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Phare de Point Bonita : le gardien du Golden Gate au bout d’un pont suspendu

À l’extrémité des Marin Headlands, face au Pacifique et à quelques kilomètres du Golden Gate Bridge, le phare de Point Bonita marque depuis 1855 l’entrée nord de la baie de San Francisco. Son emplacement est spectaculaire : une petite construction blanche et rouge posée sur un promontoire rocheux, au-dessus d’une mer agitée et régulièrement engloutie par le brouillard.

Son histoire l’est tout autant. Le premier phare avait été construit tellement haut que sa lumière disparaissait précisément lorsque les marins en avaient le plus besoin. Les gardiens ont utilisé un canon pour prévenir les navires, la lanterne a été déplacée plus bas en 1877, un tunnel a été creusé dans la roche et l’érosion a finalement imposé la construction d’un pont suspendu. En 2026, ce pont est toutefois fermé jusqu’à nouvel ordre et le phare lui-même n’est plus accessible aux visiteurs.

Phare de Point Bonita en Californie au bout de son promontoire rocheux
Le phare de Point Bonita occupe l’extrémité d’un promontoire rocheux des Marin Headlands, à l’entrée du Golden Gate. Crédit Photo Frank Schulenburg (CC BY-SA 4.0).

À retenir

  • Le phare de Point Bonita se trouve dans les Marin Headlands, au nord du Golden Gate et de San Francisco.
  • Il est entré en service en 1855 pour signaler l’entrée nord de la baie de San Francisco.
  • Le premier phare était placé à environ 93 mètres au-dessus de la mer, une hauteur qui le faisait régulièrement disparaître dans le brouillard.
  • En 1877, la lanterne et la lentille ont été transférées vers le phare actuel, environ 38 mètres au-dessus de l’océan.
  • Point Bonita conserve sa lentille de Fresnel de deuxième ordre installée en 1855.
  • Le premier signal de brouillard du site utilisait un canon de siège de 24 livres.
  • Un tunnel d’environ 36 mètres a été percé dans la roche en 1876 pour sécuriser l’accès.
  • Point Bonita est habituellement accessible par un pont suspendu, une particularité unique parmi les phares américains selon le National Park Service.
  • En août 2026, ce pont est fermé jusqu’à nouvel ordre. Le sentier n’ouvre que le troisième samedi de chaque mois, de 12 h 30 à 15 h 30, jusqu’à une plateforme permettant d’observer le phare.

Où se trouve le phare de Point Bonita près de San Francisco ?

Point Bonita se trouve sur la rive nord du Golden Gate, dans les Marin Headlands, un vaste secteur de collines côtières appartenant aujourd’hui à la Golden Gate National Recreation Area.

Le phare est situé à environ 4 km au nord-ouest du Golden Gate Bridge, sur une pointe rocheuse exposée directement au Pacifique.

Sa position permet de surveiller l’un des passages maritimes les plus importants de la côte californienne : l’étroit détroit reliant l’océan Pacifique à la baie de San Francisco.

Les navires qui l’empruntent doivent composer avec des courants puissants, des rochers, une visibilité parfois très faible et un brouillard particulièrement fréquent.

Au milieu du XIXe siècle, alors que la ruée vers l’or transformait San Francisco en grand port international, ces conditions rendaient l’entrée de la baie particulièrement délicate.

Ses coordonnées GPS sont : 37.8156, -122.5297. Voici sa position sur Google Maps:

phare de point bonita san francisco californie maps

Pourquoi a-t-on construit Point Bonita à l’entrée du Golden Gate ?

La ruée vers l’or de 1848 a provoqué une explosion du trafic maritime vers San Francisco.

Les navires arrivant du Pacifique devaient identifier avec précision l’entrée du Golden Gate, ce qui était loin d’être évident de nuit ou dans le brouillard.

Un réseau de phares a alors progressivement été installé autour de la baie. Alcatraz indiquait un point à l’intérieur de celle-ci tandis que Fort Point marquait son côté sud.

Il manquait cependant un feu clairement visible sur le côté nord.

