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Haida Gwaii : la beauté sauvage des anciennes îles de la Reine-Charlotte

Haida Gwaii : la beauté sauvage des anciennes îles de la Reine-Charlotte

Au large de la Colombie-Britannique, dans le nord-ouest du Canada, Haida Gwaii déploie des plages presque sans fin, des forêts pluviales tempérées couvertes de mousse et des centaines d’îles et d’îlots exposés au Pacifique. Cet archipel d’environ 9 600 km² était autrefois connu sous le nom d’îles de la Reine-Charlotte ou Queen Charlotte Islands, une appellation qui a officiellement cédé la place au nom Haida Gwaii en 2010.

Mais réduire Haida Gwaii à ses paysages serait passer à côté de l’essentiel. Il s’agit du territoire de la Nation haïda, avec une présence humaine documentée depuis plus de 13 000 ans, des villages historiques, des mâts sculptés, une tradition maritime toujours vivante et une gestion du territoire dans laquelle culture et nature restent étroitement liées. Le décor paraît parfois sorti d’un monde perdu ; l’histoire, elle, est parfaitement vivante.

Tow Hill depuis Agate Beach à Haida Gwaii, anciennes îles de la Reine-Charlotte
Taaw Tldáaw, ou Tow Hill, vu depuis Agate Beach sur Graham Island à Haida Gwaii. Crédit photo Murray Foubister (CC BY-SA 2.0).

À retenir

  • Haida Gwaii est un archipel canadien situé au large de la Colombie-Britannique, séparé du continent par le détroit d’Hécate.
  • L’ancien nom îles de la Reine-Charlotte a officiellement été remplacé par Haida Gwaii en 2010.
  • Une présence humaine est documentée dans la région depuis plus de 13 000 ans.
  • Gwaii Haanas protège la partie sud de l’archipel et n’est accessible que par bateau ou hydravion.
  • Le site haïda de SG̱ang Gwaay est inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1981.
  • Haida Gwaii possède davantage de sous-espèces uniques que toute autre région canadienne de taille comparable, d’où son surnom de « Galápagos du Canada ».

Haida Gwaii, les anciennes îles de la Reine-Charlotte

Haida Gwaii se trouve au large de la côte nord-ouest de la Colombie-Britannique, de l’autre côté du détroit d’Hécate. L’archipel rassemble des centaines d’îles, dont les deux principales sont Graham Island au nord et Moresby Island au sud.

Pendant une grande partie de la période coloniale, l’ensemble a été appelé Queen Charlotte Islands, traduit officiellement en français par « îles de la Reine-Charlotte ». Le nom faisait référence au navire Queen Charlotte du capitaine George Dixon, lui-même baptisé en hommage à l’épouse du roi George III.

Ce nom n’est plus officiel. Le 3 juin 2010, la Colombie-Britannique a adopté le Haida Gwaii Reconciliation Act, qui a légalement restauré Haida Gwaii comme nom de l’archipel. Quelques jours plus tard, une cérémonie symbolique organisée à Old Massett a marqué le retour du nom Queen Charlotte Islands à la Couronne.

Le registre géographique officiel de Colombie-Britannique traduit Haida Gwaii par « Islands of the People », les « îles du peuple ». L’ancien nom reste toutefois très présent dans les cartes, les archives, les guides anciens et les recherches internet. Il est donc utile pour comprendre l’histoire du lieu, pas pour faire comme si 2010 n’avait jamais eu lieu.

North Beach et Rose Spit à Haida Gwaii en Colombie-Britannique


North Beach vue depuis le secteur de Tow Hill, avec Rose Spit au loin, sur Graham Island. Crédit photo Murray Foubister (CC BY-SA 2.0).

La côte nord illustre bien l’échelle du paysage : North Beach semble parfois filer jusqu’à l’horizon. Pour une autre curiosité insulaire canadienne où géographie et histoire humaine s’entremêlent, l’île Manitoulin pousse le concept encore plus loin avec ses lacs contenant eux-mêmes des îles.

Une présence humaine documentée depuis plus de 13 000 ans

Haida Gwaii n’est pas une wilderness découverte récemment par quelques randonneurs équipés de Gore-Tex. Les recherches archéologiques menées notamment dans Gwaii Haanas documentent une présence humaine remontant à plus de 13 000 ans.

