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Le surf au début du XXe siècle en photos vintage

Ces photographies de surfeurs prises à Hawaï au tournant du XXe siècle ont quelque chose de trompeur. Les maillots, les poses et les immenses planches en bois paraissent appartenir aux débuts d’un sport encore balbutiant. Pourtant, lorsque les photographes commencent à immortaliser les surfeurs de Waikiki, les Hawaïens pratiquent déjà le surf depuis des générations.

Le début du XXe siècle marque plutôt une période de renouveau et de diffusion internationale. À Waikiki, des surfeurs hawaïens perpétuent la pratique du heʻe nalu, tandis que les visiteurs découvrent ce spectaculaire moyen de glisser sur les vagues. Quelques années plus tard, Duke Kahanamoku contribue à faire connaître le surf bien au-delà d’Hawaï. Ces photos vintage montrent donc moins la naissance du surf que le moment où le reste du monde commence vraiment à le regarder.

Jeunes surfeurs avec leurs planches à Waikiki au début du XXe siècle
Jeunes surfeurs avec leurs longues planches sur la plage de Waikiki au début du XXe siècle, avec Diamond Head à l’arrière-plan. Crédit photo Keystone View Company / J. Paul Getty Museum (CC0).

À retenir

  • Le surf hawaïen, ou heʻe nalu, existait bien avant les premières photographies du début du XXe siècle.
  • Après un recul au XIXe siècle, la pratique connaît un renouveau à Waikiki au tournant du XXe siècle.
  • Les anciennes planches étaient fabriquées en bois et pouvaient être considérablement plus longues et lourdes que les planches actuelles.
  • Duke Kahanamoku, champion olympique de natation et surfeur hawaïen, joue un rôle majeur dans la diffusion internationale du surf.
  • Les femmes pratiquaient également le surf à Hawaï bien avant son développement comme sport moderne.
  • Les photographies des années 1900 à 1920 documentent une période charnière entre tradition hawaïenne et naissance de la culture mondiale du surf.

Le surf existait bien avant ces photographies

Contrairement à ce que l’on peut lire parfois, le surf n’est pas apparu à Hawaï dans les années 1860.

Le heʻe nalu, littéralement la glisse sur les vagues, appartient à la culture hawaïenne bien avant l’arrivée des Européens. Le Bishop Museum rappelle que la pratique apparaît dans de nombreux récits traditionnels hawaïens et qu’elle concernait aussi bien des hommes que des femmes.

Le XIXe siècle entraîne néanmoins de profonds bouleversements. Les épidémies introduites dans l’archipel réduisent dramatiquement la population hawaïenne, tandis que les transformations religieuses, sociales et économiques modifient le rapport aux loisirs traditionnels. Les missionnaires protestants voient également d’un mauvais œil certaines pratiques liées au surf, notamment les tenues légères et la mixité dans l’eau.

Le surf décline donc fortement, mais il ne disparaît jamais complètement.

Juste avant 1900, des Hawaïens continuent à prendre les vagues de Waikiki. Frank Davey photographie ainsi en 1898 le surfeur hawaïen Charles Kauha avec une planche traditionnelle alaia. Il ne le photographie pas en train de surfer : Kauha pose avec sa planche au bord de l’eau, Diamond Head en arrière-plan.

Charles Kauha avec une planche de surf alaia à Waikiki en 1898


Le surfeur hawaïen Charles Kauha avec une planche alaia à Waikiki en 1898. Crédit photo Frank Davey / Hawaii State Archives (domaine public).

La photographie précède légèrement le XXe siècle, mais elle est particulièrement utile pour comprendre les images qui suivent : la culture du surf photographiée dans les années 1900 ne surgit pas de nulle part.

Waikiki, cœur du renouveau du surf au début du XXe siècle

Au tournant du siècle, Waikiki se transforme. Le tourisme se développe à Honolulu et les visiteurs découvrent ces Hawaïens capables de se tenir debout sur de longues planches de bois et de glisser jusqu’au rivage.

