Au fond d’une spectaculaire reculée du Jura, la Cuisance surgit du massif calcaire et se déploie en une multitude de filets d’eau sur une paroi couverte de mousse. C’est la cascade des Tufs des Planches-près-Arbois, à quelques kilomètres d’Arbois, un décor particulièrement photogénique où l’eau semble sortir directement de la roche.
Mais cette cascade ne se contente pas de creuser son support : elle participe aussi à la fabrication progressive du tuf sur lequel elle s’écoule. Cette roche calcaire poreuse se dépose au contact de l’air et construit peu à peu seuils, vasques et petits barrages. Un paysage vivant, fragile, et désormais suffisamment fréquenté pour que baignade, circulation et stationnement soient strictement encadrés.
La cascade des Tufs aux Planches-près-Arbois, dans la reculée creusée par la Cuisance. Crédit photo JGS25 (CC BY-SA 4.0).
À retenir
- La cascade des Tufs se trouve aux Planches-près-Arbois, dans le département du Jura, à quelques kilomètres d’Arbois.
- Elle est alimentée par la Petite source de la Cuisance, une exsurgence karstique qui sort du massif calcaire.
- Le tuf se forme lorsque le carbonate de calcium contenu dans l’eau précipite, notamment sous l’effet des turbulences et de la perte de CO₂.
- La cascade mesure environ 10 mètres de haut pour une quinzaine de mètres de large.
- Elle se trouve au fond de la reculée des Planches, fermée par des falaises atteignant environ 245 mètres.
- La baignade et le pataugeage sont interdits, y compris pour les animaux, afin de protéger ce milieu particulièrement fragile.
- L’accès automobile est fortement réglementé : pour une visite sans mauvaise surprise, le stationnement à Mesnay puis l’approche à pied sont recommandés.
La cascade des Tufs des Planches-près-Arbois
Il existe plusieurs cascades de tuf dans le Jura et la confusion est facile. Celle dont il est question ici se trouve aux Planches-près-Arbois, au sud-est d’Arbois, et non à Baume-les-Messieurs, où une autre cascade célèbre s’écoule également sur des formations de tuf.
Cette précision n’est pas qu’une coquetterie géographique : les deux sites possèdent leur propre réseau hydrographique, leur propre géologie locale et, surtout, des conditions d’accès différentes.
Aux Planches-près-Arbois, la cascade est associée à la Petite Cuisance. La commune indique que la Cuisance possède deux sources principales dans la reculée : une source située vers la grotte et la Petite source, environ 300 mètres en amont de la cascade sous le cirque du Fer à Cheval.
La chute elle-même, souvent donnée pour environ 10 mètres de hauteur et 15 mètres de largeur, ne forme pas un grand rideau vertical unique. L’eau se divise entre les reliefs de la roche, contourne les mousses et tombe par une multitude de petites veines, ce qui lui donne son aspect caractéristique.
L’eau de la Cuisance forme une succession de petits bassins et de cascades au milieu de la végétation. Crédit photo WenPhotos (Pixabay Content License).
Pourquoi cette cascade porte-t-elle le nom de « Tufs » ?
Le tuf n’est pas simplement le vieux calcaire sur lequel passe la rivière. Ici, la roche continue de se former sous nos yeux, même si le phénomène est évidemment beaucoup trop lent pour être observé pendant une promenade.
La Petite source de la Cuisance est une exsurgence : l’eau de pluie s’infiltre dans le massif calcaire, circule dans des galeries souterraines puis ressort à l’air libre. L’Académie de Besançon précise qu’il s’agit bien d’une exsurgence et non d’une résurgence, puisque cette eau souterraine provient de l’infiltration plutôt que de la réapparition d’un cours d’eau de surface ayant disparu sous terre.
Cette eau a dissous du carbonate de calcium pendant son parcours dans le calcaire. Lorsqu’elle arrive à l’air libre, les turbulences des petites chutes favorisent la perte de dioxyde de carbone. L’équilibre chimique change alors et une partie des carbonates précipite progressivement sous forme de dépôt calcaire.
Ce matériau poreux et souvent concrétionné est appelé tuf calcaire, ou travertin dans un sens géologique voisin.
