Sur les hauteurs d’Exmouth, dans le Devon anglais, une maison blanche semble avoir oublié que les bâtiments ordinaires se contentent généralement de quatre murs. A la Ronde possède 16 côtés, un cœur octogonal, des pièces disposées tout autour et, au sommet de son hall central, une extraordinaire galerie décorée de milliers de coquillages.
Cette maison hors norme est indissociable de Jane et Mary Parminter, deux cousines qui ont beaucoup voyagé en Europe avant de s’installer près de l’estuaire de l’Exe à la fin du XVIIIe siècle. Leur demeure n’est donc pas seulement une curiosité géométrique : elle conserve leurs souvenirs de voyage, leurs travaux de papier découpé, de plumes et de coquillages, ainsi que l’histoire assez inhabituelle de deux femmes qui ont choisi de construire un cadre de vie à leur manière.
A la Ronde, l’étonnante maison à 16 côtés située près d’Exmouth dans le Devon. Crédit Photo Becks (CC BY 2.0).
À retenir
- A la Ronde se trouve à Exmouth, dans le Devon, au sud-ouest de l’Angleterre.
- La maison possède 16 côtés autour d’un grand espace central octogonal.
- Jane et Mary Parminter ont acheté le terrain en novembre 1796 après plusieurs années de voyages en Europe.
- Le National Trust date généralement la maison de 1796, tandis que Historic England indique 1798 : elle a donc été construite à la fin des années 1790.
- Son Octagon central mesure environ 10,7 mètres de hauteur.
- Sept des huit portes de l’Octagon desservent les principales pièces de la maison ; la huitième est factice.
- La Shell Gallery comporte jusqu’à environ 25 000 coquillages, ainsi que des plumes et d’autres matériaux naturels.
- Jane et Mary ont notamment voyagé en France, en Italie, en Suisse et dans d’autres régions européennes à partir de 1784.
- En 1786, leur groupe a gravi le Mont Buet, à 3 096 mètres, une ascension aujourd’hui considérée comme la première ascension féminine enregistrée d’un sommet de plus de 3 000 mètres.
- A la Ronde est un monument Grade I depuis 1949.
Qu’est-ce qu’A la Ronde à Exmouth ?
A la Ronde se trouve à Summer Lane, sur les hauteurs d’Exmouth, avec une vue dégagée sur l’estuaire de l’Exe.
Jane et Mary Parminter ont acheté en novembre 1796 une parcelle de 28 acres afin d’y créer une ferme ornée, c’est-à-dire une propriété rurale où exploitation agricole et mise en scène paysagère se mêlaient.
Le National Trust décrit A la Ronde comme une maison à 16 côtés construite en 1796. La fiche patrimoniale d’Historic England indique pour sa part 1798.
Plutôt que de choisir arbitrairement entre les deux, le plus prudent est donc de considérer que la demeure a pris forme à la fin des années 1790.
Elle était initialement couverte d’un toit de chaume surmonté d’une petite structure octogonale. Des tuiles et des lucarnes ont été ajoutées au début du XXe siècle, ce qui explique que son apparence actuelle ne corresponde pas exactement à celle connue par les Parminter.
Pourquoi A la Ronde possède-t-elle 16 côtés ?
Vue de l’extérieur, A la Ronde est une maison hexadécagonale : un terme légèrement intimidant pour dire qu’elle possède seize côtés. Une configuration qui lui donne l’allure d’une maison ronde.
Mais son organisation intérieure ne consiste pas en seize petites pièces disposées comme les parts d’un gâteau.
Au centre se trouve un vaste espace octogonal appelé simplement l’Octagon. Autour de lui sont distribuées huit pièces principales et de petits espaces intermédiaires.
Cette composition concentrique permet d’obtenir des orientations très différentes tout autour du bâtiment. Au fil de la journée, les occupants pouvaient donc utiliser différentes pièces en fonction de la lumière et des vues.
Le résultat semble presque moderne dans son principe : au lieu d’aligner des pièces le long d’un couloir sombre, la circulation s’organise autour d’un cœur central.
À plusieurs siècles de distance et avec un langage architectural totalement différent, cette volonté de construire une habitation autour d’une idée forte rappelle des demeures beaucoup plus récentes comme la Maison Folle de Đà Lạt au Vietnam, où le plan conventionnel est lui aussi prié d’aller voir ailleurs.
Vue vers le sommet de l’Octagon central d’A la Ronde et la Shell Gallery qui le domine. Crédit Photo Jack1956 (CC BY-SA 4.0).
L’Octagon, un hall central de 10,7 mètres de haut
L’Octagon constitue le véritable cœur d’A la Ronde.
Du sol au plafond, il atteint environ 10,7 mètres. Il faut donc lever franchement la tête pour observer la Shell Gallery installée tout en haut.
