Dans la ville de Hunedoara, au sud-ouest de la Transylvanie en Roumanie, se dresse l’un des châteaux médiévaux les plus spectaculaires du pays. Appelé château de Hunedoara, château des Corvin ou encore château des Corvins, l’édifice accumule tours, hautes toitures, murailles, galeries et un long pont d’accès qui lui donnent un sérieux air de décor de cinéma.
Son apparence est pourtant plus complexe qu’elle n’en a l’air. Le château est bien né d’une forteresse médiévale profondément transformée au XVe siècle par Jean Hunyadi, mais son visage actuel doit aussi beaucoup aux modifications des siècles suivants et aux restaurateurs du XIXe siècle. Autrement dit, le conte de fées est médiéval à la base, avec quelques solides retouches romantiques par-dessus.
Vue extérieure du château de Hunedoara, avec son pont d’accès, ses tours et ses hautes toitures. Crédit photo Gugalcrom123 (CC BY-SA 4.0).
À retenir
- Le château de Hunedoara se trouve en Roumanie, dans le sud-ouest de la Transylvanie.
- Jean Hunyadi a transformé l’ancienne forteresse en vaste château à partir des années 1440.
- La Salle des Chevaliers, la Salle de la Diète, la chapelle et la loggia Mathias comptent parmi ses espaces remarquables.
- Son aspect actuel doit également beaucoup aux restaurations néogothiques du XIXe siècle.
- La légende des sept années d’emprisonnement de Vlad l’Empaleur à Hunedoara n’est pas confirmée par les documents historiques.
- En 2026, le billet adulte coûte 55 lei.
Une forteresse médiévale transformée par Jean Hunyadi
Le château n’est pas apparu d’un seul coup avec ses toits pointus et ses tours photogéniques. Une première fortification de pierre existait déjà sur le rocher. La majorité des chercheurs la date du XIVe siècle, même si certains proposent une construction au début du XVe siècle. Ses murailles pouvaient atteindre environ deux mètres d’épaisseur.
En 1409, le roi Sigismond de Luxembourg a accordé le domaine de Hunedoara à Voicu, père de Jean Hunyadi. C’est surtout ce dernier, connu en roumain sous le nom d’Ioan de Hunedoara, qui a changé l’échelle du site.
Après 1440-1441, Jean Hunyadi a lancé de grands travaux pour transformer l’ancienne forteresse en un château beaucoup plus ambitieux. Une nouvelle enceinte, des tours circulaires et rectangulaires et des espaces défensifs ont été construits. Une première grande phase était pratiquement achevée vers 1446, année où Hunyadi est devenu gouverneur du royaume de Hongrie.
Le château a ensuite pris davantage une fonction résidentielle et représentative, avec de vastes salles, une chapelle et des appartements. Les transformations ont continué après la mort de Jean Hunyadi en 1456, notamment avec l’aile dite Mathias. Les grands travaux du XVe siècle se sont achevés autour de 1480.
Pour replacer le château dans son décor naturel et historique, il suffit de parcourir ces paysages et monuments de Roumanie, où la Transylvanie ne manque décidément pas de relief.
Vue du côté sud du château de Hunedoara. Crédit photo Daniel ENGELVIN (domaine public).
Pourquoi l’appelle-t-on château des Corvin ?
Le nom du château renvoie à la famille des Hunyadi-Corvin et notamment à Mathias Corvin, fils de Jean Hunyadi et roi de Hongrie.
Le blason familial montre un corbeau tenant une bague d’or dans son bec. Une légende raconte qu’un corbeau aurait dérobé une bague destinée au jeune Jean Hunyadi et que celui-ci aurait réussi à récupérer le bijou en abattant l’oiseau d’une flèche.
Le site officiel du château rattache également le nom Corvin au latin corvus, « corbeau ». Comme souvent avec les récits familiaux médiévaux, mieux vaut distinguer le symbole bien réel sur le blason de l’histoire romanesque censée expliquer son origine.
Corvin Castle. Crédit photo Albert Dobrin (CC BY-ND 2.0).
À quoi ressemble l’intérieur du château de Hunedoara ?