Le phénomène rappelle, à des échelles très différentes, les terrasses blanches de Pamukkale en Turquie ou encore les dépôts calcaires des Cascate del Mulino en Toscane.
Des gours façonnés par le calcaire
Le tuf ne construit pas une surface parfaitement régulière. À mesure que le carbonate se dépose sur les pierres, les végétaux, les racines et les irrégularités du lit, de petits barrages naturels apparaissent.
Ils retiennent l’eau et forment des bassins successifs souvent appelés gours. Ces petites vasques donnent à la Cuisance cet aspect d’escalier aquatique que l’on retrouve dans plusieurs paysages calcaires célèbres.
Les bassins de la Cuisance en amont de la cascade des Tufs montrent les petits seuils construits par les dépôts calcaires. Crédit photo Hélène Rival (CC BY-SA 4.0).
Le même mécanisme atteint une dimension monumentale dans les lacs de Plitvice en Croatie, où les barrières de tuf séparent progressivement les différents lacs.
Ce qui rend ces formations aussi belles les rend également vulnérables : le tuf récemment formé est poreux et relativement friable. Piétiner les seuils ou multiplier les passages dans les vasques peut endommager en quelques instants des structures qui ont demandé beaucoup plus longtemps à se mettre en place.
Une cascade au fond de la plus haute reculée du Jura
Le décor ne se limite pas à la chute d’eau. La cascade se trouve au fond de la reculée des Planches, une vallée encaissée caractéristique du relief jurassien.
Une reculée est une vallée qui pénètre profondément dans un plateau calcaire et se termine brutalement par un cirque de falaises. Elle est souvent associée au karst : l’eau infiltre le plateau, circule sous terre puis ressort au pied des escarpements.
Aux Planches-près-Arbois, les falaises atteignent environ 245 mètres de hauteur. Jura Tourisme la présente comme la plus haute reculée du massif jurassien.
Le village des Planches-près-Arbois occupe le fond de cette vallée fermée, tandis que La Châtelaine domine le plateau. Entre les deux, falaises, forêt, sources et Cuisance composent un véritable condensé de géologie jurassienne.
La cascade des Tufs vue depuis son pied aux Planches-près-Arbois. Crédit photo Hélène Rival (CC BY-SA 4.0).
Quand voir la cascade des Tufs avec beaucoup d’eau ?
Comme beaucoup de cours d’eau karstiques, la Cuisance peut changer rapidement d’apparence selon les précipitations. La cascade est accessible à pied toute l’année, mais son débit n’est évidemment pas identique après plusieurs semaines sèches et après une période pluvieuse.
Pour voir la cascade sous son aspect le plus généreux, mieux vaut donc privilégier une période où les précipitations récentes ont suffisamment alimenté le réseau souterrain. Au contraire, après une longue sécheresse estivale, le spectacle peut être beaucoup moins abondant.
L’hiver peut également transformer le paysage lorsque le froid saisit une partie des écoulements, tandis que l’automne ajoute les couleurs de la forêt aux mousses qui recouvrent le tuf.
Autrement dit, la meilleure saison dépend aussi de ce que l’on vient chercher : beaucoup d’eau, couleurs d’automne, fraîcheur estivale ou paysages hivernaux. La météo des semaines précédentes est souvent plus instructive que le numéro du mois sur le calendrier.
Pourquoi la baignade est-elle interdite à la cascade des Tufs ?
Les vasques donnent furieusement envie d’y mettre les pieds. Il faut pourtant résister : baignade et pataugeage sont interdits sur le site, y compris pour les animaux.
Il ne s’agit pas simplement d’empêcher les visiteurs de transformer la cascade en piscine naturelle. Les formations de tuf, les mousses et les habitats associés sont fragiles et la répétition de dizaines de milliers de passages finit par laisser des traces bien réelles.
La reculée est intégrée au réseau européen Natura 2000. La zone spéciale de conservation « reculée des Planches-près-Arbois » couvre une partie des communes d’Arbois, La Châtelaine, Mesnay et Les Planches-près-Arbois.
Un arrêté de protection des habitats naturels a également renforcé les mesures de préservation en 2021.
