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La princesse Kaʻiulani, héritière d’Hawaï et pionnière oubliée du surf

La princesse Kaʻiulani, de son nom complet Victoria Kawēkiu Kaʻiulani Lunalilo Kalaninuiahilapalapa Cleghorn, a été la dernière héritière du royaume d’Hawaï. Son destin tragique mêle monarchie renversée, exil en Angleterre, lutte politique, surf traditionnel et mort prématurée à seulement 23 ans.

On la présente parfois comme la “sauveuse du surf”. La formule est belle, un peu large, mais elle n’est pas sortie de nulle part : Kaʻiulani était une surfeuse hawaïenne reconnue, issue d’une culture royale où la glisse sur les vagues, ou heʻe nalu, faisait partie de l’identité des élites insulaires bien avant de devenir un sport mondial.

portrait de la princesse Kaʻiulani, héritière du royaume d’Hawaï
Crédit photo inconnu (domaine public).

À retenir

  • Victoria Kaʻiulani est née à Honolulu le 16 octobre 1875.
  • Elle était la fille de la princesse Miriam Likelike et de l’homme d’affaires écossais Archibald Scott Cleghorn.
  • Elle a été proclamée princesse héritière d’Hawaï par sa tante, la reine Liliʻuokalani.
  • Elle a été envoyée en Angleterre à 13 ans pour recevoir une éducation destinée à la préparer au pouvoir.
  • En 1893, le royaume d’Hawaï a été renversé alors qu’elle se trouvait encore à l’étranger.
  • Elle a tenté de défendre la monarchie hawaïenne auprès de l’opinion américaine et du président Grover Cleveland.
  • Elle est aussi associée à l’histoire du surf, comme figure royale ayant continué à pratiquer et à incarner cette tradition hawaïenne.

Une princesse hawaïenne entre deux mondes

Kaʻiulani est née le 16 octobre 1875, de l’union entre sa mère Princess Miriam Likelike, sœur du roi Kalākaua et de la future reine Liliʻuokalani, et son père Archibald Scott Cleghorn, éminent homme d’affaires écossais installé à Hawaï.

La princesse portait le nom de la reine Victoria et de sa tante maternelle, Anna Kaʻiulani, décédée jeune. Le nom Kaʻiulani est souvent traduit par “le point culminant du ciel” ou “le sacré royal”, une signification plutôt lourde à porter quand on n’a pas encore l’âge de choisir soi-même ses responsabilités.

Elle a notamment grandi à ʻĀinahau, à Waikīkī, dans un environnement lié à la mer, à la musique, aux chevaux, aux jardins et à la culture hawaïenne. Oʻahu n’était pas seulement le décor exotique que les cartes postales allaient vendre plus tard : c’était un territoire royal, politique et familial. Dans un tout autre registre hawaïen, l’île abrite aussi le Samanea saman de Hawaï, l’arbre de Hitachi, autre curiosité célèbre d’Oʻahu.

Une enfance marquée par la mort de sa mère

Destinée à régner après sa tante âgée, Kaʻiulani voit son enfance basculer lorsque sa mère Likelike tombe malade et meurt en 1887, alors que la princesse n’a que 11 ans.

La légende raconte qu’un grand banc de poissons rouge vif, interprété comme un présage de mort dans la famille, se serait massé près du rivage. Likelike aurait alors prédit que sa fille ne se marierait jamais et ne deviendrait jamais reine.

Comme souvent avec les grandes histoires royales, le détail est difficile à séparer de la légende. Mais la suite de la vie de Kaʻiulani lui donne une résonance particulière : elle ne se maria pas, n’eut pas d’enfant, et ne monta jamais sur le trône.

la princesse Kaʻiulani jeune femme pendant ses années d’éducation en Angleterre


Crédit photo inconnu (domaine public).

L’éducation anglaise d’une future reine

Les monarques régnants, avec l’accord de son père, l’envoient poursuivre son éducation en Angleterre en 1889, à l’âge de 13 ans. L’objectif est clair : la préparer à sa destinée royale.

Kaʻiulani étudie notamment dans le Northamptonshire, puis séjourne dans la région de Brighton. Elle apprend les langues, les arts, les usages mondains, mais reste profondément liée à Hawaï. Cette jeune princesse, à moitié hawaïenne et à moitié écossaise, se retrouve ainsi entre deux mondes : l’éducation victorienne d’un côté, la mémoire de Waikīkī et du royaume d’Hawaï de l’autre.