Parcs Canada recense aujourd’hui plus de 700 sites archéologiques documentés dans Gwaii Haanas, y compris des sites côtiers, intertidaux et submergés. Dépressions de maisons, anciennes rampes pour canoës, pièges à poissons, arbres culturellement modifiés, lieux funéraires et art rupestre témoignent d’une relation extrêmement ancienne entre les Haïdas, les îles et la mer.

Cette profondeur historique ne doit pas conduire à présenter la culture haïda comme un vestige archéologique. La Nation haïda est une société contemporaine, avec ses institutions, ses artistes, ses langues, ses communautés et sa propre gouvernance.

Mâts sculptés haïdas au Haida Heritage Centre de Haida Gwaii
Mâts sculptés haïdas devant le Haida Heritage Centre à Ḵay Llnagaay, près de Skidegate. Crédit photo Karen Neoh (CC BY 2.0).

Le Haida Heritage Centre de Ḵay Llnagaay constitue l’un des meilleurs endroits pour aborder cette culture vivante : art monumental, collections, sculptures, canoës, langues et histoire y sont replacés dans leur contexte plutôt que transformés en simples objets décoratifs.

Cette précaution vaut d’ailleurs pour toutes les cultures autochtones de la côte pacifique. Certaines photographies anciennes, comme les masques cérémoniels photographiés par Edward S. Curtis, sont visuellement impressionnantes, mais elles concernent plusieurs autres nations et doivent elles aussi être replacées dans leurs traditions respectives.

Réplique de canoë haïda au Haida Heritage Centre de Haida Gwaii


Réplique d’un canoë de guerre haïda présentée au Haida Heritage Centre de Ḵay Llnagaay. Crédit photo Murray Foubister (CC BY-SA 2.0).

Gwaii Haanas, un territoire sans routes dans le sud de Haida Gwaii

Tout Haida Gwaii n’est pas accessible uniquement en bateau ou en hydravion. Graham Island et le nord de Moresby Island possèdent routes, villages, ports et aéroports.

C’est Gwaii Haanas, dans la partie sud de l’archipel, qui change complètement la donne. Cette immense aire terrestre et marine protégée ne possède aucune route. Pour y pénétrer, il faut arriver par la mer ou par hydravion.

Gwaii Haanas porte d’ailleurs un statut particulier : le territoire est géré conjointement par la Nation haïda et le gouvernement du Canada par l’intermédiaire d’un Archipelago Management Board, dont les décisions reposent sur le consensus.

Les voyageurs autonomes arrivant avec leur propre bateau ou en kayak doivent réserver leur séjour et suivre une orientation obligatoire avant d’entrer dans Gwaii Haanas. Les visiteurs adultes doivent également conserver leur confirmation de réservation et leur certificat d’orientation pendant le séjour.

Kayaks dans Louscoone Inlet à Gwaii Haanas, Haida Gwaii
Kayaks au mouillage dans Louscoone Inlet, au cœur de Gwaii Haanas. Crédit photo Dale Simonson (CC BY-SA 2.0).

SG̱ang Gwaay, le véritable site UNESCO de Haida Gwaii

Autre correction importante : Gwaii Haanas dans son ensemble n’est pas inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO.

Le bien classé depuis 1981 est SG̱ang Gwaay, une petite île située dans le sud-ouest de Gwaii Haanas. Le village historique de SG̱ang Gwaay Llnagaay, autrefois couramment appelé Ninstints ou Nan Sdins dans les documents coloniaux, conserve les vestiges de grandes maisons en cèdre ainsi que des mâts funéraires et commémoratifs sculptés.

L’UNESCO considère ces mâts comme certains des exemples les plus accomplis de cet art. Leur lente dégradation fait cependant partie de l’histoire du lieu : le bois retourne progressivement à la terre plutôt que d’être figé artificiellement dans l’état d’un musée à ciel ouvert.

Mâts sculptés de SGang Gwaay à Haida Gwaii, site UNESCO
Mâts sculptés historiques à SG̱ang Gwaay Llnagaay, site haïda classé au patrimoine mondial de l’UNESCO. Crédit photo Yvrsigmatech / Les Brown (domaine public).