Point Bonita a donc été choisi pour compléter ce dispositif. Le phare est achevé en 1855 et devient l’un des tout premiers phares construits sur la côte ouest des États-Unis.

Le problème est que ses concepteurs ont appliqué une logique qui semblait parfaitement raisonnable : plus le phare serait haut, plus sa lumière porterait loin.

À Point Bonita, cette logique s’est retournée contre eux.

Le premier phare était trop haut pour le brouillard

Le premier Point Bonita Lighthouse avait été construit sur la crête, à environ 306 pieds, soit 93 mètres au-dessus du niveau de la mer.

Par temps clair, cette position dominante était idéale.

Mais les ingénieurs connaissaient encore mal le comportement du brouillard sur cette partie de la côte pacifique.

Les couches nuageuses pouvaient se former assez haut au-dessus de l’océan tout en laissant l’air relativement dégagé plus près de l’eau.

Résultat assez cruel pour un phare : les marins voyaient parfois la côte sous le brouillard alors que la lumière censée les guider avait disparu dedans.

Point Bonita Lighthouse et Seal Rocks dans le brouillard en Californie
Point Bonita et Seal Rocks dans le brouillard, phénomène qui a rendu le premier emplacement du phare particulièrement inefficace. Crédit Photo Brocken Inaglory (CC BY-SA 3.0).

La situation était suffisamment problématique pour qu’une solution radicale soit finalement retenue : descendre le feu beaucoup plus près de l’océan.

Pourquoi le phare de Point Bonita a-t-il été déplacé en 1877 ?

Un nouvel emplacement est choisi tout au bout de Point Bonita, à seulement 124 pieds, environ 38 mètres au-dessus du niveau de la mer.

La construction est délicate.

Le terrain est extrêmement escarpé et l’accès passe au-dessus de falaises directement exposées aux vagues et aux glissements de terrain.

En 1877, une nouvelle structure de briques est finalement terminée. La partie supérieure de l’ancien phare, comprenant notamment sa lanterne et sa précieuse lentille, est transférée vers ce nouveau bâtiment.

Le phare devient beaucoup plus bas, mais aussi beaucoup plus efficace : sa lumière se trouve désormais sous une grande partie des couches de brouillard qui masquaient l’ancien feu.

L’ancien emplacement reste quelque temps visible comme amer côtier avant que sa tour ne disparaisse finalement au XXe siècle.

Une lentille de Fresnel de 1855 toujours en service

L’un des éléments les plus remarquables de Point Bonita ne se trouve pas à l’extérieur du phare mais dans sa lanterne.

Il s’agit de sa lentille de Fresnel de deuxième ordre.

Le principe mis au point par le physicien français Augustin Fresnel au début du XIXe siècle consiste à assembler de nombreux anneaux prismatiques capables de concentrer la lumière horizontalement sans utiliser une énorme masse de verre.

À Point Bonita, la lentille mesure environ 2,4 mètres de haut.

Installée en 1855 dans le premier phare, elle a été transférée avec la lanterne vers le nouvel emplacement en 1877 et fait toujours partie du dispositif lumineux.

Lentille de Fresnel historique du phare de Point Bonita en Californie


La lentille de Fresnel de deuxième ordre du phare de Point Bonita, installée en 1855 et conservée dans la lanterne actuelle. Crédit Photo Pete Klosterman (CC BY 2.0).

Sous de bonnes conditions, son faisceau peut être visible à environ 18 miles nautiques.

Point Bonita est donc un curieux mélange de technologies : une optique mise en service au milieu du XIXe siècle travaille aujourd’hui dans un phare automatisé.

Pour une autre démonstration spectaculaire de longévité, la tour d’Hercule en Galice guide les navigateurs depuis près de deux millénaires, même si son système lumineux a évidemment évolué depuis l’époque romaine.

Quand le gardien du phare tirait au canon dans le brouillard

Avant les sirènes automatiques et les capteurs électroniques, Point Bonita possédait une méthode nettement plus sonore pour annoncer sa présence.

