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Rudolph Valentino, sex symbol des années 1920

Rudolph Valentino est devenu dans les années 1920 l’un des premiers grands sex symbols masculins du cinéma. Né en Italie sous le nom de Rodolfo Guglielmi, cet acteur du cinéma muet a construit à Hollywood une image de séducteur romantique, élégant et exotique qui lui a valu le surnom durable de « Latin Lover ». Ses cheveux noirs soigneusement coiffés, son regard travaillé par les photographes et ses costumes parfois extravagants ont participé autant que ses rôles à la création du personnage.

Sa carrière au sommet n’a pourtant duré que quelques années. Propulsé au rang de star en 1921 par Les Quatre Cavaliers de l’Apocalypse, puis transformé en idole internationale par Le Cheik, Valentino est mort brutalement à New York le 23 août 1926, à seulement 31 ans. Sa disparition a provoqué des scènes de deuil collectif considérables et a même laissé une trace inattendue dans la médecine moderne avec ce que les chirurgiens appellent encore aujourd’hui le « syndrome de Valentino ».

Portrait de Rudolph Valentino vers 1925
Portrait de Rudolph Valentino vers 1925. Crédit photo Russell Ball / National Portrait Gallery, Smithsonian Institution (CC0).Portrait de Rudolph Valentino vers 1925

À retenir

  • Rudolph Valentino est né Rodolfo Guglielmi le 6 mai 1895 à Castellaneta, dans les Pouilles en Italie.
  • Il arrive aux États-Unis à la fin de 1913 et travaille notamment comme danseur professionnel avant le cinéma.
  • Les Quatre Cavaliers de l’Apocalypse le propulse au rang de star en 1921, notamment grâce à une célèbre scène de tango.
  • Le Cheik, également sorti en 1921, contribue fortement à construire son image de « Latin Lover ».
  • Son apparence raffinée et sa façon de jouer avec les codes masculins de l’époque lui valent autant d’admirateurs que de critiques.
  • Il tourne notamment dans Arènes sanglantes, L’Aigle noir et Le Fils du Cheik.
  • Il meurt à 31 ans des complications d’un ulcère perforé après une intervention chirurgicale.
  • Le syndrome de Valentino désigne encore en médecine une perforation d’ulcère pouvant imiter une appendicite aiguë.

De Rodolfo Guglielmi à Rudolph Valentino

Valentino naît le 6 mai 1895 à Castellaneta, près de Tarente. Les sources biographiques italiennes de référence le nomment Rodolfo Pietro Guglielmi, ou Rodolfo Pietro Filiberto Guglielmi selon les notices. Les patronymes aristocratiques à rallonge souvent repris dans d’anciennes biographies ne constituent donc pas la façon la plus sûre de présenter son nom de naissance.

Son père, Giovanni Guglielmi, est vétérinaire et ancien officier de cavalerie. Sa mère, Gabriella Barbin, est d’origine française. Après des études agricoles plutôt peu conformes à ses ambitions, le jeune Rodolfo quitte l’Italie.

À la fin de 1913, alors âgé de 18 ans, il arrive à New York. Ses premières années américaines sont difficiles. Il exerce différents petits métiers avant de trouver une activité qui va s’avérer beaucoup plus utile pour sa future carrière : danseur rémunéré dans les établissements new-yorkais, ce que les Américains appellent alors un taxi dancer.

Le tango fait déjà partie de ses spécialités.

Rudolph Valentino dans un portrait de la Bain News Service


Portrait de Rudolph Valentino conservé dans la George Grantham Bain Collection. Crédit photo Bain News Service / Library of Congress (domaine public).

Après plusieurs petits rôles au cinéma, son physique sombre et son expérience de danseur commencent à le différencier des héros masculins américains plus traditionnels. Hollywood commence alors à transformer Rodolfo Guglielmi en Rudolph Valentino.

