Elle surgit derrière une plinthe, traverse le mur à une vitesse peu compatible avec un réveil serein, puis disparaît avant même que l’on ait identifié le nombre de ses pattes. Avec son corps rayé et ses membres interminables disposés en éventail, la scutigère véloce possède tout ce qu’il faut pour provoquer une petite panique dans une salle de bains.
Pourtant, Scutigera coleoptrata n’est ni une araignée ni une grande scolopendre tropicale. C’est un chilopode rapide, discret et essentiellement nocturne, qui chasse les insectes et les autres petits arthropodes présents dans les habitations. Son allure évoque un plumeau ayant choisi une carrière de prédateur, mais elle est généralement bien plus utile que dangereuse.
Crédit photo Gilles San Martin (CC BY-SA 4.0).
À retenir
- La scutigère véloce est un chilopode et non un insecte.
- L’adulte possède 15 paires de pattes, soit 30 pattes.
- Son corps mesure généralement entre 2,5 et 4 centimètres, mais ses longues pattes la font paraître beaucoup plus grande.
- Elle peut courir à une vitesse d’au moins 50 centimètres par seconde.
- Elle chasse les insectes, les araignées et différents petits arthropodes domestiques.
- Elle possède du venin, mais les morsures humaines sont très rares et habituellement sans gravité.
- Une présence régulière de scutigères peut signaler une humidité importante ou l’abondance de petites proies dans la maison.
Qu’est-ce que la scutigère véloce ?
La scutigère véloce, de son nom scientifique Scutigera coleoptrata, appartient à la classe des Chilopoda, à l’ordre des Scutigeromorpha et à la famille des Scutigeridae.
Il s’agit donc d’un centipède carnivore, terme qui désigne les chilopodes possédant une paire de pattes par segment porteur. Malgré le mot « centipède », elle ne possède pas cent pattes, pas plus que la plupart des animaux appelés mille-pattes n’en possèdent mille. La zoologie aime les comptes ronds, même lorsque les animaux refusent de coopérer.
Son corps aplati présente généralement une teinte jaune grisâtre, beige ou brun clair, parcourue par trois bandes longitudinales plus sombres. Ses pattes sont annelées de zones claires et foncées, ce qui rend leurs mouvements particulièrement difficiles à suivre lorsqu’elle se met à courir.
Le corps proprement dit mesure le plus souvent entre 2,5 et 4 centimètres. Antennes et pattes comprises, une grande femelle peut cependant occuper un diamètre visuel bien supérieur.
Crédit photo Brian Gratwicke (CC BY 2.0).
J’avoue en avoir régulièrement quelques unes chez moi ce qui m’a intéressé sur le sujet de cet animal un peu surprenant, entre beauté étrange et malaise.
Pourquoi parle-t-on de faux scolopendre ?
La scutigère est parfois appelée « faux scolopendre » en raison de sa silhouette et de son appartenance aux chilopodes. Ce surnom est compréhensible, mais il ne correspond pas à une catégorie scientifique.
Les scutigères appartiennent à l’ordre des Scutigeromorpha. Les grandes scolopendres typiques relèvent de l’ordre des Scolopendromorpha. Les deux groupes sont donc apparentés, mais leur anatomie et leur mode de vie diffèrent nettement.
Les scolopendres possèdent généralement un corps plus massif, des pattes relativement courtes et de puissantes forcipules. Les scutigères ont au contraire un corps compact, des pattes extrêmement longues, des yeux composés développés et une morphologie adaptée à la course en surface plutôt qu’au déplacement dans le sol.
Carl von Linné avait pourtant décrit l’espèce en 1758 sous le nom de Scolopendra coleoptrata. Elle a ensuite été transférée dans le genre Scutigera, créé par Jean-Baptiste de Lamarck en 1801.
Certaines grandes espèces tropicales de centipèdes peuvent maîtriser des animaux beaucoup plus imposants. Sur l’île de Golem Grad, en Macédoine du Nord, un spécimen avait même été découvert dans le corps d’une vipère qui avait tenté d’avaler un centipède presque aussi large qu’elle. Rien de comparable avec la scutigère de la salle de bains, même si son entrée en scène manque parfois de diplomatie.
Crédit photo gailhampshire (CC BY 2.0).
Comment reconnaître une scutigère véloce ?
La caractéristique la plus visible de l’animal reste son impressionnante collection de pattes. Une scutigère adulte possède 15 paires de pattes, soit 30 au total.
Leur longueur augmente progressivement de l’avant vers l’arrière. Cette organisation évite que les membres ne se gênent trop pendant la course : les pattes postérieures, plus longues, peuvent se déplacer à l’extérieur de celles placées devant elles.
La dernière paire est particulièrement développée. Chez les femelles adultes, elle peut approcher deux fois la longueur du corps. Orientée vers l’arrière, elle ressemble presque à une seconde paire d’antennes et remplit probablement une importante fonction sensorielle.
