En 1947, alors que l’automobile et l’aviation connaissent un formidable essor, le constructeur américain Convair présente une invention pour le moins ambitieuse : une voiture familiale capable de se transformer en avion. Baptisée Convair Model 118, ou ConvairCar, elle possède quatre places, une carrosserie en fibre de verre et surtout un ensemble d’ailes amovibles permettant de quitter la route pour prendre les airs. Et contrairement à de nombreux concepts futuristes, cette voiture volante a réellement décollé.
Le projet semblait prometteur, mais son histoire a rapidement tourné court. Trois jours seulement après son premier vol de novembre 1947, le prototype a subi un accident provoqué par une panne de carburant. Une erreur de lecture entre deux jauges d’essence aurait été à l’origine de cet incident. Malgré la construction d’un second exemplaire en 1948, la ConvairCar n’a jamais été commercialisée. Retour en images sur une invention qui avait près de quatre-vingts ans d’avance sur les rêves de mobilité volante.
La Convair Model 118 en plein vol en novembre 1947, au-dessus de San Diego. Crédit photo San Diego Air & Space Museum Archives / Wikimedia Commons (aucune restriction de droits connue selon le fonds SDASM).
À retenir
- La Convair Model 118, également appelée ConvairCar, est une voiture volante américaine expérimentale développée par Convair en 1947.
- Elle possède quatre places et deux moteurs indépendants : un pour circuler sur route et l’autre pour voler.
- Ses ailes, son empennage et son moteur aérien forment un ensemble amovible installé au-dessus de la voiture.
- Le premier prototype a volé en novembre 1947 avant un accident lié à une panne de carburant.
- Un second exemplaire a volé en janvier 1948, mais le programme a été abandonné sans production en série.
Convair Model 118 : comment fonctionnait cette voiture volante ?
La ConvairCar repose sur une idée relativement simple : plutôt que construire un avion capable de circuler sur route, pourquoi ne pas concevoir une automobile sur laquelle on pourrait fixer un ensemble aéronautique ?
Le véhicule de base est une voiture à quatre places dotée d’une carrosserie légère en fibre de verre. Son allure rappelle celle des automobiles américaines de l’après-guerre, avec une silhouette arrondie et un habitacle fermé.
En version routière, la voiture utilise un petit moteur Crosley développant environ 25 chevaux. Cette motorisation est indépendante du moteur chargé de la propulsion aérienne.
La partie automobile de la Convair Model 118, utilisable sur route sans son ensemble aérien. Crédit photo San Diego Air & Space Museum Archives / Wikimedia Commons (CC0 1.0 indiquée sur Commons, avec réserve concernant la validité de cette déclaration).
Pour transformer cette automobile en avion, il faut installer sur son toit un module comprenant les ailes, l’empennage, le moteur aérien et son hélice.
Ce second moteur est un Lycoming O-435C à six cylindres à plat développant environ 190 chevaux. Il permet à la voiture volante d’atteindre une vitesse de croisière annoncée d’environ 200 km/h.
Avec une envergure de 10,49 mètres, la ConvairCar n’a alors plus grand-chose d’une petite voiture ordinaire. Elle est devenue un véritable avion léger, dont la carrosserie automobile constitue le fuselage et l’habitacle.
Des ailes démontables que la voiture pouvait remorquer
L’un des aspects les plus ingénieux du projet concerne la séparation des deux parties du véhicule.
Une fois arrivée à destination par les airs, la ConvairCar pouvait théoriquement se débarrasser de son module aérien pour reprendre la route. Les ailes et le moteur d’avion étaient conçus pour être détachés de la carrosserie automobile.
Démonstration du démontage de l’ensemble aérien de la ConvairCar, vers novembre 1947. Crédit photo San Diego Air & Space Museum Archives / Wikimedia Commons (aucune restriction de droits connue selon le fonds SDASM).
Le principe prévoyait également de pouvoir remorquer l’ensemble démonté derrière la voiture lorsqu’il n’était pas utilisé.
Sur le papier, cela permettait de combiner les avantages d’une automobile et d’un avion, sans devoir posséder deux véhicules distincts.
Dans la pratique, le dispositif restait contraignant : il fallait disposer d’un terrain adapté au décollage et à l’atterrissage, installer ou retirer le module aérien et maîtriser le pilotage d’un véritable avion.