Quelques décennies plus tôt, Sarah Bernhardt avait déjà montré comment une personnalité pouvait devenir une célébrité internationale grâce à une image publique soigneusement entretenue. Hollywood va pousser la mécanique encore beaucoup plus loin.

Le tango qui fait de Valentino une star

Le grand tournant arrive en 1921 avec The Four Horsemen of the Apocalypse, Les Quatre Cavaliers de l’Apocalypse en français.

Valentino y joue Julio Desnoyers. Le film connaît un immense retentissement et la Library of Congress situe clairement à sa sortie en mars 1921 l’explosion de sa célébrité.

Une scène en particulier devient emblématique : Valentino danse le tango. Son expérience acquise quelques années auparavant dans les salles de danse new-yorkaises se retrouve donc directement à l’écran.

Rudolph Valentino dansant le tango dans Les Quatre Cavaliers de l’Apocalypse en 1921
Rudolph Valentino et Beatrice Dominguez dans la scène de tango de Les Quatre Cavaliers de l’Apocalypse en 1921. Crédit image Metro Pictures Corporation (domaine public).

Le succès ne vient donc pas seulement de son visage. Sa façon de se déplacer, de danser et de regarder ses partenaires participe à fabriquer un nouveau type de héros romantique masculin.

À partir de là, la carrière s’accélère brutalement.

Le Cheik et la naissance du « Latin Lover »

Toujours en 1921, Valentino joue Ahmed Ben Hassan dans The Sheik, Le Cheik.

Le film est un grand succès populaire et fixe durablement l’image publique de l’acteur : vêtements orientalisants, regard sombre, romance passionnée et personnage présenté comme irrésistible. Le cinéma américain est alors beaucoup moins préoccupé d’exactitude culturelle que d’efficacité publicitaire.

Rudolph Valentino dans Le Cheik en 1921


Rudolph Valentino photographié par Donald Biddle Keyes en 1921 dans son costume du Cheik. Crédit photo Donald Biddle Keyes / National Portrait Gallery, Smithsonian Institution (CC0).

Valentino devient rapidement l’archétype du « Latin Lover », expression attachée à son personnage de séducteur venu d’ailleurs.

Cette construction rappelle, côté féminin, celle de Theda Bara et de son personnage de « vamp » créé quelques années plus tôt par Hollywood. Dans les deux cas, le studio ne vend plus seulement un film : il vend une personnalité immédiatement reconnaissable.

Valentino lui-même entretient une relation compliquée avec cette image. Elle lui apporte une célébrité gigantesque, mais finit également par l’enfermer dans une succession de rôles exotiques et romantiques.

Pourquoi Rudolph Valentino devient-il un sex symbol ?

Le physique de Rudolph Valentino tranche avec plusieurs modèles masculins dominants du cinéma américain de l’époque.

Cheveux noirs brillants, teint méditerranéen, traits fins, grands yeux sombres, vêtements élégants et gestes hérités de la danse : tout contribue à créer une apparence très différente du héros anglo-saxon sportif et viril incarné par exemple par Douglas Fairbanks.

La presse s’intéresse jusque dans le détail à sa coiffure. Ses cheveux plaqués ou ondulés, parfois plus longs que les coupes masculines les plus conventionnelles de l’époque, sont imités par certains jeunes hommes. Le Smithsonian rapporte même que des imitateurs de son style aux cheveux soigneusement plaqués étaient surnommés les « Vaselinos ».

Ce détail explique probablement pourquoi, un siècle plus tard, Google associe encore fortement Valentino aux recherches sur les coiffures masculines des années 1920.

La taille de Valentino est en revanche moins certaine qu’on pourrait l’imaginer. Les chiffres reproduits dans les biographies modernes et différents documents anciens ne concordent pas suffisamment pour donner au centimètre près une mesure incontestable. Son pouvoir à l’écran dépendait manifestement davantage de sa photogénie, de sa silhouette et de sa façon de bouger que d’une quelconque taille de basketteur.

