Catégorie : architecture

  • Paestum : les temples grecs les mieux conservés d’Italie (et un plongeon vieux de 2 500 ans)

    Paestum : les temples grecs les mieux conservés d’Italie (et un plongeon vieux de 2 500 ans)

    Il existe en Italie un endroit où l’on peut se promener entre des colonnes doriques quasi intactes… sans être pris dans un embouteillage de perches à selfie façon Colisée. Cet endroit s’appelle Paestum : une ancienne cité de Magna Graecia posée dans la plaine, au bord du golfe de Salerne, dans l’ombre tranquille du Cilento.

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    Crédit photo Fotografiche.

    Poseidonia, Paestum… une ville qui change de nom (et de patrons)

    À l’origine, Paestum s’appelait Poseidonia : une fondation grecque datée autour de 600 av. J.-C., liée à des colons venus de Sybaris (d’après Strabon), et dont les premières monnaies montrent déjà Poséidon au trident — le genre de logo qui annonce la couleur (ce n’était pas encore la chouette grecque).

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    Crédit photo Rincevent/2tout2rien (CC BY-SA 2.0).

    La suite est une histoire italienne très classique : prise de pouvoir par les Lucaniens à la fin du Ve siècle av. J.-C., puis colonie romaine en 273 av. J.-C. (Paestum), latinisation, nouveaux bâtiments civiques… et, plus tard, déclin progressif quand la plaine se couvre de zones marécageuses et que la malaria s’invite au banquet.

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    Crédit photo florentmartin.

    Trois temples, trois masterclass d’architecture dorique

    Paestum est célèbre pour ses trois temples majeurs, plantés là comme si quelqu’un avait posé “Athènes” au milieu d’un paysage rural.

    1) Le “Temple de Poséidon (Neptune)” (le plus spectaculaire)

    Son nom est un surnom erroné hérité d’érudits du XVIIIe siècle : on n’est même pas certain de la divinité d’origine (des pistes évoquent Hera ou Apollon). Architectoniquement, c’est un monstre de stabilité : un plan périptère 6 × 14 colonnes doriques, daté vers 460 av. J.-C., avec entablement à triglyphes/métopes et une organisation intérieure “classique” (pronaos, cella, opisthodome).

    paestum les temples grecs les mieux conserves ditalie et un plongeon vieux de 2 500 ans 4 - temple de Poséidon (Neptune)
    Crédit photo GIO_LE.

    Les proportions sont impressionnantes. Ici, l’effet “ça ne bougera jamais” vient autant de la masse que du rythme régulier des colonnes (et de la façon dont la lumière s’accroche aux cannelures).

    Voici une très courte vidéo de ce mastodonte antique :


    2) La “Basilique” (en réalité un temple d’Héra)

    Deuxième mauvaise étiquette historique : on l’a longtemps prise pour une basilique civile, alors qu’il s’agit très probablement d’un temple d’Héra, commencé vers 560 et achevé vers 520 av. J.-C.
    Détail savoureux : le toit n’était pas “blanc antique”, mais riche en polychromie et éléments en terre cuite, avec des gargouilles en têtes de lion (lion-head spouts) et des décors végétaux (lotus/palmettes).

    paestum les temples grecs les mieux conserves ditalie et un plongeon vieux de 2 500 ans 5 - temple de Héra
    Crédit photo Rincevent/2tout2rien (CC BY-SA 2.0).

    3) Le temple d’Athéna (le “mix” élégant)

    Construit autour de 500 av. J.-C., il combine une rigueur dorique extérieure avec des touches plus raffinées : notamment une colonnade d’entrée aux chapiteaux ioniques dans le pronaos. Et, là encore, tout était enduit et peint : la Grèce antique aimait la couleur, même si nos manuels scolaires ont fait semblant de ne pas le savoir.

    paestum les temples grecs les mieux conserves ditalie et un plongeon vieux de 2 500 ans 6 - Athena
    Crédit photo pandionhiatus3.

    Voici une petite vidéo de son pourtour (désolé pour les couleurs, il y a eu un soucis d’encodage que je n’ai pas su régler):


    Le musée : la Tomba del Tuffatore, le plongeon qui fait du bruit

    Si vous ne deviez retenir qu’un objet du Musée archéologique : la Tombe du Plongeur (Tomba del Tuffatore). Découverte en 1968 près de Paestum, elle est célèbre pour ses fresques (symposium sur les parois, plongeur sur la dalle de couverture), datées autour de 480 av. J.-C.

    paestum les temples grecs les mieux conserves ditalie et un plongeon vieux de 2 500 ans 7 - tombe du Plongeur
    Crédit photo toucanet.

    Pourquoi c’est énorme ? Parce que ce sont des peintures figuratives grecques exceptionnellement rares à avoir survécu, et elles ont alimenté des interprétations allant du “passage vers l’au-delà” à des lectures plus symboliques de la vie et de la mort.

    Une seule personne à la fois est autorisée à rentrer dans la tombe pour protéger les fresques, les gardiens du musée y veille!

    Le musée est sur plusieurs étages, pour plusieurs époque: le site était déjà occupé par les hommes à la préhistoire.

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    Crédit photo John Karwoski (CC BY-NC-ND 2.0).

    UNESCO : Paestum dans un “super-site” culturel et paysager

    Paestum n’est pas “juste” un site archéologique : il fait partie d’un bien UNESCO plus large (Cilento et Vallo di Diano, avec Paestum, Velia et la Chartreuse de Padula), inscrit en 1998.

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    Crédit photo Rincevent/2tout2rien (CC BY-SA 2.0).

    Visiter Paestum

    A quelques 80 km de Naples, la visite de Paestum (quelques heures) peut se combiner avec celle de Pompei dans un trip archéologique italien (ou en excursion antique entre deux villages de la côte Amalfitaine). C’est en tout cas ainsi que j’ai visité les deux (et je vous déconseille la côte amalfitaine en voiture).

    Le site est ouvert de 8:30 à 19h30 même si la billetterie ferme à 18h30. Le tarif du billet varie selon la saison (15€ de mars à novembre, 10 € de décembre à février) et il est valable 3 jours consécutifs.

    L’adresse du site et du musée : via Magna Grecia, 919 – 84047 Capaccio Paestum (SA), Italie.

    Les coordonnées GPS: 40°25′24″N 15°00′25″E (40.42333, 15.00694).

    Voici sa position sur Google Maps:

    paestum les temples grecs les mieux conserves ditalie et un plongeon vieux de 2 500 ans maps

    Sources pour aller plus loin

    • Le site officiel
    Unesco
    Wikipédia

    Antiquité, découvrez également cette mosaïque squelette qui nous dit de profiter de la vie.

  • La fontaine-soupière de Rome : l’histoire savoureuse de la Fontana della Terrina

    La fontaine-soupière de Rome : l’histoire savoureuse de la Fontana della Terrina

    À Rome, il existe une fontaine qui ressemble à s’y méprendre à une soupière géante posée en pleine ville. Son vrai nom, Fontana della Terrina, dit déjà tout : terrina comme “terrine”, le récipient… et donc, par extension, la fontaine-soupière. Aujourd’hui, on la repère Piazza della Chiesa Nuova, tout près de la Chiesa Nuova (Santa Maria in Vallicella), dans le centre historique.

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    Crédit photo Mister No (CC BY 3.0).