Les visiteurs ne débarquent donc pas dans un décor abandonné à explorer librement. Le programme Haida Gwaii Watchmen contribue depuis des décennies à protéger plusieurs sites culturels et à accueillir les visiteurs tout en transmettant leur contexte historique et culturel.

Des forêts pluviales tempérées presque irréelles

Gwaii Haanas est couvert à près de 90 % de forêts. Aux basses altitudes, l’humidité et les températures relativement douces favorisent des forêts pluviales tempérées où dominent notamment la pruche de l’Ouest, l’épicéa de Sitka et le thuya géant.

Certains arbres anciens dépassent le millénaire et peuvent atteindre des dimensions considérables. Le sous-bois mêle fougères, salal, myrtilliers, ronces et autres plantes adaptées à cette humidité permanente.

Forêt pluviale tempérée couverte de mousse à Windy Bay dans Gwaii Haanas2
Forêt pluviale tempérée de Windy Bay dans Gwaii Haanas. Crédit photo Sam Beebe (CC BY 2.0).

L’impression de forêt intacte demande pourtant une nuance étonnante. Les grands tapis de mousse presque dépourvus d’arbustes peuvent être magnifiques en photo tout en étant le signe d’un écosystème profondément modifié.

Des cerfs à queue noire de Sitka ont été introduits sur Haida Gwaii à partir de 1878. Faute de grands prédateurs terrestres, leurs populations ont fortement augmenté. En broutant jeunes arbres, arbustes et plantes du sous-bois, ils ont transformé certaines forêts au point que Parcs Canada oppose avec humour le Mossy Wonderland, « paradis moussu », au Moss Desert, « désert de mousse ».

Des programmes de restauration cherchent aujourd’hui à réduire cette pression et à permettre le retour du cèdre, des arbustes, des plantes culturellement importantes et des oiseaux dépendant du sous-bois.

Cette luxuriance humide rappelle certains paysages forestiers de la Colombie-Britannique continentale, même si le décor est beaucoup plus urbanisé autour de la forêt traversée par le pont suspendu de Capilano près de Vancouver.

Forêt et reflets près de Copper Bay à Haida Gwaii


Reflets dans un petit cours d’eau près de Copper Bay, dans le secteur de Sandspit sur Graham Island. Crédit photo Murray Foubister (CC BY-SA 2.0).

Pourquoi Haida Gwaii est surnommé le « Galápagos du Canada »

L’isolement de l’archipel a produit une faune particulière. Parcs Canada indique que Haida Gwaii possède davantage de sous-espèces uniques que toute autre région canadienne de taille comparable.

Cette singularité lui vaut le surnom de « Galápagos du Canada » ou « Galápagos du Nord ».

Parmi les animaux les plus emblématiques figure l’ours noir de Haida Gwaii, Ursus americanus carlottae, une sous-espèce propre à l’archipel. Il s’agit aujourd’hui du seul ours présent naturellement sur les îles. On peut notamment l’observer chercher sa nourriture dans la zone intertidale ou près des cours d’eau lors des remontées de saumons.

Haida Gwaii abrite également des sous-espèces particulières de petite nyctale, de pic chevelu, de geai de Steller ou encore de faucon pèlerin.

Les oiseaux marins représentent une autre richesse majeure : environ 1,5 million d’oiseaux marins appartenant à douze espèces nichent dans Gwaii Haanas. Les eaux environnantes accueillent quant à elles baleines, dauphins, otaries, loutres, poissons, poulpes, crabes et une multitude d’autres organismes.

Au total, près de 6 800 espèces terrestres et marines ont été documentées dans Gwaii Haanas.

Que voir à Haida Gwaii ?

Même sans descendre jusqu’aux zones très isolées de Gwaii Haanas, le nord de l’archipel offre déjà des paysages spectaculaires.

Taaw Tldáaw, ou Tow Hill, constitue l’un des symboles de Graham Island. Cette ancienne formation volcanique domine North Beach et Agate Beach dans le parc provincial de Naikoon. Des sentiers aménagés permettent de gagner plusieurs points de vue sur l’océan et les plages.

À proximité, le Blow Hole utilise une fissure dans les roches volcaniques comme une sorte de canon à eau naturel : lorsque les vagues et la marée coopèrent, l’eau jaillit verticalement au-dessus du rivage.