Avions Voisin construite en 1923 pour Rudolph Valentino
Une Avions Voisin construite en 1923 sur un châssis sportif C5 pour Rudolph Valentino. Crédit photo Alden Jewell (CC BY 2.0).

Sa célébrité déborde rapidement du cinéma. Vêtements, voitures, photographies promotionnelles, tournées de danse et apparitions publiques prolongent le personnage du séducteur dans la vie quotidienne.

Quand son image de séducteur choque une partie de l’Amérique

Le succès auprès du public féminin ne produit pas uniquement de l’admiration.

Une partie de la presse américaine attaque régulièrement Valentino pour son apparence jugée trop raffinée et pas assez conforme aux standards masculins de l’époque. Son origine italienne, ses bijoux, ses costumes, son maquillage de cinéma et jusqu’à sa coiffure alimentent les commentaires.

L’affaire atteint son sommet en juillet 1926.

Le Chicago Tribune publie un éditorial anonyme intitulé Pink Powder Puffs qui se moque de la féminisation supposée des hommes américains et prend Valentino pour cible.

L’acteur réagit avec une susceptibilité qui ferait aujourd’hui le bonheur des réseaux sociaux : il défie l’auteur à un combat de boxe.

Le journaliste anonyme ne se présente pas. Valentino finit toutefois par affronter le journaliste sportif Frank « Buck » O’Neil lors d’une séance organisée devant la presse et réussit à l’envoyer au sol.

L’épisode paraît presque comique, mais il révèle surtout les normes particulièrement rigides entourant la masculinité dans les années 1920. Le même style qui fait de Valentino un objet de désir pour une immense partie du public est précisément celui que ses détracteurs utilisent pour remettre sa virilité en question.

Natacha Rambova et le scandale de la bigamie

La vie sentimentale de Valentino nourrit elle aussi abondamment les journaux.

Après un premier mariage très bref avec l’actrice Jean Acker, il épouse en mai 1922 la costumière et directrice artistique Natacha Rambova, née Winifred Hudnut.

Problème : les formalités légales de son divorce avec Acker ne permettent pas encore ce remariage.

Valentino est alors arrêté pour bigamie. Son mariage avec Rambova doit être régularisé et le couple se marie légalement une nouvelle fois en mars 1923. Ils divorcent finalement en 1925.

L’histoire ne se limite pourtant pas aux potins. Rambova participe réellement à l’univers esthétique de plusieurs productions et à la construction visuelle de Valentino.

En 1922, l’acteur tourne également The Young Rajah avec Wanda Hawley, autre vedette aujourd’hui largement oubliée du cinéma muet.

Les grands films de Rudolph Valentino

La filmographie de Valentino est relativement courte, mais plusieurs titres sont devenus emblématiques du cinéma muet américain.

  • Les Quatre Cavaliers de l’Apocalypse (The Four Horsemen of the Apocalypse, 1921), qui fait de lui une star.
  • Le Cheik (The Sheik, 1921), qui installe définitivement son personnage de séducteur exotique.
  • Arènes sanglantes (Blood and Sand, 1922), dans lequel il incarne un torero.
  • Le Jeune Rajah (The Young Rajah, 1922), avec Wanda Hawley.
  • L’Aigle noir (The Eagle, 1925).
  • Le Fils du Cheik (The Son of the Sheik, 1926), son dernier film.

Rudolph Valentino et Vilma Bánky dans Le Fils du Cheik en 1926
Rudolph Valentino et Vilma Bánky dans Le Fils du Cheik en 1926. Crédit photo Dennis Amith / KNDY (CC BY-SA 2.0).

Le dernier film ramène Valentino au personnage qui avait tant contribué à son succès. Il sort alors que sa célébrité est de nouveau au plus haut.

Comme Buster Keaton, Valentino appartient à cette génération d’acteurs dont la simple silhouette pouvait être immédiatement reconnue par le public du cinéma muet. Le personnage construit autour de chacun était cependant presque opposé : impassibilité et acrobaties chez Keaton, séduction romantique et exotisme chez Valentino.

