Planté au bord d’une route d’Alaska entre Anchorage et Fairbanks, Igloo City ressemble à un gigantesque igloo blanc qu’un géant aurait oublié au pied des montagnes. Le bâtiment devait devenir un hôtel spectaculaire destiné aux voyageurs traversant l’intérieur de l’État. Plus d’un demi-siècle après le début du chantier, il n’a pourtant jamais accueilli un seul client.
Son créateur, Leon Smith, avait imaginé plusieurs dizaines de chambres organisées autour d’un grand atrium, avec restaurant, bar et commerces. Mais le projet s’est enlisé entre manque d’argent, chantier interminable et normes de construction difficiles à satisfaire. L’extérieur a été largement achevé, l’intérieur ne l’a jamais été. Aujourd’hui encore, l’immense coque blanche d’Igloo City constitue l’une des curiosités routières les plus improbables d’Alaska.
Igloo City au bord de la George Parks Highway en Alaska. Malgré son apparence presque achevée, l’hôtel n’a jamais ouvert. Crédit Photo Diego Delso (CC BY-SA 4.0).
À retenir
- Igloo City se trouve au mile 188,5 de la George Parks Highway, au sud de Cantwell en Alaska.
- Leon Smith commence à construire son hôtel en forme d’igloo au début des années 1970.
- Le bâtiment mesure environ 24 mètres de haut et 32 mètres de large.
- Le projet prévoyait 58 chambres disposées en secteurs autour d’un grand atrium, ainsi qu’un restaurant, un bar et différents commerces.
- L’hôtel n’a jamais été achevé et n’a jamais accueilli de clients.
- Les difficultés financières se sont ajoutées aux problèmes de conformité aux normes du bâtiment, notamment pour certaines fenêtres et la sécurité incendie.
- Un projet de reconversion en distillerie, restaurant et bar a été annoncé en 2023, mais son ouverture effective n’est toujours pas confirmée en août 2026.
- Le terrain est privé : les dernières indications publiques demandent aux curieux de photographier le bâtiment depuis la route plutôt que d’y pénétrer.
Où se trouve Igloo City en Alaska ?
Igloo City se trouve directement au bord de la George Parks Highway, au mile 188,5, dans une région très peu peuplée de l’intérieur de l’Alaska.
La localité la plus proche est Cantwell, située plus au nord, près de l’accès au parc national de Denali. La Parks Highway constitue l’un des grands axes routiers de l’État et relie les régions d’Anchorage et de Fairbanks.
Coordonnées GPS : 63.187642, -149.359841. Voici sa position sur Google Maps:
Cette implantation explique en grande partie l’étrangeté du bâtiment. Pas de station touristique autour de lui, ni d’alignement d’hôtels : seulement la route, les montagnes, la forêt et cet énorme igloo artificiel suffisamment monumental pour attirer immédiatement le regard des automobilistes.
Igloo City surgit au bord de la Parks Highway entre les paysages montagneux de l’intérieur de l’Alaska. Crédit Photo RadioKAOS (CC BY-SA 3.0).
Leon Smith voulait construire un hôtel impossible à oublier
L’histoire d’Igloo City commence avec Leon Smith, un entrepreneur installé en Alaska après avoir exercé plusieurs métiers, notamment marin, pêcheur et bûcheron.
Avec son épouse, il exploite une station-service sur la route menant vers Denali. À la fin des années 1960 et au début des années 1970, Smith remarque le manque d’hébergements spectaculaires dans cette région parcourue par les touristes.
Son idée est simple dans son principe et nettement moins simple dans son exécution : construire un hôtel géant ressemblant à un igloo.
Les sources historiques situent le début du projet au début des années 1970, souvent autour de 1972. Smith aurait initialement espéré ouvrir dès l’été 1973.
L’optimisme est parfois un excellent matériau de construction. Malheureusement, il remplace assez mal le financement et les normes incendie.
À quoi devait ressembler l’Igloo City Hotel ?
Le projet était loin de se limiter à une grosse boule blanche abritant quelques lits.
