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Haiku Stairs : les 3 922 marches interdites sur les crêtes d’Oahu

Accrochés à une crête extrêmement raide des montagnes Koʻolau, sur l’île d’Oahu à Hawaï, les Haiku Stairs ont longtemps offert l’une des images les plus vertigineuses de l’archipel : un escalier métallique disparaissant dans les nuages au-dessus de Kāneʻohe.

L’ouvrage comptait historiquement 3 922 marches. Il n’a pourtant jamais été construit pour les randonneurs : son origine remonte à la Seconde Guerre mondiale, lorsqu’il permettait d’accéder à une installation radio de l’US Navy. Fermé au public depuis 1987, devenu célèbre malgré son interdiction, il a commencé à être démonté en 2024 avant que la justice ne suspende les travaux. En 2026, des portions manquent donc déjà, tandis que le reste de l’escalier demeure fermé et au cœur d’une bataille judiciaire.

Haiku Stairs sur les crêtes d’Oahu à Hawaï
Les Haiku Stairs descendant vers la vallée de Kāneʻohe et l’autoroute H3 en 2007. Crédit photo Brock Roseberry (CC BY 2.0).

À retenir

  • Les Haiku Stairs se trouvent au-dessus de la vallée de Haʻikū, sur l’île d’Oahu à Hawaï.
  • L’escalier métallique historique comptait 3 922 marches.
  • Il montait d’environ 120 mètres d’altitude jusqu’à la crête des Koʻolau, vers 860 mètres.
  • L’accès initial a été aménagé pendant la Seconde Guerre mondiale pour une station radio de l’US Navy.
  • Les structures en bois ont été remplacées par des modules métalliques à la fin des années 1950.
  • Les Haiku Stairs sont fermés au public depuis 1987.
  • Honolulu a lancé leur démantèlement en 2024, mais la justice a ensuite suspendu l’essentiel des travaux.
  • Certains tronçons ont déjà été retirés : il n’est donc plus exact de parler aujourd’hui de 3 922 marches encore en place.
  • L’accès reste interdit et l’état actuel de la structure rend toute tentative particulièrement dangereuse.

Pourquoi les Haiku Stairs ont-ils été construits ?

Les Haiku Stairs n’ont rien d’une attraction touristique conçue pour amateurs de panoramas.

Leur histoire commence en 1942, en pleine Seconde Guerre mondiale.

Après l’attaque de Pearl Harbor, l’US Navy développait sur Oahu une station radio capable d’assurer des communications à très longue distance avec les navires américains déployés dans le Pacifique.

La vallée de Haʻikū présentait une caractéristique particulièrement utile : sa forme d’immense amphithéâtre naturel entre les parois abruptes des Koʻolau permettait d’installer de très longs câbles d’antenne entre les crêtes.

Il fallait toutefois acheminer hommes et matériel là-haut.

Un premier accès constitué notamment de marches et d’échelles en bois a donc été aménagé sur la pente.

Le paysage qui allait devenir une icône photographique est ainsi né d’un problème beaucoup moins romantique : comment envoyer des techniciens réparer une antenne militaire presque au sommet d’une falaise tropicale ?

Les 3 922 marches métalliques n’ont pas été installées en 1942

C’est une confusion fréquente, notamment dans les anciennes descriptions du site.

Les structures installées pendant la guerre étaient principalement en bois.

Les célèbres escaliers métalliques sont arrivés plus tard, à la fin des années 1950.

Les anciennes installations ont alors été remplacées par une succession de modules en acier inoxydable, de marches, d’échelles et de plateformes.

L’ensemble historique comptait environ 3 922 marches.

Il partait de la vallée de Haʻikū, vers 400 pieds d’altitude, soit environ 120 mètres, et atteignait la ligne de crête des Koʻolau vers 2 820 pieds, environ 860 mètres.

Sur certaines portions, le mot « escalier » devient d’ailleurs assez généreux : la pente est tellement forte que la structure ressemble davantage à une échelle métallique posée sur la montagne.

Marches métalliques très raides des Haiku Stairs à Oahu


Une portion particulièrement raide des Haiku Stairs photographiée en 2007. Crédit photo Kirinwizard (domaine public).

Une station radio cachée dans les montagnes d’Oahu

Le système d’accès desservait la station radio de Haʻikū et ses gigantesques antennes.

Après la guerre, les installations militaires ont continué à évoluer. En 1975, l’US Coast Guard a notamment utilisé le site dans le cadre du système de radionavigation Omega.

L’escalier était alors un équipement technique beaucoup plus qu’un sentier.

Le décor, lui, avait déjà tout ce qu’il fallait pour devenir célèbre : une crête extrêmement étroite, une végétation tropicale très dense et, des centaines de mètres plus bas, la baie de Kāneʻohe et la côte orientale d’Oahu.