La voiture volante ne promettait donc pas de décoller depuis n’importe quelle route. Elle cherchait plutôt à faciliter le passage entre transport routier et aérien.
Les caractéristiques techniques de la ConvairCar
Avec sa double motorisation, la Convair Model 118 était une machine originale, mais également complexe pour un véhicule destiné au grand public.
- Constructeur : Convair, États-Unis.
- Premier vol du Model 118 : novembre 1947.
- Capacité : quatre places, pilote compris.
- Moteur routier : Crosley, environ 25 chevaux.
- Moteur aérien : Lycoming O-435C, environ 190 chevaux.
- Envergure : 10,49 mètres.
- Vitesse de croisière annoncée : environ 200 km/h.
- Masse à vide : environ 691 kg.
- Masse maximale au décollage : environ 1 157 kg.
- Autonomie aérienne annoncée : environ une heure.
Ces chiffres correspondent aux caractéristiques habituellement publiées pour le prototype. Ils ne doivent pas être confondus avec les performances garanties d’un véhicule de série, puisque la ConvairCar n’a jamais atteint ce stade.
Du Model 116 au Model 118 : un projet de voiture volante pour tous
L’histoire de la ConvairCar ne commence pas directement en 1947.
Son principal concepteur est Theodore P. Hall, surnommé Ted Hall, ingénieur aéronautique qui travaille sur l’idée d’une automobile volante avant même la Seconde Guerre mondiale.
Le projet intéresse Consolidated Vultee Aircraft Corporation, entreprise américaine qui prendra ensuite le nom de Convair. Dans l’euphorie aéronautique de l’après-guerre, le constructeur envisage de développer un véhicule capable de séduire une clientèle beaucoup plus large que celle des seuls pilotes privés.
Un premier prototype, le Convair Model 116, prend l’air le 12 juillet 1946. Ce modèle biplace sert à valider le concept et aurait effectué 66 vols d’essai.
Le Model 118 en constitue une évolution plus ambitieuse, avec quatre places, une carrosserie redessinée et une motorisation aérienne plus puissante.
Le designer industriel américain Henry Dreyfuss, notamment connu pour ses travaux sur les objets du quotidien, les équipements industriels et les moyens de transport, est également associé au projet ConvairCar. Son implication dans les études de design est documentée, mais la conception aéronautique de l’appareil revient principalement à Theodore Hall.
L’objectif n’était pas simplement de présenter une curiosité dans un salon automobile. Convair espérait transformer ce prototype en un véhicule commercial.
Des projets de production évoquaient jusqu’à 160 000 exemplaires, à un prix envisagé d’environ 1 500 dollars. L’idée était notamment que des entreprises puissent acheter ces voitures volantes pour les proposer à la location dans les aéroports.
Ces chiffres illustrent l’ambition du programme, mais ils correspondent à des projections commerciales, pas à des commandes effectivement passées.
Cette période d’après-guerre encourage de nombreuses expérimentations automobiles. En France, la Panhard Dynavia de 1948 explore elle aussi des formes inspirées de l’aéronautique, mais avec un objectif différent : réduire la résistance à l’air et la consommation de carburant.
18 novembre 1947 : l’accident de la ConvairCar et la mauvaise jauge d’essence
Le prototype Convair Model 118, immatriculé NX90850, effectue son premier vol en novembre 1947 aux mains du pilote d’essai Reuben Snodgrass. La date du 15 novembre est généralement retenue dans les chronologies détaillées du programme.
Mais trois jours plus tard, le 18 novembre 1947, l’aventure prend une tournure beaucoup moins glorieuse.
Alors que le pilote effectue un vol de démonstration prévu pour durer environ une heure au-dessus de la région de San Diego, le moteur aérien tombe en panne de carburant.
Privée de propulsion, la ConvairCar doit effectuer un atterrissage d’urgence sur un terrain près de San Diego. La carrosserie automobile est détruite et la voilure endommagée, mais Reuben Snodgrass s’en sort avec des blessures légères.
Le premier prototype de la ConvairCar après son accident du 18 novembre 1947, près de San Diego. Crédit photo San Diego Air & Space Museum Archives / Wikimedia Commons (aucune restriction de droits connue selon le fonds SDASM).
Deux moteurs, deux réservoirs et une confusion fatale pour le prototype
La cause rapportée de cet accident est particulièrement révélatrice des difficultés posées par un véhicule hybride.