    Une fontaine Renaissance… qui a fini couverte (littéralement)

    À l’origine, la Fontana della Terrina n’avait rien d’un ustensile de cuisine. Construite en 1595 par l’architecte Giacomo Della Porta (grand architecte et “metteur en scène” de l’eau à Rome) sous l’impulsion du pape Grégoire XIII, cette fontaine ovale en travertin évoque les festins Renaissance avec son grand couvercle bombé. Alimentée par l’aqueduc antique de la Vergine, elle fournissait autrefois de l’eau potable fraîche aux habitants du quartier Parione. Son premier décor incluait quatre dauphins en bronze (détails croustillants : ces dauphins étaient prévus au départ pour la célèbre Fontana delle Tartarughe, Fontaine des Tortues).

    Le souci ? Son emplacement d’origine : Campo de’ Fiori, en plein marché, là où se dresse aujourd’hui la statue de Giordano Bruno. Les étals s’y succédaient, les lavages aussi (fruits, légumes, viande, tout y passait), et la fontaine a rapidement servi de bac multi-usage… disons que la Renaissance n’avait pas encore inventé le concept de “zone HACCP”.

    Un destin de lavoir jusqu’à son retrait en 1899 qui ne lui a pas permis (entre autre) de figurer parmi les plus belles fontaines du monde.

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    Crédit photo Girolamus (CC BY-SA 4.0).

    1622 : la solution romaine, simple, radicale, et très “couvercle”

    Les interdictions n’ayant pas suffi, on prend une décision à la romaine : on couvre. En 1622, on ajoute un grand couvercle en travertin et on retire les éléments en bronze. C’est ce couvercle qui lui donne son look de fontaine-soupière et son surnom devenu légendaire. L’inscription sur le dessus mentionne d’ailleurs l’année MDCXXII (1622). Lors des célébrations de la Renaissance, elle distribuait du vin des Castelli Romani au lieu d’eau, devenant le cœur des fêtes populaires

    Dans le même esprit “fontaines qui font parler”, vous avez un contrepoint parfait avec une autre fontaine très commentée — pas à Rome cette fois, mais sur la Côte d’Azur : la fontaine qui divise Nice.

    Exil, stockage… puis retour au calme

    En 1889, Campo de’ Fiori change de visage avec l’installation de la statue de Giordano Bruno. La fontaine-soupière est alors retirée et passe par une longue période de stockage, avant d’être réinstallée en 1924 à son emplacement actuel, Piazza della Chiesa Nuova.

    Un vestige romain intrigant par son look mais probablement pas aussi décalé que la pyramide égyptienne de Rome.

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    Crédit photo SpirosIonas (CC BY-SA 4.0).

    Une fontaine-soupière… dans la ville des coupoles

    Ce qui rend la Fontana della Terrina attachante, c’est sa modestie : elle n’a pas le panache baroque de certaines places romaines, mais elle raconte une vraie histoire de ville (et d’usages). Et comme elle est située non loin des grands axes touristiques, elle s’intègre très bien dans une journée “Rome autrement”.

    Légèrement enfoncée sous le niveau de la rue près d’un arrêt de bus, la Terrina passe inaperçue aux yeux des passants pressés, qui ignorent souvent son histoire foisonnante et son lien avec les maîtres de la Renaissance comme Michel-Ange, maître de Della Porta. Gratuite et accessible à tous, elle offre un arrêt rafraîchissant pour goûter l’eau pure de la Vergine tout en admirant l’église baroque Santa Maria in Vallicella en face. Parfaite pour les amateurs de lieux insolites, elle incarne le charme des fontaines romaines méconnues, loin des foules de Trevi ou Navona.

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    Crédit photo Albarubescens (CC BY-SA 4.0)

    Aller à la fontaine-soupière

    L’adresse de la Fontaine de la Terrina : via della Chiesa Nuova , Rome, Italie

    Ses coordonnées GPS sont : 41°53’52.8″N 12°27’38.1″E (41.897995, 12.460575).

    Voici sa position sur Google Maps:

    la fontaine soupiere de rome lhistoire savoureuse de la fontana della terrina maps

    Sources pour aller plus loin

    Atlas Obscura
    Tursimo Roma

    Plus clinquante, découvrez également la grande fontaine des Douze Mois à Turin.

  • Grande Cariatide : l’ange géant de la rue de Turbigo qui “porte” Paris (au sens littéral)

    Grande Cariatide : l’ange géant de la rue de Turbigo qui “porte” Paris (au sens littéral)

    À Paris, il existe un sport discret mais addictif : chasser les détails de façade. Et dans la catégorie “vous ne pouvez pas la rater, même si vous essayez”, la Grande Cariatide de la rue de Turbigo joue en première division.

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    Crédit photo Philippe Alès (CC BY-SA 3.0).

    Au 57 rue de Turbigo (3e arrondissement), à deux pas du musée des Arts et Métiers, une figure monumentale – drapée à l’antique, ailes déployées, regard calme – grimpe sur trois étages et semble soutenir l’angle de l’immeuble comme si c’était la chose la plus normale du monde. Le message implicite : “Oui, j’ai un balcon sur la tête. Et alors ?”.

    Une “cariatide” pas comme les autres

    Une cariatide, c’est une statue (souvent féminine) utilisée comme support architectural, façon “colonne vivante”. La version masculine s’appelle un atlante. Paris en compterait plus de 500, surtout sur les porches et façades des immeubles des XVIIe–XIXe siècles.

    Sauf que celle-ci triche un peu avec le règlement : elle a des ailes. D’où ses surnoms persistants d’“ange” (parfois “ange bizarre”) plutôt que simple figure néoclassique. Et c’est précisément ce mélange – corps antique + attributs célestes – qui rend la Grande Cariatide si hypnotique : on est entre l’ornement haussmannien et la créature mythologique en pause-café.

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    Crédit photo CVB (CC BY-SA 4.0).

    Les détails qui intriguent : la bourse et la myrrhe

    En observant de près (ou en zoomant sans honte), deux éléments reviennent souvent dans les descriptions :
    • Une petite bourse tenue dans la main droite, qui a inspiré un ancien sobriquet populaire (“la femme qu’a l’sac”).
    • Un brin de myrrhe dans la main gauche, interprété comme un clin d’œil aux références antiques, et parfois associé à des évocations plus symboliques.

    Résultat : on ne sait plus si l’on regarde une allégorie, une protectrice, une “charité” urbaine… ou juste la preuve que les façades parisiennes ont, elles aussi, un sens du drama très assumé.

    Une œuvre du grand Paris haussmannien

    La Grande Cariatide est généralement datée autour de la période d’ouverture et de transformation massive des rues parisiennes au XIXe siècle, dans le grand mouvement de chantiers associé aux travaux haussmanniens. Plusieurs sources la rattachent à un immeuble de la fin des années 1850 / début 1860 et citent l’architecte Eugène Demangeat.

    Si vous aimez visualiser ce Paris en pleine métamorphose (et comprendre pourquoi ces décors surgissent à cette époque), vous pouvez prolonger la balade avec ces photos de Paris au 19e siècle : on y voit une ville qui s’élargit, s’aligne… et se pare de façades qui veulent en mettre plein la corniche.

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    Crédit photo patrick janicek (CC BY 2.0).

    Pourquoi elle marque autant : l’effet “sculpture vivante”

    Ce qui frappe, ce n’est pas seulement la taille, même si elle est considérée comme la plus grande cariatide parisienne. C’est l’illusion de mouvement : la posture, les drapés, les ailes… tout donne l’impression que la statue n’est pas une colonne, mais une présence. Une présence qui “tient” le bâtiment comme un numéro de cirque silencieux.

