Le jabuticaba est un arbre qui semble avoir décidé de ne rien faire comme les autres : ses fleurs puis ses fruits poussent directement sur le tronc et les grosses branches. Lorsqu’il est chargé de petites baies rondes presque noires, son écorce peut disparaître sous des centaines de fruits qui ressemblent à de gros grains de raisin collés au bois.
Ce phénomène botanique porte un nom, la cauliflorie. Le jabuticaba, que l’on rencontre aussi sous l’orthographe jaboticaba, est surtout associé au Brésil. Sa nomenclature scientifique a beaucoup évolué : le nom Myrciaria jaboticaba, encore très utilisé, est aujourd’hui considéré par les jardins botaniques de Kew comme un synonyme de Plinia cauliflora. Derrière cette curiosité visuelle se cache aussi un vrai fruit, sucré et juteux, consommé frais ou transformé en jus, gelées, vins et liqueurs.
Fruits de jabuticabas mûrs poussant directement sur le tronc et les branches. Crédit photo Pedro Bezerra (CC BY-SA 2.0).
À retenir
- Le jabuticaba produit ses fleurs et ses fruits directement sur le tronc et les grosses branches, un phénomène appelé cauliflorie.
- Il appartient à la famille des Myrtaceae et est aujourd’hui généralement rattaché au genre Plinia.
- Kew accepte Plinia cauliflora et considère notamment Myrciaria cauliflora et Myrciaria jaboticaba comme des synonymes.
- Ses fruits ronds deviennent rouge sombre, violets ou presque noirs à maturité et renferment une pulpe claire, juteuse et sucrée.
- Leur goût est souvent comparé à celui du raisin, même si le jabuticaba n’est évidemment pas une vigne.
- Le fruit est très périssable : à température ambiante, sa conservation ne dépasse souvent pas deux à trois jours.
- Sa peau sombre contient notamment des anthocyanes et d’autres polyphénols étudiés pour leurs effets biologiques, mais le jabuticaba ne doit pas pour autant être présenté comme un remède miracle.
Le jabuticaba, un arbre dont les fruits poussent directement sur le tronc
Le jabuticaba appartient à la famille des Myrtaceae, qui comprend également des plantes aussi différentes que les goyaviers, les eucalyptus ou les girofliers.
Sa classification a longtemps été particulièrement confuse. Les publications horticoles et scientifiques utilisent encore plusieurs noms, dont Myrciaria jaboticaba, Myrciaria cauliflora, Plinia jaboticaba ou Plinia cauliflora.
Dans sa classification actuelle, Plants of the World Online des jardins botaniques royaux de Kew accepte le nom Plinia cauliflora et range notamment Myrciaria jaboticaba et Myrciaria cauliflora parmi ses synonymes.
Le mot « jabuticaba » reste toutefois employé pour différents arbres et formes cultivées du genre Plinia, ce qui explique que plusieurs noms continuent à circuler dans la littérature horticole.
Pour Plinia cauliflora, Kew donne actuellement une aire native comprenant l’est de la Bolivie et une grande partie du Brésil, du Pernambuco au Paraná. Le jabuticaba est particulièrement associé à la culture fruitière brésilienne, mais il est aujourd’hui cultivé dans d’autres régions tropicales et subtropicales.
On le retrouve par exemple à La Réunion : le jardin botanique Mascarin l’intègre à sa collection du « Verger créole ».
Le Brésil semble d’ailleurs avoir un certain talent pour produire des arbres qui refusent les proportions raisonnables : le Cajueiro de Pirangi est un unique anacardier dont la couronne ressemble à une petite forêt. Chez le jabuticaba, ce n’est pas la taille qui surprend, mais l’endroit choisi pour porter les fruits.
Pourquoi les fruits du jabuticaba poussent-ils sur le tronc ?
Un fruit qui pousse directement sur le tronc de l’arbre paraît presque anormal lorsque l’on est habitué aux pommiers, cerisiers ou poiriers.
Pourtant, il s’agit d’un phénomène botanique parfaitement identifié : la cauliflorie.
Chez une plante cauliflore, les fleurs ne sont pas limitées aux jeunes rameaux. Des bourgeons floraux peuvent rester dans des tissus âgés du tronc ou des grosses branches avant de se développer lorsque les conditions deviennent favorables. Les mêmes zones peuvent ensuite produire de nouvelles fleurs lors de cycles ultérieurs.
Le résultat est particulièrement spectaculaire chez le jabuticaba : fleurs puis fruits semblent littéralement sortir de son écorce.
Fleurs de jabuticaba apparaissant directement sur le vieux bois du tronc à São Paulo. Crédit photo mauro halpern (CC BY 2.0).
