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Cadillac Cyclone XP-74 : le concept car de 1959 au look supersonique

Avec ses deux énormes cônes à l’avant, sa verrière transparente et ses lignes inspirées d’un avion à réaction, la Cadillac Cyclone XP-74 ressemble à la voiture qu’un designer de 1959 aurait imaginée pour circuler en l’an 2000. General Motors ne s’était d’ailleurs pas contenté de travailler l’apparence : radar anticollision, guidage automatique expérimental, portes électriques et toit-bulle faisaient partie du programme.

La Cyclone est aussi l’un des derniers grands « dream cars » développés sous l’impulsion de Harley Earl, patron historique du design de GM, avec le designer Carl Renner. Présentée en février 1959 lors des festivités d’ouverture du Daytona International Speedway, elle n’a jamais été produite en série, mais elle existe toujours dans la collection historique de General Motors.

Cadillac Cyclone XP-74, concept car futuriste de 1959
La Cadillac Cyclone, concept car futuriste conçu par General Motors à la fin des années 1950. Crédit photo Yahya S. (CC BY 2.0).

À retenir

  • La Cadillac Cyclone XP-74 a été développée à partir de 1958 et présentée au public en février 1959.
  • Le projet est associé à Harley Earl et au designer Carl Renner.
  • Ses deux cônes avant accueillaient des capteurs radar de proximité destinés à avertir le conducteur d’un obstacle.
  • GM expérimentait également un système capable de suivre un fil conducteur intégré à la chaussée.
  • Elle possède un V8 Cadillac de 390 pouces cubes, environ 6,4 litres, développant 325 ch.
  • La carrosserie mesure environ 5 mètres de long pour seulement 1,12 mètre de haut.
  • Sa grande verrière panoramique pouvait être retirée et rangée sous la partie arrière de la carrosserie.
  • La voiture conservée aujourd’hui n’a plus exactement l’apparence du prototype présenté en 1959.

Cadillac Cyclone XP-74 : la voiture du futur selon 1959

Le projet XP-74 apparaît au printemps 1958, dans les derniers mois de la carrière de Harley J. Earl chez General Motors.

Earl avait dirigé le design de GM pendant plusieurs décennies et largement contribué à installer aux États-Unis l’idée du concept car spectaculaire, utilisé autant comme laboratoire technique que comme vitrine de ce que pourrait devenir l’automobile.

Pour la Cyclone, il travaille notamment avec Carl Renner, designer expérimenté de General Motors. Le High Museum of Art crédite aujourd’hui les deux hommes pour la conception du véhicule.

Harley Earl prend sa retraite fin 1958 et Bill Mitchell lui succède à la tête du design de GM. La Cyclone n’est alors pas complètement terminée. Earl revient néanmoins lors de sa présentation publique à Daytona en février 1959, cette fois comme consultant.

Dans le même univers très aéronautique, la Firebird III de General Motors, construite en 1958, pousse encore plus loin le mélange entre automobile et avion avec sa turbine, son cockpit à double bulle et ses multiples dérives.

Deux énormes cônes radar pour éviter les collisions

La partie avant est certainement l’élément le plus immédiatement reconnaissable de la Cadillac Cyclone.

De chaque côté de la calandre se trouve un grand cône chromé donnant presque l’impression que deux missiles ont été greffés sur la voiture.

Ces appendices avaient pourtant une véritable fonction technique : ils étaient destinés à accueillir des capteurs radar de proximité.

Le système devait surveiller la route devant la voiture et avertir le conducteur lorsqu’un obstacle devenait dangereux. Des instruments installés sur le tableau de bord indiquaient notamment la proximité et la distance d’arrêt.

Une alerte visuelle puis sonore devait accompagner le rapprochement de l’obstacle.

L’idée ressemble énormément aux systèmes modernes d’alerte anticollision, de régulateur adaptatif ou de freinage automatique d’urgence. La différence est qu’en 1959, la quasi-totalité des automobiles se contentait encore de demander au conducteur de regarder devant lui.