L’édifice atteint environ 80 pieds de hauteur et 105 pieds de diamètre, soit quelque 24 × 32 mètres.
Sa structure est constituée d’une charpente en bois recouverte de panneaux et d’une enveloppe de mousse d’uréthane blanche qui lui donne son aspect enneigé. Contrairement à ce que son apparence suggère, aucun bloc de glace n’entre évidemment dans sa construction.
À l’intérieur, Smith avait prévu un immense espace central montant sur plusieurs niveaux.
Le programme le plus détaillé connu mentionne 58 chambres en forme de secteurs circulaires réparties autour de l’atrium. Le rez-de-chaussée devait également accueillir un restaurant, un bar, un magasin de spiritueux et une boutique de souvenirs.
Le niveau supérieur devait comprendre un appartement privé pour Leon Smith et sa famille.
Igloo City devait ainsi fonctionner à la fois comme hôtel, attraction routière et destination en elle-même.
La coque blanche d’Igloo City donne de loin l’impression d’un bâtiment achevé, alors que l’aménagement intérieur n’a jamais été terminé. Crédit Photo Murray Foubister (CC BY-SA 2.0).
Pourquoi l’hôtel en forme d’igloo n’a-t-il jamais ouvert ?
Le récit d’Igloo City laisse parfois entendre que personne ne sait vraiment pourquoi le projet a échoué. La réalité est mieux documentée.
Plusieurs problèmes se sont cumulés : manque de financement, lenteur d’un chantier largement porté par Leon Smith lui-même et difficultés à respecter les normes de construction.
Smith avançait progressivement, en investissant dans le bâtiment lorsque ses finances le permettaient. En 1991, près de vingt ans après le lancement du projet, il travaillait encore à son hôtel.
L’argent n’était donc manifestement pas le seul obstacle.
Des fenêtres trop petites et des problèmes de sécurité incendie
L’architecture inhabituelle d’Igloo City compliquait notamment sa mise en conformité.
Les fenêtres prévues pour certaines chambres étaient trop petites pour répondre aux exigences applicables. Les niveaux supérieurs ont également posé des problèmes liés à la sécurité incendie.
C’est un détail particulièrement savoureux de l’histoire : la forme extraordinaire qui devait faire le succès commercial de l’hôtel a aussi compliqué sa transformation en véritable établissement recevant du public.
Les futurs exploitants du projet de distillerie expliquaient encore en 2023 ne pas prévoir d’utiliser rapidement les deux niveaux supérieurs, précisément en raison de questions liées au code incendie.
Un chantier particulièrement difficile à financer
À ces contraintes techniques s’ajoutait l’emplacement.
Construire et équiper plusieurs dizaines de chambres au milieu de l’Alaska impose de transporter matériaux, équipements et main-d’œuvre sur de longues distances. L’exploitation future devait également composer avec les coûts énergétiques et la faible population permanente du secteur.
Leon Smith a pourtant poursuivi son rêve pendant des années.
À mesure que l’extérieur prenait forme, la possibilité d’une ouverture semblait rester juste assez proche pour continuer… et toujours suffisamment loin pour ne jamais arriver.
Igloo City photographié en 2006, plusieurs décennies après le début d’un chantier qui n’a jamais abouti à l’ouverture de l’hôtel. Crédit Photo Bob Keefer (CC BY 2.0).
Igloo City n’est donc pas vraiment un hôtel abandonné
Le terme « hôtel abandonné » est pratique pour décrire le bâtiment, mais il entretient une petite confusion.
Igloo City n’est pas un ancien hôtel dont les clients seraient partis, laissant chambres, réception et restaurant derrière eux.
Il n’a tout simplement jamais ouvert.
Son intérieur n’a jamais été entièrement aménagé et personne n’y a officiellement passé une nuit en tant que client.
Il s’agit donc davantage d’un projet d’hôtel inachevé que d’un établissement hôtelier abandonné au sens strict.
