À Halsteren, dans le sud-ouest des Pays-Bas, le Mozesbrug permet d’accéder au Fort de Roovere d’une manière pour le moins inhabituelle : au lieu de passer au-dessus des douves, les visiteurs descendent dans une étroite passerelle en bois dont le plancher se trouve sous le niveau de l’eau. De chaque côté, la surface de la douve arrive presque au sommet des parois.
Cette curieuse construction, surnommée le pont de Moïse, n’est pourtant pas un simple effet architectural. Les architectes de RO&AD ont volontairement cherché à rendre le passage presque invisible afin de ne pas placer un pont traditionnel devant une fortification précisément conçue autrefois pour empêcher les ennemis de franchir ses douves.
Le Mozesbrug semble ouvrir un passage directement à travers les eaux des douves du Fort de Roovere. Crédit photo 準建築人手札網站 Forgemind ArchiMedia (CC BY 2.0).
À retenir
- Le Mozesbrug est une passerelle piétonne située dans les douves du Fort de Roovere, près de Halsteren aux Pays-Bas.
- Son plancher est placé sous le niveau de la surface de l’eau, mais ses parois permettent normalement de traverser les douves les pieds au sec.
- Le pont a été conçu par RO&AD Architecten lors de la restauration du fort engagée en 2010 et le projet a été achevé en 2011.
- La passerelle est presque invisible lorsqu’on l’observe à distance.
- Son surnom de « pont de Moïse » vient de l’impression que les eaux s’écartent pour laisser passer les visiteurs.
- Ses parois utilisent du bois Accoya et le tablier ainsi que les marches sont réalisés en bois dur.
- La structure en bois est protégée de l’eau par un système d’étanchéité comprenant une membrane EPDM.
- Le Fort de Roovere appartient à la West-Brabantse Waterlinie, une ligne défensive mise en place à partir de 1628.
- Selon les architectes, le pont peut être mis sous l’eau en hiver afin d’éviter qu’il constitue un piège lorsque la douve gèle et devient praticable par les patineurs.
Mozesbrug, une passerelle cachée dans les douves du Fort de Roovere
Le Mozesbrug se trouve au Fort de Roovere, à proximité de Halsteren, dans la province néerlandaise du Brabant-Septentrional.
Lorsque le fort a été restauré au début des années 2010, il fallait permettre aux promeneurs de traverser sa douve et d’accéder aux anciennes fortifications.
Une solution évidente aurait consisté à construire une passerelle traditionnelle au-dessus de l’eau.
Mais un détail posait un petit problème de logique : un fort entouré de douves est justement conçu pour que personne ne puisse le rejoindre facilement par un pont.
RO&AD Architecten a donc inversé le principe.
Au lieu d’élever la passerelle au-dessus du paysage, les architectes l’ont enfouie dedans.
Le passage descend dans la douve au lieu de la franchir par-dessus, ce qui permet de conserver presque intacte la silhouette des fortifications. Crédit photo 準建築人手札網站 Forgemind ArchiMedia (CC BY 2.0).
Le Mozesbrug est-il vraiment un pont sous l’eau ?
On le présente souvent comme un « pont sous l’eau », ce qui décrit assez bien l’impression ressentie sur place mais mérite une précision.
Le visiteur ne traverse évidemment pas un tunnel immergé.
Le plancher de la passerelle descend sous la surface de la douve tandis que deux parois verticales retiennent l’eau de chaque côté.
Le sommet de ces parois se trouve pratiquement au niveau de l’eau.
Lorsque l’on traverse le Mozesbrug, on marche donc réellement plus bas que la surface environnante tout en gardant normalement les pieds au sec.
L’eau peut se retrouver à hauteur du torse des adultes selon le niveau de la douve.
Ce principe est presque l’inverse de celui de l’aqueduc Veluwemeer, autre ouvrage étonnant des Pays-Bas où l’eau passe cette fois au-dessus de la circulation routière.
Dans un cas, on fait disparaître les promeneurs dans l’eau ; dans l’autre, ce sont les voitures qui semblent disparaître sous le canal.
Pourquoi l’appelle-t-on le pont de Moïse ?
Son nom devient assez évident dès que l’on descend dans le passage.