Cônes avant et capteurs radar de la Cadillac Cyclone XP-74


Gros plan sur l’avant de la Cadillac Cyclone et ses deux cônes destinés aux capteurs de proximité. Crédit photo Maxq32 (CC BY-SA 4.0).

Les radars n’étaient pas encore installés à Daytona

La technologie du concept a cependant souvent été présentée comme plus achevée qu’elle ne l’était réellement.

Des documents de General Motors consultés par MotorTrend montrent que GM a accéléré la construction de la Cyclone afin qu’elle soit prête pour sa présentation de février 1959.

Lors de cette première apparition, les capteurs de proximité prévus dans les cônes n’étaient pas encore installés et certains éléments mécaniques restaient également à finaliser.

Après Daytona, le prototype est retourné chez GM pour une deuxième phase de développement. C’est à ce moment que Delco a installé les composants radar dans les cônes avant.

La Cyclone était donc autant un laboratoire roulant qu’une promesse technologique présentée au public avant même que toutes ses idées soient complètement opérationnelles.

Une voiture capable de suivre toute seule un fil dans la route

On associe parfois le radar anticollision et le pilotage automatique à deux radars différents. La réalité est plus subtile.

Le radar avant servait à détecter les obstacles. En parallèle, GM expérimentait à cette époque des systèmes de route automatisée dans lesquels un véhicule pouvait suivre un signal provenant d’un conducteur électrique enfoui dans la chaussée.

Les descriptions historiques de la Cyclone mentionnent un capteur installé sous l’avant de la voiture capable de suivre ce fil-guide.

L’idée n’était donc pas celle d’une voiture autonome moderne capable d’observer la circulation et de décider elle-même où aller.

La route devait participer au pilotage.

Une autoroute spécialement équipée aurait transmis au véhicule la référence lui permettant de rester sur sa trajectoire. GM imaginait alors volontiers un futur dans lequel l’infrastructure et l’automobile communiqueraient pour rendre les longs trajets quasiment automatiques.

Le concept rappelle directement le système Autoguide expérimenté sur la Firebird III.

Soixante-dix ans plus tard, les constructeurs cherchent toujours à automatiser la conduite. Ils ont simplement préféré apprendre aux voitures à observer la route plutôt que de creuser toutes les autoroutes pour y enterrer des fils.

Une verrière d’avion à la place du toit

La seconde grande signature visuelle de la Cyclone est sa bubble canopy, une immense verrière panoramique transparente qui recouvre presque entièrement les deux occupants.

L’inspiration aéronautique est évidente : installé sous cette bulle, le conducteur ressemble davantage au pilote d’un appareil expérimental qu’au propriétaire d’une Cadillac traditionnelle.

Le système avait été imaginé pour permettre à la verrière de se dégager électriquement lorsque les portes étaient ouvertes. Elle pouvait ensuite être rangée sous le grand panneau arrière de la carrosserie.

Un coussin pneumatique devait même servir à la supporter lorsqu’elle était stockée.

Des capteurs étaient également censés détecter la pluie et refermer automatiquement la bulle.

Habitacle et verrière panoramique de la Cadillac Cyclone XP-74
Vue depuis l’arrière vers l’habitacle et la verrière-bulle de la Cadillac Cyclone. Crédit photo Maxq32 (CC BY-SA 4.0).

Comment parler à quelqu’un avec une bulle fermée ?

Une magnifique verrière sans vitre descendante pose un problème assez banal : comment parler avec quelqu’un qui se trouve à l’extérieur ?

General Motors avait prévu un système d’intercommunication permettant aux occupants de communiquer sans retirer la bulle.

La voiture possédait également une petite ouverture dans la porte du conducteur, utile notamment pour les péages.

On peut concevoir une automobile capable de suivre une route toute seule, mais il faut quand même penser à l’employé qui attend la monnaie.

Les deux portes participaient elles aussi au spectacle : au lieu de pivoter comme des portières classiques, elles se dégageaient puis coulissaient électriquement vers l’arrière.

Cette obsession américaine pour les cockpits transparents apparaît également sur la Lincoln Futura, autre concept car des années 1950 qui connaîtra quelques années plus tard une seconde vie beaucoup plus célèbre sous la forme de la Batmobile.