L’île possède évidemment bien d’autres curiosités beaucoup plus faciles d’accès. À Honolulu, par exemple, l’immense arbre de Hitachi dans les jardins de Moanalua offre une expérience sensiblement plus reposante pour les genoux.

Pourquoi les Haiku Stairs ont-ils fermé en 1987 ?

L’accès du public aux escaliers a été définitivement fermé en 1987.

Le vandalisme, l’état de certaines sections et surtout les problèmes de sécurité et de responsabilité ont pesé dans la décision.

La fermeture n’a toutefois jamais fait disparaître l’escalier.

Et c’est là que son histoire est devenue beaucoup plus compliquée.

Les vues spectaculaires ont continué à attirer des randonneurs qui pénétraient illégalement sur le site. Avec Internet puis les réseaux sociaux, les photographies des Haiku Stairs ont circulé dans le monde entier.

L’ouvrage militaire oublié s’est progressivement transformé en lieu mythique, alors même qu’il restait officiellement interdit.

La situation a créé pendant des années des conflits avec les habitants des quartiers voisins, confrontés aux passages nocturnes, aux intrusions sur des propriétés privées et aux interventions des secours.

Stairway to Heaven escaliers de haiku stairs 1
Crédit photo Brock Roseberry (CC BY 2.0).

Une rénovation à près d’un million de dollars… suivie d’aucune réouverture

L’histoire aurait pourtant pu prendre une autre direction.

Au début des années 2000, Honolulu envisageait une réouverture légale et encadrée.

En 2005, la ville a fait rénover les Haiku Stairs afin de les remettre en état. Les travaux ont coûté près d’un million de dollars.

Mais le problème principal n’était pas seulement l’escalier.

Il fallait également créer un accès légal depuis la vallée, organiser le stationnement, gérer les visiteurs, protéger le voisinage et déterminer qui assumerait la responsabilité et l’entretien du site.

Le transfert nécessaire entre organismes publics n’a finalement pas abouti comme prévu et les escaliers sont restés fermés.

Voilà comment on peut restaurer près de 4 000 marches sans jamais inviter personne à les utiliser. L’administration possède parfois ses propres sommets.

Haiku Stairs et Flørli : deux immenses escaliers, deux destins opposés

Avec 3 922 marches historiques, les Haiku Stairs semblent presque modestes face à l’escalier de Flørli en Norvège et ses 4 444 marches.

Les deux ouvrages présentent pourtant une histoire assez comparable.

Ni l’un ni l’autre n’a été construit à l’origine comme attraction touristique : Haʻikū desservait une installation radio militaire, tandis que Flørli accompagnait les infrastructures d’une centrale hydroélectrique.

Leur destinée actuelle est en revanche radicalement différente.

Flørli reste entretenu et accessible aux randonneurs.

Haʻikū reste interdit depuis près de quatre décennies et une partie de sa structure a désormais été retirée.

Même quantité de marches, mais ambiance administrative légèrement différente.

Pourquoi Honolulu a décidé de démonter les Haiku Stairs

Après des décennies de débats, la ville d’Honolulu a choisi en 2021 la solution la plus radicale : retirer l’escalier.

Les arguments avancés concernent notamment :

  • les intrusions répétées malgré l’interdiction ;
  • les risques pour les visiteurs et les secouristes ;
  • les nuisances subies par le voisinage ;
  • les responsabilités juridiques de la ville ;
  • les coûts permanents liés à la surveillance et à l’entretien.

Le projet s’est concrétisé en avril 2024.

La ville a attribué à The Nakoa Companies un contrat d’environ 2,6 millions de dollars pour retirer plus de 600 modules de l’escalier, certains éléments devant être descendus par hélicoptère.

Le chantier devait durer plusieurs mois.

Il n’est pas allé au bout.

Les Haiku Stairs existent-ils encore en 2026 ?

Oui, mais ils ne sont plus intacts.

Le démontage a effectivement commencé au printemps 2024.

Des ouvriers ont désolidarisé différents modules et certaines portions ont été retirées. Mais l’association Friends of Haʻikū Stairs, qui défend la conservation du site et un éventuel accès encadré, avait engagé plusieurs procédures judiciaires contre le projet.

En juillet 2024, l’Intermediate Court of Appeals d’Hawaï a imposé une suspension du démantèlement pendant l’examen du recours.

La ville a seulement été autorisée à sécuriser ou retirer certains modules déjà détachés.

Depuis, le dossier s’est prolongé.

Dans sa dernière mise à jour officielle trouvée pour cette reprise, datée du 12 février 2026, le maire d’Honolulu Rick Blangiardi indiquait que la ville attendait toujours la décision de la cour d’appel depuis plus d’un an et demi.

Il précisait également que certains segments avaient déjà été retirés avant la suspension du chantier.

Il n’est donc plus correct de présenter les Haiku Stairs comme un escalier intact de 3 922 marches.

Ce chiffre décrit désormais l’ouvrage historique avant son démontage partiel.