La distinction rend finalement son histoire encore plus étrange : pendant plus d’un demi-siècle, Igloo City est devenu célèbre pour une activité qu’il n’a jamais exercée.
Dans un registre totalement différent, l’Hotel del Salto en Colombie a suivi le parcours inverse : véritable établissement touristique, il a été abandonné avant d’être finalement restauré et reconverti en musée.
Leon Smith finit par vendre son rêve
Avec l’âge et les difficultés financières, Leon Smith finit par renoncer à terminer lui-même son projet.
Dans les années 1990, il vend le terrain, la station-service et son gigantesque igloo à Brad Fisher, qu’il connaissait depuis plusieurs années.
Smith meurt en 1999 sans avoir vu son hôtel accueillir ses premiers voyageurs.
Fisher conserve ensuite le bâtiment et exploite la station-service attenante jusqu’en 2010. Lui non plus ne parvient pas à achever l’hôtel.
Au fil des années, Igloo City subit les intempéries, le vandalisme et les intrusions.
Sa silhouette survit pourtant étonnamment bien.
La grande charpente circulaire est notamment restée suffisamment solide pour impressionner encore les personnes chargées d’étudier une éventuelle reconversion plusieurs décennies plus tard.
Igloo City en 2010 : la structure continue de dominer son terrain alors que le projet hôtelier est abandonné depuis des années. Crédit Photo davidd (CC BY 2.0).
Igloo City devait-il devenir une distillerie ?
L’histoire aurait pu s’arrêter avec une coque blanche se dégradant lentement au bord de la Parks Highway.
Mais en juin 2023, un nouveau projet est annoncé.
Shirley Schmidt et son oncle expliquent à Alaska Public Media avoir loué le site avec l’intention d’y créer la Wolf Dog Distillery.
Le plan devait procéder en plusieurs étapes.
Il s’agissait d’abord de réhabiliter l’ancien commerce situé à côté de l’igloo afin d’y lancer la production. Pendant que les alcools vieilliraient, l’équipe comptait poursuivre les travaux dans Igloo City.
À terme, le niveau inférieur de l’igloo devait accueillir une distillerie d’un côté et un restaurant avec bar et salle de dégustation de l’autre.
Les deux niveaux supérieurs ne devaient toutefois pas être aménagés immédiatement, notamment à cause des problèmes de conformité incendie.
Le projet est-il réellement ouvert en 2026 ?
La prudence s’impose.
En août 2026, je n’ai trouvé aucune source fiable confirmant l’ouverture au public d’Igloo City comme distillerie, restaurant ou bar.
La page publique de Wolf Dog Distillery présente toujours le projet comme « Coming Soon ». Les dernières informations documentées de façon solide concernent donc toujours le programme de réhabilitation annoncé en 2023.
Il est possible que des travaux aient progressé sans avoir donné lieu à une communication largement publiée, mais il serait prématuré d’écrire qu’Igloo City a enfin trouvé sa nouvelle vie.
Après plus de cinquante ans de chantier et de projets successifs, le bâtiment semble avoir développé une certaine expertise dans l’art du « bientôt ».
Peut-on visiter Igloo City aujourd’hui ?
On peut facilement voir et photographier Igloo City depuis la Parks Highway.
En revanche, cela ne signifie pas que l’on peut librement entrer dans le bâtiment.
En septembre 2024, des panneaux No Trespassing signalaient clairement que la propriété était privée et demandaient aux visiteurs de se contenter de photographier Igloo City depuis la route.
Il s’agit d’une propriété privée et non d’un site d’urbex officiellement ouvert au public.
À cela s’ajoutent des raisons beaucoup plus terre-à-terre : structure ancienne, dégradations, ouvertures non sécurisées et chantier inachevé.
Le meilleur moyen de découvrir Igloo City reste donc de faire ce que le bâtiment sait très bien provoquer depuis des décennies : ralentir, regarder et se demander comment quelqu’un a pu commencer à construire ça au milieu de l’Alaska.