La scutigère possède également deux très longues antennes à l’avant. Lorsque l’animal est immobile, il peut ainsi devenir difficile de déterminer immédiatement dans quel sens il regarde. Une petite hésitation que la scutigère exploite généralement pour partir dans la direction opposée.
Contrairement à la majorité des autres chilopodes, elle possède de véritables yeux composés. Ses antennes portent également de nombreux récepteurs capables de détecter les contacts, les mouvements de l’air, les vibrations et différents signaux chimiques.
Observée en gros plan, cette anatomie donne à l’animal des allures de créature conçue pour un film de science-fiction. D’autres exemples tout aussi dépaysants sont visibles dans ces portraits d’arthropodes photographiés à très courte distance.
Crédit photo Didier Descouens – CC BY-SA 4.0.
Un centipède, pas un mille-pattes ni une araignée
Dans le langage courant, le mot « mille-pattes » est appliqué à des animaux très différents. Il recouvre notamment les chilopodes, comme la scutigère, et les diplopodes.
Les chilopodes possèdent une seule paire de pattes par segment porteur. Ce sont généralement des prédateurs rapides, équipés de forcipules reliées à des glandes à venin.
Les diplopodes, également appelés millipèdes, présentent deux paires de pattes sur la plupart de leurs anneaux visibles. Ils se déplacent beaucoup plus lentement et se nourrissent principalement de matières végétales mortes ou en décomposition, comme ce mille-pattes rouge géant de Madagascar avançant avec environ 160 pattes.
De nombreux diplopodes ne mordent pas et ne possèdent pas de forcipules venimeuses. Certains produisent toutefois des substances chimiques défensives irritantes. À Madagascar, des primates ont même été observés en train de se frotter avec les sécrétions de certains mille-pattes, probablement afin d’éloigner des parasites.
La scutigère n’est pas davantage une araignée. Une araignée possède huit pattes, aucune antenne et un corps divisé en deux grandes régions. La scutigère présente 30 pattes, deux antennes et un tronc composé de nombreux segments.
Crédit photo wcmorton (domaine public).
Pourquoi la scutigère est-elle aussi rapide ?
L’adjectif « véloce » n’est pas une simple tentative de redorer son image. Des travaux scientifiques récents indiquent que la scutigère peut courir à une vitesse d’au moins 0,5 mètre par seconde, soit 1,8 kilomètre par heure.
Rapportée à un corps long de quelques centimètres, la performance est considérable. En une seconde, l’animal peut parcourir plus d’une dizaine de fois la longueur de son corps.
Ses pattes très longues augmentent l’amplitude de chaque foulée. Leur longueur progressive limite également les collisions entre membres voisins, tandis que le corps reste relativement stable au centre de cette forêt d’appendices.
La scutigère peut courir sur le sol, escalader les murs et se déplacer au plafond. Lorsqu’elle est dérangée, elle alterne souvent accélérations soudaines, arrêts complets et brusques changements de direction.
Cette locomotion rend sa capture délicate. Une scutigère décidée à quitter la pièce donne parfois l’impression d’avoir anticipé votre geste plusieurs secondes avant vous, ce qui est légèrement vexant pour un animal dont le cerveau reste pourtant assez modeste.
Que mange la scutigère dans la maison ?
La scutigère est un prédateur nocturne généraliste. Elle passe la journée dissimulée dans une fissure, derrière une plinthe, sous un objet ou dans une cavité sombre, puis part chasser lorsque la lumière diminue.
Elle peut s’attaquer à différents petits animaux :
- mouches et petits diptères ;
- lépismes ou poissons d’argent ;
- petites blattes ;
- larves d’insectes ;
- mites et petits papillons ;
- araignées ;
- cloportes et autres arthropodes de taille adaptée.
Ses premières paires d’appendices sont transformées en forcipules. Ces crochets situés sous la tête sont reliés à des glandes à venin et servent à immobiliser les proies.
La scutigère utilise également ses longues pattes comme des lassos. Elle peut encercler un insecte, le maintenir à distance de son corps puis lui porter plusieurs coups de forcipules.
Elle est même capable de maîtriser plusieurs petites proies simultanément en les conservant entre différentes pattes. Trente membres, cela permet une certaine souplesse dans la gestion des dossiers urgents.
Crédit photo Kristen Diesburg (CC BY 4.0).
La scutigère véloce est-elle dangereuse ?
La scutigère possède bien du venin. Celui-ci est cependant destiné à des animaux beaucoup plus petits qu’un être humain.
L’espèce est craintive et cherche presque toujours à fuir. Une morsure, ou plus exactement une perforation par les forcipules, peut théoriquement survenir si l’animal est saisi à la main, coincé contre la peau ou manipulé brutalement.