Vue depuis les Haiku Stairs sur Kāneʻohe et Oahu


Vue depuis le sommet des Haiku Stairs vers Kāneʻohe et sa baie en décembre 2016. Crédit photo Jstan2000 (CC BY-SA 4.0).

Peut-on visiter ou monter les Haiku Stairs aujourd’hui ?

Non.

Les Haiku Stairs restent officiellement fermés au public.

Le fait que le chantier de démolition soit suspendu ne signifie absolument pas que le site a rouvert.

L’accès constitue toujours une intrusion sur une zone fermée et peut entraîner une intervention des autorités.

Surtout, les photographies anciennes ne correspondent plus forcément à l’état physique actuel du parcours. Certaines sections ont été retirées et d’autres ont été détachées ou sécurisées pendant les travaux.

Le maire d’Honolulu estimait d’ailleurs en 2026 que l’escalier était désormais encore plus dangereux qu’avant le début du démontage.

Mieux vaut donc admirer les Haiku Stairs sur les nombreuses photographies réalisées avant 2024 que tenter de vérifier personnellement combien de marches manquent.

Un ouvrage historique au cœur d’un débat compliqué

Le conflit autour des Haiku Stairs ne se résume pas à « randonneurs contre autorités ».

Le site possède une valeur historique reconnue en raison de son origine militaire et de son architecture inhabituelle.

Les études réalisées dans le cadre de l’évaluation environnementale du projet ont considéré les escaliers comme une propriété historique significative.

Les défenseurs du site proposent depuis longtemps une conservation avec accès payant et encadré par un autre itinéraire, afin de supprimer les intrusions dans les quartiers résidentiels.

La ville souligne pour sa part les contraintes de sécurité, de responsabilité, d’accès, de voisinage et de coût qui ont empêché plusieurs projets de réouverture d’aboutir depuis des décennies.

C’est précisément ce qui explique pourquoi un simple escalier métallique est devenu un dossier politique, environnemental et judiciaire capable de traverser plusieurs administrations.

Un autre Caminito del Rey ? Pas vraiment

Les Haiku Stairs sont parfois rapprochés d’itinéraires connus pour leur vertige.

La comparaison avec le Caminito del Rey en Espagne est intéressante précisément parce que les deux sites ont suivi des trajectoires différentes.

Le Caminito del Rey historique était extrêmement dégradé et dangereux. Il a été entièrement sécurisé puis officiellement rouvert en 2015 avec passerelles, casques et accès réglementé.

Haʻikū a connu une tentative de rénovation, mais jamais la mise en place durable d’un accès légal permettant son ouverture.

Même vertige, deux politiques de gestion presque opposées.

Dans un registre moins controversé, le rocher de Guatapé en Colombie et ses quelque 740 marches montre également qu’un escalier monumental peut devenir une attraction touristique parfaitement officielle. Avec 740 marches seulement, les mollets ont même droit à une négociation plus raisonnable.

Pourquoi ces escaliers sont devenus une icône

Sur le plan purement visuel, leur succès n’a rien de mystérieux.

L’escalier suit directement les arêtes étroites des Koʻolau. Par endroits, les marches semblent monter presque verticalement avant de disparaître dans les nuages.

Les jours dégagés, la baie de Kāneʻohe apparaît des centaines de mètres plus bas.

Lorsque la brume enveloppe la montagne, la structure métallique semble au contraire ne mener nulle part.

Cette combinaison explique son célèbre surnom anglophone de Stairway to Heaven. Pour éviter toute confusion, il n’a toutefois aucun rapport avec l’escalier vers le ciel de David McCracken, sculpture en aluminium jouant avec la perspective et l’impression d’infini.

Des images qui montrent désormais un site historique

Les photographies les plus connues des Haiku Stairs datent presque toutes d’avant le début du démontage.

Elles restent parfaitement pertinentes, mais il faut désormais les lire comme des témoignages de l’état de l’escalier avant 2024.

Les anciennes photos de Brock Roseberry, Kirinwizard ou Jstan2000 montrent le parcours métallique lorsqu’il était encore continu.

L’absence actuelle de photographies libres documentant précisément toutes les portions retirées incite à la prudence : une image spectaculaire des 3 922 marches ne représente plus nécessairement ce qui existe aujourd’hui sur la crête.

Vidéo des Haiku Stairs avant leur démantèlement partiel

Cette vidéo montre également les escaliers dans leur état antérieur aux travaux de 2024.

Elle constitue désormais autant un document historique qu’une vidéo de paysage.

Sources pour aller plus loin

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3 commentaires sur “Haiku Stairs : les 3 922 marches interdites sur les crêtes d’Oahu”

  1. Retour de ping : Le palais de Leh bastion abandonné de l'Himalaya ← 2Tout2Rien

  2. Si je suis allé au départ des échelles, je n’ai pas eu le courage ou la folie d’y cheminer malgré la tentation. C’est vertigineux et en mauvais état.

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