Et la fréquentation n’a rien d’anecdotique : des compteurs piétons installés sur le site ont relevé environ 75 000 entrées entre juin et la fin septembre 2024. À cette échelle, quelques pas hors du sentier répétés des milliers de fois cessent rapidement d’être « juste quelques pas ».
Comment accéder à la cascade des Tufs ?
La cascade se trouve aux Planches-près-Arbois, dans le Jura.
Coordonnées GPS : 46.87181, 5.80532. Voici sa position sur Google Maps:
L’accès final se fait à pied. En raison de la forte fréquentation, les conditions de circulation et de stationnement ont été renforcées ces dernières années.
Pour les visiteurs venant en voiture, Jura Tourisme recommande notamment le parking de la Cartonnerie de Mesnay, à environ 2 kilomètres à pied du site.
La mairie des Planches-près-Arbois mentionne également quelques zones autorisées dans le cadre de sa réglementation locale, notamment :
- le parking du Verger Maillard, derrière l’église, d’environ 25 places ;
- le parking dit Au Bourbet, accessible par la RD247, d’environ 80 places.
Ces règles peuvent varier selon la période et la fréquentation. Pendant les vacances scolaires, week-ends et jours fériés notamment, les restrictions sont renforcées. Il est donc prudent de consulter la mairie ou Jura Tourisme avant le déplacement plutôt que de faire confiance à une vieille indication de parking trouvée sur un blog.
Une navette saisonnière peut également être mise en place en été entre Mesnay et Les Planches-près-Arbois ; les dates et horaires sont publiés par l’office de tourisme.
Aucune billetterie d’entrée à la cascade n’est indiquée sur la fiche officielle de Jura Tourisme : il s’agit d’un site naturel accessible à pied, sous réserve des règles locales de circulation et de protection.
Les chiens sont admis mais doivent être tenus en laisse, et ils ne doivent pas davantage entrer dans l’eau que leurs propriétaires.
Une cascade à ne pas confondre avec celle de Baume-les-Messieurs
Le Jura possède au moins deux sites très connus régulièrement appelés « cascade des Tufs », ce qui explique un joyeux mélange dans Google Images, les réseaux sociaux et même certaines galeries en ligne.
La cascade décrite ici est celle des Planches-près-Arbois, sur la Cuisance.
À environ une trentaine de kilomètres à vol d’oiseau se trouve la cascade de Baume-les-Messieurs, alimentée par le Dard et également associée à des dépôts de tuf. Les deux sont belles, les deux sont jurassiennes, mais déplacer une photo de l’une dans un article sur l’autre reste une manière assez radicale de raccourcir le trajet.
Cette distinction est aussi importante avant une visite : parking, randonnée, réglementation et accès ne sont évidemment pas interchangeables.
Une roche construite par une rivière
La cascade des Tufs offre finalement un bel exemple d’un paradoxe géologique : une rivière capable d’éroder son lit peut simultanément déposer la matière qui construit une partie de ce même lit.
À chaque passage, la Cuisance dissout, transporte, dépose et remodèle. Le décor parait immobile à l’échelle d’une photographie, mais il reste en évolution permanente.
C’est justement pour préserver cette dynamique que rester sur les cheminements autorisés et regarder les bassins depuis la rive est préférable à une séance de barbotage. Le meilleur souvenir à rapporter du site reste une photo ; elle tient beaucoup moins de place qu’un morceau de tuf et, accessoirement, elle est autorisée.
Vidéo de la cascade des tufs de la Reculée d’Arbois
Un style loin de Arbol de Navidad, la cascade en forme de sapin de Noël, voici une petite vidéo montrant cette magnifique chute d’eau des des Planches-près-Arbois
Sources pour aller plus loin
- Jura Tourisme — cascade des Tufs aux Planches-près-Arbois, reculée et conditions d’accès
- Cœur du Jura Tourisme — reculée des Planches, accès et informations pratiques
- Mairie des Planches-près-Arbois — réglementation de la circulation et du stationnement
- Mairie des Planches-près-Arbois — Cuisance, sources et interdiction de baignade
- Académie de Besançon — géologie, exsurgence de la Cuisance et formation du tuf
- Légifrance — site Natura 2000 de la reculée des Planches-près-Arbois