Ces incidents sont très rares. Les forcipules d’une scutigère sont petites et ne traversent pas toujours la peau humaine.
Lorsqu’une morsure se produit, elle peut provoquer une douleur locale, une rougeur ou un gonflement modéré. Les symptômes sont généralement temporaires et nettement moins préoccupants que ceux associés à certaines grandes scolopendres tropicales.
Comme pour toute morsure animale, une réaction importante, une douleur persistante, un gonflement généralisé ou une difficulté respiratoire nécessitent un avis médical. Dans les conditions ordinaires, la scutigère ne constitue toutefois pas un danger sérieux pour les habitants de la maison.
Pourquoi trouve-t-on des scutigères dans les maisons ?
La scutigère véloce serait originaire du bassin méditerranéen. Elle s’est progressivement répandue dans une grande partie de l’Europe ainsi que sur d’autres continents, notamment en voyageant avec les marchandises et les activités humaines.
À l’extérieur, elle recherche des abris sombres et humides : dessous de pierres, bois mort, feuilles accumulées, grottes, fissures rocheuses ou vieux murs.
Dans les habitations, elle retrouve des conditions comparables dans :
- les caves et sous-sols ;
- les salles de bains ;
- les buanderies ;
- les garages ;
- les cuisines ;
- les gaines techniques ;
- les espaces situés derrière les plinthes.
Sa présence dans une baignoire ne signifie pas nécessairement qu’elle est remontée par les canalisations. Elle peut simplement être tombée sur une surface trop lisse pour lui permettre de ressortir.
Les bâtiments chauffés lui permettent également de rester active dans des régions où les températures extérieures deviennent peu favorables durant l’hiver.
Crédit photo Matthew Lindsey (CC BY 4.0).
Une scutigère peut-elle signaler un problème d’humidité ?
La découverte occasionnelle d’une seule scutigère n’est pas inquiétante. L’animal peut être entré par une fenêtre, une porte, une fissure ou vivre discrètement dans le bâtiment depuis quelque temps.
En revanche, observer régulièrement plusieurs individus indique que les lieux leur fournissent probablement deux ressources essentielles :
- une humidité suffisante ;
- des proies assez nombreuses pour les nourrir.
La scutigère n’est alors pas la cause principale du problème. Elle joue plutôt le rôle d’un voyant lumineux à 30 pattes signalant que le buffet est ouvert.
Il peut être utile de vérifier l’existence d’une fuite, d’une infiltration, de remontées capillaires ou d’une ventilation insuffisante. Une population abondante de poissons d’argent, de petites blattes ou d’autres arthropodes peut également expliquer sa présence.
Faut-il tuer une scutigère véloce ?
Il existe rarement une bonne raison de tuer une scutigère isolée. Elle ne mange pas les provisions, ne ronge pas les meubles, ne transmet pas d’infestation connue et contribue à limiter certaines populations d’arthropodes domestiques.
Pour la déplacer, la méthode du verre et de la feuille rigide reste la plus simple :
- poser rapidement un récipient au-dessus de l’animal ;
- glisser une feuille cartonnée sous le récipient ;
- déplacer l’ensemble vers une cave, un garage ou un endroit extérieur abrité.
La méthode demande un peu plus de vivacité qu’avec une araignée paisible. Le mot « véloce » figure dans son nom pour une raison.
Pour limiter durablement les scutigères, mieux vaut agir sur les conditions qui les attirent :
- réparer les fuites et infiltrations ;
- ventiler les pièces humides ;
- utiliser un déshumidificateur si nécessaire ;
- colmater les fissures autour des plinthes et ouvertures ;
- éloigner les tas de feuilles et le bois mort des murs ;
- identifier les petits arthropodes dont elles se nourrissent.
Pulvériser un insecticide sur une scutigère sans traiter l’humidité ni ses proies revient surtout à renvoyer le vigile en laissant le buffet ouvert.
Crédit photo Ludivine Lamare (CC BY 4.0).
Une scutigère peut perdre puis régénérer ses pattes
Les longues pattes de la scutigère sont fragiles, mais cette fragilité constitue en partie un mécanisme de défense. Lorsqu’une patte est saisie par un prédateur, elle peut se détacher à un point de rupture précis situé près de sa base.
Ce phénomène, appelé appendotomie, permet à l’animal de s’échapper en abandonnant un membre. La blessure est rapidement obturée par l’hémolymphe, le liquide circulatoire des arthropodes.
Une étude publiée en 2024 a détaillé l’étonnante régénération de ces appendices. La nouvelle patte se développe enroulée à l’intérieur de la base du membre disparu, puis se déploie lors de la mue suivante.
Dans certaines conditions, une patte perdue peut ainsi retrouver sa structure et sa fonction en un seul cycle de mue. Les chercheurs parlent de régénération « explosive », même si l’opération reste heureusement beaucoup moins spectaculaire que son nom.