Blow Hole de Tow Hill à Haida Gwaii en Colombie-Britannique
Le Blow Hole près de Tow Hill, sur Graham Island. Crédit photo Murray Foubister (CC BY-SA 2.0).

Un autre objet naturel paraît presque avoir été posé volontairement sur le rivage : Balance Rock, près de Skidegate, est un énorme bloc erratique reposant sur une surface étonnamment réduite. Le glacier qui l’a transporté a fait le gros du travail ; l’érosion s’est chargée de rendre le résultat photogénique.

Balance Rock, rocher en équilibre sur le littoral de Haida Gwaii
Balance Rock sur le littoral de Haida Gwaii. Crédit photo Christine Rondeau (CC BY 2.0).

Pour rester en Colombie-Britannique mais changer complètement de décor, le surprenant lac tacheté près d’Osoyoos constitue lui aussi un paysage naturel associé à une forte dimension culturelle autochtone.

Comment aller à Haida Gwaii ?

Haida Gwaii est isolé, mais certainement pas inaccessible.

L’archipel est relié au continent par avion et par ferry. Les liaisons aériennes desservent notamment Sandspit et Masset depuis la Colombie-Britannique continentale, tandis que BC Ferries assure des traversées régulières depuis Prince Rupert.

Une fois arrivé, la voiture reste particulièrement pratique. Le réseau routier goudronné et entretenu représente seulement environ 140 kilomètres, auxquels s’ajoutent de nombreuses pistes forestières. Il n’existe pas de véritable réseau de transports publics à l’échelle de l’archipel.

Les capacités d’hébergement, de location de véhicules et d’excursions restent limitées. Le site touristique officiel recommande donc de réserver plusieurs mois à l’avance, particulièrement pour les séjours estivaux et les excursions vers Gwaii Haanas.

Les traversées, vols et sorties en mer restent par ailleurs sensibles aux conditions météo. Une marge dans le planning n’est pas du luxe : le Pacifique n’a pas signé de contrat garantissant votre correspondance.

Reflets à Moresby Camp près de Louise Island à Haida Gwaii
Reflets au petit matin depuis Moresby Camp, face au secteur de Louise Island à Haida Gwaii. Crédit photo Murray Foubister (CC BY-SA 2.0).

Les paysages canadiens isolés prennent évidemment des formes très différentes. Dans le Grand Nord, le mont Thor sur l’île de Baffin pousse l’isolement dans une version beaucoup plus verticale.

Le Haida Gwaii Pledge : venir comme un invité

On lit parfois que Haida Gwaii refuse l’accès aux personnes n’ayant pas signé une « promesse ». C’est trop catégorique.

Le Haida Gwaii Pledge est une démarche proposée aux visiteurs avant leur arrivée. La Nation haïda demande notamment aux voyageurs de consulter l’orientation destinée aux visiteurs, de signer cet engagement et de respecter l’air, l’océan, les terres et les personnes pendant leur séjour.

Cette invitation repose sur une idée simple : le visiteur n’arrive pas sur un terrain de jeu vide, mais comme invité sur un territoire vivant.

Ce pledge ne doit pas être confondu avec les formalités propres à Gwaii Haanas. Pour certains voyages autonomes dans cette zone protégée, réservation et orientation sont réellement obligatoires.

Le principe dépasse d’ailleurs largement Haida Gwaii. Sur l’île Manitoulin ou autour de certains paysages sacrés du Canada, le territoire ne peut pas être compris uniquement comme un panorama destiné au tourisme.

Un archipel où le paysage et la culture sont inséparables

Haida Gwaii possède tous les ingrédients d’une destination spectaculaire : côtes sauvages, plages immenses, forêts anciennes, montagnes, faune particulière et isolement océanique.

Mais sa singularité tient surtout au fait que le paysage naturel et l’histoire haïda ne constituent pas deux chapitres indépendants. Les noms de lieux, les canoës, les ressources marines, les forêts de cèdres, les villages historiques et les pratiques contemporaines racontent une même relation au territoire.

C’est ce qui distingue Haida Gwaii d’une simple « île paradisiaque ». Et pour poursuivre le voyage parmi les paysages insulaires canadiens, Flowerpot Island offre une curiosité géologique beaucoup plus petite mais tout aussi photogénique.

Sources pour aller plus loin

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