Huit portes sont réparties autour de cet espace central.
Sept donnent accès aux principales pièces de la maison. La huitième est une fausse porte, probablement ajoutée pour préserver la symétrie de l’ensemble.
L’Octagon central d’A la Ronde, autour duquel s’organisent les principales pièces de la maison. Crédit Photo Lex McKee (CC BY-NC 2.0).
Les encadrements possèdent aussi un système particulièrement ingénieux : de petits panneaux articulés peuvent devenir des sièges ou des étagères avant de se replier dans les montants.
Même le mobilier reprend le vocabulaire géométrique de la pièce. Certaines chaises comportent ainsi des assises, dossiers et motifs octogonaux conçus spécialement pour cet espace.
Une chaise de la fin du XVIIIe siècle conçue avec des motifs octogonaux pour le hall d’A la Ronde. Crédit Photo Leah Band / National Trust (CC BY 4.0).
Jane et Mary Parminter, deux voyageuses assez peu conventionnelles
L’architecture d’A la Ronde prend beaucoup plus de sens lorsqu’on connaît la vie de ses propriétaires.
En 1784, Jane Parminter est partie pour un long voyage européen accompagnée de sa sœur Elizabeth, de sa jeune cousine Mary et d’une amie.
Le Grand Tour constituait alors un élément classique de l’éducation des jeunes hommes fortunés britanniques. Les femmes voyageaient elles aussi en Europe à la fin du XVIIIe siècle, mais entreprendre un périple aussi ambitieux entre femmes restait beaucoup moins ordinaire.
Le groupe a notamment parcouru la France, l’Italie, l’Allemagne et la Suisse. Jane a laissé des journaux qui permettent aujourd’hui de reconstituer une partie de leur itinéraire.
Les Parminter ne voyageaient pas les mains dans les poches. Elles ont accumulé peintures, estampes, pierres, coquillages, objets décoratifs et souvenirs qui ont ensuite trouvé leur place à A la Ronde.
À 3 096 mètres sur le Mont Buet
Leur voyage a même comporté une aventure qui n’avait rien d’une promenade mondaine en calèche.
Durant l’été 1786, Jane, Mary et leur compagne de voyage ont atteint le sommet du Mont Buet, dans les Alpes françaises, à 3 096 mètres d’altitude.
L’ascension a nécessité plusieurs heures de progression dans la neige.
Le National Trust considère aujourd’hui cet épisode comme la première ascension féminine enregistrée d’un sommet dépassant 3 000 mètres.
Le détail est assez révélateur : les deux femmes qui ont ensuite choisi de vivre dans une maison à seize côtés n’étaient manifestement pas obsédées par l’idée de faire exactement comme tout le monde.
San Vitale de Ravenne a-t-elle inspiré A la Ronde ?
Le lien avec l’Italie est particulièrement intéressant.
Historic England et le National Trust associent le plan centralisé d’A la Ronde à la basilique San Vitale de Ravenne, monument byzantin du VIe siècle que les Parminter ont pu découvrir pendant leurs voyages.
San Vitale possède elle aussi un grand espace central octogonal entouré de volumes périphériques.
A la Ronde n’en constitue évidemment pas une copie miniature. Mais l’idée d’une architecture organisée autour d’un centre, ainsi que certains décors intérieurs, auraient puisé dans les souvenirs rapportés de Ravenne.
Les mosaïques byzantines se sont transformées en coquillages, plumes et papiers découpés. La transposition est assez personnelle, mais c’est précisément ce qui donne à la maison son caractère.
La Shell Gallery et ses quelque 25 000 coquillages
Le spectacle le plus étonnant se trouve tout en haut de l’Octagon.
La Shell Gallery forme une petite galerie dont les murs sont couverts de compositions réalisées avec des coquillages, des plumes, du verre, des cristaux, du papier et différents matériaux naturels.
Le National Trust estime que le décor peut comprendre jusqu’à environ 25 000 coquillages.
Les motifs composent oiseaux, formes florales et ornements géométriques. Certains matériaux avaient été collectés pendant les voyages des Parminter, d’autres provenaient probablement des environs ou ont été ajoutés au fil du temps.
À Salamanque, la Casa de las Conchas couvre sa façade de plus de 300 coquilles Saint-Jacques sculptées. A la Ronde pousse l’idée beaucoup plus loin à l’intérieur : ici, ce sont de véritables matériaux naturels qui deviennent une sorte de mosaïque domestique.
Un détail de la Shell Gallery d’A la Ronde, où coquillages, plumes et autres matériaux naturels composent des motifs décoratifs. Crédit Photo Leah Band / National Trust (CC BY 4.0).
Des coquillages jusque dans la cheminée
La Shell Gallery n’est pas le seul endroit où apparaît ce goût pour les matériaux naturels.
Plusieurs pièces possèdent des compositions de coquillages, des mosaïques, du papier découpé ou des objets réalisés par Jane et Mary.
Une cheminée est notamment transformée en véritable petit cabinet de coquillages.
La maison n’a donc jamais été conçue comme une simple boîte destinée à contenir une collection : le décor participe directement à l’identité du bâtiment.
On retrouve cette idée, dans un registre beaucoup plus tardif, à la Maison Cauchie à Bruxelles, où Paul Cauchie et Lina Voet ont également fait de leur propre habitation un support pour leurs créations artistiques.
Une cheminée d’A la Ronde décorée d’une importante collection de coquillages. Crédit Photo Jack1956 (CC BY-SA 4.0).
Une frise entièrement réalisée avec des plumes
Le Drawing Room abrite une autre curiosité remarquable : une frise décorative réalisée avec des plumes.
Jane et Mary ont également pratiqué la mosaïque, le découpage de papier et différentes formes d’artisanat décoratif.
Ces travaux brouillent agréablement la frontière entre architecture, mobilier, collection et création personnelle.
Deux siècles plus tard, une demeure comme la Villa Demoiselle à Reims repose elle aussi sur cette volonté de ne pas séparer brutalement le bâtiment de ses vitraux, boiseries, luminaires et mobilier. Les époques et les styles n’ont rien à voir, mais l’idée de la maison comme œuvre globale est assez proche.
Une chambre dans une maison où presque aucune pièce n’est rectangulaire
L’organisation rayonnante autour de l’Octagon donne nécessairement aux pièces périphériques des formes inhabituelles.
Les murs convergent, les portes donnent sur de petits espaces intermédiaires et les fenêtres occupent les façades successives du polygone.
Cette géométrie produit des chambres et salons sensiblement différents de ceux d’une demeure géorgienne conventionnelle.
Une des chambres d’A la Ronde, aménagée dans la géométrie inhabituelle de la maison. Crédit Photo Glen Bowman (CC BY 2.0).
Le testament qui privilégiait les femmes célibataires
Jane Parminter est morte en 1811. Mary a continué à habiter A la Ronde jusqu’à sa mort en 1849.
Cette dernière avait des idées très précises concernant l’avenir de la maison.
Son testament cherchait notamment à garantir deux choses : préserver A la Ronde et son contenu et transmettre la propriété à des parentes non mariées.
Dans une société où le patrimoine immobilier passait très largement par les héritiers masculins, le choix était loin d’être anodin.
Cette volonté a été respectée pendant une grande partie de l’histoire ultérieure de la demeure et a largement contribué à préserver son caractère inhabituel.
A la Ronde a-t-elle toujours ressemblé à cela ?
Non.
L’extérieur a évolué depuis la fin du XVIIIe siècle.
Historic England indique que la maison possédait à l’origine un toit de chaume, terminé par une galerie octogonale et une petite coupole.
Le toit actuel en tuiles et plusieurs lucarnes datent du début du XXe siècle.
Certaines décorations intérieures ont également été repeintes ou modifiées par les propriétaires successifs. Des campagnes récentes d’analyse et de restauration ont permis de retrouver des couches de couleurs anciennes et de recréer dans l’Octagon un décor plus proche de celui connu par les Parminter.
A la Ronde est donc bien une maison du XVIIIe siècle, mais pas un bâtiment congelé à la seconde où les maçons ont rangé leur truelle.
Crédit photo muffinn (CC BY 2.0).
Pourquoi la Shell Gallery n’est-elle plus accessible aux visiteurs ?
Parce qu’elle est devenue beaucoup trop fragile.
Entre 2022 et 2024, le National Trust a mené un important programme de conservation portant notamment sur la Shell Gallery, l’escalier de la grotte, la frise de plumes et l’Octagon.
Les restaurateurs ont dû stabiliser les décors et remettre en place des éléments tombés des murs : coquillages, cristaux, céramiques, pommes de pin et autres petits fragments.
L’espace est très étroit et se trouve à environ onze mètres au-dessus du sol. Le passage répété des visiteurs représentait une menace supplémentaire pour les décors.
Aujourd’hui, seuls les conservateurs peuvent pénétrer dans la Shell Gallery.
Elle reste visible depuis l’Octagon et le National Trust propose désormais une visite numérique à 360 degrés permettant d’observer les détails beaucoup plus près qu’il ne serait possible de le faire physiquement.
Une restriction frustrante sur le papier, mais probablement préférable à quelques milliers de manches de manteaux frottant chaque année contre 25 000 coquillages vieux de deux siècles.
Un monument Grade I depuis 1949
A la Ronde est inscrite au patrimoine anglais au niveau Grade I depuis le 6 décembre 1949.
Cette catégorie est réservée aux bâtiments présentant un intérêt exceptionnel.
Le classement protège non seulement son architecture extérieure, mais également les éléments historiques fixés au bâtiment et une grande partie de son décor.
La maison est aujourd’hui gérée par le National Trust et ouverte au public.
Comment visiter A la Ronde à Exmouth ?
A la Ronde se trouve à :
Summer Lane, Exmouth, Devon, EX8 5BD, Royaume-Uni.
La maison occupe une position élevée avec vue sur l’estuaire de l’Exe. Ses coordonnées GPS sont: 50°38’30.1″N 3°24’31.7″W. Voici sa position sur Google Maps:
L’intérieur, les jardins et différentes expositions sont accessibles aux visiteurs selon les horaires du National Trust. Ceux-ci varient au fil de l’année ; il est donc préférable de consulter le calendrier officiel avant le déplacement.
Horaires, tarifs et informations pratiques sur le site officiel du National Trust
La Shell Gallery ne peut plus être parcourue physiquement, mais elle est visible depuis l’Octagon et grâce au dispositif numérique installé sur place.
Crédit photo Andy Hawkins (CC BY-SA 2.0).
A la Ronde en vidéo
Cette visite réalisée en 2025 montre la maison dans son environnement et permet de mieux comprendre sa forme, beaucoup moins évidente sur une photographie prise depuis un seul côté.
Une maison qui raconte surtout la vie de deux femmes
Ses seize côtés suffisent à attirer le regard, mais ce n’est finalement pas la partie la plus intéressante d’A la Ronde.
La maison raconte le parcours de deux femmes qui ont voyagé à travers l’Europe, gravi un sommet alpin de plus de 3 000 mètres, accumulé des souvenirs, travaillé de leurs mains sur leur intérieur et organisé leur patrimoine selon leurs propres choix.
Le bâtiment est étrange parce qu’il reflète directement cette liberté.
C’est aussi ce qui le rapproche d’autres maisons très personnelles présentées sur 2tout2rien, qu’il s’agisse de la Maison Cauchie et de sa façade-manifeste à Bruxelles ou de l’exubérante Maison Folle de Đà Lạt.
A la Ronde est beaucoup plus discrète extérieurement.
Il suffit simplement d’entrer pour découvrir que ses propriétaires ne manquaient pas d’imagination.
Questions fréquentes sur A la Ronde
Où se trouve A la Ronde ?
A la Ronde se trouve à Exmouth, dans le Devon, au sud-ouest de l’Angleterre. Son adresse est Summer Lane, Exmouth, EX8 5BD.
Combien de côtés possède A la Ronde ?
La maison possède 16 côtés. Elle est donc hexadécagonale. Son espace central, en revanche, est un octogone.
Quand A la Ronde a-t-elle été construite ?
Jane et Mary Parminter ont acheté le terrain en novembre 1796. Le National Trust date généralement la maison de 1796, tandis qu’Historic England indique 1798. Elle a donc été construite à la fin des années 1790.
Qui étaient Jane et Mary Parminter ?
Jane et Mary Parminter étaient deux cousines britanniques issues d’une famille aisée. Elles ont parcouru l’Europe à partir de 1784 avant de s’installer ensemble à A la Ronde.
Pourquoi A la Ronde possède-t-elle autant de coquillages ?
Jane et Mary utilisaient des coquillages, plumes, papiers, pierres et autres matériaux pour décorer leur maison. La Shell Gallery peut contenir jusqu’à environ 25 000 coquillages.
Peut-on visiter la Shell Gallery ?
On peut la regarder depuis l’Octagon, mais il n’est plus possible d’y entrer. L’espace est trop fragile et son accès physique est aujourd’hui réservé aux conservateurs. Une visite numérique à 360 degrés permet d’en observer les détails.
A la Ronde est-elle classée ?
Oui. La maison est classée Grade I depuis 1949, le niveau patrimonial le plus élevé pour un bâtiment historique en Angleterre.
San Vitale de Ravenne a-t-elle inspiré la maison ?
Le National Trust et Historic England associent le plan central d’A la Ronde à la basilique byzantine San Vitale de Ravenne, que les Parminter ont découverte pendant leurs voyages en Italie.
Sources pour aller plus loin
- National Trust — A la Ronde, visite et informations pratiques
- National Trust — histoire d’A la Ronde
- National Trust — Jane et Mary Parminter
- National Trust — le Grand Tour des Parminter
- National Trust — l’Octagon d’A la Ronde
- National Trust — Shell Gallery, collections et intérieur
- National Trust — restauration et conservation 2022-2024
- Historic England — fiche Grade I d’A la Ronde
- Wikimedia Commons — photographies libres d’A la Ronde










j aime ce genre de maison étrange et singulière, super découverte