Les eaux semblent s’écarter de part et d’autre pour laisser apparaître un chemin étroit.
La référence est celle du récit biblique de Moïse et du passage à travers les eaux lors de l’Exode.
RO&AD reprend elle-même cette comparaison en expliquant que les visiteurs approchent alors du fort « comme Moïse à travers l’eau ».
Le nom néerlandais Mozesbrug signifie tout simplement « pont de Moïse ».
Entre les deux parois de bois, le visiteur donne réellement l’impression de marcher à travers la douve plutôt que de la franchir. Crédit photo 準建築人手札網站 Forgemind ArchiMedia (CC BY 2.0).
Pourquoi construire un pont presque invisible ?
Le choix n’est pas seulement esthétique.
Le Fort de Roovere est constitué essentiellement de levées de terre et de douves. Un grand pont visible aurait introduit un nouvel élément très présent dans un paysage militaire dont la forme historique repose justement sur les obstacles et les lignes de défense.
Les architectes souhaitaient donc créer un accès sans transformer visuellement le fort.
La passerelle épouse la pente du talus et s’enfonce progressivement dans la douve.
L’eau et le terrain arrivent jusqu’au bord de ses parois.
De loin, il n’y a pratiquement aucune structure verticale permettant d’identifier un pont.
Vu depuis les abords des fortifications, le Mozesbrug se confond avec les talus et la surface des douves. Crédit photo 準建築人手札網站 Forgemind ArchiMedia (CC BY 2.0).
Ce n’est qu’en approchant que l’ouverture apparaît dans le paysage.
La forme rappelle également une tranchée militaire, ce qui crée un lien supplémentaire avec l’histoire du lieu.
La démarche est finalement assez différente de celle adoptée pour la spectaculaire passerelle-escalier de Vøringsfossen en Norvège : là-bas, l’ouvrage assume fortement sa présence au-dessus du paysage, alors que le Mozesbrug cherche presque à disparaître.
Comment le Mozesbrug résiste-t-il à l’eau ?
Installer une construction en bois au milieu d’une douve impose évidemment quelques précautions.
Les côtés du Mozesbrug sont réalisés avec des palplanches en bois Accoya.
L’Accoya est un bois modifié par un procédé d’acétylation destiné notamment à améliorer sa stabilité dimensionnelle et sa résistance dans des situations particulièrement humides.
Le tablier sur lequel marchent les visiteurs ainsi que les escaliers sont en bois dur.
La documentation du projet décrit également une membrane EPDM utilisée pour assurer l’étanchéité de la structure.
Le choix des matériaux est essentiel puisque les parois du Mozesbrug restent en contact permanent avec l’eau douce et le sol humide. Crédit photo 準建築人手札網站 Forgemind ArchiMedia (CC BY 2.0).
Le projet offre ainsi un joli contre-exemple au vieux mythe selon lequel un pont inhabituel doit nécessairement reposer sur une structure métallique compliquée.
Le bois se prête d’ailleurs à quelques constructions de ponts assez inattendues, comme le montre également le Mathematical Bridge de Cambridge et son étonnante structure géométrique.
Le Fort de Roovere et sa ligne de défense par l’eau
L’architecture du Mozesbrug prend tout son sens lorsqu’on s’intéresse à l’histoire du fort.
Le Fort de Roovere appartient à la West-Brabantse Waterlinie, ou ligne d’eau du Brabant occidental.
À partir de 1628, les Provinces-Unies ont développé dans cette région un système défensif associant forts, remparts, digues et terrains susceptibles d’être volontairement inondés.
L’idée était particulièrement efficace dans un pays aussi plat : transformer l’eau en obstacle militaire.
Selon la documentation actuelle du site, une hauteur d’eau de seulement 50 à 80 centimètres pouvait suffire. C’était trop profond pour déplacer facilement des soldats, chevaux et équipements, mais trop peu profond pour utiliser efficacement des embarcations.
Fort de Roovere faisait partie d’un ensemble comprenant notamment les forts Moermont, Pinssen et Henricus.
La ligne a servi pendant plus de deux siècles, de 1628 à 1832, et a été confrontée à plusieurs armées européennes.