Le premier signal de brouillard installé sur le site utilisait un canon de siège de 24 livres provenant de surplus de l’armée américaine.

Il s’agit du premier dispositif de signalisation sonore de ce type installé sur la côte ouest américaine.

Lorsque le phare disparaissait dans le brouillard, le canon devait être tiré à intervalles réguliers afin que les marins puissent repérer approximativement l’entrée du Golden Gate.

Le travail n’avait rien de reposant.

En 1855, l’ancien sergent Edward Maloney est chargé du canon. Lors d’une longue période de brouillard, il a dû rester pratiquement continuellement à son poste pendant trois jours, avec seulement deux heures de repos.

Il a fini par abandonner la fonction. On peut raisonnablement comprendre pourquoi.

Le canon a ensuite été remplacé par une cloche de brouillard, puis par une sirène à vapeur vers 1874.

Aujourd’hui, un capteur utilisant un faisceau laser détecte les particules d’eau dans l’air et déclenche automatiquement une corne électrique lorsque le brouillard devient suffisamment dense.

Le naufrage du SS City of Rio de Janeiro

La présence du phare n’a jamais supprimé tous les dangers du Golden Gate. Le National Park Service estime que plus de 300 navires se sont échoués dans le secteur pendant les années de la ruée vers l’or.

L’une des catastrophes les plus meurtrières survient le 22 février 1901. Le vapeur SS City of Rio de Janeiro, arrivé de Hong Kong après une traversée via le Japon, approche de San Francisco dans un brouillard épais.

Le navire heurte les rochers près de Point Diablo et sombre en une dizaine de minutes. Sur les 210 personnes présentes à bord, 128 perdent la vie.

Pendant plus d’un siècle, sa localisation précise est même restée incertaine. Ce n’est qu’en novembre 2014 qu’une mission archéologique menée avec la NOAA a confirmé son emplacement et réalisé des images tridimensionnelles au sonar.

L’épave repose aujourd’hui sous une couche croissante de vase et de sédiments.

Un tunnel creusé dans la falaise pour atteindre le phare

Déplacer le phare vers un emplacement plus bas a réglé le problème du brouillard.

Cela en a créé un autre : comment y parvenir ?

Le chemin initial longeait la falaise sur une passerelle exposée au-dessus du Pacifique. Des glissements de terrain en 1872, 1874 puis 1876 l’ont progressivement rendu trop dangereux.

Un tunnel est alors creusé directement à travers le promontoire rocheux.

Achevé en 1876, il mesure environ 118 pieds de long, soit 36 mètres.

L’identité précise des ouvriers ayant réalisé ce travail n’est pas établie avec certitude. Certaines anciennes publications attribuent le creusement à des travailleurs chinois, mais le National Park Service actuel reste plus prudent sur cette attribution.

Le tunnel fait toujours partie du Point Bonita Trail.

Pourquoi Point Bonita est-il accessible par un pont suspendu ?

Même le tunnel n’a pas totalement réglé les difficultés d’accès.

L’érosion marine et les glissements de terrain ont continué à attaquer l’extrémité du promontoire.

À la fin des années 1930 ou au début des années 1940, le passage naturel qui reliait encore le phare au reste de Point Bonita a été détruit.

Une passerelle provisoire a d’abord été installée, puis un pont suspendu en 1954. Le National Park Service présente Point Bonita comme le seul phare des États-Unis dont l’accès nécessite de franchir un pont suspendu.

Pont suspendu permettant d'accéder au phare de Point Bonita en Californie
Le pont suspendu qui relie habituellement le sentier au phare de Point Bonita. Crédit Photo JMOOLY1978 (CC BY-SA 4.0).

Le premier pont suspendu a lui-même souffert du vent, de l’air salin et des intempéries. Il a finalement été entièrement remplacé. Les travaux ont commencé en 2011 et le nouveau pont a ouvert au public en avril 2012.

Ce combat permanent entre bâtiments et littoral n’est pas propre à la Californie. En Estonie, l’érosion a déplacé le rivage autour du phare de Kiipsaare au point de laisser sa tour dans l’eau et de la faire pencher.

