Aller au contenu

Reading Between the Lines, l’église transparente de Looz

Elle pèse 30 tonnes, mesure 10 mètres de haut et pourtant, sous certains angles, elle semble presque disparaître. Au milieu des vergers et des champs de Looz, en Belgique, Reading Between the Lines ressemble à une petite église dont les murs auraient été remplacés par une centaine de fines lignes d’acier laissant passer le paysage.

Malgré son apparence, l’église transparente de Looz n’est pas un véritable édifice religieux. Il s’agit d’une œuvre permanente créée en 2011 par les architectes belges Pieterjan Gijs et Arnout Van Vaerenbergh. Selon l’endroit où l’on se place, cette étrange chapelle paraît massive, ajourée ou presque invisible, comme si son architecture hésitait entre bâtiment et mirage.

Reading Between the Lines, église transparente de Looz en Belgique
Reading Between the Lines, l’église transparente installée dans le paysage de Borgloon en Belgique. Crédit photo Johan Neven (CC BY 2.0).

À retenir

  • Reading Between the Lines est une œuvre architecturale créée en 2011 par Pieterjan Gijs et Arnout Van Vaerenbergh.
  • Elle se trouve près de Borgloon, appelé Looz en français, dans le Limbourg belge.
  • La structure mesure environ 10 mètres de haut et pèse 30 tonnes.
  • Elle est formée de 100 couches horizontales de plaques d’acier maintenues à distance par environ 2 000 petites colonnes métalliques.
  • Selon l’angle de vue, l’église peut sembler opaque, transparente ou presque invisible.
  • Malgré sa forme de chapelle, elle n’a pas de fonction religieuse définie.
  • L’œuvre est accessible gratuitement à pied ou à vélo.

Reading Between the Lines n’est pas vraiment une église

La silhouette ne laisse pourtant guère de doute au premier regard : nef, toit à deux pentes, clocher et ouvertures rappellent clairement une petite église rurale.

C’était précisément l’intention de Gijs Van Vaerenbergh. Les architectes se sont inspirés de l’archétype des petites églises paroissiales de la région de Looz, mais sans chercher à construire un nouveau lieu de culte.

Leur œuvre n’a d’ailleurs aucune fonction déterminée. Elle sert plutôt de point de repère dans le paysage et de dispositif permettant de regarder simultanément une architecture et ce qui se trouve derrière elle.

Cette ambiguïté rappelle d’autres créations qui empruntent le vocabulaire religieux sans fonctionner comme une cathédrale traditionnelle, comme la cathédrale végétale de Giuliano Mauri, dont les colonnes sont peu à peu remplacées par des arbres vivants.

Une chapelle transparente de 30 tonnes d’acier

La légèreté apparente de Reading Between the Lines est assez trompeuse.

La structure mesure 10 mètres de haut et pèse environ 30 tonnes. Elle est constituée de 100 couches horizontales de plaques d’acier empilées les unes au-dessus des autres.

Chacune de ces couches reproduit en quelque sorte une coupe horizontale de la forme de l’église. Environ 2 000 petites colonnes métalliques maintiennent les plaques à intervalles réguliers.

L’édifice est donc constitué de beaucoup de métal… et surtout de beaucoup de vide.

Couches d’acier de l’église transparente Reading Between the Lines à Borgloon


Les couches horizontales d’acier dessinent la silhouette de Reading Between the Lines sans former de murs pleins. Crédit photo Johan Neven (CC BY 2.0).

Le contraste est particulièrement amusant avec l’église bulgare Saint-Étienne d’Istanbul, surnommée l’église de fer. Toutes deux utilisent massivement le métal, mais l’une cherche à former un bâtiment solide tandis que l’autre semble vouloir en effacer les murs.

Pourquoi cette église semble-t-elle devenir invisible ?

Tout repose sur la manière dont les lignes métalliques se superposent dans le champ de vision.

Vue de loin, la faible épaisseur des plaques et les nombreux espaces qui les séparent rendent la structure presque transparente. Le paysage reste visible à travers le bâtiment.

En tournant autour de l’œuvre, les lignes commencent au contraire à se superposer. Certaines zones paraissent alors beaucoup plus denses et donnent presque l’impression d’un mur continu.

Puis quelques pas supplémentaires suffisent pour que le phénomène s’inverse.

Les architectes expliquent ainsi que le bâtiment peut sembler très léger à distance, puis progressivement plus solide lorsque le visiteur s’approche. Les ouvertures des fenêtres, le volume intérieur et même la forme de la voûte deviennent alors beaucoup plus lisibles.

Église invisible Reading Between the Lines avec effet de moiré à Borgloon
Sous cet angle, la partie inférieure de Reading Between the Lines semble se dissoudre dans un effet de moiré créé par les lignes d’acier. Crédit photo Johan Neven (CC BY 2.0).

Cette photographie est particulièrement parlante : le photographe Johan Neven l’a lui-même intitulée Ghost Church, « l’église fantôme », en raison de l’effet de moiré qui fait presque disparaître sa partie inférieure.

