À Ikaruga, près de Nara au Japon, le temple bouddhiste Hōryū-ji, souvent écrit Horyuji, conserve un ensemble architectural exceptionnel. Son Kondō, sa pagode à cinq étages et plusieurs bâtiments voisins remontent à la fin du VIIe ou au début du VIIIe siècle, ce qui les place parmi les plus anciens bâtiments en bois encore debout dans le monde.
Le plus étonnant est que le temple fondé en 607 n’est justement pas celui que l’on voit aujourd’hui : un incendie a détruit le premier complexe en 670. La reconstruction qui a suivi est néanmoins si ancienne que son Kondō est présenté comme le plus vieux bâtiment en bois subsistant au monde et sa pagode comme la plus ancienne pagode en bois à cinq étages du Japon. Plus de 1 300 ans plus tard, elles sont toujours là, dans un pays qui n’est pourtant pas réputé pour laisser les séismes tranquilles.
Le Kondō à gauche et la pagode à cinq étages à droite dans l’enceinte occidentale de Hōryū-ji, près de Nara. Crédit photo ONO Masanobu (CC0 1.0).
À retenir
- Le temple Hōryū-ji a été fondé en 607 sous l’impulsion de l’impératrice Suiko et du prince Shōtoku.
- Un incendie a détruit le complexe d’origine en 670 et la reconstruction a commencé peu après.
- Plusieurs édifices actuels remontent à la fin du VIIe ou au début du VIIIe siècle et comptent parmi les plus vieux bâtiments en bois du monde.
- Le Kondō, ou salle principale, est présenté par le temple comme le plus ancien bâtiment en bois encore existant.
- La pagode à cinq étages mesure environ 32,5 mètres et son pilier central est constitué d’un cyprès japonais abattu en 594.
- Les bâtiments ont survécu grâce à leurs techniques de construction, mais aussi à plus de treize siècles d’entretien, de réparations et de restaurations.
- Le Yumedono, ou « Hall des rêves », a été construit en 739 à l’emplacement de l’ancien palais du prince Shōtoku.
- Les monuments bouddhiques de la région de Hōryū-ji sont inscrits au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1993.
Horyuji, un temple bouddhiste fondé en 607 au Japon
L’histoire de Hōryū-ji commence avec l’empereur Yōmei, qui tombe malade à la fin du VIe siècle.
Selon les inscriptions et documents anciens conservés au temple, l’empereur souhaitait faire construire un sanctuaire et une statue de Yakushi Nyorai, le Bouddha de la médecine et de la guérison, dans l’espoir de retrouver la santé.
Yōmei meurt cependant en 587 avant d’avoir pu accomplir ce projet.
Son vœu est finalement réalisé en 607 par l’impératrice Suiko et son neveu, le prince héritier Shōtoku Taishi, l’une des grandes figures de l’histoire ancienne du Japon.
Le temple appartient à la période d’Asuka, époque pendant laquelle le bouddhisme, arrivé de Chine par l’intermédiaire de la péninsule coréenne au VIe siècle, prend une place croissante dans la culture et le pouvoir japonais.
Hōryū-ji constitue ainsi bien davantage qu’un record de menuiserie : son architecture témoigne d’une période où le Japon adapte des modèles religieux et architecturaux venus du continent à ses propres traditions.
Le prince Shōtoku, grande figure du bouddhisme ancien au Japon et associé à la fondation de Hōryū-ji en 607, représenté avec deux princes. Œuvre des VIIe-VIIIe siècles, attribuée traditionnellement au prince Asa. Wikimedia Commons (domaine public).
Un incendie détruit le premier temple en 670
Le temple fondé en 607 n’a pas traversé intact les treize siècles suivants.
Le Nihon Shoki, l’une des plus anciennes chroniques historiques japonaises, rapporte qu’un gigantesque incendie frappe Hōryū-ji dans la nuit du 30 avril 670.
Selon le récit, le feu est si violent qu’il ne reste plus aucun bâtiment debout.