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Crédit photo Insomnia Cured Here (CC BY-SA 2.0).

Un V8 Cadillac de 6,4 litres et 325 chevaux

Malgré son apparence de vaisseau spatial, la Cyclone n’utilise ni turbine ni moteur expérimental.

Sous son capot particulièrement bas se trouve un moteur beaucoup plus conventionnel pour Cadillac : un V8 de 390 pouces cubes, soit environ 6,4 litres.

Il développe 325 chevaux.

Le moteur est associé à une transmission automatique Hydra-Matic à trois rapports. Les plans prévoyaient également un dispositif à deux rapports au niveau de la transmission finale, permettant théoriquement d’obtenir six rapports avant.

Le sélecteur installé dans l’habitacle porte d’ailleurs les chiffres 1 à 6.

MotorTrend souligne cependant qu’il reste difficile de savoir si ce système à six rapports a réellement été entièrement opérationnel. Lors d’un essai du prototype conservé, seuls les trois rapports de l’Hydra-Matic classique étaient perceptibles.

Même sur une voiture du futur, certains boutons ont donc pu avoir un avenir un peu plus prometteur que leur mécanique.

Autre détail inhabituel : les sorties d’échappement débouchent sur les côtés, juste devant les roues avant.

Une Cadillac de cinq mètres de long… et seulement 1,12 mètre de haut

La Cyclone paraît compacte à côté d’une Cadillac américaine traditionnelle de la même époque, mais compacte est évidemment un terme relatif.

Elle mesure environ 196,9 pouces de long, soit près de 5 mètres, sur un empattement de 104 pouces, environ 2,64 mètres.

Sa caractéristique la plus spectaculaire est sa hauteur : seulement 44 pouces, soit environ 1,12 mètre.

Les Cadillac de série de 1959 étaient beaucoup plus longues, avec environ 5,72 mètres pour la plupart des modèles.

Le prototype donne donc l’impression d’avoir été littéralement aplati puis étiré vers l’arrière.

Vue de profil de la Cadillac Cyclone XP-74
Vue latérale de la Cadillac Cyclone. Crédit photo mashleymorgan (CC BY-SA 2.0).

Des feux arrière qui imitent les réacteurs d’un avion

L’inspiration aéronautique ne s’arrête ni à la verrière ni aux cônes avant.

À l’arrière, les grands feux circulaires sont intégrés dans des logements évoquant les tuyères d’un moteur à réaction avec postcombustion.

Les lignes latérales donnent également à la carrosserie une allure de fuselage.

La Cyclone appartient pleinement à l’« âge des jets » du design automobile américain, une période durant laquelle fusées, avions militaires et conquête spatiale alimentaient directement le travail des stylistes.

Arrière de la Cadillac Cyclone XP-74 avec ses feux inspirés de réacteurs
Gros plan sur l’arrière de la Cadillac Cyclone et ses feux circulaires inspirés des réacteurs d’avion. Crédit photo Maxq32 (CC BY-SA 4.0).

La Corvette Stingray Racer de 1959 montre au même moment une autre facette de la créativité de General Motors, moins « fusée à roulettes », mais tout aussi importante pour le style des voitures qui suivront.

Pourquoi les photos de la Cadillac Cyclone ne montrent-elles pas toutes la même voiture ?

Un détail peut dérouter lorsqu’on compare les photographies historiques avec celles du prototype actuel : la Cyclone a changé d’apparence après sa présentation.

La version initiale associée à Harley Earl était peinte en blanc nacré et possédait de très grands ailerons arrière.

Lorsque Bill Mitchell succède à Earl à la tête du design de General Motors, il reprend le projet.

Les documents conservés par GM montrent que plusieurs modifications ont été envisagées puis réalisées progressivement.

Les grands ailerons finissent notamment par être considérablement raccourcis. La voiture reçoit également une teinte argentée, une nouvelle calandre, des enjoliveurs modifiés et un traitement différent des feux arrière.

Les transformations les plus visibles apparaissent au début des années 1960, les ailerons étant finalement réduits vers 1964.