Le Mozesbrug traverse aujourd’hui une douve qui appartenait autrefois à un système défensif beaucoup plus vaste fondé sur l’utilisation stratégique de l’eau. Crédit photo Digital Eye (CC BY-SA 4.0).
Le fort a ensuite perdu sa fonction militaire et la végétation a progressivement masqué une partie de ses formes.
Lors de la restauration engagée en 2010, des arbres ont été retirés, les contours historiques ont été rendus plus lisibles, certaines douves ont été recreusées et l’eau a été réintroduite.
C’est dans ce contexte que le Mozesbrug a été imaginé.
Pourquoi le pont peut-il disparaître sous l’eau en hiver ?
L’une des particularités les moins connues du projet concerne l’hiver.
RO&AD indique que le Mozesbrug peut être mis sous l’eau pendant la période de gel.
La raison n’est pas une inquiétude particulière pour le bois.
Lorsque les douves gèlent suffisamment pour permettre le patinage, une longue tranchée ouverte au milieu de la glace deviendrait un obstacle particulièrement désagréable pour un patineur qui ne l’aurait pas remarquée.
En immergeant le passage, on supprime ce piège.
Le pont de Moïse possède donc cette particularité assez réjouissante : il a été conçu pour permettre de marcher sous le niveau de l’eau, mais il peut lui-même disparaître sous cette eau lorsque les conditions le nécessitent.
Un petit pont couvert de récompenses
Le Mozesbrug n’est pas seulement devenu populaire parce que ses photographies fonctionnent très bien sur Internet.
Le projet a rapidement été remarqué dans le monde de l’architecture.
Il a notamment reçu ou remporté :
- l’ArchDaily Building of the Year 2011 ;
- le Sakko Cultuurprijs 2011 ;
- le BNA Gebouw van het Jaar, région Sud, en 2012 ;
- le Design of the Year 2012 du Design Museum de Londres ;
- le Nederlandse Bouwprijs 2013.
Cette reconnaissance tient beaucoup à la simplicité de l’idée : plutôt que d’ajouter un objet spectaculaire au fort, le projet transforme une infrastructure indispensable en prolongement du paysage historique.
Le Fort de Roovere aujourd’hui
Le site a désormais une fonction patrimoniale et récréative.
Des itinéraires pédestres parcourent les anciens remparts, les douves et les différents éléments de la West-Brabantse Waterlinie.
Le Mozesbrug n’est d’ailleurs plus la seule construction contemporaine étonnante du Fort de Roovere.
RO&AD a également conçu la tour d’observation Pompejus, achevée quelques années plus tard.
Cette structure s’élève à environ 25 mètres au-dessus du site. Il faut gravir 129 marches pour atteindre son sommet, qui offre une vue largement dégagée sur l’ancienne ligne défensive.
Le passage sur le Mozesbrug est aujourd’hui intégré aux itinéraires de promenade autour du Fort de Roovere. Crédit photo M. Appelman (CC BY-SA 2.0).
Le Mozesbrug se trouve à : Schansbaan / Ligneweg, 4661 PL Halsteren, Pays-Bas
Les coordonnées du secteur du fort sont approximativement : 51.5293, 4.2988. Voici la position sur Google Maps:
Vidéo du Mozesbrug
Une vidéo permet encore mieux de comprendre l’impression étrange produite par la traversée : le niveau de l’eau reste au-dessus du passage tandis que les visiteurs avancent entre les deux parois.
Sources pour aller plus loin
- RO&AD Architecten – présentation du Mozesbrug, conception, principe de la passerelle invisible et mise sous eau hivernale
- Accoya – matériaux, équipe de conception, date du projet et récompenses du pont de Moïse
- VisitBrabant – Mozesbrug et accès au site de Halsteren
- VisitBrabant – histoire du Fort de Roovere, West-Brabantse Waterlinie et tour Pompejus
- Fort de Roovere – brochure patrimoniale et historique de la ligne d’eau du Brabant occidental
- Nederlandse Bruggenstichting – conception du Mozesbrug comme passerelle-tranchée








génial ! j’adorerais passer là ^^
doit y avoir une petite sensation je pense 🙂