L’extérieur attire immédiatement l’œil, mais le château de Hunedoara n’est pas seulement une belle silhouette hérissée de tours. Une grande partie de son intérêt se trouve justement derrière les murailles.
La Salle des Chevaliers et la Salle de la Diète appartiennent au grand palais construit au XVe siècle. Toutes deux sont divisées en deux nefs par des piliers octogonaux et présentent des éléments de style gothique tardif. La première servait notamment aux repas et cérémonies, tandis que la seconde avait une fonction plus solennelle.
La Salle des Chevaliers à l’intérieur du château des Corvin. Crédit photo Oana486 (CC BY-SA 4.0).
La chapelle gothique a été achevée au milieu du XVe siècle. Elle a ensuite été profondément remaniée, notamment au XVIIe siècle, avant les campagnes de restauration modernes.
La chapelle gothique à l’intérieur du château de Hunedoara. Crédit photo Michał Derela (CC BY-SA 4.0).
L’ensemble comprend également la loggia Mathias et la spectaculaire tour Nje Boisia, dont le nom signifie approximativement « N’aie pas peur ». La tour comporte cinq niveaux défensifs et communique avec le château par une galerie suspendue longue de plus de 33 mètres.
Même les défenses ont parfois des dimensions impressionnantes : le portail occidental possède des murs dépassant 2,5 mètres d’épaisseur à sa base.
La cour intérieure du château de Hunedoara permet de mieux comprendre l’empilement des différentes ailes et périodes de construction. Crédit photo Oana486 (CC BY-SA 4.0).
Le château actuel n’est pas entièrement celui du Moyen Âge
C’est l’un des détails les plus intéressants du château des Corvin : son aspect de forteresse gothique sortie d’un livre illustré est authentique… mais pas totalement.
Au XVIIe siècle, le prince Gabriel Bethlen a fait modifier plusieurs parties de l’édifice. Une nouvelle aile résidentielle a été construite, la Salle de la Diète a été réaménagée, la chapelle transformée et de nouvelles installations militaires ont été ajoutées, dont la Tour Blanche et une terrasse d’artillerie.
Les grandes restaurations ont surtout commencé au XIXe siècle. Les architectes de l’époque ne cherchaient pas toujours à conserver chaque état historique comme le ferait une restauration contemporaine.
Francisc Schulcz a entrepris une importante restauration des éléments gothiques. Après sa mort, Imre Steindl est allé encore plus loin. Partant d’une hypothèse aujourd’hui considérée comme erronée selon laquelle Hunedoara devait devenir une résidence royale, il a surélevé plusieurs parties du château et conçu la forme imposante des toitures que l’on voit aujourd’hui.
Le romantisme architectural du XIXe siècle a donc accentué le côté spectaculaire du monument. Un procédé qui rappelle, dans un registre encore plus exubérant, le palais de Pena à Sintra, autre architecture où l’imaginaire historique participe largement au décor.
Vue du château de Hunedoara, dont l’apparence actuelle mêle architecture médiévale et transformations postérieures. Crédit photo fusion-of-horizons (CC BY 2.0).
Vlad l’Empaleur a-t-il vraiment été emprisonné au château de Hunedoara ?
C’est probablement la légende la plus célèbre du lieu. Selon une histoire régulièrement répétée, Vlad III l’Empaleur, celui qui a inspiré Bram Stoker pour le personnage de Dracula, aurait passé sept années enfermé dans les geôles du château et cette captivité aurait même contribué à sa folie.
Le problème est que les documents historiques ne confirment pas cette histoire.
Vlad a bien été arrêté en 1462 sur ordre du roi de Hongrie Mathias Corvin, fils de Jean Hunyadi, puis maintenu en captivité en Hongrie. Mais les historiens du château indiquent qu’aucune source ne permet d’établir une détention de sept ans à Hunedoara.
Un détail suffit d’ailleurs à rendre certaines versions de la légende impossibles : Jean Hunyadi est mort en 1456, six ans avant l’arrestation de Vlad. Il ne pouvait donc pas être son geôlier à Hunedoara en 1462.
L’association entre la Transylvanie, Vlad et Dracula est décidément tenace. Le château de Bran, beaucoup plus étroitement associé au mythe touristique de Dracula, connaît lui aussi son lot de raccourcis entre histoire et littérature.