C’est pourquoi une photographie du prototype à Daytona en 1959 et une photographie moderne de la voiture conservée peuvent donner l’impression de montrer deux Cyclone différentes.

Il s’agit pourtant bien du même véhicule, remanié au cours de sa carrière de show car.

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Crédit photo Insomnia Cured Here (CC BY-SA 2.0).

La Cadillac Cyclone était-elle vraiment une voiture fonctionnelle ?

Oui, mais avec une nuance importante.

La XP-74 n’était pas simplement une coque vide destinée à tourner lentement sur un podium. Elle possède un moteur, une transmission, une direction et peut réellement rouler.

MotorTrend a même pu la conduire plusieurs décennies après sa construction sur le site technique de General Motors.

Mais toutes les fonctions futuristes annoncées n’ont pas nécessairement été opérationnelles simultanément.

Lors de sa première présentation, plusieurs systèmes restaient à installer ou à finaliser. La verrière électrique conçue à l’origine doit aujourd’hui être manipulée manuellement, tandis que l’ancienne suspension pneumatique a été remplacée par des ressorts métalliques.

La Cyclone est donc un vrai véhicule roulant, mais également un prototype expérimental qui a évolué pendant et après son développement.

Harley Earl, Bill Mitchell et la fin d’une époque

La Cadillac Cyclone occupe une place particulière dans l’histoire du design General Motors parce qu’elle se trouve exactement entre deux générations.

Elle porte encore très fortement la signature de l’époque Harley Earl : chrome, formes aéronautiques, technologie spectaculaire et goût assumé pour la mise en scène.

Mais Earl a déjà quitté ses fonctions lorsque le véhicule arrive devant le public.

Son successeur, Bill Mitchell, commence alors à imposer une approche différente, plus basse, plus tendue et progressivement moins chargée.

La Cyclone devient ainsi une voiture de transition : très « Harley Earl » dans son idée initiale, mais déjà modifiée sous Bill Mitchell.

Elle n’a donc pas, à elle seule, mis fin à l’inspiration aéronautique du design américain. En revanche, elle constitue un excellent symbole de la fin de la grande période des « dream cars » de Harley Earl.

La Cyclone n’était pas destinée à voler

Avec une bulle d’avion, des cônes semblables à des missiles et des feux façon réacteurs, la précision paraît presque nécessaire : non, la Cadillac Cyclone n’avait aucune intention de quitter le sol.

D’autres ingénieurs américains ont poussé la logique beaucoup plus loin.

La Convair Model 118 de 1947, par exemple, essayait réellement de réunir une automobile et un avion dans le même engin.

La Cyclone préférait emprunter à l’aviation ses formes, son imaginaire et quelques idées de cockpit. C’était probablement déjà suffisamment compliqué à faire fonctionner.

Où se trouve aujourd’hui la Cadillac Cyclone ?

Le prototype a heureusement survécu.

Il appartient toujours à la GM Heritage Collection, qui conserve de nombreux véhicules importants de l’histoire de General Motors.

La voiture apparaît encore ponctuellement dans des expositions et événements consacrés au patrimoine de GM. General Motors l’utilisait encore en 2025 parmi les véhicules emblématiques présentés dans une installation historique à Detroit.

Plus de six décennies après sa construction, la Cyclone reste ainsi exactement ce qu’elle devait être en 1959 : une automobile conçue moins pour annoncer le prochain modèle Cadillac que pour demander au public une question beaucoup plus ambitieuse.

À quoi pourrait ressembler la voiture du futur ?

La réponse imaginée en 1959 n’est évidemment pas devenue réalité telle quelle. Nous n’avons ni autoroutes remplies de fils de guidage ni bulles transparentes sur nos voitures familiales.

En revanche, les radars anticollision, les aides à la conduite, les automatismes et les capteurs annoncés comme futuristes sur cette drôle de fusée blanche font désormais partie du paysage automobile quotidien.

Vidéo de la Cadillac Cyclone

La Cadillac Cyclone, un concept car de 1959 au look supersonique, en vidéo:

Sources pour aller plus loin

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1 commentaire pour “Cadillac Cyclone XP-74 : le concept car de 1959 au look supersonique”

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