En 1958, General Motors imagine une automobile qui ressemble davantage à un avion de chasse posé sur quatre roues qu’à une voiture destinée aux routes américaines. Avec son cockpit à double bulle, ses multiples dérives et sa turbine à gaz, la Firebird III semble tout droit sortie d’un film de science-fiction de l’âge atomique.
Mais cette spectaculaire Firebird 3 n’est pas qu’un exercice de style. GM y installe un joystick à la place du volant et des pédales, une clé ultrasonique, des aérofreins, un dispositif antiblocage, une climatisation automatique et même un système expérimental permettant à la voiture de suivre une route équipée pour le guidage électronique.
La General Motors Firebird III, concept car à turbine construit en 1958. Crédit photo Joe deSousa (CC0).
À retenir
- La General Motors Firebird III a été construite en 1958.
- Elle a été présentée au public lors de l’édition 1959 du GM Motorama, inaugurée dès octobre 1958 à New York.
- Son moteur principal est une turbine à gaz Whirlfire GT-305 de 225 ch.
- Un petit moteur essence deux cylindres de 10 ch alimente les accessoires.
- Le conducteur utilise un unique joystick pour diriger, accélérer, freiner et sélectionner la transmission.
- Elle possède sept dérives et ailerons, un cockpit à double bulle et une carrosserie en fibre de verre.
- Elle dispose notamment d’aérofreins, d’un système antiblocage, d’un régulateur de vitesse et de la climatisation.
- Son design a directement influencé certaines Cadillac de série de 1959 et 1961.
Un avion de chasse transformé en automobile
La Firebird III appartient à une époque où l’industrie automobile américaine regarde le ciel avec beaucoup d’intérêt.
L’aviation à réaction, les fusées et le début de la conquête spatiale nourrissent alors l’imaginaire des designers. Chez General Motors, cette tendance atteint des sommets avec les prototypes Firebird.
Après la Firebird I de 1954 et la Firebird II de 1956, la troisième génération pousse encore plus loin l’inspiration aéronautique.
Sa carrosserie en fibre de verre intègre un cockpit à deux bulles transparentes, une pour chaque occupant, tandis que sept petites ailes, dérives et ailerons entourent la carrosserie.
GM explique que la Firebird III rompt même avec plusieurs principes stylistiques chers à Harley Earl : très peu de chrome et pratiquement aucune ligne parallèle.
La Firebird III et son spectaculaire cockpit à double bulle. Crédit photo Karrmann (CC BY-SA 3.0).
À la même période, GM multiplie ce genre d’expériences futuristes. la Cadillac Cyclone de 1959 poussait elle aussi très loin l’esthétique aéronautique, avec ses deux cônes avant évoquant des missiles et son habitacle vitré.
Une turbine Whirlfire de 225 chevaux
Sous cette carrosserie improbable ne se cache pas un gros V8 américain.
La Firebird III reçoit une turbine à gaz Whirlfire GT-305 développant environ 225 ch, soit 168 kW.
General Motors expérimente sérieusement la turbine automobile depuis plusieurs années. L’intérêt théorique est réel : peu de pièces mobiles, fonctionnement particulièrement doux et possibilité d’utiliser différents carburants.
Mais les turbines automobiles ont aussi de gros défauts, notamment leur consommation, leur coût et leur comportement peu adapté aux usages quotidiens.
La Firebird III possède en plus un second moteur, beaucoup plus modeste : un bicylindre essence de 10 ch utilisé pour alimenter les accessoires et les systèmes de commande.
Ce petit moteur fait notamment fonctionner la climatisation. Contrairement à ce que pourrait laisser penser son immense verrière transparente, les occupants n’étaient donc pas condamnés à cuire lentement au soleil.
Un volant ? Non, un joystick
L’innovation la plus spectaculaire se trouve entre les deux sièges.
La Firebird III ne possède pas de volant traditionnel. Elle n’utilise pas non plus les commandes classiques d’une automobile.
À leur place se trouve un petit manche baptisé Unicontrol.
Son fonctionnement paraît encore étonnant aujourd’hui :
- déplacer le manche latéralement dirige la voiture ;
- le pousser vers l’avant accélère ;
- le tirer vers l’arrière freine ;
- une commande placée au sommet permet de sélectionner la transmission.
La brochure GM de 1958 insistait justement sur ce point : un seul dispositif remplaçait volant, accélérateur, frein et levier de vitesses.
