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Ćele kula – la tour des cranes de Niš en Serbie

À Niš, dans le sud de la Serbie, un monument conserve encore 58 crânes humains enchâssés dans ses murs. Ćele kula, la « tour des crânes », a été construite en 1809 après la bataille de Čegar pour servir d’avertissement à ceux qui auraient voulu se révolter contre l’Empire ottoman.

À l’origine, la tour comportait 952 crânes de combattants serbes. Plus de deux siècles plus tard, ce monument conçu pour inspirer la peur est devenu l’un des principaux lieux de mémoire de Niš et un symbole de la lutte serbe contre la domination ottomane.

Crânes conservés dans Ćele kula, la tour des crânes de Niš en Serbie
Les crânes conservés dans Ćele kula, la tour des crânes de Niš. Crédit photo Miluša Snidová (CC BY-SA 4.0).

À retenir

  • Ćele kula, souvent écrit Cele Kula sans signes diacritiques, se trouve à Niš en Serbie.
  • La tour a été construite en 1809, après la bataille de Čegar pendant le Premier soulèvement serbe.
  • Elle comportait à l’origine 952 crânes, répartis sur les quatre faces de la construction.
  • Les crânes provenaient de combattants serbes morts lors de la bataille.
  • Les peaux des têtes ont été envoyées au sultan à Constantinople ; les crânes, eux, sont restés à Niš pour construire la tour.
  • Il reste aujourd’hui 58 crânes.
  • La chapelle qui protège aujourd’hui Ćele kula a été construite à la fin du XIXe siècle.
  • Le monument est ouvert aux visiteurs et dépend du Musée national de Niš.

La bataille de Čegar, le 31 mai 1809

Pour comprendre la tour des crânes de Niš, il faut revenir au 31 mai 1809, pendant le Premier soulèvement serbe contre l’Empire ottoman.

Les insurgés serbes tentaient alors de prendre Niš. L’un des principaux points de résistance se trouvait sur la colline de Čegar, où des combattants étaient commandés par le voïvode Stevan Sinđelić.

Face à des forces ottomanes supérieures en nombre, la position serbe a progressivement été submergée. Lorsque les assaillants ont pénétré dans les retranchements, Sinđelić a tiré sur le dépôt de poudre.

L’explosion qui a suivi a tué les défenseurs ainsi qu’un grand nombre de soldats ottomans.

Les chiffres de pertes varient selon les récits historiques. Des sources institutionnelles serbes évoquent environ 3 000 combattants serbes et 6 000 soldats ottomans, mais ces nombres doivent être considérés comme des estimations plutôt que comme des comptages parfaitement établis.

952 crânes pour transformer une défaite en avertissement

Après la bataille, le commandant ottoman de Niš, Hurshid Pacha, a décidé de donner à la victoire une dimension particulièrement macabre.

Il a ordonné que les têtes des combattants serbes morts soient préparées.

Contrairement à une histoire souvent répétée, les 952 crânes n’ont pas été envoyés au sultan puis retournés à Niš.

Le Musée national de Niš explique que les têtes ont été écorchées. Les peaux ont ensuite été remplies de coton et envoyées au sultan à Constantinople comme preuve de la victoire.

Les crânes sont restés sur place.

Ils ont été intégrés à une structure quadrangulaire d’environ 4 mètres de haut, maintenus dans un mélange de chaux et de sable et tournés vers l’extérieur.

La tour comportait 14 rangées de crânes sur chacune de ses faces, soit 952 au total.

Le message destiné aux populations locales n’était pas particulièrement subtil : voilà ce qui attendait ceux qui se révoltaient contre l’Empire.

Ćele kula, la tour des crânes de Niš représentée en 1863


Ćele kula représentée en 1863, avant la construction de la chapelle qui l’entoure aujourd’hui. Illustration de Felix Philipp Kanitz (domaine public).