    Ce goût pour les anges sculptés qui défient l’œil, vous l’avez peut-être déjà croisé sur 2tout2rien :
    • avec cette sculpture d’un ange qui semble flotter au-dessus du sol (même sensation de gravité qui hésite),
    • ou cet ange en “origami” sculpté dans le marbre, où la pierre se met à faire semblant d’être du papier. Ici, la pierre fait semblant d’être… un pilier céleste.

    Un clin d’œil cinéma : Agnès Varda et les cariatides

    Les cariatides parisiennes ont même eu droit à un film-essai signé Agnès Varda : Les Dites Cariatides (1984), court documentaire qui promène la caméra sur ces “femmes-statues” souvent ignorées, avec poésie et humour. La Grande Cariatide s’inscrit parfaitement dans cet esprit : un trésor urbain visible par tous… mais regardé par trop peu de monde.

    Où voir la Grande Cariatide

    Adresse : 57 rue de Turbigo, 75003 Paris (angle d’immeuble, quartier Arts-et-Métiers).
    Ses coordonnées GPS sont : 48° 51′ 55,81″ N ; 2° 21′ 22,67″ E (48.865504, 2.356297).

    Voici sa position sur Google Maps:

    grande cariatide ange geant de la rue de turbigo qui porte paris au sens litteral 1

    Sources pour aller plus loin

    France Today.
    Paris Zigzag.
    Wikipédia.

    Paris c’est aussi (beaucoup) la tour Eiffel. Découvrez l’histoire de Victor Lustig, cet escroc célèbre qui l’a vendu deux fois.

  • Château d’If : Alcatraz français et prison du Comte de Monte-Cristo, au large de Marseille

    Château d’If : Alcatraz français et prison du Comte de Monte-Cristo, au large de Marseille

    À Marseille, on trouve de la bouillabaisse, des calanques… et une forteresse posée sur un caillou battu par le vent, qui a transformé la Méditerranée en douves XXL : le Château d’If. Construit pour défendre la ville, il est surtout passé à la postérité comme prison — au point de devenir, dans l’imaginaire collectif, la prison du Comte de Monte-Cristo. Et quand on cherche un raccourci moderne, beaucoup l’appellent carrément l’Alcatraz français.

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    Crédit photo DmitryRukhlenko.

    Une forteresse d’abord militaire… mais la mer a eu le dernier mot

    Le château d’If se trouve sur l’île d’If, la plus petite de l’archipel du Frioul, à environ 1,5 km des côtes de Marseille. À l’origine, il n’est pas pensé comme une prison romantique pour héros trahis, mais comme un verrou stratégique destiné à protéger Marseille côté mer. La construction de la forteresse a été ordonnée par François Ier dans les années 1520 pour défendre Marseille des attaques par la mer, dans un contexte de rivalité avec Charles Quint. L’île est minuscule, l’accès est limité, et la visibilité sur l’horizon est idéale : parfait pour décourager un ennemi… et, plus tard, pour rendre toute fuite ridiculement compliquée.

    Jamais attaquée, la forteresse a traversé les siècles quasiment intacte, hormis les assauts des intempéries. Devenu inutilisable comme fort, le site a été transformé en lieu d’enferment au XIXème siècle. Très vite, l’îlot fortifié devient une prison d’exception, accueillant opposants politiques, protestants, révolutionnaires, mais aussi criminels de droit commun. La pierre n’a pas changé, mais l’usage, lui, a pris un virage bien plus sombre.

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    Crédit photo Xantana.

    Pourquoi on le surnomme “l’Alcatraz français”

    Il y a plusieurs raisons simples et elles font froid dans le dos :
    • L’isolement : entouré d’eau, pas de village voisin, pas de route, pas d’échappatoire “par erreur”.
    • La dissuasion naturelle : même avec un bateau, il fallait du culot, de la chance, et un bon sens de l’orientation (et idéalement pas de mistral).
    • La symbolique : une prison sur une île, ça imprime direct l’idée d’un lieu “hors du monde”, où l’on efface les gens du paysage.

    Et si vous ne la connaissez pas, découvrez l’histoire de la vraie île d’Alcatraz dans la baie de San Francisco.

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    Crédit photo Romas_ph.

    Un quotidien entre rats et privilèges

    De nombreux détenus croupissent dans des cellules humides, surpeuplées, envahies par les rats et les immondices, où l’isolement de l’île rend toute évasion presque impossible.

    Quelques cellules plus vastes, en hauteur, mieux aérées et ensoleillées, sont réservées aux prisonniers fortunés ou bien connectés, qui peuvent « améliorer » leurs conditions contre espèces sonnantes et trébuchantes.

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    Crédit photo Nikolay_Che.

    La prison du Comte de Monte-Cristo : quand la fiction enchaîne la réalité

    Le Château d’If a emprisonné de vrais détenus, mais ce qui l’a rendu immortel, c’est un prisonnier… inventé : Edmond Dantès, héros du Comte de Monte-Cristo d’Alexandre Dumas. Le roman a tellement imprimé le lieu dans la culture populaire qu’on parle souvent du château comme de la prison du Comte de Monte-Cristo, comme si le personnage avait signé le registre d’entrée.

    Dumas a fait du château un symbole : l’enfermement, l’injustice, la métamorphose, puis la vengeance. Et derrière ce mythe, il y a un détail délicieux : le roman ne se contente pas du château, il ouvre aussi l’imaginaire vers l’archipel, la mer, et la promesse d’une île “ailleurs”.

    Un ailleurs qui est aussi en Méditerranée, c’est l’île de Montecristo qui a inspiré l’écrivain pour son chef d’œuvre.

    Aujourd’hui, on peut visiter une reconstitution de la cellule d’Edmond Dantès, découvrir des salles consacrées à la vie d’Alexandre Dumas, et même acheter une édition du roman frappée d’un tampon spécial du château.

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    Crédit photo Jopa Elleul (CC BY-NC 2.0).

    Une visite qui se fait avec les pieds… et l’imagination

    La prison a finalement fermé ses portes pour être ensuite ouverte au public comme monument historique en 1890. Visiter le Château d’If, ce n’est pas seulement cocher une case “monument historique”. C’est une visite très physique : escaliers, remparts, salles minérales, ouverture sur la mer à 360°. À certains endroits, le contraste est brutal : dehors, la lumière et Marseille au loin ; dedans, des murs épais, des couloirs, une fraîcheur de pierre qui rappelle vite la fonction carcérale.

    Et c’est précisément cette opposition qui donne au lieu sa force : une prison entourée d’un décor de carte postale. Comme si la Méditerranée s’était déguisée en paysage pour faire oublier qu’elle servait surtout de barbelés liquides.

    Si cette forteresse-prison peut désormais se visiter en toute sécurité, ce n’est pas le cas de tous les forts insulaires : exemple avec le fort Alexander en Russie surnommé le fort de la peste.

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    Crédit photo Romas_ph.

    Vidéo de l’Alcatraz français

    Après la prison du prince Morinaga au Japon, voici un autre lieu de légende avec une vidéo aérienne de l’Alcatraz français, prison du Comte de Monte-Cristo:


    Aller au château d’If

    Des ferries relient plusieurs fois par jour le Vieux-Port de Marseille au château d’If ; la traversée permet déjà de mesurer l’isolement de ce bloc de pierre battu par les vents.

    Ses coordonnées GPS sont : 43° 16′ 47.81″ N, 5° 19′ 30.19″ E (43.27994688921695, 5.325053167129468).

