Au milieu des collines verdoyantes du département d’Antioquia, en Colombie, une gigantesque masse rocheuse surgit du paysage comme si elle avait été posée là par une main particulièrement ambitieuse. Il s’agit du rocher de Guatapé, également appelé Piedra del Peñol ou El Peñón de Guatapé.
Cet inselberg s’élève jusqu’à environ 220 mètres au-dessus des terrains qui l’entourent. Un escalier en zigzag, installé dans une profonde fissure naturelle, permet aujourd’hui d’atteindre son sommet après avoir gravi plus de 700 marches. Là-haut, les mollets négocient une trêve en échange d’un panorama spectaculaire sur le réservoir de Peñol-Guatapé.
Piedra del Peñol N1 30062011.jpg par Dtarazona (CC BY-SA 3.0).
À retenir
• Le rocher de Guatapé se trouve dans le département d’Antioquia, à l’est de Medellín.
• Il est aussi connu sous les noms de Piedra del Peñol, El Peñón de Guatapé et simplement La Piedra.
• Sa hauteur maximale atteint environ 220 mètres et son sommet se situe aux alentours de 2 135 mètres d’altitude.
• Le site touristique annonce actuellement 740 marches, même si le chiffre de 708 reste très souvent cité.
• La roche appartient au batholite d’Antioquia, une immense formation magmatique apparue il y a environ 65 millions d’années.
• La première ascension documentée a été réalisée en juillet 1954 par Luis Eduardo Villegas López, Pedro Nel Ramírez et Ramón Díaz.
• Une légende locale attribue la grande fissure du monolithe aux coups de hache du diable.
Rocher de Guatapé, Piedra del Peñol ou El Peñón de Guatapé ?
Le lieu possède presque autant de noms que de marches. En français, on parle généralement du rocher de Guatapé. En Colombie, les appellations Piedra del Peñol, Peñón de Guatapé, La Piedra ou simplement El Peñol sont également employées.
Cette diversité n’est pas seulement touristique. Elle reflète une ancienne rivalité entre les municipalités voisines de Guatapé et El Peñol, qui ont toutes deux intégré le rocher à leur histoire et à leur identité.
Le monolithe se trouve aujourd’hui sur le territoire de la municipalité de Guatapé, au bord de la route reliant El Peñol à Guatapé. Mais la zone dépendait historiquement d’El Peñol, ce qui explique que le nom de Piedra del Peñol reste profondément ancré dans l’usage.
Les Tahamí, peuple autochtone autrefois présent dans cette région, auraient appelé le rocher Mojarrá ou Mujará, des termes généralement associés à l’idée de pierre ou de rocher.
Colombia, Guatape par Jonathan Hood (CC BY-ND 2.0).
Un inselberg vieux d’environ 65 millions d’années
Le rocher de Guatapé n’est pas un bloc tombé du ciel, malgré ce que racontent certaines légendes. Il s’agit d’un inselberg, c’est-à-dire un relief rocheux isolé qui domine brusquement un paysage plus bas et plus érodé.
La Piedra del Peñol constitue l’un des affleurements les plus visibles du batholite d’Antioquia, une immense masse de roches magmatiques formée sous la surface terrestre à la fin du Crétacé, il y a approximativement 65 millions d’années.
La roche est souvent qualifiée de granite dans les guides touristiques. Le site officiel de la Piedra la décrit plus précisément comme une quartz-diorite contenant notamment du quartz, des feldspaths, de la hornblende et du mica.
Pendant des millions d’années, l’altération chimique et l’érosion ont progressivement abaissé les terrains environnants. La masse rocheuse de Guatapé, plus résistante ou moins fracturée que les roches voisines, est restée en relief.
Le résultat ressemble à un énorme galet vertical, mais un galet dont il serait déconseillé de tester la portabilité dans une poche.
Crédit photo mark52/DepositPhotos.
La légende de la hache du diable
La géologie explique la formation de la Piedra del Peñol. Le folklore local, lui, préfère confier le chantier à un personnage disposant d’outils un peu plus théâtraux.
Selon une légende transmise dans la région, le diable aurait tenté d’emporter ou de renverser le rocher. Une version raconte qu’il supportait mal de voir autant de personnes venir admirer la pierre et qu’il s’est mis à la frapper avec une hache pendant la nuit.
Chaque jour, Dieu aurait réparé les dégâts occasionnés la veille. Le diable n’est donc jamais parvenu à déplacer le monolithe, mais l’une de ses entailles serait encore visible : la grande fissure verticale qui traverse une partie de la paroi.