Les vestiges archéologiques de ce premier complexe subsistent aujourd’hui sous terre dans une zone appelée Wakakusa Garan, au sud-est de l’enceinte occidentale actuelle.
La reconstruction commence rapidement après le sinistre et se poursuit jusqu’au début du VIIIe siècle.
C’est cette distinction qui est essentielle : Hōryū-ji est fondé en 607, mais les plus anciens bâtiments visibles aujourd’hui datent de la reconstruction engagée après 670.
Pourquoi Horyuji abrite les plus vieux bâtiments en bois du monde
L’UNESCO recense dans la région de Hōryū-ji 48 monuments bouddhiques répartis entre Hōryū-ji et le temple voisin de Hokki-ji.
Onze structures remontent à la fin du VIIe ou au VIIIe siècle. Elles figurent parmi les plus anciens bâtiments en bois subsistant au monde.
Dans l’enceinte occidentale, plusieurs constructions sont particulièrement anciennes :
- le Kondō, ou salle principale ;
- la pagode à cinq étages ;
- le Chūmon, ou porte centrale ;
- des sections du corridor couvert qui entoure l’ensemble.
Le site officiel de Hōryū-ji va jusqu’à présenter le Kondō comme la plus ancienne structure en bois encore existante au monde.
La formule mérite toutefois une précision : il existe évidemment des constructions humaines beaucoup plus anciennes faites de pierre, de terre ou d’autres matériaux. Le record concerne ici les grands édifices architecturaux construits en bois toujours conservés.
À une échelle totalement différente, l’ancien orphelinat de Prinkipo en Turquie illustre lui aussi jusqu’où l’architecture peut pousser ce matériau, avec cette fois l’un des plus grands bâtiments en bois d’Europe.
Le Kondō, un bâtiment en bois vieux de plus de 1 300 ans
Le Kondō, littéralement la « salle dorée », constitue avec la pagode le cœur de l’enceinte occidentale.
Construit pendant la période d’Asuka, il est considéré par Hōryū-ji comme le plus ancien édifice en bois encore debout au monde.
Son architecture repose sur de puissants piliers de bois, de profondes avancées de toiture et un système complexe de consoles qui transfère le poids des lourdes tuiles vers les éléments porteurs.
Cette architecture témoigne de l’adaptation japonaise de techniques venues de Chine et de la péninsule coréenne.
Le Kondō, salle principale de Hōryū-ji et l’un des plus anciens bâtiments en bois encore conservés au monde. Crédit photo KimonBerlin (CC BY-SA 2.0).
Le Kondō n’est pas seulement remarquable pour son architecture.
Il abrite certaines des œuvres bouddhiques les plus importantes de Hōryū-ji, notamment la triade de Shaka Nyorai, une statue de Yakushi Nyorai associée à l’empereur Yōmei ainsi que les statues des Quatre Rois célestes.
Ses murs étaient également recouverts de peintures représentant notamment des terres pures bouddhiques et des bodhisattvas.
Ces peintures ont été gravement endommagées par un incendie survenu en 1949. Les œuvres originales ont ensuite été retirées pour leur conservation et les murs visibles aujourd’hui présentent des reproductions.
La survie de Hōryū-ji n’est donc pas celle d’un monument resté sous cloche depuis le VIIe siècle : son histoire est aussi faite d’incendies, de réparations et de conservation.
La pagode à cinq étages et son bois abattu en 594
À côté du Kondō s’élève la Gojū-no-tō, la pagode à cinq étages de Hōryū-ji.
Elle mesure environ 32,5 mètres de haut et constitue la plus ancienne pagode en bois de ce type conservée au Japon ainsi que l’une des plus anciennes tours en bois du monde.
La surprise se cache au centre de l’édifice.
Son grand pilier central est réalisé dans un cyprès japonais abattu en 594.