Le Bishop Museum décrit les watermen hawaïens de Waikiki comme des acteurs essentiels de ce renouveau. Ils travaillent notamment devant les hôtels de la plage, apprennent aux visiteurs à surfer et les emmènent en pirogue à balancier.

En 1908 apparaît également le Hui Nalu, le « Club des vagues ». L’organisation compte parmi ses fondateurs Duke Kahanamoku, Knute Cottrell et Ken Winter. Natation, surf et activités océaniques y occupent une place importante.

Les photographies anciennes prennent alors une autre dimension. Les hommes qui posent avec leurs planches ne sont pas simplement des baigneurs s’amusant avec une nouveauté à la mode : ils se trouvent au cœur d’une renaissance de la culture hawaïenne du surf qui va bientôt toucher la Californie, l’Australie puis le reste du monde.

Pourquoi les anciennes planches de surf étaient-elles si grandes ?

Oubliez la planche légère que l’on glisse aujourd’hui sous un bras avant de courir vers l’eau.

Les planches hawaïennes historiques étaient taillées directement dans le bois. Plusieurs formes et dimensions existaient selon les usages, les époques et les surfeurs. Parmi elles figurait notamment l’alaia, une planche relativement mince dépourvue de dérive.

Les premières décennies du XXe siècle voient encore circuler de très longues planches massives, souvent appelées aujourd’hui « Waikiki boards ». Certaines dépassent largement la taille de leur propriétaire.

La planche visible aux côtés de Duke Kahanamoku sur la photographie suivante donne une bonne idée de l’équipement de l’époque. Pas de mousse synthétique, pas de fibre de verre et encore moins de petit leash fixé à la cheville : du bois, beaucoup de bois.

Duke Kahanamoku avec une grande planche de surf à Waikiki vers 1910
Duke Kahanamoku avec une longue « Waikiki board » vers 1910-1915. Crédit photo auteur inconnu (domaine public).

Porter ce genre de planche jusqu’à l’océan constituait déjà un assez bon échauffement avant de prendre la première vague.

Duke Kahanamoku fait connaître le surf au-delà d’Hawaï

Né à Honolulu en 1890, Duke Kahanamoku devient d’abord célèbre grâce à la natation. Il remporte notamment l’or olympique sur 100 mètres nage libre en 1912 puis en 1920.

Sa célébrité lui offre une tribune exceptionnelle pour promouvoir le surf hawaïen.

Le Smithsonian indique qu’il présente le surf en Californie en 1912, puis impressionne les foules lors de démonstrations en Australie deux ans plus tard. Ses déplacements et ses exhibitions participent fortement à la diffusion de la pratique hors de l’archipel.

Il serait néanmoins trompeur d’en faire « l’inventeur » du surf moderne. Duke appartient à une culture de surfeurs hawaïens déjà bien vivante. Son rôle majeur est celui d’un ambassadeur exceptionnellement visible, aidé par sa renommée internationale de nageur.

Son histoire mérite d’ailleurs un détour par le parcours de Duke Kahanamoku, champion olympique devenu l’un des grands ambassadeurs du surf.

Duke Kahanamoku surfant à Waikiki en 1910


Duke Kahanamoku surfant à Waikiki en 1910, photographie publiée notamment dans The Mid-Pacific Magazine. Crédit photo A. R. Gurrey Jr. (domaine public).

Les femmes aussi surfaient au début du XXe siècle

Les photographies historiques et l’histoire populaire du surf ont longtemps mis l’accent sur les hommes. Pourtant, les femmes hawaïennes pratiquaient elles aussi le surf depuis longtemps.

Les traditions rapportées par le Bishop Museum évoquent des femmes prenant les vagues, et certaines personnalités de la royauté hawaïenne étaient elles-mêmes surfeuses.

C’est notamment le cas de la princesse Kaʻiulani, qui pratiquait le surf à Waikiki à la fin du XIXe siècle. Il vaut mieux éviter d’en faire à elle seule la « sauveuse » du surf, mais sa pratique illustre clairement la continuité de cette tradition à une époque où elle était en fort recul.