Cette utilisation architecturale de restes humains rapproche Ćele kula d’autres lieux très particuliers. En République tchèque, l’ossuaire de Sedlec utilise les ossements de milliers de personnes comme éléments décoratifs, tandis que les catacombes de Paris photographiées par Nadar ont transformé d’anciennes carrières en immense ossuaire souterrain.

Ćele kula a toutefois une origine très différente : ses crânes ne proviennent pas d’un cimetière transféré, mais directement d’un champ de bataille.

Les habitants ont commencé à retirer les crânes pendant la nuit

La construction de la tour devait terroriser la population, mais son effet s’est progressivement retourné contre ses commanditaires.

Pour les chrétiens de Niš, les crânes appartenaient à des morts qui auraient dû recevoir une sépulture.

Certains habitants ont donc commencé à retirer clandestinement des crânes pendant la nuit afin de les enterrer dans le cimetière.

Lorsque les autorités ottomanes ont découvert cette pratique, elles ont essayé d’y mettre fin.

Mais le temps, les intempéries et les prélèvements ont continué à réduire progressivement le nombre de crânes visibles.

Midhat Pacha voulait au contraire faire disparaître la tour

Une autre histoire parfois rapportée affirme que le gouverneur ottoman Midhat Pacha aurait simplement fait retirer les crânes.

La version conservée par le Musée national de Niš est différente.

Pendant son administration de Niš, entre 1861 et 1866, Midhat Pacha envisageait de démolir Ćele kula, qu’il considérait comme un monument barbare.

Mais cette décision a rencontré l’opposition de membres de la communauté turque locale.

La tour est donc restée en place.

Ironie de l’histoire : un monument destiné à intimider les insurgés est progressivement devenu un puissant symbole de leur résistance.

Crânes enchâssés dans les murs de Ćele kula à Niš
Crânes enchâssés dans les murs de Ćele kula à Niš. Crédit photo Maxim Bonte (CC BY-SA 2.0).

Lamartine face à la tour des crânes

Parmi les voyageurs européens qui ont découvert le monument figure un Français particulièrement connu : Alphonse de Lamartine.

Lors de son voyage dans les Balkans au début des années 1830, l’écrivain et futur homme politique a vu la tour alors qu’elle était encore exposée à l’air libre.

Dans son récit publié en 1833, il décrit avec émotion ces restes humains et les associe au prix payé par les Serbes pour leur indépendance.

Son témoignage contribue à faire connaître Ćele kula au-delà des Balkans.

Le crâne attribué à Stevan Sinđelić

À l’intérieur du monument, un crâne est traditionnellement présenté comme celui de Stevan Sinđelić, le commandant serbe qui a provoqué l’explosion du dépôt de poudre à Čegar.

Il est aujourd’hui exposé séparément sous protection.

L’attribution fait partie de la tradition historique du monument ; il est donc plus prudent de parler du crâne attribué à Sinđelić plutôt que d’une identification scientifique incontestable.

Crâne attribué à Stevan Sinđelić dans Ćele kula à Niš


Le crâne attribué à Stevan Sinđelić à l’intérieur de Ćele kula. Crédit photo Miluša Snidová (CC BY-SA 4.0).

Pourquoi ne reste-t-il que 58 crânes ?

Sur les 952 crânes intégrés à la construction en 1809, 58 sont encore conservés aujourd’hui.

La disparition des autres s’explique par plusieurs phénomènes.

Certains ont été retirés et enterrés par des habitants dès la période ottomane. D’autres ont disparu sous l’effet du temps ou des dégradations, tandis que de nouveaux prélèvements ont eu lieu après la libération de Niš.

La conservation du monument s’est véritablement organisée après 1878, lorsque Niš a été libérée de la domination ottomane.

La tour, jusqu’alors exposée aux intempéries, a été entourée d’une clôture et couverte.

Vue intérieure de Ćele kula et de ses crânes à Niš
Vue intérieure de Ćele kula et de ses crânes à Niš. Crédit photo J tomic m (CC BY-SA 3.0).

Une chapelle construite autour de la tour

À partir de la fin du XIXe siècle, Ćele kula change totalement d’apparence.