La ConvairCar dispose de deux moteurs indépendants, donc de deux circuits de carburant et de deux jauges différentes.
Selon les récits historiques, le pilote aurait vérifié avant le décollage une jauge indiquant un réservoir plein. Mais il aurait consulté celle du moteur automobile, et non celle du moteur aérien.
L’appareil aurait ainsi décollé avec trop peu d’essence destinée au moteur Lycoming.
Cette explication est souvent reprise, mais elle n’a pas pu être confirmée par un rapport officiel sur l’accident.
L’épisode souligne un problème très concret d’ergonomie : lorsque deux systèmes distincts sont réunis dans un même véhicule, leurs commandes et leurs instruments doivent être clairement différenciés.
La voiture volante avait réussi à réunir deux moyens de transport dans une seule machine. Encore fallait-il éviter de confondre leurs réservoirs.
Un second prototype en 1948, puis l’abandon du projet
L’accident ne marque pas immédiatement la fin de la ConvairCar.
Les ingénieurs récupèrent notamment l’ensemble aérien du premier appareil et construisent une nouvelle partie automobile afin de poursuivre les essais.
Le second prototype effectue un vol le 29 janvier 1948, piloté par W. G. Griswold.
Une Convair Model 118 photographiée au sol le 26 janvier 1948, trois jours avant le vol du second prototype. Crédit photo San Diego Air & Space Museum Archives / Wikimedia Commons (aucune restriction de droits connue selon le fonds SDASM).
Ce nouveau vol démontre que le concept reste techniquement réalisable. Pourtant, l’intérêt pour le projet a fortement diminué.
L’accident a nui à sa réputation, et les perspectives économiques apparaissent moins séduisantes qu’au départ. La complexité du véhicule et les contraintes propres au pilotage constituent également des obstacles à une commercialisation de masse.
Convair finit par abandonner le programme.
Theodore Hall tente de poursuivre l’aventure en récupérant les droits du projet et en fondant sa propre structure d’ingénierie, mais aucune production en série ne voit le jour.
Au total, seuls deux exemplaires fonctionnels de la Convair Model 118 ont été construits, dont le second réutilisait des éléments du premier.
La ConvairCar, ancêtre des voitures volantes modernes
Avec ses ailes démontables et sa double motorisation, la Convair Model 118 appartient à une longue histoire de tentatives visant à faire circuler un même véhicule sur route et dans les airs.
Son architecture peut sembler compliquée aujourd’hui, mais elle répondait à un problème toujours d’actualité : comment combiner la liberté de déplacement d’une automobile avec la rapidité du transport aérien ?
Dans les années suivantes, les constructeurs automobiles américains ont continué à emprunter leurs formes et leurs technologies au monde de l’aviation. La Firebird III de General Motors, présentée en 1958, possédait notamment une turbine à gaz, un cockpit à double bulle et des commandes par joystick. Un an plus tard, la Cadillac Cyclone poussait encore plus loin l’esthétique aéronautique avec sa verrière transparente et ses lignes de fusée. Contrairement à la ConvairCar, aucune des deux n’était destinée à quitter le sol.
La ConvairCar n’était donc ni la première tentative de voiture volante ni la dernière. Elle représente néanmoins l’un des projets les plus ambitieux de l’après-guerre, à une époque où certains industriels imaginaient déjà des automobiles familiales capables de prendre leur envol.
Presque quatre-vingts ans plus tard, cette étonnante machine rappelle qu’une invention peut fonctionner techniquement sans jamais devenir un produit commercial. Pour la Convair Model 118, quelques vols réussis n’ont pas suffi à transformer le rêve en réalité.
Sources pour aller plus loin
- Virtual Aircraft Museum — Hall Flying Car / Convair 118 et caractéristiques techniques
- MiGFlug — Histoire de la ConvairCar et de son accident de 1947
- Wikimedia Commons — Photographies historiques de la Convair Model 118
- San Diego Air & Space Museum Archives — Collections photographiques aéronautiques
- Convair Model 118 — Chronologie, caractéristiques et références bibliographiques
La voiture volante a également nourri l’imaginaire des artistes. Le photographe français Sylvain Viau s’est ainsi amusé à créer des voitures anciennes qui semblent flotter sans roues. Des photomontages qui réalisent visuellement, et sans le moindre moteur d’avion, le rêve poursuivi par les ingénieurs de Convair.







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