En cas de besoin, le passager pouvait également prendre le contrôle.
La Firebird III exposée plusieurs décennies après sa construction. Crédit photo PvOberstein (CC0).
Une clé ultrasonique pour ouvrir les portes
Même entrer dans la voiture relève du spectacle technologique.
Le conducteur dispose d’une clé ultrasonique. En la pointant vers la voiture, il déclenche l’ouverture de la porte, constituée d’une partie de la carrosserie et de la bulle transparente qui basculent ensemble.
Une fois installé, le conducteur insère cette même clé dans le tableau de bord pour démarrer la turbine.
Il ne s’agit évidemment pas d’une clé mains libres moderne utilisant des communications radio chiffrées, mais l’idée d’accéder à une automobile sans introduire mécaniquement une clé dans une serrure semble assez audacieuse en 1958.
Une climatisation programmable avant même de monter à bord
Le système de climatisation mérite lui aussi le détour.
Le petit moteur auxiliaire pouvait alimenter le chauffage ou la climatisation avant l’arrivée des occupants.
La brochure de la Firebird III expliquait qu’une minuterie pouvait être réglée afin de refroidir ou réchauffer l’habitacle avant de monter dans la voiture.
Plus de soixante ans avant que le préconditionnement de l’habitacle ne devienne banal sur certaines voitures électriques, GM expérimentait donc déjà l’idée.
Certes, il fallait pour cela démarrer un petit moteur essence de 10 ch. L’écologie du dispositif n’aurait probablement pas obtenu cinq étoiles aujourd’hui.
Des aérofreins comme sur un avion
La carrosserie spectaculaire n’est pas uniquement décorative.
La Firebird III utilise de véritables aérofreins inspirés de ceux des avions.
Des panneaux intégrés à la carrosserie peuvent se relever pour augmenter la résistance de l’air et contribuer au ralentissement du véhicule à grande vitesse.
Le concept possède également un système empêchant le blocage des roues au freinage.
En 1958, le quotidien Le Monde présentait déjà ce dispositif parmi les nombreuses innovations techniques du prototype, aux côtés du régulateur de vitesse, de l’éclairage automatique et de la suspension à correction d’assiette.
Vue arrière de la General Motors Firebird III et de ses multiples éléments aérodynamiques. Crédit photo Aaron Headly (CC BY-SA 4.0).
Ce mélange entre voiture et aviation rappelle d’autres expériences encore plus littérales, comme la Convair Model 118 de 1947, véritable tentative de voiture volante.
Autoguide : une voiture autonome en 1958 ? Pas vraiment
La Firebird III est parfois présentée comme une ancêtre de la voiture autonome.
C’est vrai seulement en partie.
Son système Autoguide devait permettre à la voiture de suivre automatiquement une trajectoire sur une route spécialement équipée d’un conducteur électrique intégré dans la chaussée.
Un signal basse fréquence émis depuis cette infrastructure fournissait à la voiture une référence de position.
L’intelligence n’était donc pas embarquée comme dans un véhicule autonome moderne : la route elle-même devait participer au guidage.
Mais l’idée témoigne parfaitement de la vision de GM à l’époque : dans le futur, voitures et autoroutes devaient communiquer afin de rendre la circulation plus rapide et plus sûre.
1958 ou 1959 ? Les deux dates sont correctes
La Firebird III est souvent décrite comme un concept car de 1959, alors que General Motors la présente officiellement comme un modèle de 1958.
La raison est simple.
La voiture a bien été construite en 1958, mais elle était destinée au GM Motorama 1959.
Et pour compliquer encore un peu l’affaire, cette édition 1959 du Motorama a ouvert ses portes au Waldorf-Astoria de New York dès le 16 octobre 1958.
Le public américain a donc découvert en 1958 une voiture de 1958 lors d’un salon portant déjà le millésime 1959.
Les départements marketing automobiles n’ont manifestement pas attendu le XXIe siècle pour voyager dans le temps.
Une voiture réellement fonctionnelle, pas une simple maquette
Malgré son allure de décor de cinéma, la Firebird III est une automobile expérimentale opérationnelle.
Le constructeur l’utilise comme laboratoire roulant pour tester des solutions de contrôle électronique, de suspension, de freinage et de propulsion.