Les visiteuses venues d’ailleurs commencent elles aussi à découvrir les vagues hawaïennes.

En 1915, Dorothy Becker est ainsi photographiée debout sur une planche de Duke Kahanamoku à Hawaï. Cette grande photographie verticale est particulièrement intéressante : elle montre une véritable scène de surf, et non une simple pose sur la plage.

Dorothy Becker surfant à Hawaï sur une planche de Duke Kahanamoku en 1915
Dorothy Becker surfant à Hawaï sur une planche de Duke Kahanamoku en 1915. Crédit photo auteur inconnu / State Library of New South Wales (domaine public).

À quoi ressemblaient les surfeurs de Waikiki dans les années 1910 et 1920 ?

Les vêtements constituent l’un des détails les plus amusants de ces archives.

Sur certaines photographies, les hommes portent simplement un short ou une tenue légère adaptée à la chaleur hawaïenne. Sur d’autres apparaissent les maillots couvrants typiques du début du XXe siècle, parfois rayés et descendant largement sur le torse et les cuisses.

À la même époque, les conventions balnéaires européennes et américaines imposent encore des vêtements qui semblent aujourd’hui assez peu pratiques pour affronter une vague. Pour mesurer le contraste, voyez à quoi ressemblaient les étonnants maillots de bain à rayures du début du XXe siècle.

Les planches changent également progressivement. Les artisans cherchent à réduire leur poids et à améliorer leur maniabilité. Le grand morceau de bois massif commence lentement à laisser place à des constructions plus élaborées.

Une photographie publiée en 1921 offre une vue particulièrement intéressante de Waikiki : plusieurs surfeurs sont visibles dans l’eau tandis que Diamond Head domine l’arrière-plan. Malgré les hôtels et les aménagements qui transformeront ensuite la plage, le paysage reste immédiatement reconnaissable.

Surfeurs à Waikiki avec Diamond Head en 1921
Surfeurs à Waikiki en 1921, avec Diamond Head visible à gauche. Crédit photo Publishers’ Photo Service (domaine public).

Ces photos ne montrent donc pas les « premiers surfeurs »

L’expression est séduisante, mais elle serait historiquement fausse.

Les personnes photographiées vers 1900 ou 1910 ne sont pas les premiers surfeurs d’Hawaï. Elles appartiennent plutôt aux premières générations de surfeurs abondamment documentées par la photographie.

C’est une distinction importante.

Ces images apparaissent au moment où photographie, presse illustrée et tourisme commencent à diffuser une représentation de Waikiki dans le monde entier. Le surf devient progressivement quelque chose que l’on peut non seulement pratiquer, mais aussi voir dans un magazine, sur une carte postale ou dans un film à des milliers de kilomètres d’Hawaï.

Le changement de regard est considérable : une pratique culturelle hawaïenne ancienne devient peu à peu l’un des symboles internationaux associés à l’archipel.

Du lourd morceau de bois à la culture mondiale du surf

Les décennies suivantes vont accélérer cette transformation.

Les planches deviennent progressivement plus légères. De nouvelles techniques de construction apparaissent, puis les matériaux modernes transforment radicalement leur forme et leur poids. Les dérives, les constructions creuses puis la mousse et la fibre de verre permettent une pratique très différente de celle visible sur ces photographies.

Mais une chose n’a finalement guère changé : un surfeur attend toujours qu’une vague suffisamment intéressante arrive jusqu’à lui.

Plus d’un siècle après ces images de Waikiki, le surf peut même réserver quelques parcours inattendus. Seiichi Sano n’a par exemple découvert le surf qu’à 80 ans avant de décrocher un record Guinness.

Des Hawaïens photographiés avec des planches massives autour de 1900 à un Japonais montant pour la première fois sur une planche à 80 ans, l’histoire du surf possède décidément une assez grande tolérance pour les trajectoires inhabituelles.

Sources pour aller plus loin

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1 commentaire pour “Le surf au début du XXe siècle en photos vintage”

  1. Retour de ping : Des moustachus avec des fleurs dans les cartes postales de la belle époque - 2Tout2Rien

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