    Voici sa position sur Google Maps:

    chateau dif alcatraz francais et prison du comte de monte cristo au large de marseille maps

    Sources pour aller plus loin

    Site officiel du château
    Wikipédia
    Parc national des Calanques
    Marseille Tourisme

    A Marseille, ne loupez pas non plus les Voyageurs, ces sculptures en bronze déchiquetées de Bruno Catalano.

  • La grotte de la Sainte-Baume, grotte de Marie-Madeleine

    La grotte de la Sainte-Baume, grotte de Marie-Madeleine

    La grotte de la Sainte-Baume, accrochée à une falaise du massif éponyme entre Var et Bouches-du-Rhône au dessus de Plan-d’Aups, est à la fois curiosité géologique, haut lieu de pèlerinage et décor de légendes provençales. C’est un de ces sites où se mêlent intimement nature, histoire et spiritualité.

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    Crédit photo VladimirDrozdin.

    Un balcon sacré sur la Provence

    La Sainte-Baume est une longue barre rocheuse de près de 12 km, née d’anciens fonds marins soulevés à l’ère secondaire, qui domine une forêt étonnamment fraîche dans ce coin de Provence souvent brûlé de soleil. Au creux de cette falaise, la “baumo” – grotte en provençal – s’ouvre comme une plaie sombre dans la roche, à environ 900 m d’altitude, accessible uniquement par un sentier escarpé.

    Avant d’atteindre le sanctuaire, le visiteur traverse une forêt dite “relique”, vestige des grandes forêts qui couvraient la région à la fin du tertiaire, aujourd’hui protégée et réputée pour son ambiance presque montagnarde. L’ascension, d’environ trois quarts d’heure à une heure selon le chemin choisi, fait déjà partie de l’expérience : un petit pèlerinage en soi, entre racines, pierres et points de vue sur la plaine de l’Arc.

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    Crédit photo VladimirDrozdin.

    La légende de la grotte de Marie-Madeleine

    Si la grotte est devenue célèbre, c’est avant tout grâce à la figure de Marie-Madeleine, dont la Provence revendique farouchement la mémoire. Selon une tradition médiévale, la sainte aurait débarqué sur les rivages méditerranéens (côté Saintes-Maries-de-la-Mer), aurait prêché à Marseille, puis se serait retirée dans cette grotte pour une longue vie de prière, de pénitence et de contemplation. Le sanctuaire parle d’environ trente années passées ici en ermite, tandis que d’autres sources évoquent 33 ans.

    Ce récit, popularisé à partir du Moyen Âge, va transformer cette grotte naturelle en l’un des plus anciens lieux de pèlerinage du monde chrétien, attirant rois, papes et foules anonymes. À quelques kilomètres, la basilique de Saint-Maximin conserve des reliques attribuées à Marie-Madeleine, renforçant le statut de la Sainte-Baume comme “haut lieu” de la religiosité occidentale.

    Marie Madeleine a la grotte de la sainte beaume Charles Le Brun
    Détail du tableau « Marie-Madeleine à la grotte de Sainte-Baume » de l’Atelier de Charles Le Brun.

    De la grotte préhistorique au sanctuaire

    Bien avant l’ère chrétienne, les archéologues estiment que la cavité a pu servir d’abri ou de lieu de culte à des populations préhistoriques, même si les aménagements ultérieurs ont effacé les traces les plus anciennes. Dès le Ve siècle, la grotte est clairement christianisée et transformée en sanctuaire, avec la présence de moines venus accueillir les premiers pèlerins.​

    Au fil des siècles, bénédictins, cassianistes puis dominicains se succèdent pour garder le site, l’aménager, l’agrandir, le reconstruire après les guerres de Religion, la Révolution française puis les destructions du début du XIXe siècle. Au XIXe siècle, sous l’impulsion du prédicateur Lacordaire, les dominicains redonnent un nouveau souffle au sanctuaire, qui retrouve peu à peu son allure actuelle. Les aménagements n’iront toutefois pas jusqu’à la constrcution d’une basilique accrochée au rocher comme Santuario Madonna della Corona ou de monastère comme celui de Sumela même si l’on trouve quelques bâtiments autour.

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    Crédit photo Gnrc (CC BY-SA 4.0).

    À l’intérieur de la “baumo”

    Passé le seuil de la grotte, l’atmosphère change brutalement : la lumière se fait rare, la température chute et le bruit extérieur se tasse en un silence humide. L’intérieur, en grande partie remanié, est aménagé comme une vaste chapelle pouvant accueillir près d’un millier de personnes, avec sol dallé, bancs tournés vers un autel et jeux de statues et ex-voto.​

    Derrière l’autel, un bloc rocheux est vénéré comme le “rocher de Marie-Madeleine”, là où la sainte se serait tenue pour prier, face à l’ouverture de la grotte et au paysage. Entre les niches, les reliquaires symboliques, les gouttes d’eau qui suintent des parois et les bougies, le lieu tient autant du sanctuaire que de la cavité naturelle, ce mélange qui fait son charme si particulier.

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    Crédit photo Espirat (CC BY-SA 4.0).

    Pèlerinage, rituels et mystères

    Depuis le Moyen Âge, la Sainte-Baume est parcourue par des générations de pèlerins, du simple fidèle aux grands personnages de l’histoire. On y compte les visites de Saint Louis, de princes de Provence, de rois de France, mais aussi, plus récemment, de foules anonymes venues chercher recueillement, exaucement, ou simplement une expérience différente de la Provence touristique classique.​

    Les dominicains, toujours présents, organisent offices, retraites et temps de prière, tandis que de nombreux visiteurs “laïcs” se contentent de remonter le sentier, de pénétrer quelques minutes dans la grotte et de redescendre par la forêt. Le lieu nourrit aussi des récits plus ésotériques : histoires de maîtres compagnons qui seraient venus se recueillir ici, supposés échos de cultes préchrétiens et fascination durable pour ce balcon minéral suspendu entre ciel et terre.

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    Crédit photo Espirat (CC BY-SA 4.0).

    Un massif “technique” : calcaire, microclimat… et hêtraie à contre-emploi

    Le massif de la Sainte-Baume, c’est une longue barre rocheuse (autour d’une douzaine de kilomètres) et un sommet emblématique au Joug de l’Aigle, à environ 1 148 m.

    Le plus étonnant, c’est la forêt : une hêtraie remarquable, décrite comme une relique des périodes glaciaires, maintenue par des conditions locales très particulières (humidité, brouillards, effet “mur” de la falaise). Résultat : une ambiance quasi montagnarde… en plein contexte méditerranéen. Le site est d’ailleurs labellisé “Forêt d’Exception®”.

    Et pour encadrer tout ça, le territoire est inclus dans le Parc naturel régional de la Sainte-Baume (créé fin 2017). Notez aussi que les animaux domestiques ne sont pas admis dans la forêt et la grotte.

    Voici une petite vue aérienne de ce massif :


    Aller à la grotte de la Sainte-Baume

    Ici, pas de navette miracle : l’accès se fait à pied. Comptez typiquement 30 à 45 minutes (parfois un peu plus selon le chemin et le rythme), avec des portions bien “cardio” — et c’est assumé.

    Le “Chemin des Roys” est souvent présenté comme le plus facile et le plus large (moins acrobatique que le Caminito del Rey), avec départ vers le parking des “Trois Chênes”. Il existe aussi des variantes et circuits (jusqu’à plusieurs heures si vous prolongez vers d’autres points du massif).