Cette crevasse possède évidemment une origine naturelle. Elle a surtout offert un emplacement idéal pour construire l’escalier actuel, ce qui revient à dire que, dans cette histoire, le diable a involontairement travaillé pour l’office du tourisme.
D’autres récits populaires présentent la Piedra comme la pointe visible d’une gigantesque météorite. Certains habitants ont également prêté au rocher une origine surnaturelle ou extraterrestre. Ces histoires ne relèvent pas de la science, mais elles font désormais partie de l’imaginaire associé au lieu.
Piedra del Peñol par Diego Robayo (CC BY-SA 2.0).
La première ascension documentée en 1954
Bien avant l’installation de l’escalier, plusieurs personnes ont essayé de gravir les parois abruptes du rocher. Des alpinistes auraient atteint quelques dizaines de mètres au début des années 1950, sans parvenir jusqu’au sommet.
La première ascension entièrement documentée a commencé le 12 juillet 1954. Luis Eduardo Villegas López, Pedro Nel Ramírez et Ramón Díaz ont entrepris de grimper par une fissure située sur la face orientale.
Les trois hommes ont placé progressivement des pieux et des barreaux en bois entre les parois de la crevasse afin de créer une échelle rudimentaire. Après cinq jours d’efforts, ils ont atteint le sommet le 16 juillet 1954 vers 18 h 30.
Luis Eduardo Villegas López y a hissé sa chemise usée comme preuve de la réussite de l’expédition. Le vêtement a ensuite été remplacé par le drapeau colombien, nettement plus solennel et probablement moins parfumé par cinq jours d’escalade.
Cette ascension a ouvert la voie à l’aménagement touristique du rocher. Des marches ont progressivement remplacé le dispositif de bois, jusqu’à former l’impressionnant escalier en béton visible aujourd’hui.
Piedra del Peñol o Peñón de Guatapé par Hugo A. Quintero G. (CC BY 2.0).
Combien de marches compte la Piedra del Peñol ?
Le nombre de marches varie selon les guides et les époques. Le chiffre de 708 marches reste le plus fréquemment repris dans les publications anciennes et sur de nombreux sites de voyage.
Le Centre touristique La Piedra et les publications touristiques colombiennes les plus récentes annoncent désormais 740 marches. Cette différence peut venir de modifications apportées au parcours ou de la prise en compte des marches conduisant jusqu’au sommet de la tour d’observation.
La formulation la plus sûre reste donc : la Piedra del Peñol possède plus de 700 marches. Quelle que soit la méthode de comptage, les jambes arrivent généralement au même résultat.
Trip to El Peñón de Guatapé par Tim Regan (CC BY 2.0).
L’escalier principal monte dans la longue fissure du rocher en dessinant une succession de zigzags. Des sections distinctes sont utilisées pour la montée et la descente, avec des paliers permettant de reprendre son souffle.
À titre de comparaison, l’ascension reste plus courte que les 4 444 marches de l’escalier de Flørli, en Norvège, ou que les quelque 1 200 marches menant au sommet de Sigiriya, le rocher du Lion au Sri Lanka.
GUATAPE – ANTIOQUIA par Iván Erre Jota (CC BY-SA 2.0).
Pourquoi les lettres « GU » sont-elles peintes sur la roche ?
Deux gigantesques marques blanches sont visibles sur l’une des faces du monolithe : un grand « G » accompagné du début d’un « U », qui ressemble parfois davantage à un « I » depuis certains points de vue.
Ces lettres sont les vestiges d’une tentative visant à écrire le nom GUATAPÉ en caractères monumentaux sur la paroi. L’opération devait affirmer l’appartenance du rocher à la municipalité de Guatapé.
Les habitants d’El Peñol se sont opposés au projet et le chantier a été interrompu avant que le mot soit achevé. La protection du site a ensuite empêché la poursuite de l’inscription.
Le résultat est devenu l’une des particularités les plus reconnaissables de la Piedra : un graffiti géant resté en plan, comme si son auteur avait soudain découvert qu’il n’avait emporté qu’un fond de pot de peinture.
Guatape par JoseDGL (CC BY 2.0).
Le paysage vu depuis le sommet
Au sommet, une plateforme et une tour d’observation offrent une vue panoramique sur les reliefs verdoyants d’Antioquia et les innombrables bras d’eau qui entourent Guatapé.
Ce paysage lacustre n’est pas entièrement naturel. Il s’agit du réservoir artificiel de Peñol-Guatapé, créé pour la production hydroélectrique. Les anciennes vallées noyées ont laissé apparaître un dédale d’îles, de presqu’îles et de criques.
Vu d’en haut, le réservoir ressemble presque à une carte géographique dessinée à l’encre bleue entre les collines. Cette combinaison entre le monolithe sombre, la végétation et l’eau explique en grande partie la puissance visuelle du lieu.
