lancé l’aménagement des escaliers et des passages permettant de descendre dans les cavités. Le parc a ensuite été ouvert plus largement au public en 1972.
Le site est couramment appelé Parque Nacional Los Tres Ojos. Dans les inventaires officiels du système dominicain des espaces protégés, la Cueva de los Tres Ojos de Santo Domingo apparaît également comme une aire protégée relevant de la loi sectorielle 202-04.
Combien de marches faut-il descendre ?
Le nombre de marches varie selon les sources. De nombreux guides en comptent 346, tandis qu’un reportage publié en 2024 par le ministère dominicain du Tourisme en indique 372 pour parcourir l’ensemble du site.
L’écart peut venir de la façon de compter les différents escaliers, les paliers ou les sections ajoutées lors des réaménagements. La formulation la plus prudente est donc de retenir environ 350 à 370 marches au total.
La visite commence par une longue descente, ce qui peut donner l’impression que l’effort principal est terminé. Hélas, les marches ont la fâcheuse habitude de devoir être remontées à la fin.
Le sol et les escaliers peuvent être humides. Des chaussures fermées avec une semelle adhérente sont préférables aux sandales lisses. Le parcours est difficilement accessible aux personnes à mobilité réduite et aux poussettes.
Peut-on se baigner dans les lagunes de Los Tres Ojos ?
La baignade est interdite dans les quatre lagunes. Los Tres Ojos est un espace naturel protégé et les bassins sont alimentés par un réseau d’eau souterraine fragile.
Les visiteurs peuvent longer les trois premières lagunes et traverser La Nevera en barque, mais ils ne doivent pas entrer dans l’eau. Cette interdiction permet également de préserver la limpidité des bassins et les dépôts minéraux présents sur leurs fonds.
Des poissons vivent aujourd’hui dans certaines lagunes, mais une partie d’entre eux aurait été introduite au XXe siècle. Les grottes abritent aussi des chauves-souris, tandis que les ouvertures extérieures accueillent oiseaux, fougères et végétation tropicale.
Un décor de cinéma au générique incertain
Los Zaramagullones est régulièrement présenté dans les brochures et récits touristiques dominicains comme un décor utilisé pour plusieurs productions liées à Tarzan, ainsi que pour différents films d’aventure.
La liste comprend parfois des titres beaucoup plus connus, notamment Jurassic Park III. Cette attribution est cependant difficile à confirmer dans les documents de production disponibles. Il est donc plus juste de considérer certains de ces tournages comme une tradition touristique locale plutôt que comme une filmographie définitivement établie.
Le site possède de toute façon toutes les qualités d’un décor de cinéma : eau sombre, falaises calcaires, racines suspendues et sortie de tunnel vers une végétation tropicale. Il ne manque guère qu’un dinosaure syndiqué réclamant sa pause déjeuner.
Comment visiter Los Tres Ojos à Saint-Domingue ?
Los Tres Ojos se trouve dans la commune de Santo Domingo Este, près de l’avenue Las Américas et du parc Mirador del Este. Le site est situé à environ huit kilomètres à l’est de la zone coloniale de Saint-Domingue.
Ses coordonnées sont approximativement 18°28’53.0″N 69°50’37.0″W (18.4814, -69.8436). Voici la position sur Google Maps:
Selon la circulation, le trajet en voiture ou en taxi depuis le centre historique demande généralement entre 15 et 30 minutes. Los Tres Ojos peut facilement être associé à une visite du Faro a Colón, situé à proximité.
Il faut prévoir environ une heure à une heure et demie pour parcourir tranquillement les escaliers, observer les lagunes, prendre quelques photographies et effectuer la traversée vers Los Zaramagullones.
Le créneau habituellement communiqué par le parc est de 8 h 30 à 17 h 30. Les tarifs d’entrée, le prix de la barque et les modalités de paiement ont toutefois changé à plusieurs reprises. Il est préférable de vérifier les informations les plus récentes auprès du parc ou du ministère dominicain de l’Environnement avant la visite.
Une arrivée tôt le matin permet d’éviter une partie des groupes organisés et d’obtenir une lumière plus agréable dans les ouvertures de la grotte. Il faut néanmoins tenir compte du fait que certaines lagunes restent naturellement sombres, même en plein milieu de la journée.
Vidéo de Los Tres Ojos
Cette vidéo permet de suivre la descente dans les grottes et de découvrir les différentes lagunes de Los Tres Ojos.
Questions fréquentes sur Los Tres Ojos
Pourquoi le site s’appelle-t-il Los Tres Ojos s’il possède quatre lagunes ?
Le nom désigne les trois bassins enfermés dans les grottes : Lago de Azufre, Lago de las Damas et La Nevera. Los Zaramagullones est ouvert vers le ciel et n’est donc traditionnellement pas compté parmi les trois yeux.
Los Tres Ojos est-il un cénote ?
Le site possède plusieurs caractéristiques d’un cénote : roche calcaire, dissolution par l’eau, effondrement du plafond et présence d’une nappe souterraine. Il est toutefois plus précis de parler d’un ensemble de cavités karstiques et de lagunes reliées.
Combien de temps dure la visite ?
Il faut généralement compter entre une heure et une heure et demie. La durée dépend du nombre de visiteurs, des pauses photographiques et de la traversée en barque vers Los Zaramagullones.
La traversée en barque est-elle obligatoire ?
Non. Les trois lagunes principales se visitent à pied. La barque est seulement nécessaire pour rejoindre Los Zaramagullones depuis La Nevera.
Los Tres Ojos est-il adapté aux jeunes enfants ?
Le site peut être visité en famille, mais les nombreuses marches, l’humidité et les passages irréguliers demandent une surveillance attentive. Une poussette ne convient pas au parcours souterrain.
Peut-on visiter Los Tres Ojos avec un fauteuil roulant ?
Le parcours classique n’est pas accessible en fauteuil roulant en raison des nombreuses marches et de la configuration naturelle des cavités.
Pour passer des eaux tropicales à un tout autre décor souterrain, découvrez également les grottes marines glacées des îles des Apôtres, sculptées par les vagues du lac Supérieur.
Sources pour aller plus loin
- Office du tourisme de la République dominicaine — Parque Nacional Los Tres Ojos
- Ministère du Tourisme dominicain — Los Tres Ojos, la nature entre roches et lagunes
- Listín Diario — reportage consacré aux quatre lagunes et à l’histoire du parc
- Ministère dominicain de l’Environnement — cartes et inventaire des espaces naturels protégés
- Loi sectorielle dominicaine 202-04 sur les espaces protégés
- Wikimedia Commons — photographies libres de Los Tres Ojos








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