    L’adresse est: Sanctuaire de la Sainte-Baume, 83149 Plan-d’Aups-Sainte-Baume, France.

    Les coordonnées GPS du parking sont 43.333°N, 5.650°E et celles de la grotte : 43°19’35.2″N 5°45’47.8″E.

    Voici sa position sur Google Maps:

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    Sources pour aller plus loin

    • Le site de Sainte-Beaume avec de nombreuses informations pratiques.
    Département du Var (présentation de la grotte).
    ONF – Sainte-Baume.
    Parcs naturels régionaux de France.
    FFRandonnée (forêt “relique”, repères de massif).
    Le Monde (sur Marie-Madeleine).

    Ermitage atypique, découvrez également Santa Margarida, chapelle bâtie dans un volcan.

  • La tour penchée de Suurhusen : l’église allemande plus penchée que Pise

    La tour penchée de Suurhusen : l’église allemande plus penchée que Pise

    Au nord-ouest de l’Allemagne, dans la région d’Ostfrise (Basse-Saxe), le petit hameau de Suurhusen abrite une église médiévale en brique dont le clocher semble incliné de façon presque irréelle. Ce n’est pas un effet d’optique : on parle ici d’une inclinaison d’environ 5,19°, un chiffre qui a longtemps placé Suurhusen parmi les tours les plus penchées du monde dans la catégorie des structures involontairement inclinées.

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    Crédit photo optikorakel (CC BY-SA 2.0).

    Car il existe bien sûr dans le monde des bâtiments qui sont volontairement penchés, vous pouvez en découvrir par exemple dans cette sélection de bâtiments insolites.

    Où se situe Suurhusen ?

    Suurhusen dépend de la commune de Hinte, près d’Emden, dans l’arrondissement d’Aurich. Le paysage local est caractéristique des zones basses et humides d’Ostfrise, avec une histoire d’aménagement hydraulique (digues, canaux, drainage) qui a joué un rôle direct dans le destin du clocher.

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    Crédit photo homo_sapiens (CC BY-SA 2.0).

    Pourquoi cette tour penche-t-elle ? (la vraie cause est sous vos pieds)

    La raison la plus probable est classique… et redoutablement logique : la tour repose sur un sol autrefois très humide, parfois stabilisé par des pieux en bois (souvent du chêne). Tant que ces pieux restent immergés, le bois peut se conserver longtemps ; mais lorsque les terrains sont drainés et que le niveau de la nappe baisse, l’oxygène revient, le bois se dégrade, et les fondations se tassent de façon inégale. Résultat : la tour s’incline progressivement.

    Cette mécanique “sol + eau + fondations” rappelle d’autres monuments pris dans une lutte permanente avec le terrain. Dans un registre différent mais très parlant, le phare penché de Kiipsaare (sur la côte estonienne) illustre lui aussi à quel point l’érosion et les mouvements du sol peuvent transformer une silhouette en symbole.

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    Crédit photo Axel Heymann (CC BY-SA 3.0).

    Un peu d’histoire : une église du XIIIᵉ siècle, une tour plus tardive

    L’église daterait du XIIIᵉ siècle. La tour, elle, aurait été ajoutée plus tard (souvent située vers le XVe siècle), avec des modifications de la nef au fil du temps. Cette structure gothique en brique, haute de 27,37 mètres et pesant 2 116 tonnes présente une inclinaison de 1,22 degré de plus que Pise, même si cette dernière parait plus penchée car deux fois plus haute.

    Cette inclinaison n’est donc pas un “choix architectural” : elle est arrivée après coup, à cause de l’évolution du sous-sol et des conditions hydrologiques. Elle a été remarquée en 1885, atteignant 1,13 mètre de déviation en 1925, forçant la suppression des pinacles pour alléger la structure.

    En 1982, avec une déviation de 2,34 mètres, une restauration urgente a installé des pilotis en béton armé et un corset d’acier sur le pignon, rouvrant l’église en 1985. Des mesures en 1996 ont confirmé sa stabilité actuelle, évitant la démolition malgré les risques.

    Les bâtiments religieux ne sont pas à l’abri de la géologie, en témoigne également le temple Taihe Zhenxing Palace surnommé la tour de Pise de Taïwan.

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    Crédit photo Markus Schroeder (CC BY-NC-ND 2.0).

    Record Guinness : championne un temps, puis dépassée

    La tour penchée de Suurhusen a bénéficié d’une reconnaissance internationale au milieu des années 2000, avec une mise en avant par Guinness World Records dans la catégorie des tours “non intentionnellement” inclinées.

    Mais depuis, un autre clocher allemand a pris le relais dans les tables Guinness : Gau-Weinheim, avec une inclinaison enregistrée à 5,4277° (validation Guinness en 2022). Suurhusen reste donc une référence majeure, même si elle n’est plus le record actuel.

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    Crédit photo Wiebke Heuser (CC BY-NC-SA 2.0).

    Visiter la tour penchée de Suurhusen

    Comme beaucoup de structures inclinées, la tour a suscité des inquiétudes à certaines périodes (fermetures, sécurisation), puis des travaux de stabilisation. Elle est aujourd’hui considérée comme stabilisée, et peut être visiter en sécurité selon les autorités.

    Son adresse est: Am Schiefen Turm 12, 26759 Hinte (Suurhusen), Allemagne.

    Ses coordonnées GPS sont : 53°24’48.5″N 7°13’24.0″E.

    Voici la position de la tour penchée de Suurhusen sur Google Maps:

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    Sources pour aller plus loin

    Wikipédia
    Gemeinde Hinte
    Guiness des records

    Et si vous aimez les classements “records” au sens large, vous pouvez compléter la lecture avec un autre type de pente spectaculaire : Baldwin Street, souvent citée parmi les rues les plus pentues au monde — une façon différente de mesurer jusqu’où l’inclinaison peut devenir une attraction.

  • Le château de Tintagel : berceau du roi Arthur, suspendu entre légende et Atlantique

    Le château de Tintagel : berceau du roi Arthur, suspendu entre légende et Atlantique

    Perché sur des falaises battues par l’Atlantique sur la côte nord de la Cornouailles (Angleterre), le château de Tintagel est l’un des lieux les plus chargés de mythes anglo-saxons, souvent associés à la naissance du roi Arthur. Entre ruines médiévales, passerelle vertigineuse et grotte mystérieuse, le site offre un mélange unique d’histoire, de folklore et de paysages spectaculaires.

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    Crédit photo t.tomsickova.

    Un château entre histoire et légende

    Le nom de Tintagel apparaît dans la littérature médiévale, notamment chez Geoffroy de Monmouth, qui situe la naissance du roi Arthur dans ce château de Cornouailles. Les historiens restent prudents sur la réalité du personnage, mais la tradition arthurienne suffit à faire de Tintagel un haut lieu de l’imaginaire britannique.​

    Les vestiges visibles aujourd’hui remontent au Moyen Âge, même si le site a probablement été occupé plus tôt en raison de sa position stratégique sur la côte. ci, on a aussi un site archéologique majeur lié aux périodes romano-britanniques et haut médiévales, avec des traces d’occupation et de commerce à longue distance.

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    Crédit photo pbnash1964.

    Les siècles de tempêtes, de pluie et d’érosion ont réduit le château à l’état de ruine, mais les pans de murs qui subsistent donnent encore une bonne idée de sa silhouette passée.

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    Crédit photo barnyz (CC BY-NC-ND 2.0).

    Une passerelle suspendue au-dessus des flots

    Pendant des siècles, l’accès se faisait via un chemin raide et une bonne dose de mollets (plus de cent marches pour certains itinéraires).

