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Darvaza, la porte de l’enfer du Turkménistan

Au milieu du désert du Karakoum, au Turkménistan, un cratère de quelque 70 mètres de diamètre laisse échapper des flammes alimentées par du gaz naturel. Darvaza, également transcrit Derweze, est devenu mondialement célèbre sous le surnom de « porte de l’enfer ». De nuit, le spectacle a longtemps ressemblé à un immense brasier ouvert dans le désert.

Mais l’histoire souvent racontée à son sujet est en partie fausse. Le cratère n’a probablement pas été allumé en 1971 par des géologues soviétiques espérant voir le gaz disparaître en quelques jours. Une étude publiée en 2026 à partir d’archives satellitaires situe désormais le début de la combustion entre septembre 1987 et février 1988. Et autre changement majeur : après plusieurs décennies de flammes impressionnantes, la porte de l’enfer est aujourd’hui en train de perdre une bonne partie de son feu.

Cratère de Darvaza en flammes la nuit dans le désert du Karakoum au Turkménistan
Le cratère de Darvaza illuminant le désert du Karakoum à la nuit tombée. Cette photographie date de 2016, à une époque où le brasier était encore beaucoup plus intense qu’aujourd’hui. Crédit photo Benjamin Goetzinger (CC BY-SA 4.0).

À retenir

  • Le cratère de Darvaza se trouve dans le désert du Karakoum, au Turkménistan.
  • Il mesure environ 60 à 70 mètres de diamètre pour une trentaine de mètres de profondeur.
  • Son origine exacte reste incertaine : 1963 et 1971 sont les deux dates de formation les plus souvent avancées.
  • Une image Landsat prouve que le cratère existait déjà le 25 octobre 1972.
  • Contrairement à l’histoire souvent répétée, les satellites ne montrent pas de feu continu dans les années 1980 avant la fin de 1987.
  • La combustion a probablement commencé entre le 20 septembre 1987 et le 27 février 1988.
  • Le cratère continue à émettre du méthane même lorsque celui-ci n’est pas brûlé par les flammes.
  • Depuis 2023, l’intensité du feu diminue nettement et les autorités turkmènes tentent de détourner le gaz vers des puits voisins.
  • Darvaza brûle encore en 2026, mais le spectacle est beaucoup moins intense que sur les photographies historiques.
  • George Kourounis est devenu en novembre 2013 le premier explorateur connu à descendre au fond du cratère enflammé.

Où se trouve la porte de l’enfer de Darvaza ?

Darvaza se trouve dans la partie centrale du Turkménistan, au cœur du désert du Karakoum.

Le nom est également transcrit Derweze. Le mot turkmène derweze signifie « porte », ce qui a rendu le surnom occidental de « Door to Hell » ou « porte de l’enfer » encore plus commode.

Souvent recherché sous les expressions « puits de Darvaza » ou « trou de l’enfer », le site est plus correctement décrit comme un cratère d’effondrement associé à un champ de gaz naturel.

Il mesure environ 60 à 70 mètres de diamètre et une trentaine de mètres de profondeur.

Cratère de Darvaza vu de jour dans le désert du Karakoum au Turkménistan


Vue de jour du cratère de Darvaza. Sans la lueur nocturne, sa forme de vaste dépression au milieu du désert apparaît beaucoup plus nettement. Crédit photo John Pavelka (CC BY 2.0).

Comment le cratère de Darvaza s’est-il formé ?

C’est précisément l’une des questions auxquelles il est toujours impossible de répondre avec une certitude absolue.

L’histoire la plus connue raconte qu’en 1971 des géologues soviétiques effectuaient un forage à la recherche de gaz naturel lorsque le terrain s’est effondré sous leur installation.

Le forage aurait alors ouvert une voie permettant au gaz contenu dans le sous-sol de s’échapper vers le cratère.

Cette version reste plausible, mais les archives soviétiques disponibles ne permettent pas de reconstruire l’accident avec suffisamment de précision pour la présenter comme un récit parfaitement établi.

D’autres sources font remonter la formation du cratère à 1963.

L’étude publiée en 2026 dans Geophysical Research Letters ne tranche pas entre 1963 et 1971. Elle apporte en revanche une certitude nouvelle : une image du satellite Landsat 1 montre clairement que le cratère était déjà présent le 25 octobre 1972.

On sait donc désormais beaucoup mieux ce qui s’est passé ensuite que ce qui a précisément provoqué l’effondrement.

Darvaza ne brûle probablement pas depuis 1971

Pendant des décennies, presque tous les récits de Darvaza ont raconté la même histoire.

Après l’effondrement du terrain en 1971, les géologues soviétiques auraient volontairement mis le feu au gaz afin d’empêcher son rejet dans l’atmosphère. Ils auraient pensé que la réserve serait épuisée en quelques jours.

Le feu aurait ensuite continué pendant plus d’un demi-siècle.

Cette belle histoire possède désormais un sérieux problème : les satellites ne la confirment pas.

