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Les pagodes en ruine de Shwe Inn Thein en Birmanie

À l’ouest du lac Inle, dans l’État Shan en Birmanie — aujourd’hui officiellement appelée Myanmar — les collines d’Indein abritent un paysage assez improbable : plus d’un millier de stupas serrés les uns contre les autres, certains restaurés et dorés, d’autres réduits à leurs briques, leurs stucs et quelques silhouettes gagnées par la végétation.

On parle souvent des « pagodes de Shwe Inn Thein » pour désigner tout le site. En réalité, Indein comprend deux grands ensembles voisins mais distincts : Nyaung Ohak, près du village, et Shwe Inn Thein, plus haut sur la colline. Cette distinction explique pourquoi certaines photographies montrent des ruines envahies d’arbres tandis que d’autres présentent une véritable forêt de stupas beaucoup plus dégagée.

Stupas en ruine de Shwe Indein près du lac Inle au Myanmar
Stupas en ruine de Shwe Indein près du lac Inle, dans l’État Shan au Myanmar. Crédit photo Jakub Hałun (CC BY-SA 4.0).

À retenir

  • Indein abrite deux ensembles principaux de monuments bouddhiques : Nyaung Ohak et Shwe Inn Thein.
  • Shwe Inn Thein compte généralement 1 054 zedi, ou stupas, dont la majorité des structures visibles date des XVIIe et XVIIIe siècles.
  • Des inscriptions témoigneraient toutefois d’une occupation religieuse remontant au moins au XIVe siècle.
  • Les récits qui associent le sanctuaire à l’empereur indien Ashoka au IIIe siècle avant notre ère relèvent surtout de la tradition religieuse et ne sont pas confirmés par des preuves archéologiques connues.
  • À Nyaung Ohak, plusieurs stupas très dégradés conservent encore des stucs, niches, représentations du Bouddha et figures mythologiques.
  • Le sud de l’État Shan est actuellement formellement déconseillé aux voyageurs par France Diplomatie.

Nyaung Ohak et Shwe Inn Thein : deux ensembles souvent confondus

Le premier groupe apparaît derrière le village d’Indein, à proximité de l’embarcadère. Il est appelé Nyaung Ohak, un nom généralement traduit par « groupe de banians ».

C’est ici que l’on trouve quelques-unes des ruines les plus spectaculaires : stupas penchés, briques mises à nu, pans de stuc encore accrochés aux façades et végétation ayant profité de chaque fissure disponible. Des niches et reliefs représentent notamment des Bouddhas, des devas et des chinthe, ces gardiens mythologiques ressemblant à des lions que l’on rencontre fréquemment dans l’architecture religieuse birmane.

Stupas en ruine de Nyaung Ohak près du village d’Indein en Birmanie


Les stupas de Nyaung Ohak près du village d’Indein. Crédit photo Mark Fischer (CC BY-SA 2.0).

La végétation qui s’installe dans les monuments donne parfois à Nyaung Ohak des airs de sanctuaire oublié dans la jungle. Le phénomène évoque, dans un autre registre, la tête de Bouddha du Wat Mahathat d’Ayutthaya emprisonnée dans les racines d’un arbre.

Il ne faut pourtant pas imaginer une cité engloutie par la forêt et redécouverte à coups de machette : Indein est un village vivant, connu pour son marché et depuis longtemps intégré aux circuits autour du lac Inle.

Des Bouddhas subsistent dans certaines pagodes en ruine

L’état très dégradé de certaines structures ne signifie pas qu’elles sont complètement vides. Des représentations du Bouddha subsistent dans plusieurs niches ou à l’intérieur de stupas dont la maçonnerie s’est en partie effondrée.

Certaines statues restent étonnamment lisibles alors que les briques qui les entourent se sont disloquées. Le contraste entre ces visages relativement préservés et les murs en train de retourner au sol est probablement l’un des détails les plus marquants du site.

Statue de Bouddha dans une stupa en ruine de Shwe Indein
Statue de Bouddha encore en place au milieu des briques d’une stupa en ruine de Shwe Indein. Crédit photo Jakub Hałun (CC BY-SA 4.0).

Une longue galerie couverte conduit vers Shwe Inn Thein

Depuis Nyaung Ohak, le parcours se poursuit vers le second ensemble. Une allée couverte longue d’environ 700 mètres monte en direction de Shwe Inn Thein.

La galerie est soutenue par des rangées de colonnes et accueille traditionnellement des vendeurs sur ses côtés. Elle constitue une transition assez étonnante entre le village, les premières ruines et la forêt de stupas située plus haut.