Ce chiffre ne signifie pas que la pagode actuelle a été construite en 594 : le premier temple n’est fondé qu’en 607 et l’édifice visible appartient à la reconstruction postérieure à l’incendie de 670. Il montre en revanche que les bâtisseurs ont employé un arbre coupé plusieurs décennies auparavant.
La pagode à cinq étages de Hōryū-ji, haute d’environ 32,5 mètres et construite autour d’un pilier central en cyprès japonais. Crédit photo Daderot (CC0 1.0).
La pagode réserve un autre détail étonnant.
Ses cinq niveaux sont constitués de volumes de bois superposés dont les assemblages conservent une certaine souplesse. Cette capacité à bouger contribue à absorber une partie de l’énergie transmise lors des séismes.
Et les charpentiers ne comptaient pas uniquement sur la mécanique.
Près du sommet sont fixées de grandes faucilles métalliques. Autrefois, la foudre était imaginée comme une créature céleste ; les objets tranchants étaient censés l’empêcher de venir se poser sur la pagode.
Après un impact de foudre survenu pendant la période de Kamakura, des talismans ont été ajoutés puis quatre faucilles installées sous le sommet. Cette particularité est aujourd’hui considérée comme l’un des « sept mystères de Hōryū-ji ».
Les paratonnerres modernes ont heureusement pris le relais de cette étrange défense anti-monstre céleste.
Comment des bâtiments en bois peuvent-ils survivre plus de 1 300 ans ?
La longévité de Hōryū-ji n’est pas due à une essence de bois magique capable de traverser les siècles sans entretien.
Les bâtiments ont survécu grâce à plusieurs facteurs.
L’architecture traditionnelle utilise d’épais éléments porteurs, des assemblages complexes et des systèmes de consoles capables de distribuer les charges des grandes toitures. Pour la pagode, la souplesse de certains assemblages joue également un rôle important face aux mouvements sismiques.
Mais la raison la plus simple est peut-être la plus importante : Hōryū-ji a été entretenu pendant plus de treize siècles.
Le temple bénéficie très tôt de la protection de la famille impériale. À partir du Moyen Âge, le développement du culte du prince Shōtoku attire également de nombreux pèlerins et contribue à assurer la conservation du complexe.
Des pièces de bois ont été réparées ou remplacées, des toitures reprises et certains édifices démontés puis restaurés au cours des siècles.
Cela ne retire rien à leur ancienneté. Dans une architecture de bois, conserver un bâtiment signifie précisément entretenir sa structure suffisamment longtemps pour éviter qu’elle disparaisse.
On retrouve cette même culture de l’entretien dans d’autres patrimoines religieux de bois, comme les églises en bois de l’archipel chilien de Chiloé, où la transmission des savoir-faire compte presque autant que le matériau lui-même.
Le Yumedono, le mystérieux Hall des rêves
Hōryū-ji ne se limite pas à son enceinte occidentale et à ses bâtiments du VIIe siècle.
À l’est se trouve le Yumedono, ou « Hall des rêves », reconnaissable à son plan octogonal.
Il a été construit en 739 par le moine Gyōshin sur l’emplacement où se trouvait autrefois la résidence privée du prince Shōtoku, mort en 622.
Son nom vient d’une légende selon laquelle un Bouddha doré serait apparu au prince dans un rêve.
Le Yumedono, ou « Hall des rêves », bâtiment octogonal de l’enceinte orientale de Hōryū-ji. Crédit photo Nekosuki (CC BY-SA 4.0).
Le bâtiment abrite notamment le Kuse Kannon, une statue de 179 centimètres sculptée dans une seule pièce de camphrier et entièrement dorée.
Cette œuvre du VIIe siècle est traditionnellement considérée comme représentant le prince Shōtoku lui-même.
Elle est restée cachée pendant une très longue période et n’est aujourd’hui dévoilée au public que durant deux périodes particulières de l’année : au printemps et à l’automne.
