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La tête parfaitement stable d’une buse en vol stationnaire [vidéo]

Le corps monte, descend et corrige sans cesse sa position dans les rafales, mais la tête semble presque clouée dans le ciel. Cette étonnante séquence montre une buse à queue rousse en vol stationnaire, utilisant un fort vent de face pour rester pratiquement au même endroit tout en surveillant le sol.

La scène a été filmée par le photographe américain Bill Bryant à Golden, dans le Colorado. Pendant plusieurs jours, il a observé deux buses profiter des vents descendant des Rocheuses pour scruter les collines à la recherche de souris et d’écureuils terrestres. Sa vidéo a remporté le Video Award des Audubon Photography Awards 2021.

Buse à queue rousse Buteo jamaicensis en vol dans le Colorado
Une Buse à queue rousse (Buteo jamaicensis) en vol au Baca National Wildlife Refuge, dans le Colorado. Crédit photo Dana Shellhorn / U.S. Fish and Wildlife Service (domaine public).

À retenir

  • L’oiseau de la vidéo est une Buse à queue rousse (Buteo jamaicensis), un rapace nord-américain.
  • Elle reste pratiquement immobile par rapport au sol grâce à un fort vent de face : on parle couramment de vol stationnaire, ou de wind hovering.
  • Son corps et ses ailes compensent continuellement les variations du vent tandis que sa tête reste remarquablement stable.
  • Cette stabilisation facilite le maintien d’un regard exploitable pour surveiller le sol et détecter les proies.
  • La vidéo de Bill Bryant a remporté le Video Award des Audubon Photography Awards 2021.

Une buse à queue rousse presque immobile face au vent

La vedette de cette séquence est une Buse à queue rousse, Buteo jamaicensis, l’un des grands rapaces les plus répandus d’Amérique du Nord.

Il ne s’agit donc pas de la Buse variable (Buteo buteo) commune en Europe.

Les buses à queue rousse chassent souvent depuis un perchoir élevé, ce qui leur permet d’observer le terrain sans dépenser inutilement de l’énergie. Elles peuvent aussi survoler leur territoire à la recherche de petits mammifères, reptiles ou autres proies.

Dans certaines conditions, un vent suffisamment fort permet cependant à l’oiseau de se placer face au flux d’air et de rester presque immobile par rapport au sol sans battre continuellement des ailes.

C’est exactement ce qui se produit dans la vidéo.

Bill Bryant a expliqué avoir observé pendant plusieurs jours deux buses profitant des forts vents du début de l’été descendant des Rocheuses. Elles restaient suspendues dans les airs tout en surveillant les reliefs à la recherche de souris et d’écureuils terrestres.

Pourquoi parle-t-on de vol stationnaire ?

Visuellement, la buse semble faire du surplace. Pourtant, son vol n’est pas comparable à celui d’un hélicoptère dans un air immobile.

Le vent arrive continuellement sur ses ailes et fournit l’écoulement d’air nécessaire à la portance. La buse ajuste alors l’orientation de ses ailes, de sa queue et de son corps pour que sa vitesse par rapport au sol reste proche de zéro.

Elle vole donc bien dans une masse d’air en mouvement, même si un observateur placé au sol la voit quasiment immobile.

Le mécanisme est très différent de celui des colibris capables de véritable vol stationnaire grâce aux battements extrêmement particuliers de leurs ailes.

Même certains insectes utilisent encore une autre mécanique pour rester sur place, comme le papillon à queue de dragon vert et son étonnant vol stationnaire.

Comment la buse garde-t-elle la tête aussi stable ?

C’est le détail qui transforme la vidéo en démonstration presque hypnotique.

Le corps de la buse oscille avec le vent. Les ailes changent légèrement d’angle, la queue corrige l’équilibre et l’ensemble de l’oiseau monte ou descend de quelques centimètres.

La tête, elle, paraît pratiquement immobile.

Ce n’est pas un verrouillage mécanique. La stabilisation résulte de mouvements compensatoires extrêmement précis du cou, commandés à partir de plusieurs sources d’information sensorielles.

Les recherches consacrées à la stabilisation de la tête chez les oiseaux, notamment chez les pigeons, mettent en évidence l’action combinée de la vision, du système vestibulaire de l’oreille interne et des informations proprioceptives provenant du corps et du cou.

Lorsque le corps tourne ou se déplace, le cerveau peut ainsi commander des corrections qui limitent les mouvements de la tête.

L’effet donne presque l’impression d’un gyroscope à plumes, même si le fonctionnement biologique est évidemment beaucoup plus complexe.

Tête et yeux d’une Buse à queue rousse Buteo jamaicensis


Gros plan sur la tête d’une Buse à queue rousse (Buteo jamaicensis). Crédit photo AstroDoc (CC BY-SA 4.0).

Pourquoi est-il si important de stabiliser le regard ?

Pour un rapace à la recherche d’une petite proie au sol, une image qui saute dans tous les sens n’est évidemment pas idéale.

Stabiliser la tête permet de réduire une partie des mouvements de l’image sur la rétine et de disposer de périodes pendant lesquelles l’environnement visuel reste beaucoup plus stable.

Des recherches menées sur les pigeons en vol montrent d’ailleurs que les mouvements de la tête peuvent être largement découplés des rotations du corps : la tête connaît des périodes de stabilité séparées par des repositionnements rapides.

Une étude publiée en 2026 dans Current Biology va encore plus loin. À l’aide d’un système de suivi oculaire embarqué, les chercheurs ont constaté que les pigeons en vol maintiennent également leurs yeux dans une position extrêmement constante à l’intérieur de la tête. Dans plusieurs environnements visuels, cette position revenait à moins d’environ un degré d’une position de référence.

Ces recherches portent sur les pigeons et non directement sur la Buse à queue rousse de Bill Bryant. Elles permettent néanmoins de comprendre pourquoi la stabilisation de la tête et du regard constitue un avantage majeur pour un oiseau en déplacement.

La même impression chez le faucon crécerelle

La Buse à queue rousse n’est pas le seul rapace capable de donner cette étrange impression de tête détachée des mouvements du reste du corps.

Le phénomène apparaît de manière particulièrement spectaculaire chez un faucon crécerelle dont la tête reste presque immobile pendant un vol stationnaire.

Là encore, l’oiseau compense les mouvements de son corps tout en maintenant son regard sur la zone qu’il surveille.

Cette capacité est particulièrement adaptée aux rapaces qui cherchent depuis les airs des proies parfois minuscules.

Une vidéo récompensée par Audubon

Bill Bryant n’est pas tombé par hasard sur quelques secondes chanceuses.

Le photographe a suivi les deux buses pendant plusieurs jours dans les environs de Golden avant de réaliser la séquence.

En 2021, sa vidéo a remporté le Video Award des Audubon Photography Awards. C’était la première année où ce concours de photographie ornithologique décernait également un prix spécialement consacré à la vidéo.

Audubon avait reçu cette année-là 261 vidéos, en plus de plusieurs milliers de photographies.

Dans la séquence gagnante, tout l’intérêt tient précisément au contraste entre le mouvement permanent du corps et la stabilité de la tête. Les ailes et la queue travaillent, les pattes restent pendantes et l’oiseau corrige sans cesse sa position, mais son regard reste dirigé vers le terrain de chasse.

Une prouesse plus discrète que le record d’altitude du vautour de Rüppell, capable de voler à des hauteurs comparables à celles d’un avion de ligne, mais tout aussi révélatrice des adaptations étonnantes du vol chez les oiseaux.

Sources pour aller plus loin

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