Le sommet accueille également de petits commerces où il est possible d’acheter de l’eau, des boissons et quelques souvenirs. Il ne faut donc pas imaginer un sommet sauvage et désert : la Piedra est devenue l’un des sites touristiques les plus fréquentés de la région de Medellín.
La Colombie possède d’autres paysages particulièrement photogéniques, notamment Caño Cristales, la rivière aux cinq couleurs, ainsi que l’étonnant sanctuaire de Las Lajas construit au-dessus d’un canyon.
Climbing La Piedra, Guatapé, Medellín, Antioquía, Colombia, View from mirador 1 par Bertahan Luxing (CC BY 2.0).
Vidéo du rocher de Guatapé
Une vue aérienne permet de mieux comprendre les dimensions du monolithe, la forme de son escalier et l’étendue du réservoir qui l’entoure.
Comment visiter la Piedra del Peñol ?
La Piedra se trouve sur la route reliant El Peñol à Guatapé, dans le département d’Antioquia. Ses coordonnées sont approximativement 6° 13′ 10″ nord et 75° 10′ 43″ ouest. Voici sa position sur Google Maps:
Depuis Medellín, des bus partent du Terminal del Norte en direction de Guatapé. Le trajet demande généralement environ deux heures selon la circulation. Il est possible de demander à descendre à la Piedra del Peñol avant d’arriver dans le centre de Guatapé.
La Piedra de El Peñol par Hugo Pardo Kuklinski (CC BY 2.0).
La visite du rocher et celle du village coloré de Guatapé peuvent être réunies dans la même journée. Il reste préférable de commencer tôt, particulièrement pendant les week-ends et les périodes de vacances colombiennes.
Au moment de cette mise à jour, en août 2026, le Centre touristique La Piedra indique les conditions suivantes :
• Horaires : tous les jours de 8 h à 17 h.
• Prix de l’ascension : 20 000 pesos colombiens par personne.
• Paiement : en espèces et en monnaie colombienne.
• Réservation : aucune réservation préalable n’est normalement nécessaire.
Ces informations peuvent évoluer. Il est prudent de consulter le site officiel avant le déplacement.
L’ascension n’est pas une escalade technique, mais elle demande de monter plusieurs centaines de marches à plus de 2 000 mètres d’altitude. Des pauses sont possibles sur le parcours et des points de premiers secours sont installés pendant la montée.
Crédit photo RoneDya/DepositPhotos.
Questions fréquentes sur le rocher de Guatapé
Quelle est la hauteur de la Piedra del Peñol ?
Le monolithe atteint jusqu’à environ 220 mètres de hauteur au-dessus de sa base. Son point culminant se trouve aux alentours de 2 135 mètres au-dessus du niveau de la mer.
La Piedra del Peñol compte-t-elle 708 ou 740 marches ?
Le chiffre de 708 marches apparaît encore dans de nombreux guides. L’exploitant du site annonce actuellement 740 marches. La différence dépend probablement de l’évolution du parcours et de l’endroit où le comptage s’arrête.
Le rocher appartient-il à Guatapé ou à El Peñol ?
Le rocher se trouve actuellement sur le territoire municipal de Guatapé, mais il reste historiquement et culturellement associé aux deux communes. Cette rivalité explique les différents noms du site et les lettres « GU » peintes sur sa paroi.
Peut-on monter au sommet sans équipement d’escalade ?
Oui. L’accès touristique se fait entièrement par l’escalier aménagé dans la fissure. Aucun matériel d’alpinisme n’est nécessaire, mais il n’existe pas d’ascenseur.
La vue depuis le sommet montre-t-elle un lac naturel ?
Non. Les étendues d’eau visibles autour du rocher appartiennent au réservoir artificiel de Peñol-Guatapé, aménagé dans le cadre d’un vaste complexe hydroélectrique.
Dans un autre genre de curiosité minérale, découvrez également les trovants de Costești, ces pierres roumaines qui semblent grandir.
Sources pour aller plus loin
• Centro Turístico La Piedra — origine, âge, dimensions et composition géologique du rocher
• Centro Turístico La Piedra — récit de l’ascension de juillet 1954
• Centro Turístico La Piedra — tarif, horaires et conditions d’accès
• Colombia Travel — présentation touristique de la Piedra del Peñol et de la région d’Antioquia
• Colombia Travel — Guatapé, le réservoir et l’accès depuis Medellín
• Radio Nacional de Colombia — histoire, mythes et légendes de la Piedra del Peñol
• Municipalité de Guatapé — histoire de la commune et de son territoire












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