    Pour accéder au cœur du site, les visiteurs empruntent désormais une passerelle spectaculaire qui relie le promontoire rocheux au reste de la côte. Ce pont métallique moderne, ouvert en 2019 et conçu par Ney & Partners et William Matthews Associates, semble flotter au-dessus du vide et offre un panorama impressionnant sur les falaises de Cornouailles et l’océan.

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    Crédit photo RPBMedia.

    Depuis la passerelle, on peut observer la houle se fracasser contre les rochers et, avec un peu de chance, apercevoir des phoques jouant dans les vagues en contrebas. Cette mise en scène naturelle renforce la sensation d’arriver dans un décor de film d’aventure ou de fantastique.

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    Crédit photo linfernum.

    Ruines, falaises et atmosphère de fantaisie

    Une fois sur le plateau, on se promène parmi les fondations du château et quelques murs encore debout qui semblent surgir directement de la roche. Certains éléments de la fortification, comme un haut mur accroché à la falaise, rappellent les châteaux dramatiques de certaines séries médiévales fantastiques.​

    Le contraste entre la pierre rongée par le temps et la mer en contrebas donne au lieu une atmosphère mélancolique et théâtrale. C’est un spot rêvé pour les amateurs de photos de paysages sauvages, de ruines et de ciels changeants.

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    Crédit photo Mark Milligan (CC BY-NC 2.0).

    La mystérieuse grotte de Merlin

    Sous le château, au niveau de la mer, une grande cavité naturelle connue sous le nom de grotte de Merlin ajoute une couche supplémentaire de mystère. La tradition locale veut que le célèbre enchanteur, mentor du roi Arthur Pendragon, ait vécu ou exercé sa magie dans cette grotte.​

    La grotte n’est accessible qu’à marée basse, ce qui contribue à son aura un peu inquiétante : à marée haute, la mer reprend les lieux (Merlin déteste le tourisme de masse, paraît-il). En se promenant entre les parois sombres et les rochers humides, chacun est libre d’imaginer les sortes et prophéties qui auraient pu y résonner.

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    Crédit photo John Conway (CC BY-ND 2.0).

    Si vous aimez ce mélange “grotte + Arthur + imaginaire qui déborde sur les rochers”, vous pouvez enchaîner avec La grotte du Roi Arthur : parfaite pour prolonger le fil arthurien, mais dans une ambiance différente, plus “porte secrète vers la légende” que “forteresse au-dessus des vagues”.

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    Crédit photo Gabriele Förster (CC BY-NC-SA 2.0).

    Gallos, la silhouette de bronze face à l’océan

    Gallos, représentant une figure fantomatique armée d’une épée. Cette œuvre contemporaine, haute d’environ 2,4 m, évoque l’univers arthurien sans imposer une identité précise au personnage.​ Elle joue avec les vides, comme si le vent avait “mangé” une partie du personnage.

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    Crédit photo RPBMedia.

    Lorsque le soleil se reflète sur le bronze et que le vent souffle fort, la silhouette semble presque prendre vie sur fond de falaises et de vagues. De nombreux visiteurs y voient une incarnation symbolique du roi Arthur ou de l’un de ses compagnons de légende.

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    Crédit photo Michael Line (CC BY-ND 2.0).

    Vidéo de Tintagel Castle

    Plus dégradé que Caerlaverock où un barde aurait inspiré le personnage de Merlin, voici une petite vidéo du château de Tintagel, berceau du roi Arthur, ou du moins de sa légende:


    Visiter le château de Tintagel

    Le château de Tintagel se trouve près du village de Tintagel, sur Bossiney Road, dans le nord de la Cornouailles, en Angleterre (PL34 0DQ, Royaume‑Uni). Le site est géré comme une attraction touristique majeure et attire des visiteurs intéressés autant par les paysages que par l’univers arthurien.​

    Allez-y tôt ou hors saison si possible, prenez votre temps sur le pont, et gardez du souffle pour la montée : Tintagel est généreux en panoramas, moins en ascenseurs. Et, vu l’histoire de Merlin’s Cave, vérifiez les marées avant de descendre : l’Atlantique ne négocie pas.

    Ses coordonnées GPS sont : 50° 40′ 21.602″ N , 4° 45′ 31.398″ O (50.67266720757696, -4.758721592017254).

    Voici sa position sur Google Maps:

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    Sources pour aller plus loin

    English Heritage
    The Guardian
    Ice

    Ambiance arthurienne, découvrez également la forêt magique de Puzzlewood.

  • Civita di Bagnoregio, la ville italienne qui meurt… très lentement, et sous les flashs des touristes

    Civita di Bagnoregio, la ville italienne qui meurt… très lentement, et sous les flashs des touristes

    Civita di Bagnoregio se trouve dans le Latium, au nord de Rome, dans la province de Viterbe. Perché vers 440 m d’altitude sur un plateau de tuf volcanique posé sur une base d’argile très friable, le village domine la spectaculaire vallée des « calanchi », ces ravins sculptés par l’érosion. Fondé par les Étrusques il y a plus de 2 500 ans, Civita est aujourd’hui un hameau rattaché à la commune de Bagnoregio, et compte… quelques habitants permanents seulement.

    Cette position de nid d’aigle fait tout son charme… et tout son problème. Civita di Bagnoregio ouvre d’ailleurs la marche de notre sélection de villages en altitude préservés du temps, ces hameaux accrochés à la montagne où l’on a l’impression que les siècles se sont arrêtés.

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    Crédit photo pandionhiatus3.

    Pourquoi on l’appelle « la ville qui meurt » ?

    Le surnom italien de Civita, La città che muore, ne vient pas d’un dramaturge en manque d’inspiration, mais d’un constat très concret : la colline s’effrite. Les couches d’argile se dissolvent sous l’action de la pluie, des ruisseaux et des glissements de terrain. Résultat : chaque année, quelques centimètres de falaise disparaissent dans le vide, grignotant lentement le plateau et ses maisons.

    Un grand séisme en 1695 a accéléré le déclin : une partie du bourg s’est effondrée, et beaucoup d’habitants ont déménagé vers le « nouveau » Bagnoregio, mieux ancré sur la roche solide. Depuis, les départs se sont enchaînés, jusqu’à laisser le village dans un état presque fantomatique, transformé peu à peu en « musée vivant » à ciel ouvert.

    Civita fait aujourd’hui partie de ces villages italiens au destin un peu tragique, comme Centuripe, ce village de Sicile en forme de corps humain, lui aussi perché, étrange et spectaculaire lorsque vu du ciel.

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    Crédit photo pandionhiatus3.

    Un décor médiéval (presque) intact

    Une fois le pont traversé, on entre par la Porta Santa Maria, une porte médiévale flanquée de lions de pierre, vestige d’un passé turbulent. Dans les ruelles étroites pavées de pierre, les maisons en tuf, les arcs, les petites places et les escaliers semblent sortir tout droit d’un décor de film historique.

    Les façades sont envahies de pots de fleurs, de vignes vierges… et de chats. Beaucoup de chats. On dit même que la population féline dépasse la population humaine, ce qui en fait probablement l’un des seuls villages d’Italie où l’on pourrait élire un maire moustachu sans changer grand-chose au fonctionnement local.

    Sur la place principale, cafés et petites trattorie permettent de siroter un verre de vin du Latium ou un espresso tout en admirant les vallées déchiquetées. Sous certaines maisons, on trouve encore des caves, citernes et vestiges étrusques ou médiévaux creusés dans la roche volcanique.