Les chercheurs ont étudié les données thermiques des satellites Landsat disponibles entre 1984 et 1988.

Jusqu’au 20 septembre 1987, aucune anomalie thermique persistante correspondant à un grand feu n’apparaît au niveau du cratère.

Sur une image du 27 février 1988, en revanche, la combustion est clairement détectable.

Les chercheurs situent donc aujourd’hui le début du brasier entre ces deux dates.

Autrement dit, Darvaza aurait pu rester pendant quinze à vingt-cinq ans sous la forme d’un cratère laissant échapper du gaz avant de devenir la célèbre porte de l’enfer enflammée.

La raison précise de son allumage reste elle aussi inconnue.

Il a pu être volontaire, mais aucune preuve solide ne permet actuellement d’affirmer qui a mis le feu au gaz et dans quelles circonstances.

Darvazan porte de l'enfer
Darvaza et ses flammes. Crédit photo Laika ac (CC BY-SA 2.0).

Pourquoi Darvaza brûle-t-il ?

Le combustible est essentiellement du gaz naturel provenant du sous-sol, dont le principal constituant est le méthane.

Le gaz migre à travers différentes couches géologiques, fractures et conduits avant de parvenir dans le cratère.

Une fois en contact avec l’oxygène de l’air et une source d’ignition, il brûle.

Les photographies historiques montrent ainsi non pas une seule gigantesque flamme, mais des dizaines ou centaines de petits foyers répartis sur le fond et les parois.

Darvaza n’est donc pas un volcan.

Il n’y a ni magma ni lave sous le cratère. Le feu provient de la combustion d’hydrocarbures remontant depuis les formations souterraines.

Le mécanisme diffère également de celui de Yanar Dag en Azerbaïdjan, où du gaz naturel s’échappe directement à travers le sol et entretient une ligne de flammes à la surface.

Une forme spectaculaire ne suffit donc pas à déterminer l’origine d’un paysage. C’est également vrai pour Batagaika en Sibérie, couramment appelé « cratère » alors qu’il s’agit d’un immense effondrement lié au dégel du pergélisol.

le cratere de darvaza porte de l enfer 3


Darvaza Turkmenistan. Crédit photo Kalpak Travel (CC BY 2.0).

La porte de l’enfer est-elle en train de s’éteindre ?

Oui, progressivement.

Le changement est particulièrement visible depuis 2023.

Les anciennes photographies montrent un véritable amphithéâtre couvert de flammes, dont la lumière était visible à plusieurs kilomètres dans le désert.

Aujourd’hui, une partie importante du fond reste sombre.

Les autorités turkmènes cherchent depuis plusieurs années à limiter le débit de gaz alimentant Darvaza.

Turkmengaz a notamment remis en exploitation des puits auparavant fermés et foré de nouveaux puits dans le champ gazier de Chaljulba auquel appartient le cratère.

Deux nouveaux puits à fort débit sont entrés en service en décembre 2024 et un autre forage a été achevé en février 2025.

L’objectif est simple : capturer dans les puits le gaz qui, autrement, migre vers Darvaza.

Flammes dans le cratère de Darvaza au Turkménistan en 2018
Le cratère de Darvaza en 2018, avant la nette diminution de son activité observée à partir de 2023. Crédit photo John Pavelka (CC BY 2.0).

Fin 2025, Turkmengaz a annoncé une nouvelle étape destinée à détourner encore davantage de gaz et à réduire les émissions incontrôlées.

En 2026, le cratère brûle toujours, mais les observations sur place et les données satellitaires montrent un feu nettement moins puissant qu’une dizaine d’années auparavant.

La porte de l’enfer n’est donc pas encore fermée, mais quelqu’un a manifestement commencé à tourner le robinet.

Les satellites montrent la diminution des flammes

La baisse n’est pas seulement visible sur les photographies touristiques.

Le Cooperative Institute for Research in the Atmosphere, en collaboration avec NOAA, a analysé des observations réalisées par les satellites NOAA-20, NOAA-21 et Suomi NPP entre 2022 et 2025.

Les capteurs infrarouges VIIRS permettent de mesurer l’activité thermique du cratère même lorsque les flammes sont difficiles à distinguer sur une photographie classique.

Ils montrent une nette diminution de l’intensité du feu.

Image satellite infrarouge du cratère de Darvaza montrant la diminution de son activité thermique
Cette image infrarouge de Darvaza fait partie d’une série satellitaire publiée en 2025 par CIRA et NOAA montrant la diminution progressive de l’activité du feu entre 2022 et 2025. Crédit image CSU/CIRA et NOAA/NESDIS (domaine public).

L’étude scientifique de 2026 arrive indépendamment à la même conclusion : l’intensité de la combustion baisse progressivement au cours des dernières années.

Moins de flammes ne signifie pas forcément moins de méthane

C’est le paradoxe le plus intéressant de Darvaza.