En 1892, grâce à des dons venus de toute la Serbie, une chapelle est édifiée autour de la construction afin de la protéger.

La tour que l’on visite aujourd’hui n’est donc pas un édifice isolé en plein air : elle se trouve à l’intérieur de cette chapelle commémorative.

Une grille en fer a ensuite été installée en 1937.

L’année suivante, un monument comportant un buste de Stevan Sinđelić et un relief représentant la bataille de Čegar a été placé devant l’édifice.

La chapelle et ses abords ont enfin été rénovés en 1989, à l’occasion du 180e anniversaire de la bataille.

Chapelle construite autour de Ćele kula à Niš en Serbie
La chapelle qui protège aujourd’hui Ćele kula à Niš. Crédit photo Miluša Snidová (CC BY-SA 4.0).

Ćele kula aujourd’hui

Le monument est désormais protégé comme élément majeur du patrimoine historique serbe et fait partie du complexe géré par le Musée national de Niš.

À l’intérieur, les vestiges de la tour originelle permettent encore de voir la disposition des crânes dans la maçonnerie.

Crânes visibles dans la maçonnerie de la tour Ćele kula
Crânes visibles dans la maçonnerie de la tour Ćele kula. Crédit photo Maxim Bonte (CC BY-SA 2.0).

Aujourd’hui, le lieu n’est plus seulement regardé comme une curiosité macabre. En Serbie, il possède surtout une forte dimension mémorielle et nationale.

Pour qui s’intéresse aux lieux où l’histoire et les restes humains se rencontrent de manière inattendue, le contraste est intéressant avec Roopkund, le mystérieux lac aux squelettes de l’Himalaya : là-bas, les ossements ont été retrouvés dans un environnement naturel, tandis qu’à Niš ils ont été volontairement transformés en monument politique.

Visiter Ćele kula à Niš

La tour des crânes se trouve à environ 4 km du centre de Niš, sur la route menant vers Niška Banja.

Coordonnées GPS : 43.31193, 21.92366

Au moment de cette mise à jour, le Musée national de Niš indique les horaires suivants :

  • mardi à vendredi : 9 h à 19 h ;
  • samedi et dimanche : 9 h à 17 h ;
  • lundi : fermé.

La dernière entrée est autorisée 15 minutes avant la fermeture.

Le billet individuel pour Ćele kula est actuellement affiché à 300 dinars serbes. Un tarif réduit de 250 RSD est proposé notamment aux étudiants, seniors et groupes de plus de dix personnes.

Un billet combiné donnant accès aux différents sites du Musée national de Niš est également proposé.

Comme les tarifs et horaires peuvent évoluer, mieux vaut vérifier le site officiel du musée avant la visite.

Niš peut d’ailleurs servir de point de départ à une découverte plus large du patrimoine serbe. Dans un tout autre registre, le château Fantast en Voïvodine offre une facette beaucoup plus élégante et paisible de l’architecture du pays.

Crâne conservé dans la tour Ćele kula à Niš


Crâne conservé dans la tour Ćele kula à Niš. Crédit photo Filip Maljković (CC BY-SA 2.0).

De monument de terreur à lieu de mémoire

Ćele kula a été créée pour envoyer un message simple : toute nouvelle révolte serait punie de manière spectaculaire.

Mais le résultat historique a finalement été presque l’inverse.

Au lieu de rester le symbole d’une défaite, la tour est devenue un lieu associé au sacrifice des insurgés de Čegar et à la lutte pour l’indépendance de la Serbie.

Plus de deux siècles après sa construction, ses 58 crânes encore visibles racontent donc à la fois la brutalité d’une guerre, les méthodes d’intimidation d’une époque et la manière dont un monument peut changer complètement de signification avec le temps.

Sources pour aller plus loin

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1 commentaire pour “Ćele kula – la tour des cranes de Niš en Serbie”

  1. Retour de ping : Des clichés vintage de soldats jouant avec des squelettes humains à Cuba début 1900 - 2Tout2Rien

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