    Si vous aimez les décors médiévaux figés dans le temps, faites aussi un tour virtuel du côté de Monteriggioni, un magnifique village fortifié de Toscane entouré de remparts parfaitement conservés.

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    Crédit photo pandionhiatus3.

    Un pont, un péage… et un million de visiteurs

    On accède à Civita di Bagnoregio uniquement à pied, par un long pont piétonnier en béton construit dans les années 1960, d’environ 300 m de long. La pente est sérieuse (15–20 % par endroits), ce qui donne un bon aperçu de ce que « monter au village » veut dire, surtout en plein été.

    Depuis 2013, l’accès est payant : un droit d’entrée sert à financer les coûteux travaux de consolidation de la colline et des bâtiments. En contrepartie, la commune voisine de Bagnoregio a carrément supprimé certains impôts locaux, l’économie reposant largement sur ce flux de visiteurs.

    Et du monde, il y en a. On compte désormais plusieurs centaines de milliers de visiteurs par an, avec un pic autour du million dans les années récentes. Pendant que la colline perd des centimètres, les statistiques touristiques, elles, prennent de la hauteur.

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    Crédit photo StevanZZ.

    Légendes du village

    Voici quelques légendes associées à « La città che muore » :

    Miracle de saint Bonaventure

    La légende locale raconte que Bonaventure, futur grand penseur du XIIIe siècle, alors enfant malade, aurait été miraculeusement guéri par saint François d’Assise à Civita même. Ce miracle est ancré dans l’histoire du village et lui confère une dimension spirituelle supplémentaire.

    Origine royale et eaux guérisseuses

    Une autre légende attribue le nom de Bagnoregio au roi lombard Didier, qui aurait été guéri par les eaux thermales de la région au VIIIe siècle. Ce récit relie le site à une tradition de bienfaits naturels et de guérison miraculeuse.

    En révolte contre les seigneurs Monaldeschi

    Sur l’arc de la façade principale, on trouve des bas-reliefs de lions tenant des têtes humaines, symboles d’une révolte victorieuse des habitants contre les seigneurs guelfes Monaldeschi en 1457. Cette anecdote gravée dans la pierre rappelle l’esprit d’indépendance du village.

    Grotte de la Madonna del Carcere et anciens rites

    Sous le belvédère se trouve une grotte sacrée : ancien tombeau étrusque devenu chapelle chrétienne dédiée à la Madonna del Carcere (la Vierge de la Prison), seule survivante d’un quartier écroulé lors du séisme de 1695. Ce lieu renforce le caractère sacré et mystérieux du site.

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    Crédit photo ermess.

    Civita aujourd’hui : entre carte postale et laboratoire de survie

    Civita di Bagnoregio vit donc sur un équilibre étrange :
    • quelques résidents permanents seulement (entre 12 et 16),
    • une armée de touristes fascinés par cette ville « condamnée »,
    • des ingénieurs et géologues qui surveillent les falaises comme on surveille un soufflé dans le four.

    Le village est devenu un symbole : belle carte postale italienne, mais aussi cas d’école des effets de l’érosion, du dépeuplement des campagnes et du tourisme de masse qui, paradoxalement, finance la sauvegarde de ce qu’il met en péril.

    Pour une carte postale italienne d’un autre genre, le village de Santa Maddalena dans le Val di Funes ou celui Rasiglia en Ombrie offrent une ambiance bien différente.

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    Crédit photo e55evu.

    Vidéo de Civita di Bagnoregio

    Moins à l’abandon que Craco dans la région de Basilicate, voici une vidéo aérienne de ce charmant village de Civita di Bagnoregio:


    Visiter Civita di Bagnoregio

    Même si Civita est devenue une destination insolite très instagrammable, il faut tenir compte de l’accessibilité : le pont et la montée sont difficiles, voire impossibles, pour certaines personnes à mobilité réduite.

    Ses coordonnées GPS (enfin celles de la Porta di Santa Maria) sont: 42° 37′ 39,82″ N, 12° 06′ 46,13″ E (42.627727162229014, 12.112814403632612).

    Voici sa position sur Google Maps:

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    Crédit photo Gagliardi.

    Sources pour aller plus loin

    Wikipédia
    Unesco
    National Geo

  • Siridi : un abri de pêcheur de Milos transformé en refuge design durable

    Siridi : un abri de pêcheur de Milos transformé en refuge design durable

    Sur la côte éclatante de Milos, au cœur des Cyclades, un ancien abri de pêcheur pourrait connaître une seconde naissance. Baptisé Siridi, ce projet signé par le studio grec Façade transforme une simple sirma — ces petites maisons troglodytiques qui abritaient autrefois les bateaux — en un cocon minimaliste face à la mer Égée. Entre héritage et modernité, Siridi illustre à merveille l’art de la réutilisation adaptative : redonner vie à l’existant sans le dénaturer.

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    Du refuge de pêcheur à la retraite méditative

    Autrefois, les sirmata étaient des refuges rudimentaires : une grande porte en bois, un espace assez vaste pour tirer la barque à l’abri, et souvent un petit logement au-dessus pour le pêcheur. Siridi conserve cette âme maritime, mais la transcende : la grande porte bleue est toujours là, symbole fort du passé, tandis que l’intérieur épuré joue avec la lumière et la texture brute de la pierre.

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    L’idée n’est pas de masquer l’ancien, mais de composer avec lui. Chaque fissure, chaque irrégularité raconte encore la vie d’avant — et pourtant, tout respire la sérénité contemporaine. On imagine volontiers s’y réfugier après une baignade dans la plage de Papafragas, la piscine naturelle de Milos, toute proche.

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    Une architecture qui dialogue avec la mer

    Le studio Façade a opté pour un langage architectural discret : murs blanchis à la chaux, sols en béton poli, mobilier sur mesure, et une large ouverture vers l’horizon. À travers la grande porte, la mer devient tableau vivant.
    Une grille métallique fine, inspirée des filets de pêche, filtre la lumière et crée un jeu d’ombres mouvantes. Ce détail n’est pas qu’esthétique : il rappelle le lien intime entre l’homme et la mer, entre la mémoire et le présent.

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    Ce respect du contexte évoque d’autres merveilles de l’architecture méditerranéenne contemporaine : on pense à la maison Ncaved, incrustée dans la colline sur l’île de Serifos, ou encore à cette autre maison encastrée dans la falaise, véritables hymnes à la fusion du bâti et du paysage.

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    Minimalisme et durabilité

    Siridi n’est pas qu’un bijou esthétique ; c’est un manifeste. Le projet repose sur le principe de la durabilité par la réutilisation. Plutôt que de raser ou reconstruire, Façade a choisi d’optimiser l’existant, d’isoler mieux, d’utiliser des matériaux locaux et de réduire l’empreinte carbone.
    Le résultat ? Une architecture low-tech et poétique : aucun excès, aucune ostentation, mais une justesse rare.

    Ce minimalisme méditerranéen fonctionne comme une respiration : chaque élément semble dire « ne fais rien de plus ». Ici, la modernité ne s’impose pas, elle s’efface pour laisser place à l’essentiel : la lumière, le silence et la mer.

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    Quand le passé inspire le futur

    Dans un monde où tout se reconstruit plus qu’il ne se restaure, Siridi rappelle que réparer peut être un acte d’art.
    L’abri de pêcheur, autrefois modeste et fonctionnel, devient un lieu de contemplation, une retraite méditative où l’on vient se reconnecter à la nature.
    La réutilisation adaptative prouve ainsi qu’il n’est pas nécessaire d’inventer de nouvelles formes pour créer la beauté : il suffit parfois de réécouter les pierres.