Horyuji, témoin de l’arrivée du bouddhisme au Japon
Si l’UNESCO accorde autant d’importance à Hōryū-ji, ce n’est donc pas seulement parce que ses poutres ont battu un record de longévité.
Le complexe appartient à une période déterminante de l’histoire japonaise.
Le bouddhisme arrive au Japon au cours du VIe siècle depuis le continent asiatique. Les modèles architecturaux, religieux et artistiques issus de Chine et des royaumes de la péninsule coréenne sont progressivement adaptés aux traditions locales.
Hōryū-ji constitue l’un des plus anciens témoignages conservés de cette transformation.
Son organisation, ses piliers, ses systèmes de consoles et ses toitures montrent comment une architecture bouddhique d’origine continentale est devenue une architecture japonaise.
Le temple conserve aujourd’hui plus de 2 300 structures et objets importants sur environ 187 000 m², dont près de 190 sont désignés Trésors nationaux ou Biens culturels importants.
De quoi largement justifier sa présence parmi les temples d’Asie particulièrement remarquables à découvrir, même si son intérêt dépasse largement la seule photogénie.
Un des premiers sites japonais inscrits au patrimoine mondial
En décembre 1993, les « Monuments bouddhiques de la région de Hōryū-ji » sont inscrits sur la Liste du patrimoine mondial de l’UNESCO.
Ils font partie des tout premiers biens japonais entrés au patrimoine mondial.
Le classement ne couvre pas uniquement Hōryū-ji mais également le temple voisin de Hokki-ji.
L’ensemble regroupe 48 monuments dont plusieurs remontent à la fin du VIIe ou au début du VIIIe siècle.
Pour l’UNESCO, leur valeur tient à la fois à leur ancienneté exceptionnelle, à leur qualité architecturale et au rôle qu’ils jouent dans l’histoire de l’introduction et du développement du bouddhisme au Japon.
Le Chūmon, porte centrale de l’enceinte occidentale de Hōryū-ji et l’un des anciens trésors architecturaux du temple. Crédit photo そらみみ (CC BY-SA 3.0).
Visiter le temple Horyuji
Hōryū-ji se trouve dans la ville d’Ikaruga, dans la préfecture de Nara.
Adresse : 1-1 Horyuji Sannai, Ikaruga-cho, Ikoma-gun, Nara 636-0115, Japon.
Coordonnées GPS : 34.61437, 135.73449. Voici sa position sur Google Maps:
Depuis la gare JR Horyuji, il faut compter environ 15 minutes à pied ou environ 5 minutes en bus.
Les horaires indiqués actuellement par le temple sont :
- du 22 février au 3 novembre : 8 h à 17 h ;
- du 4 novembre au 21 février : 8 h à 16 h 30.
Depuis la révision tarifaire du 1er mars 2025, l’entrée coûte :
- 2 000 yens pour les visiteurs de 15 ans et plus ;
- 1 700 yens pour les collégiens ;
- 1 000 yens pour les élèves du primaire.
Les tarifs et horaires pouvant évoluer, il reste préférable de les vérifier sur le site officiel avant une visite.
Le Kuse Kannon du Yumedono possède en outre des périodes d’ouverture particulières : généralement du 11 avril au 18 mai au printemps et du 22 octobre au 22 novembre à l’automne.
Vidéo du temple Horyuji
Voici également une visite en vidéo du temple Horyuji à Ikaruga :
Sources pour aller plus loin
- Hōryū-ji – histoire officielle du temple, fondation en 607 et incendie de 670
- Hōryū-ji – le Kondō et ses trésors
- Hōryū-ji – la pagode à cinq étages
- Hōryū-ji – le Yumedono ou Hall des rêves
- Hōryū-ji – horaires, tarifs et accès
- UNESCO – Monuments bouddhiques de la région d’Horyu-ji
- Office national du tourisme japonais – monuments bouddhiques de Horyuji
- Japan Tourism Agency – pagode à cinq étages, pilier de 594 et faucilles contre la foudre