Une porte de l’enfer moins spectaculaire n’est pas automatiquement une meilleure nouvelle pour le climat.

Entre 2020 et 2025, les chercheurs ont utilisé plusieurs satellites hyperspectraux capables de détecter directement le méthane dans l’atmosphère.

Ils ont identifié 44 panaches de méthane provenant de Darvaza.

Les débits mesurés se situaient généralement entre environ 1 et 3 tonnes de méthane par heure.

Sur cinq années, les chercheurs estiment à environ :

71 000 ± 21 000 tonnes

la quantité de méthane libérée par le site.

En extrapolant leurs mesures sur l’ensemble de l’histoire du cratère, ils obtiennent une estimation dépassant :

900 000 ± 300 000 tonnes de méthane.

Cette dernière valeur reste évidemment une estimation reconstruite et non une mesure directe remontant aux années 1960.

Le point le plus étonnant est ailleurs : les chercheurs n’ont pas trouvé de relation simple entre la diminution des flammes et les quantités de méthane mesurées.

Une partie du gaz peut en effet atteindre l’atmosphère sans brûler.

Or brûler le méthane le transforme principalement en dioxyde de carbone et en vapeur d’eau. Le CO₂ reste un gaz à effet de serre, mais le méthane non brûlé possède un pouvoir de réchauffement beaucoup plus élevé à court terme.

Éteindre simplement les flammes sans contrôler les remontées de gaz pourrait donc produire un résultat visuellement satisfaisant et écologiquement beaucoup moins brillant.

C’est précisément pourquoi les autorités cherchent plutôt à intercepter le gaz dans le sous-sol avant qu’il n’atteigne le cratère.

George Kourounis, le premier homme au fond de Darvaza

En novembre 2013, l’explorateur canadien George Kourounis a réalisé quelque chose qu’il est difficile de considérer comme une bonne idée avant d’en connaître le résultat : descendre dans le cratère en flammes.

L’expédition, soutenue notamment par National Geographic, avait nécessité près de deux années de préparation.

Kourounis portait une combinaison réfléchissant la chaleur, un appareil respiratoire autonome et un harnais spécialement conçu pour résister aux conditions du cratère.

Suspendu à des cordes au-dessus du feu, il a atteint le fond et n’y est resté que 17 minutes.

Il a utilisé ce temps pour mesurer les gaz et prélever des échantillons de roche et de sol avant d’être remonté.

Flammes et fissures à l’intérieur du cratère de Darvaza
Les nombreuses flammes de Darvaza apparaissent au niveau de fissures et de points de sortie du gaz dans le fond du cratère. Crédit photo Benjamin Goetzinger (CC BY-SA 4.0).

Les analyses ont ensuite montré que des bactéries étaient capables de vivre sur des roches prélevées dans cet environnement extrêmement chaud et riche en gaz.

Guinness World Records reconnaît George Kourounis comme la première personne connue à avoir exploré le fond du cratère de Darvaza.

Depuis, personne ne semble particulièrement pressé de lui disputer le record.

Pourquoi l’appelle-t-on la porte de l’enfer ?

Le surnom ne demande pas une imagination démesurée.

De nuit, l’immense cavité rougeoyante entourée de désert évoque assez efficacement une entrée vers quelque chose que les brochures touristiques ne recommanderaient probablement pas de visiter.

Darvaza n’est cependant pas le seul lieu auquel les humains ont attribué une adresse infernale.

Au Yémen, le puits de Barhout est lui aussi surnommé « puits de l’enfer », alors qu’il s’agit d’une profonde cavité naturelle sans rapport avec une fuite de gaz enflammée.

En Angleterre, le gouffre d’Eldon Hole passait autrefois pour une autre porte donnant directement sur l’enfer.

À Darvaza, au moins, les flammes ont eu la délicatesse d’aider un peu la légende.

Peut-on visiter Darvaza ?

Le cratère reste une attraction touristique importante du Turkménistan et il est toujours visité en 2026.

Il se trouve dans une zone désertique isolée, à plusieurs heures de route d’Achgabat. Les déplacements touristiques au Turkménistan sont fortement encadrés et la visite s’effectue généralement dans le cadre d’un circuit organisé, souvent avec un véhicule adapté aux derniers kilomètres dans le désert.

Les flammes étant aujourd’hui plus faibles, le coucher du soleil et la nuit restent les périodes où elles sont le plus faciles à distinguer.

L’état du cratère évolue cependant rapidement : les photographies spectaculaires prises il y a dix ou quinze ans ne constituent plus nécessairement une représentation fidèle du spectacle actuel.

Les coordonnées du cratère sont approximativement : 40.2525, 58.4396. Voici sa position sur Google Maps:

le cratere de darvaza porte de l enfer turkmenistan maps

Vidéo de Darvaza

La descente de George Kourounis dans le cratère et son expédition scientifique sont présentées par National Geographic :

George Kourounis entre dans la « Door to Hell » de Darvaza – National Geographic

Sources pour aller plus loin

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