À Point Bonita, c’est l’accès au phare qui reste le maillon le plus vulnérable.

Le dernier phare habité de Californie

Point Bonita a également conservé ses gardiens particulièrement longtemps.

Dans les années 1920, l’installation de l’électricité avait déjà simplifié l’entretien du feu et des signaux sonores.

L’automatisation complète intervient autour de 1980.

Point Bonita était alors le dernier phare encore occupé en permanence par des gardiens en Californie. John Dusch, responsable du phare entre 1976 et 1980, en a ainsi été le dernier gardien principal.

Le phare reste aujourd’hui actif. Son entretien maritime relève de l’US Coast Guard tandis que le National Park Service gère l’accès au site.

Gros plan du phare de Point Bonita dans les Marin Headlands en Californie
Gros plan du phare actuel de Point Bonita, dont la partie supérieure reprend des éléments du phare original de 1855. Crédit Photo Allan J. Cronin (CC BY-SA 3.0).

Peut-on visiter le phare de Point Bonita en 2026 ?

Le phare lui-même n’est actuellement plus accessible aux visiteurs.

En août 2026, le National Park Service indique que le pont suspendu est fermé jusqu’à nouvel ordre pour des raisons de sécurité.

La situation est donc différente de celle décrite dans de nombreux guides et anciens articles.

Le Point Bonita Trail reste accessible de manière très limitée : il ouvre actuellement le troisième samedi de chaque mois, de 12 h 30 à 15 h 30.

Les visiteurs peuvent emprunter le sentier jusqu’à la plateforme d’observation située avant le pont et y voir le phare, mais ils ne peuvent pas franchir la passerelle ni atteindre le bâtiment.

L’accès est gratuit.

Ces modalités étant susceptibles de changer dès que des travaux seront réalisés, il est préférable de contrôler le site du National Park Service avant de prévoir spécialement le déplacement.

Comment aller à Point Bonita depuis San Francisco ?

Depuis San Francisco, il faut traverser le Golden Gate Bridge puis rejoindre les Marin Headlands par Alexander Avenue et Bunker Road.

La route traverse notamment le tunnel Baker-Barry avant de rejoindre Field Road et le secteur de Point Bonita.

Le parking situé près du départ du sentier est très limité. Le National Park Service signale également le parking de Battery Alexander comme solution supplémentaire à courte distance.

Le Point Bonita Trail mesure environ 0,8 km dans un sens. Il descend vers le phare et comprend quelques portions assez raides ainsi que des surfaces irrégulières.

Les chiens, vélos et cigarettes y sont interdits.

Même lorsque le pont rouvrira, Point Bonita restera donc un phare auquel on n’arrive pas exactement en descendant tranquillement de voiture.

Il est toutefois bien moins isolé que Stannard Rock Light, planté au milieu du lac Supérieur à des dizaines de kilomètres de la côte.

Et pour pousser encore davantage l’idée de phare perdu au bout du monde, le phare de San Juan de Salvamento sur l’île des États a directement inspiré Jules Verne.

Un phare construit trop haut devenu l’un des symboles du Golden Gate

Point Bonita résume assez bien les difficultés rencontrées par les premiers ingénieurs chargés de sécuriser la côte californienne.

Le premier phare était trop haut.

Le brouillard a imposé un canon.

Le canon a épuisé son gardien.

La lumière a dû être déplacée.

Les glissements de terrain ont imposé un tunnel.

Puis l’érosion a nécessité un pont.

Et plus de 170 ans après la première mise en service, c’est encore ce même environnement côtier qui oblige aujourd’hui à fermer temporairement l’accès final.

Point Bonita n’a donc jamais simplement occupé son promontoire : depuis 1855, il faut continuellement négocier avec lui.

Voici une courte vidéo aérienne qui permet de mieux comprendre cette implantation spectaculaire, avec le phare posé tout au bout de son étroite pointe rocheuse :

Sources pour aller plus loin

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