Pourquoi Rudolph Valentino est-il mort à seulement 31 ans ?

Le 15 août 1926, Valentino est hospitalisé à New York pour de violentes douleurs abdominales.

Une intervention chirurgicale révèle un ulcère gastroduodénal perforé. Le problème est grave : la perforation laisse s’échapper le contenu digestif dans l’abdomen et peut provoquer péritonite, infection généralisée et autres complications.

L’opération semble d’abord réussir et l’état de l’acteur s’améliore momentanément. Il développe ensuite de graves complications infectieuses et respiratoires.

Rudolph Valentino meurt le 23 août 1926, huit jours après son hospitalisation.

Il n’a que 31 ans.

La formule selon laquelle il serait simplement « mort d’une septicémie après une opération pour un ulcère gastrique aigu » résume donc trop brutalement son dossier : la perforation de l’ulcère et ses complications postopératoires sont au cœur de l’épisode.

Le syndrome de Valentino

Son nom est encore utilisé aujourd’hui en médecine.

Le syndrome de Valentino désigne une présentation rare d’un ulcère gastrique ou duodénal perforé. Le liquide digestif peut se déplacer vers la partie inférieure droite de l’abdomen et provoquer des douleurs ressemblant fortement à celles d’une appendicite aiguë.

Le terme rappelle le cas de l’acteur, même si les publications médicales récentes soulignent que l’histoire clinique exacte de Valentino et la définition moderne du syndrome ne se superposent pas parfaitement.

Voilà une postérité probablement moins glamour que Le Cheik, mais nettement plus inattendue.

Une mort qui provoque un phénomène de masse

La disparition soudaine de Valentino provoque une réaction spectaculaire.

À New York, une foule immense se rassemble autour du Frank E. Campbell Funeral Home où son corps est exposé. Les récits contemporains et postérieurs évoquent des dizaines de milliers de personnes, certaines estimations dépassant même 100 000. Le chiffre exact reste difficile à établir, mais l’ampleur du rassemblement ne fait aucun doute.

Police, journalistes, admirateurs et curieux se retrouvent mêlés dans des scènes de bousculade qui témoignent de la dimension déjà mondiale de la célébrité cinématographique.

Foule rassemblée à New York pour les funérailles de Rudolph Valentino en 1926
Foule rassemblée devant le Frank E. Campbell Funeral Home à New York après la mort de Rudolph Valentino en août 1926. Crédit photo International News Photos (domaine public, copyright américain non renouvelé).

Son corps est ensuite transféré en Californie et Valentino est finalement enterré à Hollywood.

L’intensité du deuil marque une étape importante dans l’histoire du star-system : le cinéma est encore muet, mais ses vedettes sont déjà capables de provoquer des réactions que l’on associerait aujourd’hui aux plus grandes célébrités mondiales.

Un sex symbol dont l’image a survécu au cinéma muet

Rudolph Valentino n’a jamais connu l’époque du cinéma parlant. Il est mort au moment où Hollywood commençait justement à préparer cette révolution technique, ce qui laisse ouverte une question impossible à résoudre : sa voix et son accent italien auraient-ils renforcé ou affaibli son personnage ?

Ce qui a survécu, en revanche, est très clair.

Le terme « Valentino » est devenu pendant des décennies une façon presque générique de désigner un séducteur. Son style vestimentaire, sa coiffure, ses photographies promotionnelles et le personnage du « Latin Lover » ont largement dépassé les films qui les avaient fait naître.

En quelques années seulement, un jeune Italien arrivé à New York sans carrière établie est devenu l’une des premières grandes icônes masculines mondiales de Hollywood. Un siècle plus tard, ses films sont moins connus du grand public, mais son visage reste étrangement familier : preuve que le star-system avait déjà compris, dans les années 1920, comment fabriquer une image capable de durer beaucoup plus longtemps que la pellicule.

Sources pour aller plus loin

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2 commentaires sur “Rudolph Valentino, sex symbol des années 1920”

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