Galerie couverte menant aux pagodes de Shwe Inn Thein à Indein


La longue galerie couverte montant vers les pagodes d’Indein, avec ses colonnes et ses petites échoppes installées sur les côtés. Crédit photo Gerd Eichmann (CC BY-SA 4.0).

Les 1 054 stupas de Shwe Inn Thein

Plus haut sur la colline se déploie Shwe Inn Thein Paya. Le chiffre couramment retenu est de 1 054 zedi, le terme birman désignant les stupas.

Les monuments forment une véritable forêt minérale. Certains ont perdu leur couronnement, d’autres penchent ou présentent de profondes fissures tandis que plusieurs ont été restaurés. Selon l’angle de vue, le paysage peut donc sembler presque entièrement ruiné ou au contraire mêler structures anciennes et stupas fraîchement enduits.

Une grande partie des stupas conserve des détails décoratifs : niches en arc, pilastres, reliefs floraux et encadrements sculptés. Certains portails sont étonnamment travaillés par rapport aux dimensions modestes des édifices qu’ils ouvrent.

Portail sculpté d’une stupa de Shwe Indein au Myanmar
Portail richement sculpté d’une stupa de Shwe Indein, encadré de deux figures assises et de motifs décoratifs en relief. Crédit photo Jakub Hałun (CC BY-SA 4.0).

Les silhouettes effilées des stupas sont souvent terminées, lorsqu’il subsiste, par un hti, un couronnement en forme d’ombrelle caractéristique des pagodes birmanes.

Pour replacer Indein parmi d’autres architectures religieuses asiatiques, on peut également découvrir une sélection de grands temples et sanctuaires d’Asie, où les stupas bouddhiques prennent des formes très différentes selon les pays et les époques.

De quand datent réellement les pagodes de Shwe Inn Thein ?

Attribuer les quelque mille stupas à une seule campagne de construction serait trompeur. La majorité des monuments visibles aujourd’hui date des XVIIe et XVIIIe siècles, mais l’histoire religieuse du lieu semble plus ancienne.

Des témoignages inscrits sont généralement datés du XIVe siècle. L’origine exacte du sanctuaire est toutefois difficile à reconstituer et les récits religieux remontent beaucoup plus loin que les traces matérielles actuellement connues.

La tradition la plus spectaculaire associe Indein à Ashoka, l’empereur de la dynastie Maurya qui règne sur une grande partie du sous-continent indien au IIIe siècle avant notre ère et joue un rôle majeur dans la diffusion du bouddhisme.

Selon certains récits, un premier sanctuaire aurait été fondé ici à son époque. D’autres traditions font intervenir plusieurs siècles plus tard les souverains de Bagan Anawrahta et Narapatisithu.

Une représentation du Bouddha conservée dans le complexe a également été attribuée à Ashoka. Mais aucune preuve archéologique connue ne permet actuellement d’établir que l’empereur indien a réellement construit ou commandité un sanctuaire à Indein.

La légende reste donc intéressante pour comprendre le prestige religieux accordé au lieu, mais elle n’équivaut pas à une datation archéologique. Après plus de deux millénaires, même les archives de chantier ont leurs limites.

Stupas très dégradés de Shwe Indein entourés de végétation
Plusieurs stupas très dégradés de Shwe Indein, avec briques et stucs mis à nu devant une végétation dense. Crédit photo Jakub Hałun (CC BY-SA 4.0).

Pourquoi certains stupas sont-ils en ruine et d’autres presque neufs ?

L’une des particularités de Shwe Inn Thein est précisément de montrer plusieurs états du patrimoine au même endroit. Quelques mètres peuvent séparer une stupa dont les briques sont largement à nu d’un édifice restauré, blanchi ou surmonté d’un couronnement doré.

Les structures ont subi les pluies, l’érosion, la végétation et le vieillissement des matériaux pendant plusieurs siècles. Dans le même temps, des campagnes de restauration ont progressivement transformé une partie du complexe.

Stupas anciens et restaurés de Shwe Indein au Myanmar shwe indein
À Shwe Indein, des stupas de brique très altérés côtoient des structures enduites ou restaurées et des flèches dorées. Crédit photo Christophe95 (CC BY-SA 4.0).

Le site n’est donc pas une ruine figée dans son état ancien. Il continue d’évoluer, ce qui explique aussi pourquoi deux séries de photographies prises à quelques années d’écart peuvent donner une impression assez différente.

Le contraste est intéressant avec Hōryū-ji et ses bâtiments en bois parmi les plus anciens du monde, où des siècles de conservation et de reconstructions successives ont maintenu une continuité architecturale très différente.