Elle fréquente aussi le célèbre écrivain Robert Louis Stevenson, l’auteur de L’Île au trésor, qui la surnomme “l’île rose” dans un poème. Difficile de faire plus romanesque : une princesse hawaïenne en Angleterre, amie d’un écrivain d’aventures, pendant que son royaume vacille à l’autre bout du monde.

Le renversement du royaume d’Hawaï

En 1891, sa tante la reine Liliʻuokalani de Hawaï monte sur le trône. Kaʻiulani est proclamée héritière, mais son destin royal va être brisé presque aussitôt.

Le 17 janvier 1893, la monarchie hawaïenne est renversée par un groupe de planteurs, hommes d’affaires et responsables pro-américains, avec l’appui de forces américaines présentes sur place. Kaʻiulani est alors encore en Europe.

Elle apprend la nouvelle par télégramme. À moins de 18 ans, elle comprend que le trône auquel elle a été préparée est en train de lui échapper, et que le royaume de son peuple risque d’être annexé par les États-Unis.

Kaʻiulani face aux États-Unis

Kaʻiulani ne reste pas silencieuse. Elle quitte l’Angleterre pour les États-Unis et tente de plaider la cause du royaume d’Hawaï auprès de l’opinion américaine. Elle rencontre notamment le président Grover Cleveland, qui se montre plus sensible à la question hawaïenne que les partisans de l’annexion.

Son objectif est de défendre son trône, mais surtout son pays. Elle n’arrive pas comme une figure décorative, mais comme une jeune femme formée, éloquente, consciente de l’injustice politique qui se joue.

Ses efforts ne suffisent toutefois pas. Si elle n’a pas réussi à sauver le royaume, elle est restée l’un des visages les plus poignants de cette monarchie déchue. Hawaï sera officiellement annexé par les États-Unis en 1898.

portrait de Victoria Kaʻiulani photographiée par I. W. Taber
Crédit photo IW Taber (domaine public).

Quel lien entre la princesse Kaʻiulani et le surf ?

Le lien entre Kaʻiulani et le surf est l’un des aspects les plus intéressants de son histoire. Avant d’être un sport mondialisé, le surf était une pratique ancienne en Polynésie, très importante dans la culture hawaïenne. Les chefs, les nobles et les membres de la famille royale le pratiquaient, parfois avec de longues planches en bois particulièrement lourdes.

Kaʻiulani aurait été une surfeuse experte à Waikīkī. Certaines sources la décrivent comme l’une des dernières grandes pratiquantes royales du surf traditionnel à la fin du XIXe siècle, à une époque où l’influence missionnaire et les transformations sociales avaient fortement affaibli cette pratique.

Un déménagement à Brighton en 1892 lui permet aussi de renouer avec l’air marin. Plusieurs récits affirment qu’elle aurait surfé dans les eaux anglaises, ce qui ferait d’elle une candidate possible au titre de première surfeuse des îles Britanniques. Mais les preuves directes restent prudentes : l’histoire est belle, sans être aussi solidement documentée qu’une compétition moderne avec drone, sponsor et classement en direct.

A-t-elle vraiment “sauvé” le surf ?

Dire que Kaʻiulani a sauvé le surf est une formule forte. Il vaut mieux la comprendre ainsi : elle a fait partie des figures hawaïennes qui ont maintenu vivante cette pratique à un moment où elle aurait pu disparaître du quotidien.

Les missionnaires évangéliques avaient contribué, dès le début du XIXe siècle, à affaiblir de nombreuses pratiques hawaïennes traditionnelles, dont le surf. Kaʻiulani, par sa pratique intensive et son statut royal, représente donc une forme de continuité culturelle.

Plus tard, Duke Kahanamoku, nageur olympique hawaïen devenu légende du surf, sera considéré comme l’un des grands ambassadeurs du surf moderne dans le monde. Kaʻiulani appartient plutôt à l’étape précédente : celle d’une tradition hawaïenne encore vivante, mais menacée, avant sa renaissance internationale.

aquarelle de James Gay Sawkins montrant des femmes surfant à Maui en 1855


aquarelle de 1855 de James Gay Sawkins représentant des femmes surfant les vagues à Maui.