Expliquer ce mécanisme uniquement par la nécessité de rendre les fruits accessibles aux animaux qui grimpent mal est trop catégorique.
La cauliflorie est présente chez de nombreuses plantes tropicales et peut notamment modifier l’accès aux fleurs pour les pollinisateurs et aux fruits pour les animaux disperseurs de graines. Mais les botanistes n’en font pas une adaptation possédant une seule explication universelle.
D’autres arbres produisent eux aussi fleurs ou fruits sur leurs parties ligneuses anciennes. C’est notamment ce qui donne son apparence très particulière à l’arbre à boulets de canon et à ses énormes fruits sphériques attachés près du tronc, même si son organisation florale n’est pas strictement identique à celle du jabuticaba.
Des fleurs blanches directement sur l’écorce
Avant que le tronc ne se couvre de fruits violets, il peut prendre une apparence encore plus étrange.
Les fleurs du jabuticaba sont petites, généralement blanches à blanc crème, avec de nombreuses étamines. Elles apparaissent en groupes directement sur le tronc et les branches âgées.
De loin, une forte floraison peut donner l’impression que l’arbre s’est couvert de petites touffes blanches ou d’une sorte de givre tropical.
Fleurs de Plinia cauliflora poussant directement sur le tronc à Nova Odessa, dans l’État de São Paulo au Brésil. Crédit photo Bruno.karklis (CC BY-SA 4.0).
Il n’existe pas non plus une règle imposant exactement deux floraisons par an.
Sous de bonnes conditions de chaleur, d’humidité et d’alimentation en eau, certaines formes cultivées peuvent fleurir et fructifier plusieurs fois au cours d’une même année. L’Université de Floride décrit ainsi des cycles de floraison et de fructification périodiques permettant plusieurs récoltes.
Autre floraison de jabuticaba directement sur le tronc d’un arbre cultivé à São Paulo. Crédit photo mauro halpern (CC BY 2.0).
Même lorsqu’il n’est ni en fleurs ni couvert de fruits, l’arbre peut attirer l’œil par son écorce claire, lisse et parfois desquamante. Le tronc reste cependant beaucoup plus conventionnel que celui des étranges arbres au tronc presque carré d’El Valle de Antón au Panama.
À quoi ressemble et quel goût a le fruit du jabuticaba ?
Après la floraison apparaissent les fameuses petites boules qui finissent par recouvrir le bois.
Suivant les espèces et cultivars regroupés sous le nom de jabuticaba, leur taille varie, mais les fruits sont généralement ronds, de quelques centimètres de diamètre.
Ils sont verts lorsqu’ils sont jeunes puis prennent progressivement des teintes rouges, violettes et enfin violet très sombre à presque noir à maturité.
Sous cette peau colorée se trouve une pulpe blanchâtre ou légèrement rosée, translucide, juteuse et gélatineuse. Elle entoure généralement une à quatre graines.
Fruit mûr de jabuticaba, à la peau violet sombre et à la pulpe claire. Crédit photo Alexandre Campolina / Campola (CC BY 3.0).
Son goût est souvent comparé à celui du raisin. La chair est sucrée, juteuse, avec une légère acidité, tandis que la peau peut être plus tannique ou astringente.
C’est cette ressemblance qui lui vaut en anglais le surnom de Brazilian grape tree, littéralement « arbre à raisin brésilien ». On rencontre également l’expression « vigne brésilienne », mais elle est trompeuse : le jabuticaba est bien un arbre et n’a aucun lien botanique particulier avec la vigne.
Jabuticaba photographié à maturité. Crédit photo Marcos Dias (CC BY-SA 2.0).
Comment mange-t-on le jabuticaba ?
Au Brésil, les jabuticabas peuvent être mangés frais, directement après la récolte. La peau peut être consommée, même si son caractère plus épais et astringent pousse certaines personnes à presser le fruit dans la bouche pour en extraire la pulpe.
Le fruit sert également à préparer :
jus, gelées, confitures, desserts, vins de fruits, boissons fermentées, liqueurs et vinaigres.
Cette transformation rapide n’est pas seulement une affaire de tradition culinaire. Elle répond à l’un des principaux défauts commerciaux du jabuticaba : il voyage très mal.
Contrairement à la morelle mammiforme, autre fruit insolite dont l’intérêt est surtout décoratif, le jabuticaba est donc bel et bien destiné à être mangé. Il faut simplement éviter de le laisser méditer trop longtemps dans la corbeille à fruits.
Un fruit qui ne se conserve que quelques jours
L’ancienne formulation indiquant que sa fermentation « démarre seulement trois jours après avoir été détaché de l’arbre » était trop précise.
La réalité est plus simple : le jabuticaba est un fruit extrêmement périssable.