Igloo City en 2005, déjà devenu une curiosité routière plusieurs décennies après le lancement du projet. Crédit Photo Cecil Sanders (CC BY 2.0).
Une curieuse spécialité architecturale de l’Alaska
Igloo City n’est évidemment pas représentatif de l’architecture de l’Alaska, mais l’État possède plusieurs bâtiments et lieux abandonnés dont l’histoire est étroitement liée à son isolement.
À Whittier, la majorité des habitants vit aujourd’hui dans les Begich Towers, un immense immeuble de 14 étages hérité de l’époque militaire. À quelques centaines de mètres se trouve l’énorme Buckner Building, lui aussi abandonné.
Encore beaucoup plus loin des routes, Ukivok est un ancien village dont les maisons de bois s’accrochent toujours aux falaises de King Island, dans la mer de Béring.
L’Alaska réunit ainsi quelques exemples spectaculaires de constructions pour lesquelles le principal défi n’était pas forcément de trouver une idée, mais de réussir à la maintenir vivante dans un environnement où tout devient rapidement plus compliqué.
Igloo City et les dômes : quand la forme devient le monument
L’autre singularité d’Igloo City tient évidemment à sa géométrie.
Sa forme arrondie n’est pas seulement décorative : elle est devenue son identité entière. Sans elle, ce chantier abandonné aurait probablement disparu depuis longtemps de l’imaginaire collectif.
À plusieurs milliers de kilomètres et sous un climat radicalement différent, les dômes de Cape Romano en Floride ressemblent eux aussi à des igloos géants. Ces anciennes maisons de vacances arrondies ont connu une autre destinée : l’érosion du littoral les a progressivement laissées en pleine mer.
Dans les deux cas, le bâtiment survit surtout dans les mémoires grâce à une silhouette que l’on reconnaît immédiatement.
D’un côté, un igloo au bord d’une route d’Alaska.
De l’autre, des igloos sur pilotis dans les eaux chaudes de Floride.
L’architecture n’a manifestement jamais signé de contrat d’exclusivité avec le climat.
Pourquoi Igloo City est-il encore debout plus de cinquante ans après ?
La longévité du bâtiment est presque aussi surprenante que son échec.
L’Igloo City Hotel n’a jamais rempli la fonction pour laquelle il avait été conçu. Son créateur n’a jamais vu arriver les touristes dans ses chambres. Les propriétaires suivants n’ont pas réussi à le terminer et plusieurs projets de reconversion ont été évoqués.
Pourtant, sa silhouette est toujours là.
Elle est même devenue suffisamment connue pour que **« Igloo City » désigne désormais davantage une curiosité architecturale qu’un hôtel**.
L’échec commercial s’est transformé en réussite iconographique.
Des milliers de voyageurs connaissent ce bâtiment précisément parce qu’ils ne peuvent pas y dormir.
Leon Smith rêvait de construire un hôtel dont les visiteurs se souviendraient. Sur ce point au moins, Igloo City a probablement dépassé ses espérances : il n’a jamais ouvert, mais personne ne semble avoir réussi à l’oublier.
Vidéo du Igloo City Hotel
Voici une petite vidéo de cet hôtel abandonné prise en hiver alors que la structure est couverte de neige:
Sources pour aller plus loin
- Society of Architectural Historians – Leon Smith Igloo, documentation architecturale et historique
- Alaska Public Media – projet de reconversion d’Igloo City en Wolf Dog Distillery
- KTOO / KUAC – projet de distillerie et état de la structure
- Alaska.org – Igloo City au mile 188,5 de la Parks Highway
- Atlas Obscura – localisation et dernières consignes d’accès publiées
- VICE – enquête et témoignage de Brad Fisher sur Leon Smith et l’histoire du projet
- Wikimedia Commons – photographies sous licences libres d’Igloo City







Jolie conception que cet igloo hôtel…
Difficile à imaginer en France ! Quoique… peut-être que dans des centaines d’années, le froid polaire s’installera sur Paris ! 🙂
yes j’avais vu un film dont le sujet tournait autour 😀