Une image romantique, mais une histoire politique

L’image de la princesse surfeuse est séduisante : jeune héritière, mer de Waikīkī, planche en bois, destin interrompu. Mais la réduire à cette image serait passer à côté de l’essentiel.

Kaʻiulani est d’abord une figure politique. Elle a été préparée à régner sur un royaume indépendant, puis a vu ce royaume renversé pendant son absence. Elle a tenté de parler au nom de son peuple dans un contexte où les intérêts économiques et géopolitiques pesaient bien plus lourd que la parole d’une jeune princesse.

Son histoire rejoint celle de nombreuses femmes dont le destin personnel a croisé l’histoire avec un grand H. À ce titre, elle aurait toute sa place parmi ces femmes exceptionnelles qui ont changé le monde, non pas parce qu’elle a gagné, mais parce qu’elle a tenté de tenir debout au milieu d’un basculement historique.

La mort tragique de la princesse Kaʻiulani

Moins d’un an après l’annexion officielle d’Hawaï, Kaʻiulani est prise dans une tempête à cheval dans les montagnes hawaïennes. Elle attrape une fièvre qui évolue vers une maladie grave, souvent décrite comme une pneumonie ou une complication inflammatoire.

Elle meurt le 6 mars 1899, à seulement 23 ans, sans enfant et sans être devenue reine, comme dans la funeste prédiction attribuée à sa mère.

La disparition de Kaʻiulani est vécue comme une tragédie personnelle et nationale. Elle emporte avec elle l’image d’un royaume qui aurait pu continuer, d’une reine qui n’a jamais régné, et d’une Hawaïenne qui avait essayé de défendre son peuple avec les armes dont elle disposait : l’éducation, la parole, la dignité et le courage.

Une héritière d’Hawaï entre vagues et histoire

La princesse Kaʻiulani n’a pas sauvé le royaume d’Hawaï. Elle n’a pas non plus “inventé” le surf, qui existait depuis longtemps dans la culture hawaïenne. Mais elle a incarné, à un moment critique, une continuité entre l’ancienne noblesse hawaïenne, la pratique du surf et la résistance à l’effacement culturel.

Son destin tragique tient dans cette tension : elle était née pour régner, elle a été formée pour gouverner, elle a plaidé pour son peuple, mais l’histoire a choisi une autre direction.

Et pourtant, son nom continue de revenir dès que l’on raconte les origines royales du surf. Après elle, le surf connaîtra une autre vie, plus sportive, plus internationale, portée notamment par Duke Kahanamoku. Et parfois, cette glisse peut même devenir une affaire de longévité, comme le montre Seiichi Sano, le plus vieux surfeur du monde.

FAQ sur la princesse Kaʻiulani

Qui était la princesse Kaʻiulani ?

La princesse Kaʻiulani, ou Victoria Kaʻiulani Cleghorn, était la dernière héritière du royaume d’Hawaï. Elle était la nièce du roi Kalākaua et de la reine Liliʻuokalani.

Quand est née la princesse Kaʻiulani ?

Elle est née le 16 octobre 1875 à Honolulu, à Hawaï.

Pourquoi Kaʻiulani n’est-elle jamais devenue reine ?

Elle n’est jamais devenue reine parce que la monarchie hawaïenne a été renversée en 1893, avant qu’elle puisse accéder au trône. Hawaï a ensuite été annexé par les États-Unis en 1898.

La princesse Kaʻiulani était-elle surfeuse ?

Oui, plusieurs sources la décrivent comme une surfeuse hawaïenne experte. Elle est souvent associée à la survie du surf traditionnel à Waikīkī à la fin du XIXe siècle.

A-t-elle vraiment sauvé le surf ?

La formule est à prendre avec prudence. Kaʻiulani n’a pas sauvé seule le surf, mais elle a probablement contribué à maintenir cette pratique hawaïenne vivante à une époque où elle était fortement affaiblie par les transformations religieuses, sociales et politiques.

À quel âge est morte Kaʻiulani ?

Elle est morte le 6 mars 1899, à l’âge de 23 ans.

Sources pour aller plus loin

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