Des ruines dans la végétation, mais pas une cité abandonnée

Les photographies de Nyaung Ohak et Shwe Inn Thein ont parfois valu à Indein des descriptions de « temples perdus dans la jungle ». La végétation est bien réelle et plusieurs arbres poussent directement contre les monuments, voire sur certaines structures.

Mais Indein n’est ni abandonné ni coupé du monde. C’est un village vivant de l’État Shan, avec habitants, embarcadère, marché et activités locales. Le site religieux se trouve à proximité immédiate de cette vie quotidienne.

Cette distinction est importante : ce qui donne aux ruines leur aspect spectaculaire n’est pas la redécouverte d’une ville oubliée, mais plutôt la coexistence de monuments très anciens, d’une végétation vigoureuse et d’un village toujours occupé.

Comment rejoint-on traditionnellement Indein ?

Pour les voyageurs qui parcouraient le lac Inle, l’arrivée en pirogue constituait l’accès touristique classique. Depuis le lac, les embarcations remontent le canal d’Inn Thein sur plusieurs kilomètres au milieu des berges végétalisées et des terres agricoles.

Le niveau d’eau varie fortement selon les saisons. À la fin de la saison sèche, il peut devenir suffisamment bas pour compliquer ou empêcher la navigation sur certaines portions.

Il est cependant excessif d’écrire, comme on le lisait autrefois, que le village est « accessible uniquement par bateau ». Des voies et pistes terrestres desservent également le secteur et des itinéraires cyclables ont notamment été documentés jusqu’à Indein.

Pirogues à l’embarcadère d’Indein près du lac Inle


Des pirogues motorisées amarrées à l’embarcadère d’Indein, sur le canal reliant traditionnellement le village au lac Inle. Crédit photo rheins (CC BY 3.0).

Où se trouvent les pagodes de Shwe Inn Thein ?

Shwe Inn Thein se trouve près du village d’Indein, sur la rive occidentale du lac Inle, dans le sud de l’État Shan.

Coordonnées GPS : 20.45578, 96.83646. Soit environ 20°27′20,8″ N, 96°50′11,3″ E. Voici la position sur Google Maps:

Depuis le village, le parcours traditionnel permet de découvrir d’abord Nyaung Ohak puis de monter par la longue galerie couverte jusqu’à Shwe Inn Thein.

Peut-on actuellement visiter Shwe Inn Thein ?

Les informations d’accès précédentes décrivent le parcours traditionnel et servent surtout à comprendre la géographie du site. Elles ne constituent pas actuellement une recommandation de voyage.

La situation sécuritaire au Myanmar s’est fortement dégradée depuis le coup d’État militaire du 1er février 2021. Au moment de cette mise à jour, France Diplomatie classe notamment le sud de l’État Shan parmi les zones formellement déconseillées.

Plus largement, l’ensemble du territoire birman est actuellement soit formellement déconseillé, soit déconseillé sauf raison impérative. France Diplomatie recommande de reporter les projets de déplacement en dehors de Rangoun lorsqu’ils ne répondent pas à un motif impérieux.

Dans ces conditions, fournir le prix actuel d’une pirogue ou d’un éventuel billet d’entrée aurait assez peu de sens. La situation peut évoluer et les recommandations officielles doivent être vérifiées avant tout projet de déplacement.

Vidéo de Shwe Inn Thein

Cette vidéo permet de parcourir les pagodes et de mieux percevoir la densité du site ainsi que le contraste entre monuments très dégradés et structures restaurées.

Un millier de stupas entre histoire, légendes et végétation

Shwe Inn Thein impressionne d’abord par le nombre de ses monuments, mais Nyaung Ohak montre probablement le mieux le travail du temps. Briques disjointes, stucs fragiles, statues et plantes se partagent parfois quelques mètres carrés dans un équilibre qui n’a rien de très réglementaire.

L’ensemble mérite surtout d’être regardé comme un site complexe plutôt que comme une simple collection de pagodes abandonnées. Plusieurs périodes de construction se superposent, la tradition d’Ashoka côtoie une histoire beaucoup plus difficile à dater précisément et les restaurations modernes continuent de modifier le paysage. À Indein, certains stupas semblent simplement avoir quelques siècles d’avance sur leurs voisins dans l’art de tomber en ruine.

Sources pour aller plus loin

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1 commentaire pour “Les pagodes en ruine de Shwe Inn Thein en Birmanie”

  1. Retour de ping : Les temples de Birmanie vus du ciel par Dimitar Karanikolov - 2Tout2Rien

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