Les travaux consacrés à sa conservation donnent généralement une durée d’environ deux à trois jours à température ambiante. La perte d’eau, les altérations microbiologiques et la fermentation de la pulpe détériorent rapidement les fruits après leur récolte.
C’est une des raisons pour lesquelles le jabuticaba frais reste beaucoup moins courant loin de ses régions de production que des fruits capables de supporter plusieurs semaines de transport et de stockage.
Jabuticabas d’une récolte photographiée en 2004. Crédit photo SantaRosa OLD SKOOL (CC BY 2.0).
Le jabuticaba a-t-il vraiment des bienfaits pour la santé ?
La peau violette du jabuticaba contient notamment des anthocyanes, des ellagitanins et différents polyphénols. Ces molécules expliquent une bonne partie de l’intérêt scientifique porté au fruit.
Il faut cependant distinguer ce que l’on trouve dans un aliment de ce qu’il est démontré capable de faire chez l’être humain.
Les recherches expérimentales ont mis en évidence différentes activités antioxydantes, anti-inflammatoires et métaboliques. Depuis quelques années, quelques essais cliniques chez l’être humain apportent également des données intéressantes, mais encore limitées.
Une étude randomisée publiée en 2024 a testé une poudre de peau de jabuticaba chez 49 adultes atteints de syndrome métabolique. Les chercheurs ont observé certains effets sur la réponse glycémique postprandiale et des marqueurs de l’inflammation.
Un autre essai randomisé croisé, publié en 2025 chez 19 adultes en bonne santé, a étudié pendant quatre semaines une consommation quotidienne de poudre de peau apportant des polyphénols. Certains marqueurs inflammatoires et du stress oxydatif ont diminué.
Ces résultats sont intéressants, mais les échantillons restent petits et les études portent notamment sur des préparations concentrées de peau de jabuticaba, pas simplement sur le fait de manger occasionnellement quelques fruits.
Il serait donc abusif de transformer le jabuticaba en « superfruit miracle ».
Et surtout, l’ancienne affirmation selon laquelle ses fruits seraient « anticancérigènes » doit disparaître. Des composés du jabuticaba ont été étudiés dans des modèles cellulaires ou animaux, mais cela ne permet absolument pas d’affirmer que manger ce fruit prévient ou soigne un cancer.
Le jabuticaba reste avant tout ce qu’il est : un fruit comestible particulièrement riche en composés phénoliques et encore activement étudié.
Un arbre qui peut se couvrir de fruits plusieurs fois par an
Le jabuticaba pousse plutôt lentement, mais une fois arrivé à maturité, il peut devenir remarquablement productif.
Selon le climat, le cultivar, l’irrigation et les conditions de culture, plusieurs cycles de floraison et de fructification peuvent avoir lieu dans une même année. En milieu favorable, les périodes de floraison peuvent même être relativement rapprochées.
Cette caractéristique explique certaines photographies spectaculaires montrant des troncs et des branches presque entièrement dissimulés sous des centaines de fruits noirs et brillants.
Des fruits de jabuticaba poussant directement sur le tronc et les branches d’un arbre à São Paulo, au Brésil. Crédit photo mauro halpern (CC BY 2.0).
Le jabuticaba doit finalement son allure improbable à un mécanisme botanique bien réel. La cauliflorie place ses fleurs puis ses fruits là où l’on ne s’attend normalement pas à les trouver : directement sur le vieux bois du tronc et des principales branches.
Un arbre couvert de fruits noirs comme de grosses billes semble avoir été conçu pour produire une photographie insolite. Mais derrière cette apparence se trouvent une stratégie de floraison tropicale, un fruit important dans la culture brésilienne et une botanique beaucoup plus subtile que le simple « raisin qui pousse sur un tronc ».
Vidéo d’un Jabuticaba et ses fruits sur le tronc
Voici une petite vidéo montrant cet arbre étrange, la vigne brésilienne:
Sources pour aller plus loin
- Royal Botanic Gardens, Kew – Plinia cauliflora, taxonomie et répartition
- University of Florida IFAS – Jaboticaba: A Unique Fruit Tree for Florida Home Gardeners
- University of Florida IFAS – caractéristiques, goût et fructification du jaboticaba
- Annals of Botany – fonctionnement botanique de la cauliflorie
- Journal of Food Science and Technology – conservation, fermentation et composés phénoliques du jabuticaba
- PubMed – essai clinique 2024 sur la poudre de peau de jabuticaba et le syndrome métabolique
- PubMed – essai clinique randomisé 2025 sur la peau de jabuticaba chez des adultes en bonne santé
- Food Research International – revue sur les polyphénols et les effets biologiques du jabuticaba
- Département de La Réunion / Mascarin Jardin botanique – Plinia cauliflora dans le Verger créole