L’expression « église invisible de Belgique » parfois utilisée pour désigner le monument n’est donc pas complètement usurpée. Elle ne disparaît évidemment jamais réellement, mais notre perception de sa masse change radicalement selon l’angle.

« Reading Between the Lines » : lire entre les lignes, au sens littéral

Le titre de l’œuvre est un joli jeu de mots.

En anglais, reading between the lines signifie « lire entre les lignes », autrement dit comprendre ce qui n’est pas directement exprimé.

Ici, les lignes sont tout à fait réelles.

Pour voir le paysage, il faut littéralement regarder entre les couches d’acier qui constituent le bâtiment. Et pour comprendre la forme de l’église, notre cerveau doit reconstituer un volume à partir de ces mêmes lignes.

L’œuvre joue ainsi à la frontière entre architecture, sculpture et perception visuelle. Elle ressemble à un dessin devenu tridimensionnel.

Le principe est assez différent de celui de la chapelle Thorncrown dans l’Arkansas : celle-ci paraît elle aussi ouverte sur son environnement, mais grâce à d’immenses surfaces vitrées. À Looz, il n’y a pratiquement rien entre le visiteur et le paysage.

Une œuvre conçue pour le paysage de Looz

Reading Between the Lines ne serait probablement pas la même œuvre au milieu d’une place urbaine.

Elle se trouve dans le paysage vallonné et agricole autour de Borgloon, Looz en français, au cœur d’une région connue pour ses vergers. Les arbres fruitiers, champs, chemins et variations de lumière deviennent donc une partie du spectacle.

L’œuvre a été créée en 2011 dans le cadre d’un projet d’art dans l’espace public organisé par le centre d’art contemporain Z33 de Hasselt. Elle appartient aujourd’hui au parcours PIT, consacré aux œuvres installées dans le paysage autour de Borgloon.

Depuis le 1er janvier 2025, Borgloon fait administrativement partie de la nouvelle commune de Tongeren-Borgloon, issue de la fusion de Tongres et Borgloon. Pour rechercher l’œuvre sur une carte ou préparer une promenade, le nom Borgloon reste toutefois celui que l’on rencontre le plus souvent.

Église transparente Reading Between the Lines dans le paysage de Looz


Reading Between the Lines change fortement d’apparence avec la lumière et le paysage qui l’entoure. Crédit photo Johan Neven (CC BY 2.0).

Cette relation entre édifice et environnement se retrouve d’une manière encore plus littérale avec Tree Church, l’église entièrement formée d’arbres en Nouvelle-Zélande.

Qui sont Gijs Van Vaerenbergh ?

Derrière le nom Gijs Van Vaerenbergh se trouvent les architectes belges Pieterjan Gijs et Arnout Van Vaerenbergh.

Le duo travaille régulièrement à la frontière entre architecture et art, en utilisant des techniques de construction pour créer des formes qui interrogent notre manière de percevoir un espace.

Dans Reading Between the Lines, ils ont volontairement repris un bâtiment extrêmement familier — une petite église — pour lui retirer ce que l’on considère normalement comme indispensable à une architecture : des murs opaques.

Il reste alors la silhouette, les lignes, le volume… et le paysage qui traverse le tout.

Coucher de soleil à travers l'église semi-transparente
Coucher de soleil à travers l’église semi-transparente. Crédit photo fauke/Pixabay.

Comment voir l’église transparente de Looz ?

Reading Between the Lines se trouve le long d’un chemin de promenade entre la Sint-Truidersteenweg et la Romeinse Kassei à Borgloon.

L’accès à l’œuvre est libre et gratuit.

Elle ne peut pas être rejointe directement en voiture : les derniers mètres se parcourent à pied ou à vélo. Z33 conseille aux automobilistes de stationner sur le parking situé le long de la Sint-Truidersteenweg, entre Grootloonstraat et Neremstraat.

Il reste ensuite environ 700 mètres, soit une dizaine de minutes de marche.

Les coordonnées de l’œuvre sont approximativement : 50.7954, 5.3515. Voici la position sur Google Maps:

Reading Between the Lines l eglise semi transparente de Looz borgloon belgique maps

Visit Tongeren-Borgloon propose également plusieurs boucles pédestres passant par l’église transparente, avec des distances de 4,9 km, 6,6 km, 9,3 km ou 13 km. Le printemps, au moment de la floraison des vergers, offre évidemment un décor particulièrement adapté à une architecture qui a décidé de laisser le paysage passer au travers.

Reading Between the Lines dans la campagne de Borgloon en Belgique
Reading Between the Lines est accessible librement au terme d’un chemin à travers le paysage de Borgloon. Crédit photo Johan Neven (CC BY 2.0).

La construction de Reading Between the Lines en vidéo

Le principe de cette architecture devient particulièrement clair lorsqu’on voit les différentes couches se mettre en place. Voici le time-lapse déjà présent dans l’article, consacré à la construction de l’œuvre :

Avec ses 30 tonnes d’acier qui réussissent pourtant à paraître légères, Reading Between the Lines joue finalement sur un paradoxe assez simple : plus on regarde ses murs, plus on voit ce qui se trouve derrière eux.

Sources pour aller plus loin

Partager/Envoyer à une IA pour résumer :

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *