Catégorie : nature

  • Cajueiro de Pirangi : l’anacardier géant du Brésil qui ressemble à une forêt

    Cajueiro de Pirangi : l’anacardier géant du Brésil qui ressemble à une forêt

    Sur la côte du Rio Grande do Norte, au nord-est du Brésil, le Cajueiro de Pirangi intrigue immédiatement : on croit entrer dans un petit bois, alors qu’on se tient face à un seul anacardier (Anacardium occidentale). Le site est devenu une référence mondiale pour une raison simple : sa couronne s’étale sur une surface comparable à celle d’un petit terrain de sport… mais en version vivante.

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    Crédit photo Andrepimentasc (CC BY-SA 3.0).

    Localisation : Pirangi do Norte, près de Natal

    Le Cajueiro se trouve à Pirangi do Norte, dans la commune de Parnamirim, non loin de Natal (capitale de l’État). C’est un lieu facile à intégrer à un itinéraire “littoral” autour de Natal, autant pour l’aspect paysager que pour l’intérêt botanique du site.

    Si vous aimez les arbres “hors normes” pour leur gabarit, vous avez peut-être déjà croisé sur 2tout2rien le General Sherman, célèbre pour être le plus grand arbre du monde en volume : ici, la prouesse n’est pas la masse du tronc, mais la surface couverte par la canopée.

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    Crédit photo Andrepimentasc (CC BY-SA 3.0).

    Une surface documentée, et un statut officiel de protection

    Le chiffre qui revient le plus souvent est d’environ 8 500 m². Il n’est pas seulement “touristique” : un décret de décembre 2025 (création du Monumento Natural Cajueiro de Pirangi) indique précisément 8 497,54 m² pour l’aire délimitée, ce qui donne une base officielle et récente au record.
    De son côté, Guinness World Records présente également le Cajueiro de Pirangi comme le plus grand anacardier connu, avec une surface d’environ 8 500 m².

    Si certains “arbres remarquables” sont exceptionnels par leur âge, comme le plus vieil arbre clonal avec 9500 ans ou encore Gran Abuelo, l’arbre le plus vieux du monde, Pirangi impressionne par une autre métrique, plus rare à documenter proprement : l’emprise au sol. Pour l’âge, la légende officielle raconte qu’il aurait été planté en décembre 1888, par un pêcheur local nommé Luís Inácio de Oliveira. Ce dernier serait mort à l’âge de 93 ans sous l’ombre de cet arbre à cajou.

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    Crédit photo edsonaoki (CC BY-SA 3.0).

    Pourquoi un seul arbre donne l’impression d’un bosquet ?

    Le phénomène clé, c’est la croissance latérale et l’architecture des branches. Elles s’allongent, s’affaissent, touchent le sol… puis peuvent s’enraciner au contact, créant de nouveaux “points d’appui” qui ressemblent à des troncs secondaires. Visuellement, cela donne l’illusion d’une colonie d’arbres, alors qu’il s’agit d’un unique individu qui a multiplié ses ancrages.

    On retrouve une logique comparable (même si l’espèce et le mécanisme sont différents) dans des végétaux connus pour leurs structures expansives, la forêt de Great Banyan en Inde est aussi composée d’un seul arbre.

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    Crédit photo Mateussf (CC BY-SA 3.0).

    La “pomme de cajou” : le faux fruit qui vole la vedette

    Petit détour botanique utile (et assez savoureux) : ce que l’on appelle pomme de cajou n’est pas le vrai fruit. C’est un fruit accessoire (pseudofruit) formé à partir de tissus autres que l’ovaire. Le vrai fruit est la drupe réniforme accrochée au bout… celle qui contient la noix de cajou.

    Et détail moins glamour : la coque renferme des composés irritants, dont des acides anacardiques (raison pour laquelle la noix de cajou est généralement commercialisée après traitements).

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    Crédit photo Andrepimentasc (CC BY-SA 3.0).

    Un monument naturel et un record contesté

    La création du monument naturel fin 2025 formalise la protection et fixe des objectifs classiques d’une unité de conservation : préserver l’intégrité biologique, encadrer les usages touristiques, stimuler la recherche, et garantir une gestion compatible avec la conservation.

    La taille du Cajueiro de Pirangi est contestée depuis 2016 par un concurrent au Piauí, mesuré à 8 800 m², menaçant son titre de « plus grand du monde ». Les débats sur la poda de l’arbre divisent aussi les locaux, entre préservation et gestion de sa croissance. Malgré cela, il reste un symbole emblématique de la biodiversité brésilienne, produisant l’équivalent de 70 arbres normaux.

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    Crédit photo Mateus S Figueiredo (CC BY 2.0).

    Vidéo du Cajueiro de Pirangi

    Moins coloré qu’une glycine géante, voici une petite vidéo de cet anacardier géant:


    Visiter l’anacardier géant

    Les visiteurs accèdent au site via un petit droit d’entrée d’environ 8 réais (réductions pour enfants), avec un marché artisanal à l’entrée et un mirante offrant une vue panoramique sur l’arbre et la plage voisine. La floraison et les fruits apparaissent principalement en novembre, offrant un spectacle idéal pour les amateurs de nature.

    Son adresse : Avenida Deputado Márcio Marinho, 02, Pirangi do Norte, Parnamirim, Rio Grande do Norte, Brésil.

    Ses coordonnées GPS sont : 5°58’26.4″S 35°07’44.5″O (-5.973992, -35.129019).

    Voici sa position sur Google Maps:

    le cajueiro de pirangi larbre a cajou geant qui se prend pour une foret maps

    Sources pour aller plus loin

    Guinness World Records
    Monumento Natural Cajueiro de Pirangi
    Britannica – cashew apple (pseudofruit)

  • Glymur : la grande cascade d’Islande que je n’ai pas eu le temps de voir… et que je garde en réserve

    Glymur : la grande cascade d’Islande que je n’ai pas eu le temps de voir… et que je garde en réserve

    Il y a des lieux qu’on coche, et d’autres qu’on laisse volontairement “en attente”, comme une promesse. Glymur, dans l’ouest de l’Islande, fait partie de cette seconde catégorie. Lors de mon road trip dans le sud de l’Islande, j’ai manqué de temps (et probablement un peu de sagesse logistique) pour remonter jusqu’à elle. Résultat : elle est restée sur ma liste, avec ce petit goût frustrant des merveilles qu’on n’a pas encore méritées.

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    Crédit photo siggi mus (CC BY-NC-SA 2.0).

    Car Glymur n’est pas une cascade qu’on aperçoit distraitement entre deux arrêts. Avec sa chute d’environ 198 mètres, elle plonge dans une gorge étroite au fond du Hvalfjörður (“fjord des baleines”), et sa réputation tient autant à sa hauteur qu’à l’approche : une randonnée qui se gagne pas à pas.

    Si vous aimez collectionner les chutes islandaises, vous trouverez déjà Glymur citée parmi ces 12 magnifiques cascades d’Islande.

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    Crédit photo Michelle Lee (CC BY-NC-ND 2.0).

    Une cascade faite de roche, d’échos… et de patience

    Le nom “Glymur” (qui vient du verbe islandais « glymja ») est associé à l’idée de grondement ou de résonance : ce n’est pas anodin. La chute se déverse dans un canyon, et ce type de relief agit comme une caisse de résonance naturelle : on n’entend pas seulement l’eau tomber, on entend le paysage répondre.

    Techniquement, Glymur est alimentée par la rivière Botnsá, issue du lac Hvalvatn, avant de basculer brutalement dans la gorge.
    Et fait intéressant : pendant longtemps, Glymur a été considérée comme la plus haute cascade d’Islande, avant d’être dépassée (ou plutôt “reclassée”) après la mesure/identification de Morsárfoss au début des années 2010. Si Morsárfoss est presque inaccessible, Glymur s’offre toutefois aux randonneurs prêts à se salir un peu les chaussures.

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    Crédit photo Matthias_______ (CC BY-NC-SA 2.0).

    La randonnée : un itinéraire qui raconte l’Islande

    Ce qui rend Glymur si particulière, c’est que le trajet n’est pas un simple “accès” : c’est déjà une expérience. La boucle est souvent donnée pour 3 à 4 heures, avec des passages raides et étroits.

    Le sentier traverse notamment une grotte-tube de lave, Þvottahellir, surnommée “la grotte du lavage”. Elle ajoute un contraste presque théâtral : on marche dans l’ombre, sur une pierre ancienne, avant de ressortir vers une vallée lumineuse — et plus loin, vers le vide où l’eau se dérobe.

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    Crédit photo Adriana.stapfl.yahoo.de.

    Il faut aussi composer avec des passages sécurisés par des chaînes et, selon la saison, une traversée qui peut impliquer un tronc servant de pont. C’est précisément le genre de détail qui explique pourquoi Glymur est parfois remise à plus tard : la météo et le niveau d’eau ne négocient pas.

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    Crédit photo siggi mus (CC BY-NC-SA 2.0).

    Une légende de baleine maudite

    Comme souvent en Islande, le paysage ne vient pas seul : il s’accompagne d’une histoire qui mêle malédiction, métamorphose et géologie improvisée. Une légende locale raconte qu’un homme, maudit par une femme en deuil et son enfant, se serait transformé en baleine, avant de remonter le fjord dans une fureur destructrice.

    En nageant à contre-courant, l’animal aurait frappé et secoué la vallée, provoquant l’ouverture du canyon et la naissance de la chute de Glymur. On dit que l’on entend encore, dans le grondement de l’eau, l’écho du dernier cri de la baleine au moment où elle disparut.

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    Crédit photo BigBirds.

    Les toponymes des environs gardent la trace de ce récit : Hvalklettur, le « rocher de la baleine », et Hvalsgil, la « gorge de la baleine », donnent à la carte du coin des airs de saga figée dans la lave. À Glymur, la frontière entre conte et coulée basaltique est aussi floue que la brume qui flotte dans le canyon.

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    Crédit photo MennoSchaefer.

    Pourquoi je l’ai ratée… alors que j’étais eà proximité

    Sur la côte sud, le temps file vite : on s’arrête “juste dix minutes” et on repart une heure plus tard, parce que l’Islande a ce talent de dilater les minutes. Cette fois-là, mon itinéraire était déjà bien rempli :
    • la cascade que l’on peut presque traverser comme un rideau, Seljalandsfoss ;
    • l’immense draperie d’eau de Skógafoss, qui transforme l’air en bruine permanente ;
    • et l’élégance minérale de Svartifoss, encadrée par ses orgues de basalte.

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    Crédit photo MennoSchaefer.

    Ajoutez à cela les incontournables du Cercle d’Or — Gullfoss, puissante et large comme une fracture dans le plateau — et ce bleu irréel de Brúarfoss… et vous obtenez un programme où chaque détour coûte une journée.

    Glymur, elle, demande précisément cela : du temps dédié. On ne la “glisse” pas entre deux spots, on la choisit. Après j’avoue n’être passé pas loin mais avoir préféré les sources d’eau chaude de Hvammsvik pour finir une journée déjà bien remplie…

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    Crédit photo fokkebok

    Vidéo de Glymur, ancienne plus haute cascade d’Islande

    Histoire de percevoir un peu mieux la beauté des lieux, voici une vidéo prise par un drone de cette ancienne plus haute cascade d’Islande:


    Aller à Glymur

    Pour ceux qui voudraient se frotter à cette cascade exigeante, quelques points sont à garder en tête.
    • Accès : départ du sentier à Botnsdalur, au bout de la route 47, dans le fjord de Hvalfjörður, à environ 45 à 70 km de Reykjavik selon l’itinéraire choisi.
    • Durée : compter 3 à 4 heures pour l’itinéraire en boucle, avec une distance d’environ 7 km et un dénivelé marqué.
    • Équipement : bonnes chaussures de randonnée, vêtements imperméables, couches chaudes, eau et encas, éventuellement sandales ou chaussures d’eau pour les traversées de rivière, et bâtons pour plus de stabilité.
    • Saison : de mai à septembre, lorsque le tronc-pont est en place et que les conditions sont plus clémentes ; hors saison, la randonnée est réservée aux marcheurs très expérimentés et familiers des conditions islandaises.
    • Public : itinéraire déconseillé aux jeunes enfants, aux personnes sujettes au vertige ou peu à l’aise sur terrain exposé et humide.

    A une petite heure de route de Reykjavik, ses coordonnées GPS sont 64°23’28.3″N 21°15’05.6″O (64.39111979517685, -21.25174047148308).

    Voici sa position sur Google Maps:

    glymur la grande cascade dislande que je nai pas eu le temps de voir et que je garde en reserve maps

    Glymur n’a pas besoin d’infrastructures ni de panneaux tape-à-l’œil pour marquer les esprits : elle se grave dans les jambes, dans l’odeur de mousse humide et dans ce grondement qui continue de résonner longtemps après le retour à la voiture. Pour qui accepte la boue, les cordes et le froid des rivières, c’est probablement une des plus belles rencontres que l’on puisse faire avec l’Islande sauvage. Elle est donc sur mes tablettes pour mon prochain trip islandais.

    Sources pour aller plus loin

    Wikipédia
    GuideToIceland
    Hvammsvik

    Canyon emblématique islandais, découvrez également le mystique canyon de Fjaðrárgljúfur.

  • La pierre verte de Hattusa : le cube sacré, énigme antique d’un empire perdu

    La pierre verte de Hattusa : le cube sacré, énigme antique d’un empire perdu

    La pierre verte de Hattusa est l’un de ces objets qui semblent presque trop simples pour être honnêtes : un gros bloc vert, poli, presque cubique… posé là, dans l’enceinte du Grand Temple de l’ancienne capitale hittite, comme si quelqu’un l’avait oublié en partant. Sauf que ça fait plus de trois millénaires qu’elle “attend”, sans inscription ni symbole, et qu’on ne sait toujours pas exactement à quoi elle servait.

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    Crédit photo Carole Raddato (CC BY-SA 2.0) .

    Un cube vert au cœur du Grand Temple hittite

    Hattusa, aujourd’hui près de Boğazkale en Turquie, fut la capitale de l’empire hittite à l’âge du Bronze. Au sein du site, le Grand Temple (souvent appelé Temple 1) concentre une grande partie des questions… et la fameuse pierre.

    Ce qui frappe, c’est le contraste : le sanctuaire est construit avec des pierres locales assez classiques, et au milieu se trouve ce bloc vert, soigneusement poli, sans inscription évidente, sans décor. Pas de mode d’emploi, pas de “notice IKEA” gravée sur le côté. C’est précisément cette sobriété qui rend la pierre verte de Hattusa si intrigante.

    Dimensions et “identité” minéralogique : jade, serpentinite… ou autre chose ?

    La pierre est souvent décrite comme un cube d’environ 70 cm de côté, pour un poids proche de la tonne. À cette échelle, ce n’est plus un “caillou”, c’est quasi un choix architectural.

    La question la plus débattue, c’est sa nature exacte. Selon les sources et les analyses évoquées, on oscille principalement entre :
    néphrite (souvent assimilée au “jade” dans le langage courant)
    serpentinite (roche verdâtre qui se polit bien)

    Dans les deux cas, le point clé n’est pas seulement la couleur, mais le poli et la tenue mécanique : ce bloc est fait pour être touché, manipulé rituellement, ou au minimum remarqué.

    Si vous aimez les pierres qui ont une “carte d’identité” minérale et une histoire qui dépasse le simple décor, vous pouvez jeter un œil à l’héliotrope, aussi appelée pierre de sang, un minéral dont l’imaginaire a longtemps été plus puissant que les fiches techniques (et parfois plus tenace que les croyances).

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    Crédit photo Bangolicious (CC BY-SA 4.0).

    À quoi servait la pierre verte de Hattusa ? Les hypothèses les plus solides

    Comme elle ne porte pas d’inscription claire, on est obligé de raisonner “par contexte” : emplacement, architecture, pratiques cultuelles connues chez les Hittites.

    1) Un objet rituel, point focal du temple

    Hypothèse assez naturelle : la pierre aurait été un support d’offrandes, un élément central de rituels, ou une “pierre sacrée” au sens fonctionnel (pas forcément magique, mais intégrée à un protocole religieux).

    2) Un socle pour une statue disparue

    Autre piste : elle aurait pu servir de socle à une statue de divinité ou à un symbole cultuel. La statue, elle, aurait été récupérée, détruite, ou déplacée lors des bouleversements de fin d’empire.

    3) Un “siège” symbolique

    Certains y voient l’équivalent d’un trône rituel ou d’un élément de cérémonie. L’idée n’est pas absurde : dans beaucoup de cultures, le “siège” d’un dieu ou d’un pouvoir n’a pas besoin d’être confortable, il doit être signifiant.

    Et bien sûr, il y a la lecture populaire moderne : la “pierre à vœux” qu’on touche pour attirer chance, fertilité ou prospérité. C’est charmant, mais ce n’est pas une preuve archéologique. Disons que l’archéologie aime bien les gens… tant qu’ils ne frottent pas les vestiges comme une lampe d’Aladdin (ou la poitrine de Molly Malone).

    Le vrai mystère : la logistique (quand une tonne décide de voyager)

    Le transport d’un bloc aussi lourd n’a rien d’impossible à l’âge du Bronze, mais il implique une décision organisée : extraction, convoyage, mise en place… donc une motivation. Autrement dit : si quelqu’un s’est donné ce mal, c’est que la pierre comptait.

    Dans la famille des rochers qui défient la logique (ou au moins l’intuition), 2tout2rien.fr en a croisé quelques-uns. Par exemple, la pierre tremblante de Huelgoat qui bouge (un peu) quand on la pousse au bon endroit, ou encore Tripod Rock, l’étrange rocher sur 3 pieds qui semble posé sur une démonstration de physique appliquée.

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    Crédit photo Acar54 (CC BY-SA 4.0).

    Pourquoi ce bloc vert fascine autant ?

    Parce qu’il cumule trois ingrédients parfaits pour un “mystère durable” :
    • Un objet unique sur un site majeur
    • Une apparence simple (donc difficile à interpréter sans texte)
    • Une présence au temple, donc très probablement significative

    Il provoque la même sensation que certaines pierres “impossibles” ailleurs dans le monde : une forme trop nette, un emplacement trop stratégique, et un silence total sur l’intention. Dans le registre “mais qui a coupé ça comme ça ?”, difficile de ne pas penser au mystérieux rocher d’Al Naslaa, dans l’oasis de Tayma, célèbre pour sa séparation quasi parfaite.

    Et si votre imaginaire préfère le vert façon science-fiction, vous aimerez aussi l’histoire d’Inkalamu, l’émeraude géante qui ressemble à de la kryptonite : là, au moins, la couleur a clairement décidé de faire du spectacle.

    Sources pour aller plus loin

    Wikipédia
    AA
    Amusing Planet
    Unesco

    Et dans la catégorie pierre “socialement étrange”, découvrez aussi Stedji / Staupasteinn, la roche ermite elfe : on est dans un autre registre, mais l’idée est la même… certaines pierres déclenchent des récits comme d’autres déclenchent des étincelles.

  • Les “Ringing Rocks” de Pennsylvanie : quand un champ de pierres se prend pour un carillon

    Les “Ringing Rocks” de Pennsylvanie : quand un champ de pierres se prend pour un carillon

    Si vous frappez un caillou, vous attendez un “toc”. Pas un “cling” métallique digne d’un atelier de forgeron. Et pourtant, en Pennsylvanie, un champ de blocs fait exactement ça : il sonne. Bienvenue à Ringing Rocks County Park, près d’Upper Black Eddy (Bucks County), où l’on vient autant pour marcher en forêt que pour tester son sens du rythme… au marteau.

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    Crédit photo Jason Scott (CC BY-NC-SA 2.0).

    Les Amérindiens connaissaient déjà cette curiosité bien avant l’arrivée des colons européens et auraient transmis l’existence de ces pierres chantantes aux premiers Blancs au milieu des années 1700. Depuis, le site est devenu une petite légende locale, à mi-chemin entre curiosité géologique et attraction touristique.

    Un “instrument” naturel de plusieurs hectares

    Le cœur du parc, c’est le Bridgeton Boulder Field : une mer de blocs sombres étalée sur environ 7 à 8 acres, empilée par endroits en profondeur, avec une particularité qui intrigue depuis des générations : certains rochers résonnent quand on les frappe.

    L’ambiance est d’autant plus étrange que la zone est souvent décrite comme assez “dénudée” : peu de sol, peu de végétation sur le champ lui-même… logique, difficile de faire pousser une fleur dans un tas de diabase qui bouge sous les pieds.

    Et si votre cerveau commence à classer ça dans la catégorie “paysages qui font du son”, gardez l’idée : il existe aussi des endroits où ce ne sont pas les pierres mais les dunes qui deviennent instruments, comme les Kelso Dunes, ces sables musicaux de Californie.

    Voici une démonstration en vidéo de ces rochers qui sonnent:


    Pourquoi ça “sonne” ? (spoiler : c’est compliqué)

    Même si on sait décrire le phénomène, l’explication unique et définitive reste discutée. Une piste récurrente : la structure interne et les contraintes dans la diabase permettraient une meilleure transmission des vibrations, donnant ce timbre métallique.

    En 1965, le géologue Richard Faas, originaire de Pennsylvanie, a emporté plusieurs échantillons en laboratoire pour analyser leur comportement acoustique. Il a découvert que chaque roche, frappée isolément, génère des fréquences très basses, inaudibles pour l’oreille humaine, mais que le champ de blocs, pris dans son ensemble, produit un son composite : les différentes ondes basses interagissent entre elles et donnent naissance à ce « tintement » reconnaissable que perçoivent les visiteurs.

    Certains blocs se comportent donc un peu comme des lithophones naturels (des “instruments en pierre”). Et si l’idée vous amuse, vous pouvez compléter la collection sonore avec une autre curiosité qui ne se contente pas d’être belle : le sable chantant des dunes de Mingsha, en Chine, où le vent et les pas déclenchent parfois une sorte de bourdonnement.

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    Crédit photo Lisa GH (CC BY-NC-ND 2.0) .

    Une diabase pas tout à fait comme les autres

    La roche star ici s’appelle la diabase : une roche magmatique sombre, proche du basalte, qui s’est mise en place quand la région faisait partie des bassins formés lors de la dislocation de la Pangée, autour du Trias-Jurassique. (Oui : ces cailloux ont connu un monde sans Atlantique.)

    Sur le papier, rien ne distingue vraiment ces pierres des autres roches sombres de la région, composées de cette diabase, riche en fer et en minéraux très durs. Pourtant, quelque chose dans leur structure interne semble les rendre uniques du point de vue acoustique.

    Certains scientifiques avancent l’hypothèse que des contraintes internes particulières, des tensions mécaniques accumulées dans la roche, joueraient un rôle dans ce comportement sonore inhabituel. Mais même après les tests de Faas et d’autres travaux, la mécanique exacte de cette résonance reste floue, laissant la place à un mystère géologique toujours non résolu.

    Un champ de blocs… au sommet d’une colline

    Le lieu ne surprend pas seulement par son bruit, mais aussi par sa configuration géographique. La plupart des champs de blocs connus se forment au pied de versants montagneux, à la suite d’avalanches rocheuses ou d’éboulements massifs.

    Ici, cette mer de rochers de près de trois mètres de profondeur se trouve au sommet d’une colline, et non en bas de pente. Contrairement aux éboulis classiques qui s’accumulent au pied d’une pente, ce champ de blocs n’est pas simplement “tombé de la montagne”. Les géologues classent ce type d’ensemble parmi les block fields (ou felsenmeer, “mer de rochers”), souvent liés à des environnements périglaciaires : cycles gel/dégel, fracturation, déplacement progressif des blocs, tri naturel…

    Ce genre de phénomène a un petit air de famille avec d’autres bizarreries minérales : certaines pierres semblent presque avoir une vie propre, un peu comme les Trovants de Costești, ces “pierres qui grandissent” qui font travailler l’imagination autant que la géologie.

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    Crédit photo Lisa GH (CC BY-NC-ND 2.0) .

    Quand les pierres deviennent des instruments de musique

    Qu’on comprenne ou non la science derrière le phénomène, les Ringing Rocks sont devenus un véritable terrain de jeu sonore. Le parc attire chaque année des milliers de curieux qui viennent frapper les blocs avec des marteaux, des cailloux ou des bâtons, transformant le champ de rochers en immense percussion à ciel ouvert.

    L’idée d’en faire un instrument ne date pas d’hier : dès 1890, un certain Dr J. J. Ott, habitant du comté de Bucks, aurait organisé un concert à Stony Garden, exploitant les qualités acoustiques de ces pierres. Accompagné du Pleasant Valley Band, un ensemble de cuivres, il aurait présenté ce qui passe aujourd’hui pour l’un des tout premiers véritables « concerts de rock » au sens littéral du terme.

    Alors que d’autres jouent sur le lac Baikal gelé, voici un percussionniste local jouant du caillou:


    Et ce n’est pas de leur peindre des bouches zippées qui les feront se taire.

    Mystère et légendes des Ringing Rocks

    Entre le côté sonore et le côté désertique, ce mystérieux site a bien sûr quelques croyances et légendes.
    • Les Amérindiens considéraient la zone comme spirituellement particulière à cause des sons étranges et du caractère stérile du champ de blocs.
    • Selon certaines versions, les animaux évitaient le secteur et les rochers étaient perçus comme « maudits » parce qu’aucune plante n’y poussait, idée reprise ensuite par les premiers colons européens.
    • Une légende raconte que le diable aurait traversé la Delaware à Bridgeton Township, se serait assis là après un malheur personnel et aurait « flétri » la terre qui est devenue le champ de Ringing Rocks
    • D’autres toponymes régionaux liés à des champs de blocs sonores portent aussi la marque du diable (Devil’s Potato Patch, Devil’s Half-Acre), renforçant l’idée que ces paysages pierreux étaient associés à une présence maléfique ou surnaturelle
    • Comme pour d’autres pierres sonores dans le monde, une croyance populaire voulait que si les rochers sonnaient, c’était parce qu’ils étaient creux et qu’ils cachaient de l’or ou de l’argent.
    Des visiteurs parlent encore aujourd’hui d’énergies particulières, de boussoles capricieuses ou de magnétisme étrange, même si aucune mesure scientifique n’a confirmé d’anomalie réelle.

    Visiter Ringing Rocks Park

    Le parc fait environ 128 acres et est ouvert tous les jours de l’aube au crépuscule. Son adresse est : Ringing Rocks Road, Upper Black Eddy, PA 18972, USA.

    Ses coordonnées GPS sont : 40°33’41.37″ N, 75°07’35.62″ O (40.5614905, -75.126562).

    Voici sa position sur Google Maps:

    les ringing rocks de pennsylvanie quand un champ de pierres se prend pour un carillon maps

    Sources pour aller plus loin

    Bucks County
    Uncovering PA
    Science Direct
    Acentech

    Mystère de Pennsylvanie, découvrez également l’histoire de la robe de mariée hantée de Anna Baker.

  • La Vallée des Rêves (Valley of Dreams), Nouveau-Mexique : le désert qui ressemble à un décor de science-fiction

    La Vallée des Rêves (Valley of Dreams), Nouveau-Mexique : le désert qui ressemble à un décor de science-fiction

    Il y a des endroits où l’on a l’impression que la Terre a laissé son enfant jouer avec la pâte à modeler… puis a oublié de ranger. La Valley of Dreams (“Vallée des Rêves”) fait partie de ces coins rares : un labyrinthe de badlands et de hoodoos (ces “cheminées de fée” de pierre) sculptés par l’érosion, perdus au nord-ouest du Nouveau-Mexique, dans l’immense Bisti/De-Na-Zin Wilderness.

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    Crédit photo uhg1234.

    Et si vous aimez ces paysages qui semblent sortis d’un logiciel 3D mal réglé, gardez en tête qu’il existe d’autres “frères spirituels” : la version cappadocienne avec les cheminées de fées de Göreme, la version Utah avec Fantasy Canyon, ou encore la version Argentine, franchement lunaire, avec Ischigualasto, la Vallée de la Lune.

    Où se trouve exactement la “Vallée des Rêves” ?

    La “Valley of Dreams” n’est pas une vallée au sens classique (pas de rivière, pas de village avec boulangerie et croissants). C’est plutôt un secteur très photogénique de la zone sauvage Bisti/De-Na-Zin, gérée par le Bureau of Land Management (BLM).

    Et pour ne pas confondre les “déserts à hoodoos” du Nouveau-Mexique : dans la même région, vous avez aussi Ah-Shi-Sle-Pah et ses incroyables rochers. Ambiance voisine, décor différent : parfait si vous voulez prolonger l’overdose de formes impossibles.

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    Crédit photo John Fowler (CC BY 2.0).

    Pourquoi le paysage est aussi… improbable ?

    Ici, tout est affaire de couches sédimentaires et de résistance. Une couche de grès un peu plus dure protège parfois une couche plus tendre en dessous : résultat, l’érosion “taille” des colonnes, des ponts, des champignons, des silhouettes d’animaux et de trônes alien.

    Le principe est universel : même logique d’érosion qui fabrique des formes incroyables ailleurs sur la planète, qu’elles soient rouges sang comme le Tsingy Rouge à Madagascar ou ciselées façon château comme à Fantasy Canyon (Utah). La nature n’a pas besoin d’architecte… elle a juste du temps, du vent et une patience administrative.

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    Crédit photo uhg1234.

    Que voir sur place ? (spoiler : des cailloux, mais des cailloux starifiés)

    La star locale, c’est l’Alien Throne : un hoodoo massif qui ressemble à un trône posé au milieu du désert, souvent photographié au lever/coucher de soleil… et même sous la Voie lactée, car le coin est réputé sombre la nuit. Ce trône d’alien, à l’instar de Wharariki Beach, figure d’ailleurs dans les fonds d’écran Windows 11, ce qui a popularisé sa visite.

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    Crédit photo Diana Robinson (CC BY-NC-ND 2.0).

    Autour, attendez-vous à des alignements de hoodoos, des “villes” de colonnes, des dalles striées, et des formations qui donnent de mauvaises idées (“ça passe si je grimpe là ?”). Mauvaises, parce que les structures sont fragiles : ici, on admire, on photographie, on évite de transformer un hoodoo en gravats souvenir.

    Et si votre cerveau aime les équilibres absurdes, vous devriez aussi apprécier ce cousin “en mode funambule” : Balanced Rock (Idaho), le rocher en équilibre. Là, ce n’est pas un trône alien… c’est un “champignon” de pierre qui a manifestement signé un pacte avec la gravité.

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    Crédit photo uhg1234.

    Le vrai “truc” à savoir : il n’y a (presque) pas de sentier

    C’est une wilderness : par de parc aménagé ni pas d’itinéraire officiel balisé comme en randonnée classique. On peut vite perdre ses repères dans ces reliefs bas et répétitifs. Carte + boussole et/ou appli de carto hors-ligne (le réseau est souvent manquant) sont vivement recommandées.

    Certaines applis proposent une boucle “Valley of Dreams”, utile comme trame… mais sur le terrain, vous devrez quand même “lire” le relief. Ici, le GPS est un bon serviteur, mais votre sens de l’orientation reste le patron. Un peu de « hors piste » dans l’Ouest américain : la marche se fait sur un terrain tantôt sableux, tantôt rocheux, avec de petites descentes et montées dans les ravines et les wash (lits de torrents à sec). Le silence est presque total, seulement perturbé par le vent, ce qui accentue la sensation d’isolement et de bout du monde.

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    Crédit photo John Fowler (CC BY 2.0).

    Quand partir et comment ne pas finir en légende locale

    Printemps et automne sont souvent les plus confortables : l’été peut être dangereusement chaud (peu d’ombre), l’hiver peut être très froid. Et surtout : pas d’eau sur place. Vous portez tout.

    Ajoutez un point très “Nouveau-Mexique” : les pistes d’accès. Certaines routes non pavées peuvent devenir ultra glissantes et impraticables quand il pleut. Si c’est humide, ce n’est pas “un peu sport”, c’est “bonjour la dépanneuse dans l’imaginaire”.

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    Crédit photo sepavone.

    Si la golden hour offre une magnifique lumière pour les photos avec des grès qui prennent des tons miel/orange, la nuit est aussi très photogénique pour les spécialistes avec la Voie lactée au-dessus des hoodoos.

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    Crédit photo John Fowler (CC BY 2.0).

    Respecter le site

    Le lieu étant fragile, l’éthique du “Leave No Trace” est essentielle : ne rien emporter, ne rien laisser, ne pas grimper sur les formations les plus délicates pour ne pas accélérer leur érosion. Cette attitude respectueuse permet à ce paysage unique de rester sauvage et préservé, fidèle à l’esprit des curiosités naturelles mises en avant sur 2tout2rien. On repart avec des photos et des étoiles dans les yeux, pas avec un caillou dans la poche.

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    Crédit photo FrankFichtmüller.

    Vidéo de Valley of Dreams

    Un paysage qui semble d’une autre planète en territoire Navajo (voir d’ailleurs ce hogan en Arizona), voici une vidéo de la Valley of Dreams du Nouveau Mexique:


    Aller à la Vallée des rêves

    La Vallée des rêves se trouve à proximité de Ah-Shi-Sle-Pah, à une cinquantaine de kilomètres de Nageezi au Nouveau-Mexique, USA. Pour l’atteindre, il faut emprunter la NM-57, puis une piste indiquée Rt/CR 7022.

    Un « parking », départ de marche, se trouve au coordonnées GPS 36°08’02.27″N, 107°58’20.04″O (36.13396518650996, -107.97223367552039).

    Voici sa position sur Google Maps:

    la vallee des reves valley of dreams nouveau mexique le desert qui ressemble a un decor de science fiction maps

    Le fameux trône d’alien se trouve aux alentours des coordonnées 36°08’55.9″N 107°58’50.7″O (36.14885, -107.98075).

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    Crédit photo sepavone.

    Sources pour aller plus loin

    BLM
    GeoInfo
    All Trails

  • Tsingy Rouge : la cathédrale écarlate du nord de Madagascar (à admirer sans la toucher)

    Tsingy Rouge : la cathédrale écarlate du nord de Madagascar (à admirer sans la toucher)

    Il existe des endroits qui donnent l’impression que la Terre a oublié de finir le rendu en “texture réaliste”. Le (les) Tsingy Rouge, dans le nord de Madagascar, fait partie de cette catégorie : un canyon d’où jaillissent des aiguilles rouge brique, des lames dentelées et des pinacles si fins qu’on s’attend presque à les voir vibrer au moindre éternuement.

    Et pourtant, ce décor n’est pas un délire de décorateur de film : c’est de la géologie, de la vraie. Une géologie qui a choisi la couleur rouge oxydé comme signature, avec un petit côté “Mars mais en version tropicale”.

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    Crédit photo GUDKOVANDREY.

    Un “tsingy” pas comme les autres

    Le mot tsingy signifie “aiguille” en malgache. Dans l’imaginaire des voyageurs, il évoque surtout le célèbre Tsingy de Bemaraha – des lames de calcaire spectaculaires, inscrites à l’UNESCO, où l’on marche littéralement dans une forêt minérale. Si vous voulez remettre ce grand frère dans le contexte (et faire grimper votre niveau d’émerveillement), vous pouvez passer par l’article maison à son sujet.

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    Crédit photo Rod Waddington (CC BY-SA 2.0).

    Mais le Tsingy Rouge joue une autre partition. Ici, les “aiguilles” ne sont pas des couteaux de calcaire : elles sont formées surtout de latérite rouge, avec une succession de couches où l’on trouve aussi, selon les descriptions, du grès, des marnes et du calcaire. Résultat visuel : des teintes rouge-ocre, parfois rosées ou plus claires, comme si quelqu’un avait saupoudré le canyon de pigments.

    Et niveau sensation… c’est moins “lame de rasoir” que Bemaraha, mais ce n’est pas pour autant un parc d’attractions : ces structures sont fragiles.

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    Crédit photo ReinerC.

    Pourquoi c’est rouge… et pourquoi ça pique vers le ciel

    La latérite est un produit d’altération des roches en climat tropical/subtropical : sous l’effet d’une alternance humide/sèche, l’eau lessive certains éléments et laisse une matière souvent riche en oxydes de fer. D’où le rouge : pas de ketchup géant, juste de la chimie.

    Ensuite vient le sculpteur principal : l’érosion. Ruissellement, pluies concentrées, parfois vent… le tout taille la latérite en formes coniques et en crêtes. Plusieurs sources relient directement le site au travail de la rivière (ou fleuve) Irodo, qui a contribué à creuser et à modeler ces reliefs. Visuellement, on est proche de ce que beaucoup appellent des “cheminées de fées” : des piliers élancés nés d’un grignotage progressif des pentes (voir par exemple celles de Djavolja Varos en Serbie).

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    Crédit photo Johan (CC BY-NC-ND 2.0).

    Et si l’endroit semble “récent” à l’échelle géologique, ce n’est pas qu’une impression : certaines descriptions expliquent que le site a été mis au jour au XXe siècle, notamment après des glissements de terrain, eux-mêmes favorisés par des activités humaines de défrichement. Autrement dit : la nature a fait l’œuvre… mais on lui a parfois donné un petit coup de pouce (pas forcément volontaire).

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    Crédit photo dmitri_66 (CC BY-NC 2.0).

    vidéo du Tsingy Rouge

    Rouge comme le Snoopy Rock d’Arizona, voici une vidéo de cette magnifique cathédrale de pierre de Madagascar:


    Où se trouve le Tsingy Rouge

    Le site se situe dans la région de Diana, au nord de Madagascar, à environ 60 km au sud d’Antsiranana (Diego-Suarez), près de Sadjoavato, sur le plateau de Sahafary, à l’entrée du parc d’Analamerana. On parle d’une zone d’environ 182 hectares pour le site touristique mentionné dans certaines descriptions.

    Dit autrement : ce n’est pas un stop improvisé “entre deux croissants”. C’est le nord malgache, avec ses distances, ses pistes, et ce sentiment délicieux d’être au bout du monde.

    Ses coordonnées GPS sont : 12° 38′ 32″ S, 49° 29′ 28″ E (-12.64229, 49.49106).

    Voici sa position sur Google Maps :

    tsingy rouge la cathedrale ecarlate nord madagascar maps

    Visiter le Tsingy Rouge

    Dans la pratique, le Tsingy Rouge se visite souvent depuis Antsiranana. L’accès combine route et piste ; l’option la plus courante reste le 4×4 avec guide/chauffeur habitué aux conditions locales. Selon les retours de terrain et certaines descriptions de voyage, le trajet peut être long (de 1h30 à 2h) et secouant (et c’est une partie du charme… à condition d’aimer les massages “suspension africaine”).

    Sur place, le bon réflexe est simple : on regarde, on photographie, on respecte. Évitez de toucher les formations. Ce n’est pas “interdit parce que c’est drôle”, c’est interdit parce que c’est délicat : ce qui tient debout aujourd’hui ne doit pas devenir poussière pour une story Instagram. Ce caractère fragile vaut aux Tsingy rouges le surnom de « faux tsingy » par certains naturalistes, qui rappellent que cette architecture minérale est le résultat d’une érosion accélérée, aggravée par la déforestation et le lessivage des sols.

    Côté photo, le Tsingy Rouge adore la lumière rasante : tôt le matin ou en fin d’après-midi, les reliefs se lisent mieux, et les rouges virent au cuivre. En plein midi, tout est plus plat… et vous aussi, après deux heures au soleil.

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    Crédit photo GUDKOVANDREY.

    Le nord de Madagascar : quand la roche côtoie le bizarre vivant

    Ce qui rend la zone encore plus savoureuse, c’est que Madagascar ne fait jamais les choses à moitié : même quand les pierres font déjà le spectacle, la faune en rajoute.

    Si vous aimez les créatures qui semblent sorties d’un brainstorming de designers un peu fatigués, jetez un œil à l’aye-aye, ce primate dont l’apparence et les habitudes sont un défi permanent à la normalité.

    Et pour rester dans le thème “la nature a de l’humour”, le gecko satanique à queue de feuille est un chef-d’œuvre de camouflage, version feuille morte avec yeux de dragon mignon.

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    Crédit photo ReinerC.

    Sources pour aller plus loin

    Wikipédia
    WildMadagascar
    Britannica

  • Snoopy Rock, le rocher Snoopy de Sedona

    Snoopy Rock, le rocher Snoopy de Sedona

    À Sedona (Arizona), il existe une formation rocheuse qui ressemble furieusement à Snoopy affalé sur son toit de niche. Et non : ce n’est pas un photomontage ni une lubie d’algorithme. Le surnom “Snoopy Rock”, le rocher Snoopy, circule depuis longtemps, et le profil est visible depuis la ville… à condition d’avoir l’œil (ou une légère obsession pour Peanuts).

    Snoopy Rock à Sedona (Arizona), formation rocheuse surnommée le rocher Snoopy 1
    Crédit photo Eric Kilby (CC BY-NC-SA 2.0).

    Une silhouette en trois morceaux

    Le “Snoopy” de pierre, qui n’est pas une sculpture pop-culture précolombienne, se lit comme une petite BD géologique : tête, ventre, pieds sont “répartis” sur trois formations qui, ensemble, font apparaître la pose iconique du chien sur le dos. Certains jurent même distinguer Woodstock posé sur son nez… d’autres y voient plutôt la tête de Lucy (ce qui prouve que l’érosion a aussi le sens de l’humour).

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    Crédit photo tinx.

    Pourquoi les roches sont rouges (et pourquoi Snoopy a l’air “grillé au soleil”) ?

    Les fameuses roches rouges de Sedona proviennent notamment d’ensembles de grès comme la Schnebly Hill Formation : la teinte vient d’oxydes de fer (notamment l’hématite), en gros de la roche “rouillée” à l’échelle géologique. Des documents de vulgarisation locaux et l’Arizona Geological Survey rappellent que cette coloration est liée à des coatings/films d’oxydes de fer formés lors de processus de dépôt/altération.

    On y trouve parfois d’autres couleurs, comme l’étonnante ligne blanche de Sedona qui attire les vététistes un peu fous.

    Et aussi d’autres formations géologiques étonnantes comme le pont du diable de l’Arizona.

    Snoopy Rock à Sedona (Arizona), formation rocheuse surnommée le rocher Snoopy 3
    Crédit photo Scott Ableman (CC BY-NC-ND 2.0).

    Comment voir le rocher Snoopy ?

    La bonne nouvelle, c’est que Snoopy Rock est visible depuis Uptown Sedona : en vous baladant du côté des boutiques, restos et points de vue du centre, vous pouvez déjà tenter le “jeu du silhouette spotting”. C’est le mode facile : vous gardez votre souffle pour les tacos, pas pour la montée.

    Envie d’aller plus loin que la simple observation ? Plusieurs itinéraires mènent à un point haut près du rocher Snoopy, souvent via Margs Draw / Sombart Lane (selon les cartes et les panneaux, tout le monde n’est pas d’accord sur le prénom de la route). Comptez, selon la variante choisie, environ 2,1 à 2,6 miles aller-retour (≈ 3,4 à 4,2 km), ~550 à 650 ft de dénivelé (≈ 170 à 200 m) et 1 à 2 h 30. La fin peut être raide, avec parfois un petit passage de scrambling et une trace qui se perd si on ne fait pas attention.

    Le spot est dans le secteur de Munds Mountain Wilderness (Coconino National Forest) : en haut, la récompense classique de Sedona arrive immédiatement—vues ouvertes sur Uptown, Oak Creek Canyon et Thunder Mountain. Par contre pas de risque de croiser en chemin un cactus Sagaro, l’altitude étant trop élevée par rapport au désert de Sonora plus au sud.

    Faut-il un pass pour Snoopy Rock?

    Sedona est souvent associée au Red Rock Pass (le “billet d’entrée” pour financer la gestion de nombreux parkings/sentiers en forêt nationale). Les tarifs officiels indiqués par l’US Forest Service : 5 $ (jour), 15 $ (semaine), 20 $ (année).

    Mais point important : certains parkings comme Sombart Lane/Margs Draw sont parfois indiqués “sans pass” par des guides locaux. Le bon réflexe reste très simple : lisez le panneau au trailhead, car c’est lui qui fait foi sur place.

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    Crédit photo Mighty Free (CC BY-SA 2.0).

    Aller à Snoopy Rock

    Le rocher Snoopy se situe dans le secteur de Sedona, en lisière de la Munds Mountain Wilderness (Coconino National Forest).

    Ses coordonnées GPS sont: 34° 51′ 37.58″ N, 111° 45′ 05.68″ O (34.86043877394287, -111.75157654232837).

    Voici sa position sur Google Maps:

    Snoopy Rock, le rocher Snoopy de Sedona maps

    Sources pour aller plus loin

    USDA
    USDA
    WildPathsAZ
    The Wanderers
    AllTrails
    Visit Sedona
    AZ Geology

    Géologie étonnante de l’état, découvrez également la beauté surnaturelle de Antelope Canyon.

  • La plage de Preveli, magnifique plage-oasis de Crète où la rivière rencontre la mer

    La plage de Preveli, magnifique plage-oasis de Crète où la rivière rencontre la mer

    Nichée au débouché d’une gorge impressionnante sur la côte sud de la Crète, la plage de Preveli est un site exceptionnel où se rencontrent rivière d’eau douce, palmeraie luxuriante et sable doré. Ce lieu unique, également surnommé « plage des palmiers », offre un décor de carte postale : imaginez une oasis, où la rivière Megalopotamos, bordée de palmiers, vient caresser le sable avant de se jeter dans la mer de Libye.

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    Crédit photo Rincevent/2tout2rien (CC BY-SA 4.0).

    Où se trouve la plage de Preveli ?

    Preveli se niche dans le district de Rethymno, au débouché de la gorge de Kourtaliotiko, là où le Megalopotamos (le « Grand fleuve ») rejoint la mer. On est à environ 35 km au sud de Rethymnon et une petite douzaine de kilomètres de Plakias.

    La plage tire son nom du monastère de Preveli, perché plus haut sur la colline, qui a longtemps joué un rôle important dans l’histoire de l’île. Dans la mythologie locale, on raconte même qu’Ulysse aurait fait une halte dans la région en rentrant de Troie… (mais c’est à Li Galli qu’il aurait subi le chant des sirènes)

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    Crédit photo Dudlajzov.

    Un mélange rare : gorge, rivière, palmeraie et plage

    Ce qui rend Preveli vraiment unique en Méditerranée, c’est l’assemblage improbable de quatre éléments dans le même petit coin de côte :
    • une gorge rocheuse dramatique ;
    • une rivière d’eau douce, le Megalopotamos, formant un petit lagon ;
    • une palmeraie dense de Phoenix theophrasti, palmier-dattier crétois endémique ;
    • une plage de galets et de sable baignée par une mer d’un bleu indécent.

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    Crédit photo DmitryRukhlenko.

    Cette palmeraie fait partie d’une zone protégée du réseau Natura 2000 (gorges de Kourtaliotiko et région de Preveli), pour la richesse de ses habitats et la présence d’espèces rares. On y trouve de nombreuses espèces dont des oies très peu farouches qui n’hésitent pas à slalomer au milieu des serviettes des baigneurs.

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    Crédit photo Rincevent/2tout2rien (CC BY-SA 4.0).

    Petit détail romantique : sur la plage, un rocher a la forme d’un cœur. Les locaux l’appellent la « pierre des amoureux ». Si vous voyez des couples faire des selfies intensément inspirés devant un caillou, c’est normal. La couleur est d’un joli gris blanc, bien différente du noir du rocher Kannesteinen norvégien.

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    Crédit photo gatsi.

    Le phénix de Preveli : un palmier qui renaît de ses cendres

    En août 2010, un violent incendie a ravagé environ 70 % de la palmeraie de Preveli. On a cru le site définitivement perdu, tant les flammes ont ravagé la gorge et la végétation environnante.

    Bonne nouvelle : Phoenix theophrasti porte bien son prénom. Ce palmier supporte étonnamment bien le feu ; de nombreux sujets ont repercé au pied, et une nouvelle génération de palmiers a colonisé la gorge en quelques années. Aujourd’hui, le site a retrouvé un aspect de petite oasis tropicale au milieu des falaises calcaires crétoises.

    Sur l’île de Crète, les végétaux ont de la longévité: l’olivier de Vouves, prétendant au titre de doyen des oliviers du monde, est à quelques kilomètres.

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    Crédit photo Ania Mendrek (CC BY-NC-ND 2.0).

    Se baigner à Preveli : fraîche rivière ou mer de Libye ?

    La plage de Preveli, ce n’est pas juste « poser sa serviette ». On y vient pour jongler entre deux mondes :

    Côté mer : baignade dans la mer de Libye, parfois avec un peu de houle ; fond de galets et sable, eau très claire.
    Côté rivière : eau beaucoup plus fraîche (parfait quand le soleil tape), petits bassins naturels sous les palmiers, ambiance jungle méditerranéenne.

    Quoiqu’il soit, mieux vaut prévoir des chaussures d’eau ou au moins des claquettes: le site présente beaucoup de galet mais surtout le sol est brulant en été!

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    Crédit photo gevision.

    Comment accéder à la plage de Preveli ?

    Vous avez trois options, selon votre motivation et votre amour des escaliers.

    1. Par le parking « panoramique » (option cardio)

    La plupart des visiteurs se garent au grand parking situé sur la falaise à l’ouest de la plage. De là, un sentier pavé et un long escalier (plusieurs centaines de marches) descendent jusqu’à la mer.

    • Avantage : vue spectaculaire sur la palmeraie, la rivière et la plage tout au long de la descente.
    • Inconvénient : la remontée en plein soleil l’après-midi peut transformer vos mollets en feta fondue.

    Mieux vaut descendre le matin ou en fin d’après-midi, avec chapeau, eau et un minimum de condition physique. C’est l’option que j’avais choisi mais fuyant la foule en début d’après midi, la remontée a été torride et l’occasion d’attraper un joli coup de soleil.

    Voici une petite vue panoramique prise par mes soins lors de ma descente, en vidéo:


    2. En bateau depuis Plakias ou Damnoni

    Des bateaux partent de Plakias, Damnoni et parfois d’autres plages du coin.

    • Avantage : pas d’escaliers, arrivée directe sur le sable, vue sur la côte depuis la mer.
    • Inconvénient : horaires fixes, un peu plus touristique.

    3. Par les criques voisines

    On peut aussi se garer un peu plus à l’ouest, du côté de Drimiskiano Ammoudi, puis suivre un petit chemin côtier. C’est beaucoup plus plat et accessible mais plus difficile de se garer.

    Les coordonnées GPS de la plage: 35,1527°N 24,4741°E.

    Voici sa position sur Google Maps:

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    Et une vue aérienne du site prise par un drone:


    Un site fragile à respecter

    Preveli est magnifique, mais aussi fragile. Le site est inclus dans une zone Natura 2000, sa palmeraie a déjà subi un incendie majeur et l’affluence estivale pèse forcément sur l’écosystème.

    Concrètement, cela signifie : pas de feu, pas de camping sauvage, pas de mégots au pied des palmiers, on évite de piétiner la végétation des berges et on ramène systématiquement ses déchets. L’oasis vous dira merci (en silence, mais quand même).

    En saison, l’endroit est bondé et mieux vaut prévoir un horaire le plus décalé possible. Le parking du haut est grand mais il est également très prisé et il est probable qu’il soit complet dans la journée. C’est malgré tout pour moi un des lieux incontournables de Crète, même si j’aurais préféré y lézarder sans personne, cette oasis avec sa palmeraie tranchant dans les montagnes plus arides, un paysage surprenant et délicieux.

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    Crédit photo Dynamoland.

    Sources pour aller plus loin

    Wikipédia
    We love Crete
    Crete Gazette

    Site grec insolite, découvrez également l’île de Hydra, une île sans voiture, joyau intemporel grec.

  • Les lacs roses du Yucatán : Las Coloradas, un paysage irréel au cœur du Mexique

    Les lacs roses du Yucatán : Las Coloradas, un paysage irréel au cœur du Mexique

    Imaginez un endroit où l’eau se pare d’un rose bonbon si vif qu’on dirait que Barbapapa a fait un plongeon. Non, vous ne rêvez pas : c’est Las Coloradas, au nord de la péninsule du Yucatán, un site où la nature et l’industrie du sel collaborent sans le savoir pour offrir un tableau surréaliste. Un lieu à la fois scientifique, insolite et idéal pour signer vos plus belles photos en rose.

    Ce phénomène n’est d’ailleurs pas unique sur Terre : si le rose vous passionne, vous avez peut-être déjà vu passer le mystérieux lac Hillier en Australie, un bijou naturaliste que nous avons également exploré ici.

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    Crédit photo jkraft5.

    Où se trouvent les lacs roses du Yucatán ?

    Las Coloradas est un petit village posé sur la côte nord du Yucatán, entre mer turquoise, dunes de sable et gigantesques bassins d’évaporation. L’ensemble appartient à une zone industrielle dédiée à la production de sel, mais entourée d’une biodiversité étonnante — notamment la réserve de Río Lagartos, paradis des flamants roses.

    Ce contraste entre nature sauvage et activité humaine contribue beaucoup à l’atmosphère unique du lieu. Un peu comme en Espagne, près de Torrevieja, où les bassins salins forment eux aussi un lac rose spectaculaire (si le parallèle vous intrigue, découvrez la laguna salada de Torrevieja ici)

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    Crédit photo KseniaIce.

    Pourquoi l’eau est-elle rose ? Le dessous scientifique du décor

    On peut faire simple : c’est rose, parce que ça vit. Et parce que ça s’évapore. Mais allons un peu plus loin :

    1. Une salinité extrême

    Les bassins d’évaporation concentrent l’eau de mer jusqu’à atteindre des taux de sel qui feraient fuir n’importe quel poisson (sans toutefois être au niveau du lac Gaet’ale). Plus l’évaporation est forte, plus la salinité grimpe… et plus la couleur se renforce. Les mayas avaient bien compris l’intérêt du site et exploitait déjà le sel à leur époque.

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    Crédit photo jkraft5.

    2. Des micro-organismes experts en survie

    À ces niveaux de salinité, seules quelques espèces microscopiques sont encore debout — ou plutôt en suspension :
    • Dunaliella salina, une algue orange bourrée de bêta-carotène,
    • Des bactéries halophiles, elles aussi pigmentées.

    Leur présence colorise l’eau, un peu comme au lac Atanasovsko en Bulgarie, autre merveille rosée façonnée par des micro-organismes extrêmophiles.

    3. Le soleil comme amplificateur naturel

    Plus l’ensoleillement est fort, plus la teinte paraît intense. Sous le soleil du Yucatán, on atteint parfois le niveau “potion magique rose fluo”.

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    Crédit photo jkraft5.

    Faune, mangroves et dégradés naturels

    Les environs de Las Coloradas sont le royaume des flamants roses, qui puisent leur couleur… dans les caroténoïdes. Un bel écho avec la teinte des bassins, même s’ils ne doivent pas leur plumage à Dunaliella salina !

    Pour les amateurs de paysages insolites, le coin offre aussi des mangroves préservées, des plages isolées et des eaux colorées qui rappellent parfois la palette turquoise de la lagune aux 7 couleurs de Bacalar, un autre joyau du Yucatán.

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    Crédit photo jkraft5.

    Vidéo des lacs roses du Yucatan

    Beauté des marais salants vus du ciel, voici une petite vue aérienne de ces lacs roses mexicains prise par un drone:


    Visiter les lacs roses du Yucatán : ce qu’il faut savoir

    L’accès se fait depuis Río Lagartos, où de nombreux guides locaux proposent des tours combinant visite des lagunes salées et découverte des flamants roses.

    Quelques points importants :
    • La baignade est interdite, car ces bassins sont destinés à la production de sel et le fragile écosystème rose peut être perturbé au moindre contact humain.
    • Heure idéale pour les photos : entre 11 h et 14 h.
    • Saison conseillée : la période sèche, quand l’évaporation est maximale et les couleurs plus franches.

    Voici les coordonnées GPS approximatives de Las Coloradas : 21.6077 ° N, -87.9905 ° O.

    Et sa position sur Google Maps:

    les-lacs-roses-du-yucatan-las-coloradas-un-paysage-irreel-au-coeur-du-mexique-map

    Et comme vous êtes dans le Yucatán, profitez-en pour visiter les incroyables cénotes, véritables piscines naturelles souterraines qui contrastent magnifiquement avec les eaux roses.

    Sources pour aller plus loin

    Site officiel de Las Coloradas
    Explore
    Wikipédia

  • Rhizanthella gardneri, l’orchidée souterraine d’Australie

    Rhizanthella gardneri, l’orchidée souterraine d’Australie

    Imaginez une orchidée qui passe toute sa vie à l’abri du soleil, cachée dans le sol australien. Non, ce n’est pas le scénario d’un film de science-fiction végétale : c’est la réalité perturbante de Rhizanthella gardneri, aussi appelée underground orchidl’orchidée souterraine.
    Une fleur qui prouve que, même dans l’obscurité, la beauté trouve toujours un moyen de s’exprimer.

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    Crédit photo ramcad1 (CC BY-NC 4.0).

    Une orchidée australienne pas comme les autres

    Endémique de l’ouest de l’Australie, Rhizanthella gardneri pousse dans la région aride du Wheatbelt, enfouie à plusieurs dizaines de centimètres sous terre.
    Elle ne laisse parfois apparaître que quelques bractées pâles à la surface, comme une discrète signature végétale. Son habitat préféré : les zones sablo-argileuses abritant les arbustes Melaleuca uncinata, dont elle dépend totalement.

    Contrairement à d’autres orchidées spectaculaires comme l’orchidée berceau de Vénus (Anguloa uniflora), celle-ci n’a aucun intérêt pour la lumière. Pas de chlorophylle, pas de photosynthèse : elle préfère se nourrir autrement.

    Une fleur qui vit dans l’obscurité

    La plante se compose d’un rhizome horizontal, situé entre 6 et 30 cm de profondeur, et de feuilles réduites à de simples écailles. Pas de tige gracieuse, pas de pétales exposés au vent — tout se passe en cachette.

    Au moment de la floraison, entre mai et juillet, un capitule floral se forme : une boule protégée par 6 à 12 bractées rose pâle, renfermant jusqu’à 100 minuscules fleurs. Ces dernières s’ouvrent à l’intérieur, protégées du monde extérieur.

    Même la reproduction reste mystérieuse : certains insectes souterrains (probablement des termites ou des collemboles) assureraient la pollinisation. Et quand les fruits arrivent, surprise : pas de capsules sèches comme chez les autres orchidées, mais de petites baies charnues, pleines de graines.

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    Crédit photo ramcad1 (CC BY-NC 4.0).

    Une relation à trois partenaires

    Rhizanthella gardneri est ce qu’on appelle une plante myco-hétérotrophe : elle tire toute son énergie d’un champignon mycorhizien. Ce champignon vit en symbiose avec les racines du Melaleuca uncinata, et l’orchidée… parasite le champignon !

    Autrement dit : l’arbre capte l’énergie du soleil → le champignon la récupère → l’orchidée la siphonne.

    Un triol symbiotique souterrain, délicat mais étonnant, digne d’un roman de science-fiction écologique.
    C’est plutôt généralement le champignon le parasite, comme le champignon chenille, ce parasite himalayen qui se développe sur le dos de chenilles.

    L’orchidée souterraine, un trésor botanique en danger

    Découverte en 1928 par John Trott, l’orchidée souterraine a d’abord été considérée comme une curiosité. Mais aujourd’hui, elle est en danger critique d’extinction.
    On ne connaît que quelques dizaines de colonies réparties sur deux zones à 300 km l’une de l’autre.

    Ses ennemis sont bien terrestres :
    • La destruction des broussailles de Melaleuca pour l’agriculture.
    • La salinisation du sol.
    • Le compactage dû aux engins agricoles.
    • Les feux ou brûlages qui perturbent sa fragile écologie souterraine.

    Pour une plante qui a passé des millénaires à se cacher, c’est ironique : ce sont les humains qui ont fini par la déterrer — au sens propre comme au figuré.

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    Crédit photo Etienne Delannoy (CC BY-SA 4.0).

    La beauté cachée des orchidées

    Rhizanthella gardneri nous rappelle que la beauté ne réside pas toujours dans ce qui se montre.
    À l’opposé des orchidées exubérantes comme l’orchidée canard volant, qui imite à merveille un petit oiseau pour séduire ses pollinisateurs, elle a choisi la discrétion totale.
    Et pourtant, ses capitules floraux, observés grâce à des coupes fines, révèlent une élégance pastel qui ferait pâlir d’envie bien des fleurs “de surface”.

    Ce goût pour le secret la rapproche presque des champignons étranges, comme l’étoile de terre, qui se déploie lentement sous la mousse avant de s’ouvrir au grand jour.

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    Crédit photo : chookman.id.au.

    Sources pour aller plus loin

    Australian Government Department of the Environment
    Wikipedia
    Le Journal de Botanique
    Amusing Planet