Cela la distingue de nombreux « dream cars » conçus principalement pour attirer les visiteurs des salons.
La Firebird III exposée par General Motors à la Century 21 Exposition de Seattle le 20 avril 1962. Crédit photo Seattle Municipal Archives (CC BY 2.0).
Cette photographie historique montre que GM continuait à présenter la Firebird III au public en 1962, plusieurs années après le Motorama.
Elle justifie d’ailleurs en partie l’association de cette voiture aussi bien aux années 1950 qu’au début des années 1960.
Une vue de dessus qui révèle toute son extravagance
De profil, la Firebird III ressemble déjà peu à une automobile normale. Vue de dessus, son architecture devient encore plus évidente.
Les deux bulles indépendantes, les dérives et les nombreux appendices donnent presque l’impression d’observer un petit avion expérimental dont quelqu’un aurait remplacé les ailes principales par quatre roues.
La Firebird III vue de côté, avec son cockpit à double bulle et ses nombreux appendices inspirés de l’aéronautique. Crédit photo Aaron Headly (CC BY-SA 4.0).
Ce goût américain pour les bulles transparentes et les formes aéronautiques se retrouve également sur la Lincoln Futura, concept car devenu quelques années plus tard la célèbre Batmobile.
La Firebird III a influencé de vraies Cadillac
Le prototype n’a évidemment jamais été produit en série.
Il a pourtant eu une influence concrète sur les voitures vendues par General Motors.
GM considère aujourd’hui la Firebird III comme la seule des trois premières Firebird à avoir directement influencé le style de modèles de production.
La Cadillac 1959 reprend notamment certains traitements de surfaces et la forme très creusée du bas de caisse.
En 1961, Cadillac reprend également de petites dérives placées sous les ailes arrière, directement inspirées de celles du prototype.
La Firebird III n’est donc pas simplement une impasse extravagante : certaines de ses idées ont quitté les salons pour rejoindre les routes.
Dans le même univers du design GM de la fin des années 1950, la Corvette Stingray Racer de 1959 montre une autre manière de transformer un concept spectaculaire en laboratoire stylistique.
Bien avant la Pontiac Firebird
Le nom Firebird est aujourd’hui surtout associé à la Pontiac Firebird lancée en 1967.
Pourtant, ces muscle cars n’ont pratiquement rien à voir avec les prototypes à turbine des années 1950.
General Motors a simplement réutilisé un nom déjà chargé d’une forte image futuriste.
La Firebird III appartient donc à une famille beaucoup plus expérimentale :
Firebird I en 1954, Firebird II en 1956 et Firebird III en 1958.
Ces voitures ont permis à GM d’explorer la propulsion par turbine, les commandes électroniques, le guidage automatisé et des formes aérodynamiques très éloignées des berlines américaines traditionnelles.
Une vision du futur qui n’est jamais arrivée telle quelle
La turbine n’a finalement pas remplacé le moteur à pistons dans les voitures particulières.
Les autoroutes n’ont pas été équipées de câbles électriques permettant de guider chaque véhicule et nous n’avons pas tous troqué nos volants contre des joysticks.
Mais certaines idées expérimentées sur la Firebird III sont devenues étonnamment familières :
– régulateur de vitesse ;
– antiblocage des roues ;
– climatisation automatique ;
– éclairage automatique ;
– préconditionnement de l’habitacle ;
– automatisation partielle de la conduite.
La technologie a suivi des chemins différents de ceux imaginés par General Motors, mais la volonté de transformer l’automobile en machine plus automatisée était déjà clairement là en 1958.
Et visuellement, la Firebird III reste difficile à battre. Même aujourd’hui, elle ressemble davantage à une illustration de la voiture du futur qu’à un véhicule construit il y a près de sept décennies.
Sources pour aller plus loin
- General Motors Heritage Collection – 1958 Firebird III
- The Henry Ford – brochure General Motors Firebird III « Imagination in Motion », 1958
- Firebird III – reproduction de la brochure General Motors de 1958
- Le Monde, 3 octobre 1958 – présentation contemporaine de la Firebird III
A la même époque, découvrez également la très élégante Triumph TR2







tout cela sans la clim, on devait bien transpirer sous ses domes ! :’D
du coup c’etait un vehicule un peu fitness! :p
Retour de ping : La Convair Model 118 ou ConvairCar, voiture volante de 1947 - 2Tout2Rien