Les jeunes scutigères n’éclosent d’ailleurs pas avec leurs 15 paires de pattes définitives. De nouveaux segments et de nouvelles paires apparaissent progressivement au fil des mues, selon un développement appelé anamorphose.
La scutigère a-t-elle inspiré des légendes ?
Il n’existe pas de grande légende ancienne clairement attachée à Scutigera coleoptrata. Les mythes mettant en scène des centipèdes concernent généralement de grandes espèces tropicales ou des créatures surnaturelles, et non la scutigère domestique.
Au Japon, plusieurs récits évoquent ainsi un gigantesque centipède appelé Ōmukade. Dans l’un des plus connus, le guerrier Fujiwara no Hidesato affronte une créature monstrueuse vivant près du mont Mikami. Cette légende apparaît notamment dans des récits médiévaux, mais l’animal fantastique ne doit pas être confondu avec notre petite chasseuse méditerranéenne.
La scutigère peut en revanche être rapprochée du célèbre « dilemme du mille-pattes ». Dans ce court récit humoristique, un crapaud demande à un centipède dans quel ordre il déplace ses pattes. L’animal commence à réfléchir à chacun de ses mouvements et finit par ne plus savoir marcher.
Le poème est attesté dès le XIXe siècle et a notamment été cité en 1889 dans la revue scientifique Nature par le zoologiste britannique Ray Lankester. Il a donné son nom à l’« effet mille-pattes » : une action automatique peut devenir plus difficile lorsqu’on cherche soudain à contrôler consciemment chaque détail.
Un musicien qui analyse trop un passage parfaitement maîtrisé, un sportif qui décompose son geste ou une personne qui commence à réfléchir sérieusement à sa façon de descendre un escalier peuvent connaître ce phénomène.
La scutigère semble heureusement échapper à ce problème. Elle coordonne ses 30 pattes sans réunion préalable et sans manuel d’utilisation apparent.
Crédit photo Cole Shoemaker (CC BY 4.0).
Questions fréquentes sur la scutigère véloce
La scutigère est-elle un insecte ?
Non. La scutigère est un myriapode appartenant à la classe des chilopodes. Les insectes possèdent six pattes, tandis qu’une scutigère adulte en possède trente.
Combien de pattes possède une scutigère ?
Une scutigère adulte possède 15 paires de pattes, soit 30 pattes. Les jeunes acquièrent progressivement leur nombre définitif de segments et de membres au fil des mues.
La scutigère peut-elle piquer ou mordre ?
Elle peut perforer la peau avec ses forcipules venimeuses, mais les incidents sont très rares. Elle cherche normalement à fuir et ne doit simplement pas être manipulée à mains nues.
La scutigère mange-t-elle les moustiques ?
Elle peut capturer de petits insectes, éventuellement des moustiques lorsqu’ils sont accessibles. Elle consomme surtout une grande variété de proies adaptées à sa taille : mouches, lépismes, petites blattes, larves et araignées.
Pourquoi trouve-t-on des scutigères dans la salle de bains ?
La salle de bains lui offre de l’humidité, des cachettes et parfois des proies. Une scutigère retrouvée dans une baignoire a souvent simplement chuté sur une surface trop lisse pour en ressortir.
Une scutigère peut-elle grimper au plafond ?
Oui. Ses longues pattes lui permettent de courir sur les sols, les murs et certains plafonds, même si ses performances dépendent de la texture de la surface.
Comment faire sortir une scutigère sans la tuer ?
Il suffit de la recouvrir avec un verre ou un récipient, puis de glisser une feuille rigide dessous. Elle peut ensuite être déplacée vers une cave, un garage ou un endroit extérieur abrité.
Sources pour aller plus loin
- Penn State Extension – House Centipedes – identification, dimensions, alimentation et présence dans les habitations.
- University of Minnesota Extension – Sowbugs, millipedes and centipedes – comportement, utilité, morsures et réduction de leur présence.
- Animal Diversity Web – Scutigera coleoptrata – taxonomie, répartition géographique et habitat.
- Frontiers in Zoology – Explosive regeneration and anamorphic development of legs in the house centipede – étude scientifique sur la vitesse, le développement et la régénération des pattes.
- Nature – The Muybridge Photographs – article de Ray Lankester publié en 1889 et mentionnant le dilemme du mille-pattes.
- Bibliothèque nationale de la Diète du Japon – légende de Fujiwara no Hidesato et du centipède géant – présentation et sources historiques du récit japonais.
- Wikimedia Commons – photographie de Bruce Marlin – image haute définition sous licence CC BY 3.0.
- Wikimedia Commons – photographie de Didier Descouens – vue dorsale haute définition sous licence CC BY-SA 4.0.