Cour intérieure du château des Corvin. Crédit photo Albert Dobrin (CC BY-ND 2.0).
Le puits creusé par trois prisonniers turcs
Une autre légende concerne le profond puits creusé dans la roche à l’intérieur du château. Les différentes pages officielles donnent une profondeur d’environ 28 à 30 mètres.
Selon le récit traditionnel, Jean Hunyadi aurait promis la liberté à trois prisonniers turcs s’ils parvenaient à trouver de l’eau. Les hommes auraient creusé pendant quinze ans avant d’atteindre la nappe.
Hunyadi étant mort entre-temps, sa veuve aurait refusé de respecter la promesse. Les prisonniers auraient alors laissé une inscription interprétée comme :
« Vous avez de l’eau, mais vous n’avez pas de cœur. »
Jolie histoire, mais l’épigraphie est nettement moins mélodramatique.
Le texte en caractères arabes anciens, daté du milieu du XVe siècle, a été déchiffré comme une inscription laissée par un certain Hassan, qui se présente comme prisonnier dans « la forteresse près de l’église ». L’inscription existe donc réellement ; c’est surtout sa traduction vengeresse qui appartient à la légende.
Un château devenu décor de cinéma
Avec ses cours, ses galeries sombres, ses tours et son pont monumental, Hunedoara avait à peu près tout ce qu’il fallait pour finir devant une caméra.
Le château a accueilli de nombreux tournages. Il apparaît notamment dans The Nun, le film d’horreur sorti en 2018 dans l’univers de Conjuring. Le château de Corvin y sert de décor à l’abbaye roumaine fictive de St. Carta.
Ce n’est donc pas uniquement le tourisme qui exploite son apparence de château inquiétant : le cinéma a lui aussi compris que quelques pierres gothiques bien choisies évitent parfois de construire un décor entier.
Le château des Corvin à Hunedoara. Crédit photo Ashwin Kumar (CC BY-SA 2.0).
Visiter le château de Hunedoara
Le château se trouve à Strada Castelului 1-3, Hunedoara 331141, Roumanie, dans la partie sud-ouest de la ville.
En 2026, le tarif officiel est de 55 lei pour un adulte, 30 lei pour un retraité et 15 lei pour un élève ou étudiant. Le billet comprend également la Maison des Guildes et l’exposition archéologique.
Du 1er avril au 30 septembre 2026, le château est ouvert le lundi de 12 h à 20 h et du mardi au dimanche de 9 h à 20 h. Les horaires changent selon la saison : mieux vaut donc vérifier le site officiel avant le départ.
La visite comporte de nombreux escaliers, passages étroits, balcons et galeries en hauteur. Le musée demande une vigilance particulière avec les enfants, les personnes âgées et les visiteurs ayant des difficultés de mobilité.
Le monument mérite surtout d’être exploré de l’intérieur. C’est d’ailleurs une faiblesse fréquente des photos du château : ses façades sont tellement spectaculaires que l’on oublie facilement qu’il abrite aussi salles gothiques, chapelle, loggias, tours défensives et cours intérieures.
Vidéo du château des Corvin
Une vue aérienne permet enfin de saisir l’organisation du château sur son éperon rocheux, son grand pont d’accès et l’enchevêtrement de ses différentes ailes.
Avec ses transformations successives et ses toitures presque irréelles, Hunedoara rejoint la petite famille des châteaux européens dont la silhouette paraît avoir été dessinée avant d’être construite. Dans un autre registre, l’Alcázar de Ségovie joue lui aussi merveilleusement avec cette frontière entre forteresse historique et château de conte de fées.
Château de Hunedoara illuminé de nuit le 10 Décembre 2012. Crédit photo Marian Lucian (CC BY-SA 3.0).
Sources pour aller plus loin
- Castelul Corvinilor — histoire du château
- Castelul Corvinilor — visite et architecture du monument
- Castelul Corvinilor — légendes du corbeau et du puits
- Castelul Corvinilor — histoire des restaurations
- Castelul Corvinilor — horaires et tarifs officiels
- Municipalité de Hunedoara — informations sur le musée
- IMDb — lieux de tournage de The Nun