    Alors, que l’on soit pêcheur, rêveur ou architecte, Siridi invite à jeter l’ancre un moment — à regarder le bleu, à respirer, et à se souvenir que le luxe véritable tient souvent dans la simplicité.

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    Sources

    Toutes les images: rendus Xenia Liodi / Façade.

    Site web des architectes
    Leur compte Instagram
    My Modern Met
    Design Boom

    Transformation d’un lieu pour sa réutilisation, découvrez également cet étonnant projet de la mue d’une église en piscine.

  • Saint-Guilhem-le-Désert : joyau médiéval et nature sauvage dans les gorges de l’Hérault

    Saint-Guilhem-le-Désert : joyau médiéval et nature sauvage dans les gorges de l’Hérault

    Perdu entre ciel et garrigue, Saint-Guilhem-le-Désert semble figé hors du temps. Classé parmi Les Plus Beaux Villages de France, ce hameau de pierre dorée blotti dans les gorges de l’Hérault offre un voyage à la fois mystique et bucolique. Ici, la nature joue les gardiennes du passé : les cigales remplacent les cloches, la roche garde la mémoire des moines, et la rivière s’amuse à sculpter les paysages.

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    Crédit photo Gerard FERON (CC BY-NC 2.0).

    L’histoire d’un saint qui préférait les montagnes aux palais

    Au début du IXᵉ siècle, Guilhem de Gellone, cousin de Charlemagne, troque sa vie de guerrier pour celle d’ermite. Il fonde en 804 une abbaye dédiée au Christ-Sauveur, au cœur d’une vallée si reculée qu’elle est qualifiée de « désert » — au sens spirituel du terme. L’homme y cherche la paix de l’âme… et trouve, sans le savoir, un village éternel.

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    Crédit photo Rincevent/2tout2rien (CC BY-SA 4.0).

    Après sa mort (en 812, ilsera canonisé en 1066), le lieu devient un important pèlerinage : son abbaye abrite une relique de la Vraie Croix et accueille des milliers de marcheurs sur le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle. Aujourd’hui encore, on sent cette atmosphère hors du temps, où chaque pierre semble bénie par les siècles.

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    Crédit photo MartinMacias (CC BY-SA 3.0).

    L’abbaye de Gellone : une perle romane au cœur du Languedoc

    Chef-d’œuvre d’art roman classé au patrimoine mondial de l’UNESCO, l’abbaye de Gellone, qui abrite le tombeau de Guilhem et des reliques précieuses, impressionne autant par son architecture que par sa sérénité. Cloître sculpté, chapelles silencieuses, jeux d’ombres et de lumière : on comprend pourquoi tant d’artistes et de pèlerins s’y arrêtent pour méditer.

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    Crédit photo mksfca (CC BY-NC-ND 2.0).

    La visite offre un voyage sensoriel : l’odeur du calcaire chaud, les reflets dorés sur la pierre, le murmure de la rivière Gellone qui coule juste en dessous. Un petit conseil : venez tôt le matin, quand le soleil éclaire le cloître et que le village dort encore.

    Parmi les trésors du site se trouve un orgue historique de 1782, l’un des plus beaux témoins de l’orgue classique français.

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    Crédit photo mksfca (CC BY-NC-ND 2.0).

    Le Pont du Diable : entre légende et vertige

    À quelques kilomètres en contrebas, la rivière Hérault se fend d’un gouffre surplombé par le célèbre Pont du Diable. Construit au XIᵉ siècle, il reliait les abbayes de Gellone et d’Aniane. La légende raconte que le Diable, vexé de voir les moines bâtir un tel ouvrage, tenta de le détruire chaque nuit. Exaspéré, Saint-Guilhem lui aurait tendu un piège : l’âme du premier être à traverser le pont serait sienne. Hélas pour Lucifer, ce fut… un chien !

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    Crédit photo cynoclub.

    Un mythe qui n’est pas sans rappeler d’autres lieux de charme et de mystère, comme le pont de l’ilet Saint-Cado.

    Aujourd’hui, le pont est un spot de baignade et de photo incontournable : entre falaises abruptes et eaux turquoise, on comprend pourquoi ce lieu figure dans la liste des sites emblématiques du sud de la France.

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    Crédit photo Glaurent (CC BY 3.0).

    Le village : un décor de conte figé dans la pierre

    Ruelles pavées, maisons médiévales serrées les unes contre les autres, artisans potiers et ferronniers : Saint-Guilhem-le-Désert semble directement sorti d’un livre d’illustrations. En flânant, on s’attend presque à croiser un troubadour ou une empuse sortie de la garrigue — une créature bien réelle et fascinante, la diabolique empuse commune, alias le diablotin de Provence.

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    Crédit photo Rincevent/2tout2rien (CC BY-SA 4.0).

    La lumière, elle, joue avec les volets et les murs ocre : chaque ruelle offre un tableau, chaque porte cache un atelier ou un secret. Ce village pourrait amplement figurer parmi ces villages enchanteurs qui semblent issus de contes de fées.

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    Crédit photo Rincevent/2tout2rien (CC BY-SA 4.0).

    Nature et randonnées dans la vallée de l’Hérault

    Saint-Guilhem, c’est aussi un paradis pour les amoureux de nature. Les sentiers serpentent entre pins et genévriers, offrant des vues à couper le souffle sur le Cirque de l’Infernet au bout du village.

    Voici une petite vidéo du cirque prise par mes soins à son pied:


    En contrebas, la rivière Hérault s’élargit en méandres turquoise où se pratiquent le canoë et la baignade. Malheureusement, en aout 2025, les deux restaurants à l’entrée du village ont brûlé dans un incendie. J’aimais boire un verre à L’Oustal Fonzes qui offrait une vue sur les gorges depuis sa salle et sa terrasse…

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    Crédit photo Rincevent/2tout2rien (CC BY-SA 4.0).

    Les amateurs de faune trouveront, dans la garrigue environnante, une diversité incroyable : lézards ocellés, papillons flamboyants et parfois… l’ombre fugace d’une chouette effraie. Et si vous tendez bien l’oreille au crépuscule, le vent murmure encore les psaumes des anciens moines.

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    Crédit photo Rincevent/2tout2rien (CC BY-SA 4.0).

    Curiosité, un élevage d’esturgeons a pris la place de celui de truites dans les eaux du Verdus, juste en dessous des restaurants carbonisés. Il s’agit de l’unique producteur de caviar d’Occitanie, les œufs y sont prélevés par césarienne épargnant ainsi la vie du poisson. Du vrai caviar plus éthique, mais pour les vegans, préférez évidemment le caviar végétal.

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    Crédit photo Fougerouse Arnaud (CC BY-NC 2.0).

    Visiter Saint-Guilhem-le-Désert

    Le site étant couru, mieux vaut éviter la pleine saison pour le visiter. Il y a des parkings en bas et en haut du village mais les places sont limitées.

    Ses coordonnées GPS: 43° 44′ 05″ N, 3° 33′ 02″ E.

    Voici la position de Saint-Guilhem-le-Désert sur Google Maps:

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    Sources pour aller plus loin

    Office de Tourisme Saint-Guilhem-Vallée de l’Hérault
    Hérault Tourisme
    Wikipédia
    Les Plus Beaux Villages de France
    Caviar Castillone

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